lrricfttion ehes le* peuple* de l'antl^viié
L'irrigation parait avoir une ancienneté égale à celle des premières sociétés humaines.
On peut suivre ses traces jusque dans les traditions des peupAes primitifs qui se fixèrent, soit au nord de l'Afrique, soit au midi de l'Europe et de l'Asie; régions où, d'après les principales croyances, s'est trouvé placé le berceau de la grande famille humaine.
Les Hébreux soumettaient à tin arrosage régulier les champs et les jardins. Il est question de cette pratique dans les livres de Moïse ; et la Genèse, en parlant de rÉgypte, s'étend sur tous les avantages de celte terre fertile :
« Ubi aquas ducantur irriguas. »
Il suit de là qae près de deux mille ans avant notre ère, Tart de cocriger les inconvénients d'un climat sec et chaud, à Taide des irrigations, était déjà connu et exercé avec succès.
L^s autres peuples dont Torigine remonte aassi aux ten\ps les plus anciens sont successivement : les Égyptiens, les Chinois^ les Persans, les Grecs et les Romains. Il est utile de dire quelques mots sur Timportance que ces différents peuples attachèrent tous à cet art essentiel .
Les Bîgy4(tiens occupent incontestablement le premier rang parmi les nations qui anciennement ont opéré la submersion des terres, comme moyen de fertilisation; chez eux, cette pratique, placée dans des conditions éminemment favorables et effectuée sur une très-grande écheltei a donné de suite des produits étonnants. Ce fut là que les autres peuples dej'antiquité allèrent d'abord apprendre coKiment les mêmes cjBtux, qui sont si souvent pour ragricnlturAron fléau dévastateur, peuvent dqvenir pour elle un 'puissant élément de prospérité.
Tout le monde connaît au moins de nom les gi« gantesques travaux, établis dans Tancienne Egypte,
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dè&les temps les plus reculés, pour mettre en réserve les eaux qui devaient entretenir dans les plaines du Delta y cette fertilité extraordinaire, dont il parait qu'aucune autre contrée n'a jamais offert d'exemple.
Les premiers rois de ce pays en rectifiant et creusant le cours du Nil, sur une très-grande longueur, en élevant, en outre, des digues longitudinales et transversales, avaient créé un système admirable pour une immense distribution d'eau ; mais il est essentiel de remarquer qu'un nombre considérable de vastes réservoirs, ou plutôt de grands la<9B artificiels, faisaient la principale valeur de celte œuvre colossale.
Indépendamment du lac Mœris, sur les dimensions duquel les auteurs anciens paraissent avoir été en dissidence, mais qu'on doit considérer <!omme ne renfermant pas moins de 2 milliards de mètres cubes d*eau, plusieurs tiutres réservoirs artificiels, de- la même ancienneté*, accompagnaient le cours supérieur et noyen^dtt Nil, depuis les montagnes de la Nubie jusqu'aux plaines de la basse Egypte, et constituaient le plus magnifique aménagement hydraulique et agricole qui ait jamais existé. '
Les principaux étaient ceuiL de Memphis, de Meroë, de âoptbos, d'Heimontis, etc. Ils occupaient des vallons entiers ayint dé vastes Superficies, et contenait généralement , même a leur niveau moyen , 1 on % millions de mètres cubes d'eau , que Ton pouvait rendre dispoMble au fur et à mesure que le besoin s'to faisait sentir*
L'abondance extraodinaire , ainsi que le retour
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périodique et régalier des crues anouelles du Nil , la facilité de répandre et de diriger à volonté ses eaux
sur les vastes plaines de la basse Egypte, au moyen de digues d'une hauteur médiocre» ont été, depuis un temps immémorial, les causes déterminantes des grands résultats ainsi obtenus au profit de Tagricultnre de ce pays, et de sa prodigieuse fertilité passée en proverbe dans le monde entier.
Au surfins, très-peu de contrées se trouveraient dans les conditions voulues pour pouvoir tirer parti des eaux comme on le faisait dans Tancienne Egypte.
Dans les circonstances communes, le mérite des grandes irrigations, qui consiste partout dans Tabondaiice et dans la régularité des eaux , se tire du mode d*alimeiitation des rivières, dans les n^ges des régions élevées. En Egypte, rien de^ semblable n'a lieu ; car le Nil qui l'arrose prend ses sources dans les régions brûlantes de l'Abyssinie, où la neige, même sur les plus hautes montagnes, ne résiste que quelques heures à Taction d'une atmosphère toujours tiède. Mais les crues de ce fleuve sont alimentées, à peu près régulièrement, par des pluies d'une durée et d'une intensité inconnues partout ailleurs que dans les régions intertropicales; par des pluies qie les auteurs anciens ont nommées avec quekiue raison les cataractes du ciel. Il résulte de là que le Nil, d'abtrd encaissé entre des montagnes et collines, formant l'immense vallée de plus de 2.^00 kil. de longueur, qu'il traverse dans les royaun|^s de Sennaret de Nubie, apporte sur les plaines de la basse Egypte une
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masse énorme d'eau, par laquelle ces plaiaes sont nécesBairemeot submergées.
Or, toute inondation , livrée à elle-même, ne peut avoir qu'une influence fâcheuse sur le terrain qu*elle recouvre y d'un côté par Tentratuement du sol cultivable» occasionné par les courants; d'un autre côté, par rinégale répartition des dépôts et atterrissements, qui se forment en d'autres endroits. L'art des anciens Égyptiens consistait à savoir retenir et distribuer habilement les eaux des débordements du Nil, de manière à les répartir^ peu à peu, sur la totalité de la plaine; non-seulement dans le but de la saturer d'humidité, et de la.préparer ainsi à recevoir Taction fécondante du soleil , mais surtout pour y effectuer, aussi complètement que possible, le dépôt du limon précieux, dont le Nil, après un si long trajet dans les terrains de toute nature, se trouve, si richement chargé, à la partie inférieure de son coui-s.
Des digues transversales au cours du fleuve, et prolongées jusqu'aux parties les plus éloignées de la plaine, avaient donc été construites; pour arrêter, temporairement , les eaux des crues et leur laisser déposer sur les terres ce limon fertilisant.
D'après l'époque des pluies périodiques dont il vient d'être fait mention, le Nil commence à croître vers le solstice d'été , et la crue parvient à son maximum an bout de trois mois , c'est*à-dire vers l'équinoxe d'astomne. Il décroît rasuite graduellement pendant les neuf autres mois de l'année* Lorsque les
eaux de l'iocodatioD avaient atteint ane certaine hauteur, déterminée par les nilomètres^ auxquels on a toujours attaché une grande importance , on coupait les preoâèreB digues, élevées quelque temps auparavant, à Teutrée des canaux de distribution étdbUs sur les deux rives du fleuve , et dirigés dans la haute Egypte , sous des directions plus ou moins obliques ; vers les limites de la vallée. Parvenus au pied des montagnes qui la bordent , ces canaux se prolongeaient longitudinalement ; mais d'autres digues transversales en interrompaient encore le cours par intervalles, et obligeaient les eaux à submerger régulièrement, de proche en proche, de grandes étendues de terrain. Plus les eaux s'élevaient en amont des digues, par la hauteur naturelle dç la crue, plus s'étendait au loin leur féconde influence.
Quand la submersion avait atteint sa plus grande hauteur, et qu'il s'était écoulé un temps suflisant pour que le limon , tenu en suspepsion dans l'eau , eàt pu se déposer sur le sol , alors les digues de retenue étaient elles-mêmes coupées , et les eaux , continuant de couler dans les canaux , allaient inonder les terrains situés en amont d'ua nouveau barrage; puis, ainsi de suite, jusqu'à la partie la plus basse de la plaine.
. On conçoit aisément qu'on pratiquait ainsi un vaste système de limonage, plutôt qu'une irrigation proprement dite. Les' canaux ne servant qu*à transmeRre les eaux , d'un bassin de retenue à un autre,
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étaient moins essentids que les digues qui servaient à les arrêter.
Toute l'agriculture de l'ancienne Egypte était basée sur cet unique moyen d'amendement, et Ton attachait à juste titre un très-grand intérêt à ^ tout ce qui concernait la marche de l'inondation annuelle du fleuve. Des nilomètres, placés sur les points ies plus importants , servaient à en indiquer les progrès d'une manière certaine. Aux approches et pendant toute la durée de la crue, des préposés veillaient constamment sur ces nilomètres que des idées superstitieuses faisaient regarder comme profanées , si lé vulgaire se fût permis sur eux un seul regard de curiosité. Ces prégugés se conçoivent par l'importance extrême qu'avait le débordement^ pour Timmense population qui en attendait ses moyens de subsistance.
Suivant le témoignage de Pline, la meilleure hauteur du Nil était de 16 coudées, d'environ 0°*,50 de hauteur cbacnnc; mais au delà de ce point, elle devenait dangereuse pour la conservation des digues , et même pour les nombreux villages qui se trouvaient entourés par l'inondation. 11 y avait famine en Egypte quand les eaux n'atteignaient qu'à 10 ou 12 coudées, sur le principal nilomèlre qui était placé à la pointe méridionale de l'île de Rhoàa , vis-* à-vis le vieux Caire. Au contraire, quand l'inondation était complète et atteignait sa plus grande hauteur, de manière à pouvoir se répandre jusqu'au pied des premières collines, formant la vallée du