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Nil , c'était le signe de grandes réjouissances dans le pays. Les crieurs publics, qui, dans tous les cas, devaient faire connaître au peuple les progrès des eaux , parcouraient alors les villes au son des instruments, accompagnés d'enfants qui agitaient des banderoles de diverses couleurs. Puis, s'arrétant dans les carrefours de Memphis, Péluse, Hermopolis et Alexandrie, ils faisaient retentir ce cri de bon augure :
Dieu a tenu sa parole !
Le lac Mœris, ouvrage colossal, créé de main d'homme , aux temps les plus reculés , pour mettre en réserve, à l'usage de l'irrigation, un énorme volume des eaux du Nil , destiné à subvenir au cas où la erue ordinaire de ce fleuve ne serait pas assez abondande, était regardé avec raison, dans l'antiquité, comme une merveilleuse entreprise.
Suivant Pomponius Mêla, sa superficie n'aurait été que d'environ 1.400 hectares; mais, d'après les autres historiens, tels que Pline, Slrabon, Hérodote, Diodore, elle n'eût pas été au-dessous de 12.000 hectares.
Si les auteurs anciens ne s'accordent pas sur les dimensions de cet ouvrage extraordinaire, tous s'accordent sur sa destination, qui ne pouvait être l'objet d'aucun doute, tant à cause du canal alimentaire d'environ 20 kilomètres de longeur, avec lequel il communiquait à la partie supérieure du Nil, que par l'existence des deux grandes pyraniides de plus de
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"100 mètres de hautear chacune/ qui étaient établies au milieu même de ce vaste lac ; et qui formaient, toujours sur la même échelle colossale, deux immenses nilomètres, gradués sur les quatre faces^ et servant à régulariser, dans des proportions fixées par l'expérience, la distribution des eaux sur les terres qui se trouvaient privées de participer à l'inondation naturelle du fleuve.
Mais ce n'était pas seulement à des ouvrages gi» gantesques de cette nature que les anciens Égyptiens consacraient leur .industrie ; les travaux les plus modestes étaient aussi en usage parmi eux, quand ils étaient nécessaires pour remplir le grand but des arrosages. Ainsi la meilleure partie des terres de la haute Egypte, de même qu'un grand nombre de points des terrains inférieurs, n'étaient irrigués qu'à Taide de machines, au moyen desquelles les eaux étaient élevées au-dessus de leur niveau naturel.
Les historiens s'accordent à établir que la vis d'Archimède fut inventée par ce célèbre mathématicien des temps antiques, dans un des voyages qu'il fil en Egypte, et qu'elle eut spécialement pour but l'irrigation.
Il est également hors de doute que les nombreux ouvrages d'art relatifs à la même industrie, tels que les aqueducs, ponts, ponts-canaux, siphons, etc., ont été tous connus et employésen Egypte, au temps de rancienne prospérité de celte contrée.
D'après la marche habituelle des eaux du Nil et les travaux qu'il fallait faire, plus de trois mois
naient les principales vallées, et que ces canaux servaiottt autant que possible à la navigation et à FirrigatioD ; que lea plus petits raisseaux y étaient utilisés dans le même but ; et enfin que là où les eaux cou* ranles n'étaient pas assez abondantes ou assez régulièreSy de nombreux réservoirs artificiels, formés dans la partie supérieure des vallons, venaient y suppléer et recueillaient ainsi les eaux pluviales, toujours abondantes en hiver, pour les distribuer sur les terres, pendant le temps de la végétation, Dansce pays toute source pérenne, coulant à un niveau un peu élevé, est considérée, avec raison, comme un trésor pour ragriculhire, et les eaux en sont soigneusement utilisées. En un mot, depuis un temps immémorial, Fart des irrigations a été regardé chez les Chinois comme une des bases de Tagriculture, les travaux qu'elle exige, comme un des emplois les plus assurés des bras de la classe ouvrière.
Ainsi, dès les siècles les plus reculés, ce pays ne le cédait à aucune autre nation, par le soin que mettaient les habitants à recueillir, même à Taide d'immenses travaux, les eaux nécessaires à Tentretien des irrigation ; ce qui se conçoit aisément, quand on remarque que le riz forme la base de la nourriture de ce peuple industrieux.
L'Inde, la Perse, TAssyrie et d'autres contrées dà TAsie Mineure virent établir, dans les siècles antiques, plusieurs de ces immenses réservoirs, obtenus non-seulement par le barrement des vallons, mais par d'immenses déblais, effectués à la partie supé*
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rieure de ces vallons ; circonstance qui mettrait ce genre d^travaux tout à fait hors des moyens d'action des peuples modernes.
Plus le climat était brûlant, plus il y avait intérêt à obtenir de puissantes réserves d'eau, disponibles pendant la saison des sécheresses. Aussi les principales ruines, appartenant à ces grandes constructions, existent-elles surtout dans des contrées, jadis riches et populeuses, dont Tagriculture ne pouvait prospérer que par remploi des eaux artificielles.
La plupart des antiques empires d'Orient nous ont laissé de semblables vestiges. Les trois réservoirs des jardins de Saiomon, en PalesiinCy contenaient, ensemble, plusieurs millions de mètres cubes d'eau, qui se renouvelaient entièrement chaque année. Les lies de Java et de Ceylan olit des restes de grands barrages, en maçonnerie, qui avaient pour but l'aménagement des eaux d'irrigation, nécessaires aux cultures de ces contrées équatoriales.
Les anciens Persans, pour favoriser l'agriculture, avaient mis en honneur l'irrigation des terres, à l'aide d'immunités et de privilèges devant à coup sûr en faciliter Textension. L'adapter à un terrain qui n'en avait pas joui encore donnait droit, pendant plusieurs années, d'être dispensé de certaines charges publique». Si l'on en croit le témoignage de Polybe, les particuliers qui créaient des irrigations nouvelles, sur des terres improductives, appartenant au souverain ou à l'État, en acquéraient, par cela seul, la pleine propriété, pendant cinq générations consécutives.
De tels encouragesients montrent combien ce peuple avait su apprécier l'utilité de favoriser^'par tous les moyens possibles, un art aussi important.
Des traditions authentiques ne permettent pas de révoquer en doute que les Etrusques, et autres peuples très-anciens qui ontbabité soit l'Italie, soitTÂsie Mineure, avant la domination romaine, n'aient aussi pratiqué l'irrigation. Ces peuples intelligents ont eu leurs historiens; les monuments qu'ils ont laissés prouvent que plusieurs d'entre eux avaient porté a une grande perfection tous les arts relatifs à Tagriculture.
Enfin les Grecs et les Romains, c'est-à-dire les deux peuples de l'antiquité dont les institutions et les mœurs nous sont les mieux connues, considérèrent cet art non-seulement comme une des sources de la richesse agricole, mais même comme un des principaux soutiens de la prospérité publique. Les détails qui suivent vont justifier cette assertion.
L'ancienne Grèce, ainsi que le nord de la Chine, ' avait son climat sous la zone la plus favorable au succès des irrigations. Aussi les divers peuples qui occupèrent jadis cette contrée se livrèrent-ils avec un soin particulier à l'irrigation des prairies, parce que celles-ci étaient la base de la nourriture du bétail, qu'ils regardaient avec raison coinn^e leur principale richesse.
Les fêtes institué^ en l'honneur de Paies, déesse qui présidait aux prairies et aux troupeaux, ont pris naissance dans les montagnes de la Thessalie ; et les
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Romain^ qui les ont adoptées depois, les trouvèrent en Qsage dans celte contrée.
On sait combien était grande Timportance qu'atlacbaieni les Grecs et les Romains, à tOQt ce qui avait rapport aux troupeaux, aux prairies et à la multiplication du bétail. De cela seul on pourrait in-* dnire qu'ils s'étaient beaucoup appliqués à la pratique de l'irrigation. Mais des monuments encore sur pied et des traditions certaines ne laissent aucune in« certitude à cet égard. Le traité d'agriculture de Caton et les écrits de Virgile en fourniraient seuls des preuves nombreuses. Le premier de ces écrivains, consulté sur l'espèce de propriété qu'il regarde comme préférable à toutes les autres, la désigne sous le nom de solum irriguum ; l'autre, recommandant aux bergers le soin de leurs prairies, leur dit : « Clandiiejamrivos^... satprata biberuni.y> Plusieurs autres passages des Gdorgiques de Virgile ont un rapport direct avec l'irrigation des prairies ; ce qui s'explique aisément, puisque le poëte, dès son enfance, avait eu sous les yeux les pratiques de cet art, exercé depuis une époque immémoriale dans les plaines de Mantoue, sa patrie.
En fait de monuments relatifs à l'irrigation, chez les Romains, il existe dans diverses contrées, et notamment en Italie, de nombreux vestiges de barrages, canaux, aqueducs et autres ouvrages d'art, qui paraissent rçmonter à l'époque des empereurs, depuis le règne d'Auguste jusqu'à celui de Théodose. Une inscription consulaire, gravée sur une plaque de
marbre, actuellemeot incrustée dans une des feoes latérales de la porte romaine dô^ Milan, fait mention du barrage qui existait autrefois au pont de TÂrchetto, comme un des ouvrages les plus remarquables qui eussent été construits par les Romains, pour eflectuer des irrigations.
<]omment s'expliquerait-on, d'ailleurs, que ce peuple, qui s'est signalé d'une manière particulière dans la conduite des eaux destinées pour l'usage des villes, par les constructions grandioses d'aqueducs, que Ton admire encore après plus de deux mille ans, ait négligé les travaux plus simples, mais non moins utiles, que réclamaient les conduites d'eau, destinées à l'agriculture?
Ces faits authentiques démontrent , avec évidence, que l'irrigation des terres a été constamment envisagée avec l'importance qu'elle méritait, par tous les peuples qui ont marqué dans l'histoire.
m. — De l^lprisatlea ehcs les peuples da Mieyea Age.
En abandonnant Rome pour Constantinoplei les derniers empereurs avaient laissé TOccident nonseulement faible et mal défendu, mais livré aux concussions et aux déprédations des agents d'un gouvernement corrompu. Pour renverser un empire si ancien et fondé au prix du sang de tant d'illustres guerriers, il ne fallait, dit Machiavel, ni moins d'impéritie dans les souverains, ni moins de corruption
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dans lears ministres, ni moins dé force et de persévérance dans les populations qai consommèrent sa rnine.
Suivant ce prince des historiens, ces peuples, nés dans les régions situées au nord du Rhin et du Danube, régions génératives et saines, se multipliaient d^nne manière si rapide qu'à certains intervalles, une partie des leurs étaient obligés d'abandonner les foyers paternels pour aller chercher ailleurs des terres à habiter, des biens à posséder. Au moment de ces émigrations, ils procédaient, entre eux, d'après certaines formes légales, pour arriver à se décharger ainsi de l'excédant de population qu'ils ne pouvaient plus nourrir. Généralement, la totalité de la nation était partagée en trois classes, sensiblement égales, dans chacune desquelles toutes les conditions sociales se trouvaient représentées. Puis le sort décidait quelle était celle de ces trois classes qui irait chercher fortune ailleurs, tandis que les deux autres continuaient à jouir des biens de la patrie.
Après les Cimbres, qui furent défaits par Marins, les premiers peuples qui, partis des contrées du Nord, se dirigèrent ainsi vers les vastes possessions romaines, furent les Goths de l'Occident, plus connus sous le nom de Wisigoths. Ce peuple, qui eut longtemps le siège de son empire sur les bords du Danube, avait déjà assailli plusieurs fois, mais en vain, les principales provinces romaines ; et la puissance impériale, quoique sur son déclin, était parvenue à le tenir en respect. Après les avoir glorieusement et longtemps combattus, Thiodose les avait même dé-
finitivement réduits à son obéissance ; de sorte que, satisfaits de marcher sous ses enseignes, les Wisi goths avaient cessé de faire aucune entreprise contre Tempire romain-
A la mort de ce prince, arrivée Tan 395 de J.-C, Arcadius et Hondrius succédèrent au trône, mais non à Thabileté et à la Jorlune de leur père ; de sorte que les choses changèrent soudainement de face. Par la trahison des trois gouverneurs que Théodose avait institués en Orient^ en Occident et en Afrique, et d'après des conseils pertides qui furent donnés aux faibles successeurs de ce grand roi, les Wisigoths, imprudemment privés de leurs subsides, non*&ealement se détachèrent de la cause impériale, mais tournèrent immédiatement leurs armes contre les provinces romaines, qu'ils avaient depuis longtemps convoitées. Dès lors, Tédifice croula de toutes parts, sur ses fondements ; car les Francs, les Alains, les Bourguignons, les Vandales et autres peuples du Nord, déjà mus par le besoin de chercher, eux aussi, de nouvellee terres à conquérir, furent appelés à prendre part à ce grand et dernier assaut, que devait subir le colosse fondé par la puissance romaine.
Les Wisigoths, après avoir choisi Alaric I" pour leur roi, remportèrent plusieurs grandes victoires dans ritalie, qu'ils ravagèrent, et finirent par prendre Rome, qui fut pillée et saccagée peu de temps avant la mort d'Alaric, arrivée en Tan 412.
Le règne de ce conquérant, qui le premier ensei* gna aux peuples barbares le chemin de l'ancienne
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capitale du monde, est un des plus remarquables de rhistoire du moyen âge. Placé à la tête d'hommes turbulents et indisciplinés, avides de butin et de conquêtes, il ne put se servir d'eux que pour détruire. Néanmoins, pendant sa vie errante et dans le cours de ses expéditions, il parvint à jeter les fondements d'une monarchie militaire, qui s'établit pour plusieurs siècles, en Espagne et dans la Gaule narbonaise, où elle laissa^ sous le point de vue dont il s'agit ici, des souvenirs fort importants. Alaric II, qui fut le dernier roi des Wisigoths, régna non-seulement sur la Péninsule, mais sur l'Aquitaine et sur l'ancienne Province romaine ; ce qui étendait sa domination le long des Pyrénées et sur toutes les provinces du Midi, depuis les Alpes du Dauphiné jusqu'au golfe de Gascogne.
Longtemps alliés des Romains, les chefs des Wisigoths étaient versés dans la connaissance des lois récentes qui venaient d'être codifiées, pour la première fois, sous le règne de Théodose. Voulant mettre ces lois en vigueur dans ses nouvelles possessions, Alaric II ordonna la rédaction d'un code particulier qui , à de légères modifications près , ne fut que l'abrégé du code Théodosien. Ceci explique comment^ bien longtemps après le moyen âge, ces provinces méridionales continuèrent d'être régies par le droit romain, ou droit écrit, tandis que les provinces du Nord et du centre de la France étaient régies par le droit coutumier.
Au commencement du vi* siècle, Clovis, devenu
poissant par ses victoires j ayant dérait l*arinée des Wisigoths et tué de sa main Âlaric II, dans les plaines de Poitiers, se trouva maître de tout le pays situé au delà de la Loire. Les vaincus continuèrent cependant de posséder au pied des Pyrénées une partie de l'ancienne province de Septimanie ainsi que le Roussillon et la Provence.
Mais au commencement du vui' siècle, un peuple nouveau qu'animait la soif des conquêtes, vint prétendre à son tour à la possession de ces riches contrées; et, après une courte résistance, le royaume des Wisigoths y fut détruit pour toujours.
L'empire , fondé par Mahomet, depuis à peine un siècle, avait grandi rapidement. Â cette- époque , FÂrabie, devenue la métropole des sciences, des arts et de la civilisation, voyait le croissant victorieux s'étendre du golfe Persique aux Pyrénées , sur les meilleures provinces de l'Europe méridionale et du nord de l'Afrique.
On ne peut se dispenser de remarquer encore que ces nouveaux conquérants semblèrent s'attacher, plus particulièrement que ne l'avaient fait les peuples précédents, à la possession des contrées où l'irrigation pouvait être pratiquée avec succès. Cela s'explique facilement. Les Arabes Nabathéens, habitant, sur les bords de la mer Rouge, les plaines voisines de la basse Egypte, avaient vu, par l'état florissant de cette contrée, cç que l'emploi des eaux peut produire de merveilles en agriculture. D'un autre côté, les Chaldéens, peuple pasteur de la même contrée»
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s'étaient, dès les temps les plus anciens, signalés par des décoavertes étonnantes, dans l'astronomie et les mathématiques.
Héritiers des traditions de ces deux peuples, les Arabes conquérants, du vm* siècle, nés pour la plupart au milieu des plaines de sables, constamment desséchés par le vent du désert, et bien convaincus d'ailleurs des avantages que produisait l'introduction de Teau sur les terres des climats chauds , ne pouvaient manquer d'attacher une immense importance à la possession des régions irrigables de l'Europe méridionale. Aussi est-ce précisément vors ces mômes régions qu'ils ont surtout dirigé leurs eflbrts.
Leur intention , de tirer tout le parti possible des ressources de l'irrigation se montra avec évidence dès les premiers temps de leur conquête, et si leurs cfiforts n'eussent été en partie paralysés par trois siècles de guerres et d'anarchie, principalement dus au schisme qui résultait de la double puissance des califes d'Arabie et des califes d'Espagne, ce peuple e&t signalé son arrivée en Europe par de grandes entreprises d'irrigation. Malgré tant d'empêchements, les Arabes n'ont pas tardé à faire faire à cet art les progrès les plus notables, par la continuation et l'agrandissement du système d'arrosage que les VVisigoths avaient eux-mêmes amélioré sur les Romains.
Dès que les premiers troubles qui suivirent leur conquête du midi de l'Europe commencèrent à s'apaiser, toutes les ressources de la paix furent diri-
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gées vers ramélioratioD de Tagricultare et notamment vers la création de nouveaux canaux d'arrosage. Une grande partie de ceux de TEspagne et de ceux que nous possédons encore, en deçà des Pyrénées, remontent à cette origine. Mais ces pacifiques et utiles tra/aux durent de nouveau cesser au moment des guerres acharnées, qui , dès la fiin du xi* siècle, éclatèrent entre les Maures et les Chrétiens.
Les Arabes et les autres peuples qui ont habité autrefois les côtes septentrionales de TAfrique, n*ont négligé aucune occasion de construire des réserves d*eaa destinées à Tarrosage. On voit encore aujourd'hui les restes, très-bien conservés, des barrages, en maçonnerie , construites , dès cette époque, dans nos provinces d'Alger, Oran et Constantine; notamment sur les cours du Sig, de l'Habbra, de la Mina, et autres torrents*
Les Arabes passent avec raison pour avoir été le peuple qui a le mieux connu le sol des provinces qu'ils avaient choisies- pour leurs conquêtes. En effet, ils avaient donné à l'agriculture de ces contrées une impulsion qui, depuis, n'a pas été égalée. De tous les peuples du mbyen âge, ils sont celui qui a attaché la plus grande importance à l'irrigation, et l'on peut les regarder comme les principaux fondateurs de celle belle industrie, dans le midi de l'Europe*
Il est infiniment remarquable de voir que , de nos jours encore, elle est pratiquée avec succès, dans diverses vallées des montagnes de l'Asie Mineure, par les Kourdes et par quelques autres peuplades in^
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dépendantes ; car on présame que ces peuplades ont élé originairement formées des derniers débris du peuple maure, expulsés de l'Europe; et dans tous les cas elles remontent, ainsi que lui, à la souche commune des Chaldéens.
D'après les observations qui précèdent on s'explique aisément comment, sous la domination des Wisigoths et sous celle des Arabes, les provinces fai* sant aujourd'hui partie du miili de la France, notamment le long des Pyrénées, virent s'ouvrir de nombreux canaux d'irrigation, dont la plupart subsistent encore aujourd'hui. Mais ils n'ont rien de remarquable ni par leur construction ni par leurs ouvrages d'art.
Du ini^ au xv* siècle des dérivations importantes furent établies dans le Piémont, le Novarrais et la Lumelline. Parmi ceux-ci on distingue encore les Roggie Busca et Gatimara^ exécutées dans le courant do XI7* siècle ; le canal Langosco, dérivé de la rive droite du Tessin, territoire qui faisait jadis partie de celui du Milanais. Quelques autres canaux, dans cette contrée, ont eu une origine contemporaine.
Il n'est pas nécessaire de tant se rapprocher de nous pour trouver l'époque la plus remarquable de rhistoire des irrigations. Ce fut vers la fin du xi" siècle , c'est-à-dire environ trois cents ans après l'envahissement des provinces du Midi par les Sarrasins, que les premières croisades amenèrent un immense concours des populations européennes vers ces mêmes contrées d'Orient , où l'irrigation avait pris naissance. Alors l'impulsion que l'influence arabe
avait déjà donnée aux entreprises de cette nature se trouva complétée, et les résultats s'en ressentirent bientôt.
Le fait capital de Thistoire des irrigations en Europe consiste assurément dans la création des deux vastes canaux qui, sur le territoire milanais, furent dérivés du Tessin et de PAdda^ Tun à la fiç du xii'' siècle, Tautre au commencement du xiir. Â eux seuls ils portent un volume d'eau régulier plus considérable (|ue celui que formeraient par leur réunion tous les canaux d'arrosage du midi de la France.
On ne saurait trop remarquer que ces grands ouvrages, antérieurs à l'invention de l'imprimerie et à ceHe des écluses de navigation, remontent à l'époque reculée où les connaissances en mathématiques, et surtout en hydraulique, étaient encore nécessairement dans l'enfance.
Peu importe qu'ils présentent quelques imperfections dans leur tracé, que leurs pentes rapides offrent des difficultés à la navigation, qui s'est établie sur l'un d'eux , longtemps après son ouverture. Le but principal a été pleinement atteint. Ces deux canaux procurent ensemble l'irrigation à près de cent mille AVctoresde terrain, aujourd'hui d'une valeur inappréciable ; et avant eux presque exclusivement formé de cailloux et de grèves sablonneuses.
L'imagination s'effraye en pensant atout ce qu'il a fallu d'efforts et de persévérance pour la réalisation d'une telle conception à une pareille époque. Tout ce qu'on peut se dire de satisfaisant sur ce point, c'est
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que ces canaax sont conlemporahis des vastes et admirables basiliques, dont Tart chrétien a su tirer un si grand parti ; car ils ont eu comme elles les ouvrages arabes pour modèles, la fin du moyen âge pour époque, et pour créateurs des architectes inconnus.
WW, — De IMrrlsaitoB ehes les pe«»le« otedevae*.
Le milieu du xv* siècle, époque en quelque sorte mitoyenne entre le moyen âge et la renaissancat fut témoin de découvertes et de travaux qui occupent une place importante dans Thistoire de la science hydraulique.
On fait remonter à Tannée 1 444 le remplacement de l'ancien barrage à pertuis de Yiarenna, sur le canal intérieur de Milan, par une écluse de navigation, à sas et à doubles pertes busquées. Cette construction faite sous le duc de Milan, Philippe-Marie, le dernier des YiscoQti, serait la première application des écluses à sas, qui eût été faite en Italie et probablement en Europe; car les plus anciennes des écluses analogues qui existent sur le canal de la Brenta, près de Padoue, ne remontent qu'à Tanilée 4481 ; et quant à celles qu'on dit avoir été employées en Hollande dès la fin du siècle précédent, elles étaient construites en bois, avec des portes d'un autre système, et ne pouvaient remplir le même but que les écluses d'Italie, qui ont au contraire été^ conservées, sans modification , jusqu'à nos jours.
Quoi qu*il en soit «sur l'époque de cette grande