CHAPITRE VINGTrTROISIÈME
OOTIAGBS D'ART SPÉGUUX. — PÀRTITEURS.
Leur destination spéciale. — En quoi ils diffèrent des modules
on régulateurs.
PariiteiiH. — Le senl moyen bien exact de partager un volume d'eau courante, suivant des propor* tiens données, entre denx on plusieurs intéressés, consiste à le jauger d'abord , notamment au moyen d'un module, ainsi que. cela est indiqué par la méthode n"* YI, relatée ci-dessus, page 318; puis à opérer, dans les proportions voulues, entre les copartageants , une distribution exacte du même volume d'eau , au moyen des subdivisions de ce module, que je suppose avoir été amené à une précision rigoureuse. Mais il faut, pour cela, pouvoir disposer d'une chute d'environ nn mètre, ce qui n'est pas toujours facile, et établir en outre plusieurs appareils régulateurs. La fig. 5, pi. XIX, qui représente un double module dans le système piémontais, peut donner l'idée de cette disposition.
Cependant, dans le plus grand nombre de cas les usagers sont disposés à se contenter d'une répartition approximative du volume d'eau total, auquel ils avaient droit en commun. C'est alors que l'on
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renonce à remploi des modules pour recourir à Fusage plus simple d'un partiteur, qui n'exige aucune manœuvre et presque pas de surveillance.
Les parliteurs ont donp pour objet de diviser entre divers usagers et dans des proportions définies , tout le volume d'oau courante que fournit un canal , sans recourir à remploi des modules; c'est-à-dire sans qQQ Ton ^it besoip de se rendre pompta de la quantité d'eau effectivement débitée par ce canal. En Italie, le cas général des partiteurs est celui où ils sont établis sur le courant i partager, sans le (BâcouFS d'un barrage.
Si , comme je Tai déjà supposé dans les considérations élémentaires placées an comqiencement de ce volume, un courant d'eaii, placé dans les meilleures conditions de régularité, pouvait n'admettre qu'un seule vitesse, en d'autres termes, si la vitesse était constante, soit au milieu, soit aux bords du canal, rien ne serait plus simple que de partager son débit dans des rapports quelconques ; car tous les filets d'eau étant animés de cette vitesse unique, la figure qui représenterait l'ensemble de leurs pro*duils, pendant un temps donné, aurait la forme d'un rectangle, dont la largeur serait celle du courant à partager, et dont la longueur serait propor^ tionnelle au temps pendant lequel on voudrait en mesurer l'écoulement.
Il pst certain qu'alors les produit9 partiels seraient exfcten^ant dans le même rapport que les subdivisions de la largeur, en quelque nombre qa*elles fus-
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Beat. Mais cette hypothèse ne saurait se réaliser, puisque l'on ne pourra jamais empêcher que la vitesse des tranches lougitudinales du liquide à partager ne soit è son maximum au milieu, et à son minimum vers les bords du courant. Dès lors , la figure représentative des produits partiels de ces tranches, tout ep restant comprise, comme il vient d'être dit, entre dauis: lignes parallèles, espacées selon la largeur du canal , sera terininée, vers l'aval, par une ligne brisée , dont la description partions Hère pourrait se faire d'une panière très-rapproxirmative, à Taide d'un nombre suifisant de flotteurs du système de ceux que j'ai précédemment décrits en traitant des jaugeages. Mais la eeule chose essentielle à remarquer ici, e'est que cette courbe appro-* chera toujours plus ou moins d'un angle saillant ordinaire.
Cette assimilation géométrique me semble devoir faciliter beaucoup les moyens d'apprécier, tout à la fois, les ressources et l'insuffisance des partiteurs. En effet, puisque par leur emploi on se trouve à peu près dans le même cas que s'il s'agissait de partager un angle, on voit d'abord que si le partage doit avoir lieu en deux portions égales, la difficulté ne sera pas réelle, puisqu'un angle se partage très-exactement ainsi, au moyen de la perpendiculaire abaissée sur la base du triangle isocèle dont il est le sommet. I| s'agira donc simplement, dans ce cas, d'établir le plan de séparation exactement au milieu de la lar^ geur du courant , qui , bien entendu » aura été cou-
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venablement enoaîsBé et régalarisé, entre des plans bien parallèles, sur une longnear snffisante, de manière qae le fil de Tean, on la ligne de pins grande vitesse, qui est ici la chose essentielle, occupe nécessairement le milieu du courant. Dans la pratique, cette ligne de séparation est formée par Faréte d'une pile aiguë en pierre de taille, ainsi qu'on le voit par les fîg. 3 et 5, pi. XYII. Seulement, le parti teur proprement dit n*est pas réduit à cette seule construction ; il se compose encore des ouvrages accessoires dont il va être parlé plus loin, et qui ont pour but de régulariser Técoulement de Teau, en amont et en aval.
Dans le cas d*égalité dont il s'agit, le partage peut être réputé parfait, attendu que les deux branches du partiteur, placées dans des conditions identiques relativement à la vitesse maximum, recevront symétriquement un pareil nombre de filets fluides, ayant des vitesses égales. En un mot, l'opération faite de celte manière échappe entièrement à la critique. Et, comme rien n'empêche de subdiviser ellesmêmes les premières branches ainsi établies , on peut regarder qu'on est en possession d'obtenir exactement, par ce procédé, la moitié, le quart, le huitième, etc., du volume d'eau coulant dans un canal.
Mais du moment que l'on demande à partager la portée d'un canal , soit en deux branches inégales , soit en trois ou plusieurs branches, égales ou non, alors si l'on n'a pas recours aux modules, on ne peut plus avoir aucune certitude, et l'on rentre dans la
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classe des approximations obtenues par voie de simple tâtonnement* Si , par exemple , pour partager on volume d*eau dans le rapport de 1 à 2* on se contentait de prendre, sans autre précaution , les largeurs respectives des deux branches du partitenr dans ce même rapport, le fil de Teau ou la vitesse maximum du courant se trouvant naturellement dans la plus grande, y donnerait un excédant notable de débit au préjudice de la plus petite. Si le partage devait avoir lieu en trois portions égales , cet excédant de débit aurait toujours lieu au profit de la branche du milieu ; enfin, tous les autres cas que Ton pourrait citer rentreraient plus ou moins dans les deux précédents.
Cet inconvénient grave, inhérent à la nature même des partiteurs , n*a point suffi pour en faire abandonner l'emploi. Car ce genre d'édifice étant simple et d'un usage extrêmement commode , on a cherché divers moyens d'en corriger l'inexactitude, afin de pouvoir toujours y chercher les résultats approximatifs, qui suffisent dans le plus gi%ind nombre de cas.
Avant d'indiquer ces moyens, je dirai d'abord que l'inconvénient dont il s'agit n'existe dans toute son étendue que pour les partiteurs simples, c'està-dire établis dans l'eau courante, sans emploi d'aucun barrage. Car, du moment que lk)n peut établir V une retenue avec déversoir; 2* un évasement considérable du canal aux abords de ce déversoir^ \
les chances d'inexactitude d'un partage quelconque !
ils OUVRAQBS D'AET SPÉCIAUX.
86 troavent considérablement atténnées ; mais comme je rai déjà remarqué» on ne peut pas établir partout des partitears avec déversoir»
Quant à ceux qui sont établis dans Teau courante, le but des précautions à prendre est de faire en sorte que la vitesse moyenne de Teau reste sensiblement la même dans les différentes branchesi de manière que les produits puissent être regardés comme proportionnels aux largeurs. Pour arriver à ce but , les moyens varient avec les circonstances locales ; tantôt on se contente de placer les branches les plus larges dans une direction plus oblique sur la direc* tien du canal principal } tantôt on obtient le même effet en faisant varier la hauteur des seuils qu'il est de règle d'établir à Torigine de chaque branche et à une certaine distance en aval du point de partage, pour régler les pentes de Veau dans la longueur de Tédifice ; tantôt on établit, en amont et en face des branches centrales qui seraient trop favorablement situées , une petite pile avancée, ayant pour objet de diviser le fil *de Teau au profit des branches latérales. Enfin, il y a encore plusieurs autres moyens de remplir le même but. C'est à la sagacité de Tingénieur à savoir, dans telle on telle situation, choisir les plus convenables.
Soit pour le cas de la division en deux parties égales, dans lequel on peut prétendre à une exactitude complèle; soit pour les cas d'un partage inégal, ou multiple, dans lesquels on ne peut plus obtenir qu'une approximation , les précatilîons d'usage que
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Ton observe dans la constraotion des partiteurs sont : 1 * de ne les établir jamais que sur des portions rectilignes des canaux; %"" de régulariser la section de ceux«ci| entre des plans bien parallèles^ sur une longueur de 1 40 à 1 50 mètres au moins, et dans un profil tout en maçonneriei sur au moins i 2 à 4 5 mètres en amont du point de partage ; S"" d'éviter soigneusement les arêtes saillantes des murs, voûtes, etc^ , qui donneraient lieu à des contractions inégales de Teau introduite dans les diverses branches ) 4"* d'éviter également pour ces branches l'emploi des aqueducs couverts et tuyaux de Conduite, dans lesquels l'écoulement ne s'opère plus dans les mêmes circonstances que daus les canaux et aqueducs découverts.
Si les partiteurs ordinaires sont inférieurs, sur certains pointe, à ceux qui empruntent le secours d'un barrage , ils ont aussi leurs avantages particuliers ; notamment, s'il s'agit d'un canal recevant des eaux troubles ou sujettes à des dépôts et atterrissements» Car on n'évite cet inconvénient, qui est des plus graves dans le cas dont il s'agit, qu'en conservant soigneusement, tant en amont qu'eu aval de l'édifice, une pente notable et continue^ qui ne peut guère ôtre au-*deisous de 0-,0008 à 0'',004 par mètre#
Il est arrivé , pour les piles de partiteurs , le contraire de ce qui a eu lieu pour les piles de pont. Autrefois celles-ci se faisaient prismatiques et trèsaiguës et actuellement on a adopté la forme circu*
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laire , qui est efiectivement préférable. Pour les partiteurs, on avait commence par établir les piles suivant le contour arrondi , indigné en b y fig. 6 ; mais comme on a reconnu quMl s*y arrêtait des herbes et autres corps flottants » on a renoncé tout à fait à cette forme» pour adopter celle qui a pour base un angle très-aigu, indiqué au point a de la même figure.
Les partiteurs sont des ouvrages d*une origine extrêmement ancienne, ou du moins cette origine semble coïncider avec celle de Tirrigation elle-même. Il y en a en France qui peuvent justifier cette opinion. Ainsi, des titres, remontant jusqu'à 4204, établissent que les eaux de Vaucluse doivent , en sortant de la branche de Yédemies, se partager également entre celles d'Avignon et de Borgnes , et un partiteur a été établi en cet endroit. Sur divers points, les eaux de Craponne et de Boisgelin se par* tagent , entre les communes de Miramas et de Saint- Chamas , dans la proportion de 1 à 2 ; et c^est encore à Taide de partiteurs que cette division est opérée.
En Italie 9 les partiteurs sont d'un usage trèsfréquent. Us se construisent non-seulement sur les canaux nouveaux entre les usagers ayant des intérêts déterminés; mais ils s'établissent encore journellement sur les canaux privés , en cas de partage de grands domaines qui entraînent des partages proportionnels des eaux, auxquelles leur fertilité est due.
C'est pourquoi ^ dans la Lombardie, les ingénieurs
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et experts sont fréquemment appelés à intervenir pour rétablissement des parti teurs.
Les diverses figures de la pK XYII indiquent les dispositions les plus habituelles de ce genre d'ouvrage, dans le nord de Tltalie.