‹ Hydraulique agricoleChapitre 8 sur 92 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

8ITIIATI01I HTDROGBAPBfOVS^ ORIfilNl BT PROGBftS DBS IRUGATIONS DANS GBTTI COHTBBB.

Sitvation topographiqne. — Plaines et montagnes* — Similitudes ayee la Lombardie. —Ceinture formée des plus hautes montagnes de l'Europe. ~ Rivières et torrents. — Absence des lacs. — Eaux généralement limoneuses. — Direction des principaux canaux. — Lepr répartitioo dans les diverses provinces. — Torrents où ils s'alimentent. « Richesse produite |Kir ces canaux. — Canaux domaniaux et particuliers.

Le Piémont est la première région de Tltalie sep*tentrionale qui coofise à la frontière de France. Entoaré par les Alpes et les Apennins, il comprend un territoire montagneux très-condidérable, mais aussi

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une vaste plaine, enrichie des ailovions de nombreux cours d'eau ; et celle-ci est une région privilégiée, pour le succès des irrigations.

A un moindre degré que la Lombardie, les provinces du Piémont occupant les plaines, et même la partie inférieure des versants, sont donc remarquables par le développement d'une industrie agricole très-florissante. Et cela s'explique tout naturellement, par suite d'une situation topograpbique et hydrographique, analogue à celle qui va être décrite plus loin, pour la Lombardie; et à laquelle correspondent les plus grands résultats qu'on ait jamais obtenus par l'irrigation.

Dans la ceinture de montagnes qui entourent le Piémont, à l'ouest et au nord, se trouvent les sommets du mont Cenis, du grand et du petit Saint-Bernard, du mont Blanc et du mont Cervin, dont les cimes, qui sont les plus élevées de l'Europe, ne s'élèvent pas à moins de 2.500 à 3.000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Ces groupes de hautes montagnes, conservant des masses énormes de glaces et de neiges perpétuetles, assurent aux cours d'eau qui en descendent un débit abondant, pendant toute la saison d'été. Et ceux-ci, enrichis de nombreux détritus, apportent dans la plaine des eaux fertilisantes, qui dès les temps les plus reculés, ont été pour les provinces d'ivrée, Biella , Yerceil , Novare et Mortara, une source intarissable de richesse.

En jetant les yeux sur le ptam général des rivières

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et canaux qai occopenl la partie septentrionale du Piémont (1), on voit, depuis la Doire de Suze descendant du mont Cenis Jusqu'au Tessin, ancienne frontière de la Lombardie, les cours d'eau , naturels et artificiels, dirigés généralement du N.-O. au S.-E.; c'est-à-dire qu'ils viennent Ions , finalement , se déverser dans le Pô, coulant de l'est à l'ouest, dans le thalweg primitif, et que l'on a surnommé avec raison le colateur général des irrigations de l'Italie*

La Doire de Suze, petite rivière complètement torrentielle, qui, descendant du mont-Cenis, vient se jeter dans le Pô, un peu en aval de la yille de Turin, fournit, à la partie inférieure du vallon qu'elle parcourt, quelques irrigations privées, que, d'après la rapidité des pentes, on peut classer comme étant, dans la même catégorie que celles de la Suisse et du Tyrol, des irrigations de montagnes.

La Sture et la Malesina en alimentent très-peu. Mais VOrcOj placé dans des eooditions meîiieures, voit utiliser une plus grande partie de ses eaux. Entre autres dérivations d'une certaine importance, il alimente te canal de Catoso qui ett une des quelques dérivations très-secondaires, ouvertes anciennement sur le torrent de la Chiusella.

Quant à la Dmre'Baltée^ elle descend des hauteurs du petit Saint-Bernard, et, après avoir parcouru la province d'Aoste , vient traverser celle d'Ivrée , où elle est la source nourricière des plus importantes ir-

(1) PI. IV de rAtlas.'

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rîgations do pays* Indépeadamment de plusieurs pe* tites dérîvatioDS, ouvertes sur la partie supérieure de son cours, elle alimente le canal d'Ivrée^ qui s'étend jusqu'à Yerceil, et fournit lui-même les eaux de nombreux canaux secondaires.

On voit figurer, sur le plan général, les principales de ces irrigations qui sont celles de la Mandria^ de CiglmnOf d*AsiglianOf de Saluggia^ del RoU»^ et de la Caméra, . qui toutes se dirigent vers le territoire de Verceil.

D*assez nombreuses dérivations, mais d'une importance secondaire, sont dérivées de VEboo. Mais là Senia^ dont ce torrent n'est qu*un affluent, rivalise avec la Doire-Baltée, en alimentant les nombreuses dérivations, qui font la richesse du territoire vercel* lais. Les Roggie (1), Mora^ Buaca^ Rizza^Biraga et SarUrana^ toutes dérivées de la rive gauche de la Sesia, sont Its plus importantes de ces dérivations, dont plusieurs vont vivifiw les territoire» situés sur les provinces de Novare et de Mortara.

VAgogna et le Terdoppio^ rivières torrentielles qui coulent sur ces mêmes territoires, mais qui nont pas une alimentation assurée, pendant Tété, ne fournissent qu'une très-faible ressource aux irrigations du pays.

Entre le Tesmttj qui s'aliaoente dans les immenses glaciers des Alpes, et qui, de plus, a son coum régularisé par la traversée du lac Majeur, fournit aux territoires de Novare et de Mortara deux impor-

(4) Voy. le Vocabulaire placé à la fin du tome H;

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tantes dérivalioos, utilisées à la fois pour Tarrosage, et une navigation locale ; ce sont les Navigli Langosco eiSforzeseat dont la description est donnée arec détail dans lés chapitres suivants, ainsi que celle des autres canaux qui viennent d^étre rapidement indiqués.

Tels sont les points principaux du système hydrographique auquel le Piémont est « en grande partie, redevable de la prospérité de son agriculture , basée elle-même sur la plus grande extension possible des arrosages.

Les détails donnés dans le reste de ce chapitre vont préciser davantage Fensemble de cette situation. Puis, dans les trois chapitres suivants^ on trouvera la description particulière des divers canaux qui viennent d'être mentionnés.

La principale région irrigable du Piémont, qui s'étend sur les territoires d*Ivrée, Yerceil, Novare, Mortara et Yigevano, se trouve comprise entre TOrco et le Tessiiu Cette région, entourée à Test et an nord par les groupes les plus considérables des Alpes, où dominent le moni Blanc, le mont Yélan, l^mont Cervin, le mont Rosa, se trouve sillonnée par de nbm« breux cours d'eau, coulant généralement du N.-*E. au S.-Ë., ayant de fortes pentes et un Tolwoe conadérable pendant l'été; attendu qte la plupart s'alimentent dans les nbiges perpétueUea»^ qui environnent ces points culminants du sol européen.

Les principaux torrents du Piémont ont^leuir dé* bouché' sur la rive gauche du Pà» et fomûftnt,, eAtre Turin et Pavie, les aflOuents de prénffer ordre de ce

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fleuve. La Chiosella^ affluent de la DoirCi TËlvo et le Cervo, affluents de la Sésia, complètent le système hydrographique de cette région ^ disposée, comme on le voit, de la manière la plus favorable pour le succès des irrigations.

Ces cours d*eau ne jouissent pas cependant^ comme les principales rivières de la Lombardie, du rare avantage de s'alimenter dans de vastes lacs qui donnent à leur régime la régularité, si précieuse en matière d'arrosages. Ils sont soumis à des variations considérables, dans leur volume. Mais la condition essentielle de Fabondance des eaux, pendant Tété, se trouvant remplie, elle a suffi pour donner lieu, avec certitude de succès, à la création des nombreux canaux d'arrosage qui , depuis plusieurs siècles , ont été ouverts dans celte localité; et qui ont mis, peu à peu, son agriculture sur le pied florissant où on la voit aujourd'hui.

La principale circonstance par laquelle se manifeste, sur les eaux courantes du Piémont, l'absence des lacs qu« traversent, à leur partiesupérieuro, celles du Milanais, connstedans l'abondance d'un sable fin, de couleur grise, et de nature schisteuse ou siliceuse, charrié par les rivières torrentielles et surtout dans la Doire, qui alimente les canaux du gouvernement. En général un peu de limon est plutôt utile que nuisible dans les eaux d'irrigation. Celui-ci agit d'une mafiière défavorable, par sa nature trop maigre, et par sa trop gcande quantité. Malgré ta vitesse des eaux, dans les canaux du pays, ce limon occasionne encore

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des aUerrissements considérables qui rendent Irès^ coûteuse Topération du curage.

Dans l'éaumération qui vient d'être faite, des cours d^eaa utilisés dans les arrosages du Piémont^ je n'ai point fait mention du Pô, qui y occupe cependant le premier rang ; car, encore bien que dans cette partie de son cours il ait conservé des pentes plus fortes que dans la Lombardie, son niveau est déjà trop déprimé pour qu'il puisse y être fait utilement des prises d'eau ; et d'après T usage qui s'est établi très-anciennement de prolonger dans les terres les canaux d*irrigation^ jusqn*à l'entier épuisement de leurs eaux , il ne remplit même que très-incomplétement ici la destination de colateur, qu'il a, plus loin, d'une manière trèsmarquée, relativement aux grands canaux du Milanais.

Le seul canal considérable qui soit dérivé de l'Orco est le canal de Calnso.

Les canaux dérivés de la rive gauche de la Doîre- Baltée sont : 1* le canal d'Ivcée, qui est le plus important du pays ; 2* le canal de Cigliano ; 3* le canal del Rotlo. Quoiqu'ils ne soient pas navigables, ils portent tous les trois le nom de Naviglio^ et alimentent un grand ]M>mbre de dérivations secondaires.

Les principaux caoaux, dérivés de la Sesia, sont : 1*" à gau^e, les roggie Mora, Busca et Rizza-Biragoa; 2r à droite, les deux roggie de Gattinara.

Les canaux dérivés de la rive droite du Tessin sont le naviglio Langosco et le naviglio Sforzesca.

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Les canaux dérivés de la Sesia et du Tessio sont les plus anciens du pays* Ils furent établis aox époques féodalesy du xui et du xiv* siècle; et remontent ainsi à une époque antérieure à la constitution territoriale de celte contrée. Car ce fut au commencement du XV* siècle qu' Amédée VIII , premier duc de Savoie , réunit dans ses mains les domaines héréditaires des descendants d*Humbert aux blanches mains, fondateur de cette maison, au xi* siècle, et ceux des cidevant comtes de Piémont. C'est depuis lors que ce dernier territoire n'a phis été séparé de la Savoie.

Cependant les deux vastes provinces du Novarais et de la Lumelline, situées sur la rive droite du Tessin , continuèrent d'appartenir au Milanais jusqu'en 1736, époque à laquelle elles furent cédées, par le traité de Vienne de ladite année , à Victor- Amédée III« Par suite des dispositions d'un autre traité de Vienne, plus voisin de notre époque, ces provinces firent retour définitivement aux rois de Sardaigne, de la môme manière que le Piémont*

Les canaux de ce pays» qui ont été ouverts dans le courant du xiv* siècle, sont celui du marquis de GaUtnara , ainsi que les canaux Busca et Langosco. Du XV* siècle datent : ceux é!Ivrée^ del Rotlo^ de la commune de Gattinara; avec les roggie itforcr, Sartinara^ Sforzesca et Rizza-Biragua. Le xvi* siècle vit ouvrir le canal de Catuso ; le xyu* siècle , le canal d'Ivrie^ qui avait été abandonné pendant quatre-vingt-sept ans i le XVIII* siècle, le canal de Qgliano; enfin lexix* siècle, le canal Charles-Abert ^ création moderne qui^

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SOUS le rapport de rirrigation, n'a point été entièrement satisfaisante.

Pendant longtemps les eaux des premiers canaux d*irrigation créés entre TOrco et le Tessin , se distribuèrent sans règle précise , à' peu près selon le besoin et les exigences des usagers. Ce fut en 1 474, sons le règne de Philibert I**, duc de Savoie, que Ton commença à prescrire , pour les eaux du canal d'Ivrée, une mesure de distribuions fort imparfaite d*abord , mais qui fut le point de départ d'amélio-" rations successives, arrivées, de proche en proche, jasqu*à la création d'un nouveau module métrique adopté par le gouyernement. Ici, comme cela se verra toujours ailleurs, Tintroduction des règles sûres et précises dans la distribution des eaux d'irrigation, si sujettes au gaspillage, a été équivalente à l'émission de nouvelles eaux ; ce qui , tout en améliorant la situation des canaux anciens , a encouragé l'établissement des canaux nouveaux.

La création successivi de ces nombreuses dérivations vivifia, au delà des espérances que l'on avait conçues , les territoires irrigables des provinces d'Ivrée , Verceil , Novare et Mortara , situées entre rOrco et le Te88in« Les deux dernières provinces surtouty comprenant Fancienne Lumelline , éprouvèrent une transformation totale , par le fait des arrosages.

Cette localité ne pirésentait autrefois que des terrains presque incultes , les uiis arides , les autres marécageux, ou nulle culture régulière ne pouvait s^étàblir avec avantage; aussi elle était pauvre et

dépeuplée, Tagriculture, le comnjierce , rinduslric, tout y était languissant et mort. Les choses ont bien changé : Tintroduction des eaux sur ce sol ne produisant rien, y a réveillé les germes d'une fécondité inépuisable, qui eût été à jamais perdue. Aujourd'hui Taisance et la prospérité ont succédé à la misère des anciens habitants, et une population nombreuse habite ces campagnes, devenues, comme la Lombardie, une des plus riches contrées de TEurope.

Cet exemple remarquable vient confirmer un principe sur lequel j'appuie, plusieurs fois, dans le cours de cet ouvrage, savoir : que là où Tirrigation est facilement praticable , les bénéfices que Ton doit en attendre sont généralement d'autant plus grands que les produits du terrain qui y est soumis, étaient primitivement plus faibles. En effet, le bénéfice qu'on doit attribuer à Tirrigation , celui qui lui est propre, se compose de la différence entre les produits obtenus par elle et ceux qu^on aurait recueillis sans son secours. Or, pour peu que les eaux employées soient, par elles-mêmes, fertilisantes et bonnes, le sol le plus maigre, le terrain le plus ingrat deviennent, après quelques années du régime d'un arrosage bien dirigé, égaux, en valeur et en produits, aux terrains naturels les plus favorisés.

En France, où, à la vérité, la plupart des cours d'eau sont sujets aux étiages, mais où, jusqu'à présent, on ne s'est jamais occupé, à fond, à rechercher les causes fondamentales du succès des grands arrosages , le gouvernement n^a pas jugé convenable

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de créer, et encore moins d* exploiter par lai*méiiie» aDcan canal d'irrigalion ; et lorsque les circonstances lui eo ont mis entre les mains , il s'est hàlé de s'en défaire, en les offrant, même à titre gratuit, à des particaliers on à des compagnies.

En Piémont, le contraire a eo lieu et chacun s'en est bien trouvé. Aujourd'hui les principaux canaux dérivés de la Doire, arrosant les territoires de Verœil et dlvrée, et qui étaient jadis des possessions particulières, ont été successivement acquis par le gouvernement piémontais.

Une administration spéciale, parfaitement dirigée, et secondée par des ingénieurs habiles, a mis sur un excellenl pied ces canaux qui, tout en distribuant, aussi libéralement que possible, le bienfait d^ eaux à une agriculture florissante, produisent encore au trésor public des produits fort intéressante. Dans le tome II, ou je parle spécialement de Tadministralion et du contentieux des canaux d'irrigation, on trouvera les détails nécessaires sur la gestion et l'exploitation, par rfilat, des canaux du Piémont, qui forment, en ce pays, une bram^he de l'administration gisnétale des finances. .

Sous l'influence de ces circonstances favorables, la distribution des eaux d'irrigation a pris, sur le riche territoire compris entre l'Orco et le Tessin, un développement remarquable. Quoique la carte que je donne de cette localité ne présente que les artères principales de la féconde circulation dont elle se trouve dotée, on voit combien, depuis quatre siècles,

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il a été fait d'efforts heareax ai faveur de son agricol tare.

Les dessins d'ouvrages d'art relatifs à la transmission des eaux d'irrigation ^ à leur eroisement en tout sens, annonceut aussi^ par leurs formes variées, cette grande extension des arrosages. Il reste cependaut encore beaucoup à faire dans cette contrée.

Les canaux dérivés, dans le xiV et le xv*" siècles, de la Sesia et de la rive droite du Tessin, pour Tirrigation des provinces de Novare et de Mortara, sont restés propriétés particulières des communes ou de qnelque's riches familles. Leur exploitation se fait généralement avec ordre et intelligence, par les soins de leurs propriétaires, qui choisissent leurs ingénieurs. Néanmoins, l'administration des canaux royaux, arrosant les territoires de Verceil et d'Ivrée, peut encore leur être citée pour modèle.

Les cours d'eau mentionnés ci-dessus, étant formés par les neiges des Grandes-Alpes, ont généraloi^ment beaucoup d'eau en été. Le contraire a lieu pour les affluents de la rive droite du Pô, qui naissent dans la chaîne secondaire des Alpes-Maritimes.

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