V. PRÉVISION DE LA PLUIE
sont données par les dépêches du New-York Herald et qui font connaître, plusieurs jours à Tavance, les perturbations dont les côtes d'Europe doivent être affectées par l'arrivée de cyclones dont la marche a été observée en Amérique, et dont la translation à travers l'océan Atlantique est présumée. Elles servent aussi de base aux prévisions quotidiennes du bureau central météorologique de France.
Mais les circonstances qui président à la formation et à l'extinction de ces cyclones , ainsi que les causes qui réagissent sur la direction des courbes très variables décrites par leurs centres, sont encore inconnues; ce sont là des phénomènes complexes, dont les lois sont difficiles à découvrir, et on ne petit espérer d'y parvenir qu'à la suite d'observations patientes et nombreuses, en multipliant les observations destinées à les recueillir, et en s'altachant surtout à en établir sur les cimes élevées, placées à l'abri des perturbations locales et susceptibles de fournir des indications précises sur la marche des courants généraux de l'atmosphère ; ce ne sera qu'alors qu'il sera possible d'asseoir sur des bases sérieuses les prévisions du temps à longue échéance.
En attendant, la météorologie locale doit se borner à un rôle plus modeste, mais qui ne manque pas d'avoir son utilité et, grâce aux découvertes déjà faites, en utilisant les précieux renseignements contenus dans le Bulletin international du Bureau central météorologique de France, elle rend de sérieux services. C'est en se servant de ces éléments et en dressant, pendant plusieurs années, des cartes cycloniques, où l'on a représenté les trajectoires des cyclones , accompagnées de l'indication des temps correspondants observés à la station d'Avignon, qu'on est arrivé dans Vaucluse à formuler des prévisions quotidiennes de plus en plus sûres, et à établir certaines lois importantes de la climatologie de la région ; il ne semble pas douteux que la marche suivie ne soit appelée à donner partout ailleurs des résultats analogues.
Ces lois peuvent se résumer de la manière suivante :
En traçant sur la carte d'Europe une ligne brisée ayant son sommet à la station d'Avignon, et formée par une ligne dirigée suivant le méridien de cette ville, et par une ligne passant un peu à droite de Yalentia, on sépare, sur la gauche de cette
ligne brisée, la zone des centres de dépression qui déterminent, à la station d'Avignon, et généralement dans toute la Provence, les vents d'O., de S.-O., de S. et de S.-E., c'est-à-dire les vents, les derniers surtout, susceptibles de provoquer la pluie.
La zone beaucoup plus étendue, laissée sur la droite, appartient, au contraire, aux positions des centres de dépression, qui déterminent, dans la région considérée, les vents qui sont ordinairement accompagnés d'un temps sec.
En traçant dans cette seconde zone une ligne passant par Trieste, on laisse au-dessous de celle-ci la zone spéciale aux positions des centres de dépression qui provoquent le vent violent du N.-N.-O., particulier à la Provence et connu sous le nom de mistral.
Enfin le mistral se produit encore, bien qu'à de plus rares intervalles, lorsque de basses pressions atmosphériques régnent sur la Méditerranée et que de hautes pressions persistantes, désignées sous le nom d*anti-cyclones, existent parallèlement au N.-O. de la France.
Ces lois ont été confirmées par les observations de 1881.
^fd. Eia pluie en 18S1. — Ce qui précède est complété par les passages ci-après de Tétude publiée en 1883 par M. Moureaux, sur la pluie en France pendant l'année 1881 :
« Si l'on compare la carte annuelle des pluies de 1881 avec les cartes correspondantes des années précédentes, on trouve que, abstraction faite des hauteurs absolues, elles ont toutes une grande analogie d'allures. Les poinls élevés reçoivent plus d'eau que les lieux voisins situés à une moindre altitude, tandis que les plaines et les vallées correspondent aux minima de pluie.
« Pour chaque groupe de pluies considéré isolément , l'influence de la situation topographique par rapport aux vents pluvieux est bien nette dans les pays montagneux, où les pluies sont beaucoup plus abondantes sur le versant exposé à l'action directe des vents humides que sur le versant opposé. Mais cette influence n'est pas aussi manifeste si l'on totalise les pluies d'une année, qui se rattachent nécessairement aux divers régimes pluvieux. Sur les cartes d'ensemble, l'al-
titude et le voisinage de la mer se montrent les facteurs principaux de la répartition des pluies.
« L'étude des périodes pluvieuses de 1881 confirme les remarques présentées sur la relation qui existe entre la distribution des pluies et le transport des bourrasques à la surface de l'Europe, Si l'on en excepte les pluies d'orage proprement dites, qui sont dues à des causes purement locales et se produisent principalement pendant les mois d'été, on voit d'abord que les périodes pluvieuses se rattachent toujours, d'une manière plus ou moins directe, à l'influence des bourrasques... Lorsque deux bourrasques existent simultanément, et qu'elles s'influencent mutuellement, les pluies, indépendamment de leur répartition habituelle, tombent en outre dans les régions situées sur la limite commune de leur cercle d'action. »
93. E<es ponts. Le sae d^eau de 1S45I6. — Quand il s'agit de la perméabilité ou de l'imperméabilité du sous-sol, il est impossible de ne pas parler du bassin de la Seine et de M. Belgrand^ son historien, le type de l'ingénieur agissant et pensant.
Pour se rendre compte de l'action des pluies, il ne suffit pas de connaître leurs quantités et les conditions de leur chute. Il faut encore savoir sur quels terrains elles tombent.
« Les ponts des terrains Jmperméables, dit M. Belgrand dans La Seine, sont très nombreux et leurs débouchés mouillés très grands. Les ponts des terrains perméables sont rares, et lorsqu'ils ne sont pas construits sur des lieux de sources, leurs débouchés mouillés sont très petits. » — Je n'ai jamais été sous les ordres du maître, et je le regrette beaucoup, car je serais sorti de ses mains mieux en état do bien servir notre pays; mais je Tai vu plusieurs fois, pendant le séjour que j'ai fait à Rouen comme ingénieur en chef de la Seine-Inférieure. Il voulait absolument que je lui donnasse le tableau de ceux
de nos ponts « où il ne passaitjamais d'eau. » Je lui répondais qu'il n'y en avait pas; mais il se montrait incrédule. C'est à cette occasion qu'il fut question du sac deau du 24 septembre 1842, mentionné à la page 3S1 de l'ouvrage précité après l'événement de Joux-la-Ville (sur lequel Belgi-and ne donne aucun détail) : « Les ingénieurs de la Seine-Inférieure m'ont signalé une trombe du même genre, qui, le 24 septembre 1842, fondit sur la ville de Fécamp et les vallées qui y débouchent, et produisit d'affreux ravages sur une surface de 200 kilomètres carrés environ... On avait tellement perdu la mémoire des cataclysmes de ce genre, à Fécamp, que les rues principales étaient tracées perpendiculairement au thalweg de la vallée, et que chaque ilôt de maisons formait barrage contre le torrent. L'eau s'éleva jusqu'à 4" de hauteur, dans les rues de la ville. » Belgrand reconnaît que le ruissellement est toujours considérable dans les cas de ce genre, quelle que soit d'ailleurs la perméabilité du sous-sol ; il ajoute « qu'on n'en doit tenir aucun compte, dans le calcul du débouché mouillé des ponls construits en rase campagne. Dans les villes et autres localités habitées, on doit au contraire prendre les mesures nécessaires pour éviter les désastres. Lorsque le sol est assez perméable pour qu'il n'y ait pas de cours d'eau au fond des vallées qui traversent la ville, on établit d'habitude une rue sur chaque thalweg ; si le pays est ravagé par une trombe, les caves et les rez-de-chaussée peuvent être envahis par l'eau; mais on n'a pas d'autres malheurs à déplorer. Le débouché mouillé des ponts peut donc être considéré comme nul en rase campagne, même dans une localité ravagée par le passage d'une trombe... Si l'on établit un remblai sans pont dans une vallée de ce genre, l'eau due à ces phénomènes (orages, fontes de neige extraordinaires) s'accumule pendant un temps très court, souvent pendant quelques heures, en amont de ce remblai, puis disparaît dans le sol. » On ne prévoit pas le cas où le remblai serait surmonté.
Il est fort heureux qu'à Elbeuf, le 5 juin 1873, on ait été en possession des aqueducs construits par M. Lebasteur, l'un de nos prédécesseurs à Rouen, contrairement je ne dirai pas aux principes, mais aux exagérations de M. Belgrand. Sans ces aqueducs , établis dans la partie inférieure de vallons sans
cours d'eau, les dommages causés dans la ville auraient été infiniment plus considérables. 11 existe bien une rue dans le thalweg, comme le recommande notre auteur; mais on a déjà beaucoup souffert du débit de 7 mètres cubes à la seconde qui a eu lieu par cette rue, et Ton est effrayé à la pensée de ce qui serait arrivé si à ce volume s'étaient ajoutés les 10 mètres auxquels Taqueduc adonné passage.
94. Terrains perméables et terrains imperméables dn bassin de la Seine. — Le bassin do la Seine n'est pas perméable en totalité. Dans le Morvan, dans la Brie, etc., le granité, les argiles et autres terrains ne se laissent guère pénétrer. Mais il faut distinguer, au point de vue des cours d'eau, les terrains plus ou moins accidentés de ceux qui sont plats; les premiers ont une grande influence sur l'écoulement, les seconds sont qualifiés de neutres par Belgrand.
Les terrains perméables occupent dans le bassin une surface de S9,210 kilomètres carrés.
Les terrains imperméables
actifs, 9,70S
neutres, 9,735
Total 78,650 kilomètres carrés.
On voit que les premiers entrent pour les trois quarts dans le bassin ; les terrains imperméables ayant une grande action sur les crues, un huitième ; les neutres, un huitième.
M. Belgrand reconnaît qu'il faut retrancher des terrains franchement perméables les terrains tels que la terre à foulon, les marnes d'Oxford et du Kymméridge, et une partie de la craie marneuse, qu'il serait plus exact de qualifier de demiperméables.
9&. Proflls en travers des vallées. — Notre guide a fait des remarques très intéressantes sur la forme du profil en travers des vallées, suivant qu'elles sont bordées de terrains imperméables ou perméables. Les eaux ravinent les premiers, et il en résulte des alluvions beaucoup plus considérables que les dépôts du cours d'eau; les terres ainsi entraînées s'accumulent au pied même des coteaux, en pente très
douce vers le cours d'eau, et recouvrent les alluvions anciennes. Les vallées, dans ces terrains, ont donc toujours la forme concave quand elles ne sont pas très larges.
Lorsque les versants sont perméables, il ne se produit que des ravinements peu étendus, et seulement sur les pentes très fortes; le fond des vallées reste donc plat, à moins qu'il ne soit convexe comme cela se voit souvent. La foi*me de la vallée ne s'oppose pas, comme dans le cas précédent, à ce qu'il y ait des marais.
§ Vil BACTÉRIES ATMOSPHÉRIQUES
56G. Geniies aériens. — Des myriades de germes, provenant du sol, des eaux, des infusions marécageuses, des substances malades ou en décomposition, sont entraînées par le vent dans l'espace. Les nombres de germes de bactéries, dans Tair, varient avec les circonstances météorologiques, et la mortalité varie en même temps. Les recherches entreprises à Montsouris sur ce sujet sont fort intéressantes.
Les bactéries et la pluie.
La figure ci-jointe donne, pour le premier trimestre de 1883, le résultat des observations faites par M. le docteur Miquel. La ligne de base se rapporte aux temps, les ordonnées supérieures aux nombres, de bactéries, les ordonnées inférieures aux pluies. Les second et troisième trimestres accusent, à la fois, beaucoup plus de pluie et beaucoup plus de bactéries ; mais les maxima de la première correspondent souvent aux minima des secondes, comme pendant le premier trimestre. Parfois des pluies moyennes correspondent cependant àde fortes quantités de germes, ce qui accuse d'autres