‹ Hydraulique fluvialeChapitre 134 sur 152 · F. LES LAVES · texte numérisé non relu

F. LES LAVES

Toute cette masse n'est point animée d'une vitesse uniforme. Tantôt le mouvement est assez rapide, tantôt il est au contraire extrêmeme;pt lent, et à certains moments même tout semble immobile. Au moindre obstacle, les blocs qui sont en avant, trouvant une résistance à vaincre par suite de l'inégalité du lit ou ^une diminution de la pente, s'arrêtent brusquement. S'ils forment une masse suffisante, tous les matériaux qui suivent immédiatement sont arrêtés par ces barrages momentanés. Cependant le courant pousse toujours et le niveau de la lave peut alors s'élever à une grande hauteur (jusqu'à 7 mètres au-dessus du fond du lit). Mais bientôt les matériaux franchissent l'obstacle qui les arrêtait, soit qu'ils aient passé par-dessus, soit qu'ils l'aient fait céder à la pression formidable qu'il supportait. Alors la vitesse s'accélère de nouveau et toute la masse se remet en mouvement pour s'arrêter encore.

Une fois l'avant-garde de gros blocs passée,^ la lave descend le canal avec une vitesse assez régulière. C'est une masse de couleur noire à peine fluide; sa surface semble uniquement formée de terre mélangée d'eau et présente très peu de saillies extérieures, malgré les matériaux énormes qu'elle renferme ; on dirait un fleuve de boue. Ce n'est que par moments que les gros blocs signalent leur présence au milieu de cette lave et se dressent un instant comme des tours au-dessus du flux boueux pour s'y engloutir bientôt après, alors qu'ils ont franchi l'obstacle qui les forçait de s'élever ainsi par-dessus la lave.

Courant de lave. Barrage momentané.

Cette lave descendait airisi avec une hauteur moyenne de 4 mètres son profil en long était en général parallèle au lit du torrent : elle s'é-

Bloc s'élevanl au-dessus de la lave.

levait seulement quand elle rencontrait un obstacle momentané. Le profil en travers était toujours très convexe vers le ciel, quand la lave montait, et légèrement concave quand elle diminuait. Cette forme s'explique facilement par le frottement ou l'adhérence qu'éprouve la lave au contact des berges du torrent, quand son niveau monte ou descend.

C'est ainsi que la lave épaisse descendit pendant vingt minutes environ. On n'entendait presque aucun bruit; seulement, de temps en temps, le son strident d'un rocher frottant contre la berge ou contre un autre rocher.

Lave montante.

Lave descendante.

Cependant celte lave devient de plus en plus liquide et dès lors animée d'une vitesse toujours croissante. Bientôt l'eau arrive en grande abondance; elle coule comme un ruisseau furieux sur la lave, qui elle-même

Flux d'eau avec blocs passant sur la lave.

marche encore lentement. Alors le bruit commence ; l'eau, arrivant avec une grande force, forme des lames qui atteignent jusqu'à 2 mètres de hauteur et avancent avec le courant qu'elles suivent. Elles entraînent ainsi des blocs assez gros qui souvent paraissent à la surface, s'entrechoquent sans cesse et font un épouvantable fracas. Mais l'eau rejoint bientôt la lave épaisse qui est en avant et lui donne une nouvelle poussée.

Profil en travers de Teau passant sur la lave.

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