‹ Hydraulique fluvialeChapitre 135 sur 152 · F. LES LAVES · texte numérisé non relu

F. LES LAVES

Enfin, quand tout est balayé par devant, Teau devient presque claire. Elle coule alors par-dessus la lave qiii restait au fond du lit, et, devenue alTouillante, se creuse un passade au milieu des débris.

On ne voit plus alors que quelques traces des matériaux entraînés qui sont restées adhérentes à la berge et témoignent seules de la hauteur à laquelle la lave est montée. L*eau a nettoyé le lit du torrent et les matériaux ont été entraînés plus loin.

Tel est le phénomène que j*ai observé dans le canal d'écoulement du torrent. Voyons maintenant ce qui s'est produit sur le cône de déjection proprement dit, où j'ai suivi pas à pas la marche de la lave.

La lave, qui se trouvait resserrée dans un canal profond, trouve tout à coup de l'espace pour s'étendre sur ce grand cône de déjection. Elle s'épanouit sur une grande largeur avec une épaisseur bien moindre et diminue par conséquent beaucoup de vitesse. Les plus gros blocs, qui se trouvaient cachés dans la lave, touchent maintenant le fond du gravier et sont peu à peu arrêtés, tandis que quelques-uns, plus petits, continuent leur marche en tournant et se montrent de temps en temps audessus de la boue. Quelquefois des blocs d'assez grandes dimensions sont soulevés au-dessus de la lave; souvent on les voit flotter quelque temps sur elle, nageant comme des morceaux de bois.

Sur certains points, au moment de la plus grande hauteur de la lave, une digue située sur la rive droite est franchie par une boue heureusement très épaisse et à peine fluide; sur d'autres points, la digue sufût à les arrêter et l'épaisseur de la boue est telle qu'elle forme un bourrelet de 10 et 20 centimètres au-dessus du couronnement de cette digue. Pourtant les cultures sont très menacées par derrière. Encore quelques instant comme cela, et le torrent va envahir les champs. Heureusement l'eau arrive à temps et, se creusant un passage au milieu de la lave, elle coule en ligne droite et fait baisser le niveau de cette boue. Les champs sont sauvés.

Poussée par derrière, la lave continue de marcher tantôt en ligne droite, tantôt par côté, sur la pente du cône. Elle forme des boursouflures, .s'arrête sur certains points pour divaguer aiUeurs. Puis elle arrive dans une oseraie naturelle; là, elle marche sur une hauteur de 2 mètres et une largeur de 40 mètres environ, mais avec une vitesse très faible (30 centimètres par seconde). Les arbres les plus faibles sont renversés par terre dès qu'ils sont atteints par cette masse noire : ils disparaissent engloutis dans la boue; les plus forts résistent et sont seulement ébranlés par le choc des blocs qui viennent se heurter contre leur pied.

La vitesse de la boue devient de plus en plus faible et elle n'aurait point tardé à s'arrêter complètement, quand l'eau arrive avec un bruit épouvantable et une vitesse de 3 à 4 mètres par seconde. Elle domine la lavd étendue en grande nappe sur le cône, forme des vagues de 1 mètre de hauteur au moins et entraîne souvent des blocs d'assez grandes dimen-

sions, coulant presque toujours en ligne droite et se creusant bientôt un canal dans la boue qu*elie affouille.

Elle arrive bientôt à la passerelle de la route nationale, qui n'a qu'un faible débouché. Pendant un instant toute Veau passe dessous; mais bientôt cette eau s'épaissit de nouveau, entraîne de gros blocs qui sont arrêtés sous le pont, sans qu'on les ait vus arriver. Le niveau augmente immédiatement et, en un instant, toute l'eau redevenue lave passe sur la route, enlève la main courante de la passerelle, et continue son chemin jusqu'à rUbaye. Enfin, elle redevient de plus en plus claire, se creuse un nouveau lit dans la lave, et tout reprend son cours habituel.

Lies tourbillons.

« Lorsqu'on examine, sur une carte hydrographique, le tracé d'une rivière et les cotes de profondeur de ses différentes parties, on voit que la ligne du thalweg passe successivement d'une rive à l'autre, et que les plus grandes cotes se maintiennent constamment dans les concavités accentuées.

... « Il y a là un phénomène singulier, qui a si bien attiré l'attention des ingénieurs que deux d'entre les plus distingués ont recherché, pour* la Garonne, une relation empirique entre le rayon de courbure des rives et la profondeur du lit ; mais, quant au mode d'action des filets liquides qui amènent l'approfondissement, il n'a point été indiqué.

<L Or je crois l'avoir trouvé dans la création des tourbillons qui se présentent toujours dans les parties concaves des rivières, et dans un mouvement général de torsion dont est animé alors l'ensemble des filets liquides.

« Voici les expériences qui m'ont conduit à cette double explication : « Si l'on verse dans un vase de verre un liquide un peu plus dense que l'eau (par exemple de l'aniline), puis de leau, et enfin une couche mince d'une huile quelconque, et que l'on donne aux liquides supérieurs un mouvement de rotation au moyen de palettes, on voit se produire une dépression centrale à la surface de l'huile; un cône de ce liquide descend au centre de l'eau, tandis qu'une protubérance d'aniline s'élève du fond du Huile. Eau. Aniline. vase.

« Si la vitesse de rotation s'accroît suffisamment, et si Ton augmente

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