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I. RÉSERVOIRS D'EMMAGASINEMENT DES CRUES

mètres cubes ou 6,800 mètres cubes, sans que Tintervalle de leurs maxima particuliers soit changé.

Dira-t-on que le régime des rivières ne comporte pas de pareilles modifications? Ce serait une erreur, car le régiAie des cours d'eau en crue e«t extrêmement variable et, en comparant les diverses crues d'un même cours d'eau, on voit qu'elles sont soumises à des changements bien autrement grands que ceux exprimés par les figures ci-dessus. On sait par exemple que si le plus souvent tel affluent amène son débit maximum à son embouchure dans un autre cours d'eau avant l'arrivée du débit maximum de celui-ci, Tinverse se produit très fréquemment.

Pour peu qu'on veuille réfléchir aux mille causes qui peuvent modifler l'ordre d'arrivée des crues partielles des innombrables ruisseaux et rivières d'un grand bassin, leur plus ou moins de durée, le débit maximum que la crue atteindra dans le fleuve qui reçoit tous les cours d'eau paraîtra certainement un phénomène assez compliqué pour que, a priori, on ne doive pas espérer de pouvoir le formuler par une fonction simple des hauteurs maxima des crues des principaux affluents.

En cherchant à établir une loi entre les hauteurs maxima observées à différents poînts d'un bassin, on ne peut donc arriver qu'à des conjectures vagues, ^qui ne sauraient servir de bases à un calcul des effets qu'on devrait attendre de réservoirs établis en divers points de ce bassin. Une pareille loi n'existant pas réellement, les relations moyennes qu'on déterminerait en 10 crues, par exemple, seraient bien sujettes à être démenties par la onzième.

On ne serait certes pas plus sûr des résultats qu'on voudrait prédire d'après de pareilles relations que si, des quantités de pluie tombées pendant dix ans, on essayait de prévoir celle qui tombera à l'avenir.

Si une relation un peu constante entre les hauteurs maxima à deux endroits déterminés pouvait exister, ce serait assurément entre celles •observées sur le même cours d'eau dans un intervalle où il n'y aurait pas de grands affluents, par exemple .sur le Rhône au pont Saint-Esprit et à Avignon. Or, voici quelles ont été les hauteurs des trois plus grandes cnies qui se sont produites depuis quatre ans :

Octobre 1835. Mal 1836. Septembre 1857.

Pont-Saint-Esprit... 5'n,90 6»,77 5™,80

A • K (^K r'">^'^ ^^^^ gauche)

^^'^^" ^ ^ h 45bras droit ^ ^^

Ainsi la crue brusque de 1857 s'est énormément aplatie du pont Saint-Esprit à Avignon. Celle plus longue de 1855 s'est moins affaissée, et dans celle de 1856 la hauteur a été plus grande à Avignon qu'au pont Saint-Esprit.

A supposer d'ailleurs qu'on trouve approximativement que la hauteur du Rhône à Lyon, par exemple, soit une fonction des hauteurs maxima

de la Saône à Verdun, de TAin à Pont-d'Ain, de TArve à Garouge, cette fonction sera déduite de l'état actuel des lieux; or les retenues ayant pour conséquence nécessaire d'allonjrer les crues de tous ces affluents, de refarder les moments des maxima, de changer la propagation des débits, modifieront le mode d'écoulement de leurs crues, et par conséquent la fonction supposée cesserait d'être vraie; elle ne saurait donc servir à calculer les effets des retenues.

Des observations dés hauteurs seules on peut incontestablement retirer de très utiles renseignements*, et il est possible de prévoir, d'après les hauteurs d'eau annoncées télégraphiquement de divers points du bassin, dans quelles limites une crue pourra se tenir dans les régions inférieures. Toutefois, au lieu de baser ces prévisions sur des règles empiriques gén(i raies sujettes à de nombreuses exceptions et pouvant conséquemment induire en erreur, il sera peut-ôfre préférable de se rendre compte, par une appréciation directe, de la hauteur présumée de la crue à lembouchure de chacun des grands affluents. Mais en tous cas, si par ce moyen on peut connaître avec une approximation d'un mètre près, peut-être de 0",50, la hauteur probable d'une crue, nous ne croyons pas qu'on puisse en déduire l'effet probable de retenues qni seraient pratiquées aux points d'où les hauteurs sont annoncées. Pour abaisser une grande crue du Rhône de 0n\50 à 1 mètre, nous verrons tout à l'heure que les capacités des retenues, en supposant qu'elles fonctionnent bien à propos, ne devraient pas (Mre de moins de 800 millions de mètres cubes; et comme les crues du Rhône sont plus courtes dans la période des très grands débits que celles de beaucoup de grands fleuves, un même abaissement de ceux-ci exigerait probablement des retenues plus considérables encore.

VIII. — Pour qu'on puisse se rendre compte, avec quelque exactitude, des effets que produiraient des retenues destinées à diminuer les inondations, nous croyons qu'il est indispensable de connaître approximativement les débits qui se sont produits dans toute l'étendue du bassin, aux divei^smoments d'une des plus grandes inondations connues dont on aurait constaté la marche, depuis les emplacements des barrages jusqu'aux points qui doivent en profiter. Ces courbes de débits ne suffiraient d'ailleurs pas, car il faut encore connaître la durée de leur propagation dans les différentes régions du bassin.

Cependant elles permettent déjà de donner très simplement une limite inférieure, mais très inférieure, de la capacité des retenues qui seraient nécessaires pour obtenir un abaissement donné d'une crue, dans une localité donnée.

1. Avec un bon système d'observations de hauteurs, combinées d'une certaine manière, on déterminerait sans aucun jaugeage les débits correspondant aux diverses hauteurs dans les endroits où les modilications du fond du lit n auraient pas une grande influence sur la relation des débits avec les hauteurs.

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