I. HÊSEHVOIRS D'EMMAGASINEMENT DES CRUES
Tous les réservoirs espa|(iiols, de nit^nie que ceux que l'on ii essayé de construire en France et en Algérie sur des types analogues, sont des réservoii-s-bairages formant retenue en plein lit de rivières torrentielles. Ils sont donc, dès lors, exposés à deux causes principales de destruction : l'envasement qui les met rapidement hors de service lorsqu'on ne peut y remédier; la rupture de la di{^e de retenue qui, à un moment donné, peut ouvrir isoue à une trombe d'eau qui balaye au loin les habitations et les propriétés riveraines sur toute l'étendue de la vallée en aval du barraj^e. ...Si l'on peut, à la rigueur, espérer un remède à l'envasement des rés*»rvoii*s-barrdjres, on ne saurait compter en trouver contre la rupture du barrage de retenue, qui en principe doit toujours se 'produire un jour ou l'autre, sur un cours d'eau torrentiel, d'autant plus terrible dans ses conséquences qu'elle aura été plus longtemps retaic^ét», et coïncidera par suite avec une crue naturellement plus forte elle-même. Les ingénieui-s i>euvent sans doute calculer avec toute la rigueur désirable les épaisseurs qu'un barrage de retenue doit avoir pour résister à la pression de l'eau dont il relève le niveau; mais ce qu'ils ne sauraient jamais gîu-antir, t'est la résistance du barrage à l'action destructive des eaux qui s'é<*oulent par déversement sur sîi crête, quand le réservoir est rempli. Les maçonneries artiticielles qui constituent le barrage, les rochere naturels qui peuvent former le seuil de son radier d'aval, n'offrent jamais qu'une résistance relative à la chute de la nappe d'eau qui tombe sur eux de toute la hauteur du barrage, et dont rien ne permet de délimiter par avance le poids total. De même qu'il n'est blindage de navire qu'on ne puisse défoncer par l'emploi d'un projectile de calibre suffisant, de même il n'est mur ou radier de barrage qui ne doive être tôt ou tard enlevé pai- le dévei^senient d'une crue torrentielle supérieure à toutes celles qu'on avait i)u observer précédemment.
Dans l'historique des réservoirs si peu nombreux, en somme, qui ont été construits en divers pays, on compte pour ainsi dire autant de sinistres que d'ouvrages. Ce sont, entre autres :
En France, les ruptures successives des réservoirs du Plessis et de Bertrand, sur le canal du Centre;
En Angleterre, la rupture du réservoir de Sheffield, d'une contenance de 3 millions de mètres cubes, qui a coûté la vie à 250 personnes et détruit 800 maisons ;
En Espagne, la rupture du réservoir de Puentès ou de Séria, d'une capacité de 15 millions de mètres cubes^ qui a fait périr 600 personnes et occasionné des dommages évalués à six millions de francs;
En Algéiie, la lupture du barrage de Tabia et les deux ruptures successives du bairage de l'Habra.
Ce dernier barrage a été emporté deux fois en moins de dix ans. La première fois, la crue étant relativement faible, l'inondation produite s'était arrêtée à quelques centaines de mètres du vilUige de Perrégaux,
et n'avait occasionné que des dommages matériels de peu d'importance, à raison de l'état à peu près complet d abandon dans lequel se trouvait alors la vallée inférieure. On peut juger cependant des résultats qui se seraient produits si le pays avait été cultivé et peuplé, par ce fait que les ingénieurs n'ont pas évalué à moins de 200.000 mètres cubes le volume des déblais affouillés et entraînés à l'issue de la brèche, lors de cette première rupture.
Le barrage ayant été reconstruit plus solidement, a montré plus de résistance. Il a fallu une crue beaucoup plus forte pour l'enlever. L'inondation a été d'autant plus considérable et a balayé les localités que la précédente avait épargnées. Les hommes et les maisons ont été emportés par centaines ; les chemins de fer de Saïda et d'Oran ont été détruits et coupés sur de grandes longueurs. Bien que les détails navrants de ce désastre récent ne soient pas encore parfaitement connus, il est à espérer que la tradition légendaire s'en perpétuera assez longtemps dans le pays pour empêcher la reconstruction d'un ouvi'age qui devrait fatalement ramener une troisième catastrophe du même genre.
Si l'on peut encore parfois songer à transformer en réservoire d'une petite capacité quelques goi-ges étroites et profondes, à parois rocheuses, telles que celles qui ont été établies en Espagne pour l'alimentation d'une ville ou de quelques jardins; si Ton peut, à un autre point de vue, s'essayer à ménager la cuvette de quelques petits lacs naturels perdus dans les hautes régions des Alpes ou des Pyrénées, on ne saurait sérieusement compter sur des travaux de ce genre pour régulariser et ramener à un module uniforme le régime torrenliel d'une rivière de quelque importance.
Si l'on veut obtenir ce dernier résultat, ce n'est plus par unités ou dizaines, mais par centaines de millions de mètres cubes qu'on doit calculer la capacité des réservoirs, de manière à pouvoir emmagasiner, non seulement l'excédent d'une saison pluvieuse moyenne, mais celui d*une saison exceptionnelle, pour le répartir sur plusieurs années de sécheresse successives.
Prenons pour exemple la Neste, dont le débit moyen peut ôti-e considéré comme égal à 25 mètres par seconde pour l'année entière, que nous pouvons supposer réparti en trois périodes successives de quatre mois chacune, pendant lesquels ce débit aurait des valeurs variables de 10, 2fi et 40 mètres. Si l'on voulait ramener le régime de cette rivière à un module uniforme et constant de 25 mètres, il faudrait emmagasiner les 15 mètres cubes d'excédent de la saison pluvieuse pour les répartir sur la période équivalente de l'étiage, ce qui exigerait un réservoir de 150 millions de mètres cubes environ. Mais si l'on admet, ce qui n a rien que de très plausible, que le débit annuel, au lieu d'être constant, puisse varier du simple au double, de 500 à 1,000 millions de mètres, et qu on veuille