‹ Hydraulique fluvialeChapitre 151 sur 152 · I. RESERVOIRS D'EMMAGASINEMENT DES CRUES · texte numérisé non relu

I. RESERVOIRS D'EMMAGASINEMENT DES CRUES

l'équilibrer d'une année à l'autre, la quantité à mettre en réserve pourra s'élever à plus dé 300 millions de mètres.

Il est évident que, en dehors même des considérations de sécurité publique, qui ne sauraient jamais permettre de s'y arrêter, on devrait nécessairement reculer devant le chiffre énorme de dépenses qu'entraînerait l'exécution d'un ouvrage aussi colossal, dans le système actuellement suivi des bairages réseivoirs en plein lit de vallée.

Nous avons vu dans quelles conditions se présente la solution du problème par le nouveau procédé que j'ai proposé. Le creusement d'un réservoir en déblai, d'une capacité de 2 à 300 millions de mètres cubes, devient une entreprise très réalisable dont le prix de revient n'aurait rien d'excessif, alors même que les frais de creusement ne seraient pas couverts, et au delà, par l'utilisation des. déblais pour le limonage et la fertilisation des terrains inférieurs. Établi dans les conditions précédemment indiquées, un pareil réservoir, eût-il 100 mètres et plus de profondeur d'eau, ayant son plafond creusé au-dessous du niveau des vallées les plus voisines, séparé d'elles par des digues de terrain naturel de plusieurs kilomètres d'épaisseur, me paraîtrait offrir des garanties absolues de solidité. ^

On pourrait d'autant moins conserver de craintes à ce sujet, que les cas de rupture connus des barrages-réservoins sont moins provenus de l'insuffisante épaisseur des digues ou barrages de retenue que du déversement obligé de l'excédent des grandes crues sur la crête de ces digues. Cet inconvénient disparaîtrait évidemment pour les résenoirs en déblai, qui ne recevraient que l'eau qu'on voudrait y introduire, et que la manœuvre d'une vanne suffirait à isoler du cours d'eau alimentaire, avant le moment où l'on pourrait avoir à redouter un débordement.

... Je puis me tromper dans mes appréciations; mais si l'examen approfondi de mon procédé, si quelques essais faits avec sagesse confirment mes espérances, on |)eut entrevoir déjà toutes les conséquences (jui en résulteraient.

Des réservoirs analogues à celui que j'ai indiqué pour la Neste pourraient être multipliés sur tous les versants de nos grands massifs montagneux, et principalement dans la région des Pyrénées.

On ne saurait estimer à moins d'un million d'hectares la zone des hauts versants supérieurs à la cote 600 mètres, dont on pourrait ainsi aménager les eaux sur toute cette étendue de notre frontière méridionale. Nous avons vu, par l'exemple particulier de la Neste, que les coure d*eau de cette région montagneuse, alimentés par des précipitations exceptionnelles de pluies et de neiges, ont des débits excessivement élevés.

Celui de la Neste, en particulier, correspond à l'écoulement moyen d'une lame d'eau de 1™,25 sur toute l'étendue de son bassin. En ne comptant que sur le quart de cette quantité, sur une tranche d'eau moyenne de 0'",30 à mettre en réserve, on pourrait se procurer un

460 HYDRAULIQUE FLUVIALE. ANNKXES

approvisionnement annuel de 3 milliards de mètres cubes d'eau qui, suivant qu'on en régulariserait l'emploi pour une pôiiode d'irrigation ou de sécheresse de quatre à six mois, pourrait assurer des débits uniformes de 2 à 300 mètres cul)es par seconde aux dérivations que ce résenoir alimenterait.

Pour contenir et faire fonctionner dans les meilleures conditions une réserve pareille, de beaucioup supérieure très ceiiainement à celle dont les lacs des Alpes assurent l'emploiaux plaines lombardes, il suffirait d'affecter à l'usage de ces lacs artificiels une superficie de terrain de très peu de valeur, ne dépassant pas 3 à 4,000 hectares, suivant que la profondeur moyenne des retenues varierait dalOO à 80 mètres.

L'entreprise exigerait comme opération préalable une touille de 3 à 4 milliards de mètres cubes, triple de celle qui' serait nécessaire pour recouvrir le sable des Landes d'une couche uniforme de limons fertilisants de 0",10 d'épaisseur; ce surcroît de déblais ne trouverait pas ailleurs un epnploi moins avanUigeux, pour l'aniélioration du sol arable de toute la région 6ous-pyrénéenne et le comblement des marais et étangs de tout le littoral méditerranéen entre l'embouchure de l'Aude et celle du Tech. Ce serait sans doute une opération de longue haleine qui ne poiu rait se terminer en un jour, mais dont les résultats d'amélioration gi-aduelle, s'accroissant d'eux-mêmes progressivement, ne tarderaient pas à faire de toute cette région la contrée du monde la plus favorisée, au double point de vue agricole et industriel, par la fertilisation de son sol régénéré, aussi bien que par l'abondance de ses eaux courantes.

K. — I^es plantes aquatiques.

Les plantes aquatiques que l'on rencontre dans la vallée de l'Escaut sont nombreuses et appartiennent à des genres variés. En les étudiant au point de vue des précautions à prendre pour assurer le libre écoulement des eaux, on est amené à établir deux catégories. Lu première comprend les plantes de fondy et la seconde les plantes de surface.

Plantes de fond. — Nous entendons par plantes de lond celles qui ont leur racine au fond de l'eau et qui n'émergent que jx>ur fleurir. Les plus répandues sont :

Les graminées y notamment :

1° Le roseau, tige cylindrique engainante, feuilles alternes sortant de nœuds saillants ;

2» Le presle, tige herbacée, creuse et cylindrique, feuilles verticilléej?.

K. LES PLANTES AOUATIQUES 461

La^ massèteSy comprenant :

1® La massette à larges feuilles, tige dépourvue de nœuds, feuilles un peu engainantes, très longues, en forme de glaive ;

2** Le ruban d'eau à tige droite, à feuilles triangulaires ;

3° Le ruban d'eau flottant, à feuilles flottantes.

Les Joncs, Plantes herbacées, vivaces, tige ou chaume cylindrique, feuilles engainantes à la base.

Les mousses et notamment le càlîn, petites plantes aux racines très firtes et touflues, tige simple ou rameuse, feuilles petites, étroites et tubulées (en forme d'alêne).

Les nymphéacées comprennent :

1° La morrène, plante herbacée, dont les tiges libreuses émettent des rejets toiiçants ; les fleurs naissent de houppes qui les élèvent au-dessus de l'eau.

2** Le nénuphar, grande et belle plante dont les feuilles et les fleurs s'étalent à la surface des eaux. Les feuilles sont lai-ges, arrondies, éjKiisses ; les fleurs sont blanches ou jaunes.

Les nymphéacées forment la limite entre les plantes de fond et celles de surface dont nous parlerons plus bas.

Influence des plantes de fond sur Vétat d'entretien des cours deau. Sous le rapport de l'influence des plantes de fond sur l'état d'entretien des cours d'eau, il faut distinguer les plantes rampantes de celles à tiges droites.

Les plantes rampantes, et notamment la mousse, se propagent par les fortes chaleurs avec une rapidité étonnante. Après avoir tapissé le lit, ces plantes s'élèvent au-dessus du fond, formant un véritable barrage au-dessus duquel l'eau passe en déversoir. Il est aisé de comprendre qu'il se produit à l'amont de ces barrages de mousse un remous qui retarde le dessèchement.

Les plantes à tige droite, quand elles ne sont pas trop rapprochées, ne diminuent pas d'une façon appréciable la vitesse des eaux ; mais quand on a laissé se propager librement ces plantes, surtout les joncs, les massètes et les graminées, il se forme au travers du lit une véritable barrière de tiges entrelacées, au milieu desquelles l'eau ne parvient que très difficilement à trouver un passage.

Moyens préservatifs contre les plantes de fond. Le moyen le plus efficace serait évidemment d'arriver à la destruction complète de ces plantes. On peut atteindre ce résultat quand le lit du cours d'eau est à l'état normal d'entretien et lorsque les plantes de fond ne sont pas trop multipliées. Dans ce cas, on se sei*t d'un trident en fer à pointes recourbées que l'on enfonce sous la plante assez profondément pour atteindre toutes les racines ; on exerce alors un efibrt de torsion et la plante est enlevée très facilement hors de l'eau.

Mais quand les plantes de fond ont envahi les cours d'eau sur une

certaine étendue, il n'est plus possible de les extirper à moins de faire des dépenses considérables. En général, on se contente de les faucarder pour rétablir périodiquement un écoulement convenable.

Cette opération se fait à la faux à main, ou au moyen du faucard (lames de fer articulées et tranchantes, traînées de Ta val à Tamont sur le fond du lit par des ouvriers placés sur les deux rives). La plupart des plantes, une fois coupées, remontent à la surface et se recueillent au râteau; mais la mousse, bien que détachée par la faux, demeure en place et ne surnage pas. On n'en sera pas étonné si l'on considère que la mousse adhérant au lit comme une sorte de tapis, garde dans ses racines si serrées et si nombreuses une certaine quantité de teiTe qui reste sous la plante, modifie la pesanteur spécifique de la masse et tend à la retenir au fond.

D'autre part le chevelu serré de la mousse arrête une partie du gravier charrié par les eaux ; cela achève de lui donner du poids et il est rare qu'elle remonte.

Plantes de surface. — Ces plantes sont ainsi nommées parce qu'elle se propagent dans l'eau sans prendre racine au fond; pour la plupart, elles s'épanouissent à la surface. Les plus répandues dans la vallée de l'Escaut sont les suivantes :

Les algues. Ces plantes se montrent à l'origine sous l'aspect de petits globules isolés ou groupés, qui en se réunissant forment des filaments, des lames configurées de diverses manières, ou des réseaux.

Nous ne citerons que deux espèces :

1» La confene, algue élémentaire -composée de filaments articulés et nageant dans l'eau, tantôt simples, tantôt rameux ;

2** L'hydrophyte, ou liane des eaux. — Tiges fle^xibles et tenaces tantôt filiformes, tantôt aplaties. Cette espèce diffère essentiellement de la conferve en ce qu'elle a un cœur d'un tissu très serré et très résistant; cette particularité l'a quelquefois fait classer dans la famille des liuacées.

Les naïades ou plantes nageant soit dans l'eau, soit à la surface.

On distingue parmi les naïades :

1° Le lemna ou lentille d'eau. Cette plante se propage sur les eaux privées d'écoulement sous la forme de feuilles dépourvues de tiges. Ces feuilles sont ovales, d'un vert clair ;

2** Le chara, plante aux tiges grêles, rameuses, vertes et parfois translucides, portant de distance en distance des rameaux au nombre de huit à dix.

Les crucifèresy et en particulier le cresson de fontaine, qui couvre la surface des eaux pures et limpides.

Influence des plantes de surface sur téiat d entretien des cours d'eau. Les naïades et les crucifères ne se développent généralement que dans les eaux stagnantes, ou sur les parties de cours d'eau où la \itesse d'é-

Page 1