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LES DÉBITS DE SABLE ET DE GRAVIER

B9. Eies sables et les ipraviers de la Eiolre. — Certaines rivières reçoivent de grands volumes de déjections provenant des montagnes ^ Mais les conditions géologiques et autres peuvent modifier co phénomène; voici les observations qui ont été faites par M. Comoy, en ce qui concerne le bassin de la Loire :

Dans la partie supérieure du bassin, il arrive assez souvent que les cours d*eau s'encaissent dans la plaine, en aval du cône de déjection. Ce cône est d'autant plus marqué que les montagnes ont plus do hauteur. A mesure qu'elles s'abaissent» l'envahissement de la plaine diminue, et l'on rencontre des ruisseaux qui n'ensablent que leurs lits. Dans ce cas les riverains procèdent ordinairement au curage, pour donner aux eaux l'écoulement nécessaire. Bien que l'opération n'ait lieu que tous les huit ou dix ans, le volume des détritus n'est pas considérable.

Les ruisseaux provenant des collines ne présentent plus trace de sable, sauf de rares exceptions; ils s'encombrent encore, mais seulement par les vases et les herbes aquatiques.

En résumé, M. Comoy constate que les sables et les graviers provenant de la partie supérieure du bassin s'arrêtent en

t/« Nous mouillons au-dessus du ruisseau de Tien-San-Hô qui a formé, à son embouchure dans le Fleure-Rouge, une vraie montagne de grosses roches et de galets, couverte en partie de broussailles. » Et ailleurs : « Les amas de roches et de galets proviennent de nombreux torrents qui les roulent à leur embouchure jusqu'au milieu du /(euvû. » (Dupuis. Voyage <IIM Tonhin,}

roule; il n'en arrive qu'une faible quantité dans la circulation générale du fleuve, comparativement aux matières solides d'autres provenances.

Quelle est donc la cause principale de l'encombrement du lit?

63. La eorroslon des rives. — Les rives de la Loire sont sans cesse corrodées par les eaux dans les parties concaves ; des dépôts se forment au contraire dans les parties convexes, comme cela se passe sur toutes les rivières à lit mobile. Le cube annuel des terres enlevées aux rives s'élève en totalité sur le fleuve et sur l'Allier à 8,900,000 mètres dans les années très humides et à grandes crues comme 1856, et à 1,400,000 dans les années très sèches comme 1858 et 1859. En 1857, que Ton peut considérer comme un type d'année moyenne, ce volume s'est élevé à 3,800,000 mètres cubes.

Les terres ainsi détruites, et qui tombent dans le lit des rivères, se composent d'argile, de sable et de gravier. La quantité de sable çt de gravier qui entre dans un mètre cube a été trouvée (moyenne de plus de deux cents expériences) de 67 centièmes sur la Loire au-dessus du Bec-d' Allier, de 57 centièmes au-dessous, et également de 57 centièmes sur l'Allier.

L'argile entre en suspension dans l'eau, et est emportée par le courant, laissant en arrière les sables et graviers. Ceux-ci constituent, tout calcul fait, un apport annuel aux lits de la Loire et de l'Allier, par le fait de la corrosion des rives, de 2,300,000 mètres cubes, année moyenne.

64. Dépôts. — C'est un volume considérable apporté aux rivières ; mais tout n'entre pas dans le courant des sables et graviers entraînés au loin. La plus grande partie de ces matières est déposée presqu'immédiatementsur les grèves des rives convexes, où elle s'immobilise et reforme des terrains, qui s'élèvent peu à peu par les dépôts successifs. Ces terrains finissent par devenir cultivables, en se colmatant à la longue au moyen des vases laissées par les crues.

Ce travail de reconstitution des terres riveraines est hors de doute ; on l'observe sur toute la longueur de la Loire supérieure et de l'Allier. S'il ne se faisait pas il y aurait très longtemps, vu l'importance des corrosions, que les plaines submersibles de la Loire et de TAllier seraient complètement

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anéanties. D après les données recueillies en 1857^ la plaine submersible de la Loire supérieure aurait été entièrement dé' truite en deux mille ans et celle de TAIlier en deux cents am. Cependant ces plaines existent encore ; elles ont donc du se reformer. Il est probable que ce travail s'est déjà opéré plusieurs fois sur toute la largeur des plaines submersibles.

Les surfaces des nouveaux terrains n'égalent pas celles qui ont été détruites, car les lits de la Loire supérieure et de TAllier ont pris un excès de largeur incontestable : on rencontre souvent des largeurs de 400 mètres à 600 mètres sur la Loire supérieure, et de 800 mètres à 900 mètres sur T Allier.

W^, Sables et ipraviers entraînés an loin. — Les reconstitutions de terrains à de petites distances n'en constituent pas moins une cause importante de réduction du volume des sables voyageurs, et la quantité annuelle se trouve certainement réduite à moins de moitié des 2,300,000 mètres. M. Comoy, après avoir rappelé qu'il n'y a qu'un 1res petit cube à descendre actuellement des montagnes et collines aux lits de l'Allier et de la Loire, fait allusion aux personnes qui portent à des chiffres de fantaisie le débit solide du fleuve; il constate qu'il « serait difficile de trouver l'origine d'une masse de sable atteignant chaque année plusieurs millions de mètres cubes. Tout porte à penser que le chiffre de un million représente mieux l'importance du phénomène. »

BS« Matières extraites par les riverains. — De ce dernier volume, il faut retrancher celui des matières extraites du lit par les riverains : « Les documents relevés dans toute l'étendue du bassin ont montré que les quantités enlevées s'élèvent à environ 600,000 mètres cubes par an, savoir : 150,000 mètres de graviers et 450,000 mètres de sable. »

On n'arrive guère» en définitive, qu'à un million moins 600,000, ou à 400,000 mètres cubes, pour le volume solide versé à la Loire maritime, en sus du limon.

BV . Oraviers polis d'un cété. — Par suite de la quasifixité des amas de graviers un peu gros de la Loire, (( les surfaces polies quïls présentent ne proviennent pas, vraisemblablement, du frottement qu'ils éprouvent en roulant les uns sur les autres, mais bien plutôt du passage incessant des sables

qui en usent les aspérités et en arrondissent les arêtes. Aussi n'est-il pas rare de trouver des graviers plats dont la surface est encore notablement rugueuse en dessous, tandis que la face exposée à Fusure des sables est beaucoup mieux polie ^ » Voilà une démonstration catégorique de la petitesse des déplacements annuels de ces graviers. On n'en trouve presque plus en aval de Nantes.

B8. Action des petites emes. — Voici ce qu'a constaté M. Sainjon : Des grèves où le sable domine contiennent souvent des graviers assez gros, mais peu apparents parce qu'ils sont noyés dans la masse. Auxpetites crues le sable est emporté sur une certaine profondeur, tandis que les gros graviers ne sont pas entraînés; aussi remarque-t-on, après la crue, la surface de la grève couverte de graviers précédemment contenus dans la couche de sable qui a disparu ; « mais ce n'est pas la crue qui les y a apportés. » Il ne s'agit dans cette citation que des petites crues; on ne peut nier qu'il y ait certains transports de graviers, et M. Comoy va nous les expliquer tout à l'heure.

se. Anciens transports en masse. — On trouve dans le lit de la Loire des graviers appartenant aux formations des parties supérieure» de la vallée ; mais M. Comoy ne pense pas que cela prouve qu'ils en soient récemment descendus. On explique leur présence en disant qu'ils proviennent des rives voisines, où ils se trouvaient au milieu de dépôts ayant une origine diluvienne. Les transports ont alors eu lieu en masse, sans grand triage.

VO. E.es tourbiUons. — M. Comoy admet que les graviers peuvent être transportés par suspension momentanée au milieu des tourbillons des grandes crues. Comme les graviers soulevés par cette cause sont aussi bien projetés à droite et à gauche qu'en avant, cet ingénieur pense qu'une grande partie de leur mouvement s'opère sur place. « Les crues de la Loire ont une faible durée, quatre à cinq jours suffisent pour les faire passer ; il serait difficile d'admettre que pendant ce temps les graviers qui roulent sur le fond pussent faire un long trajet, quand on voit les sables fins ne jamais parcourir plus de cent mètres en vingt-quatre heures, dans les circonstances les

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