‹ Hydraulique fluvialeChapitre 54 sur 152 · III. GRUES DE 1855 ET DE · texte numérisé non relu

III. GRUES DE 1855 ET DE

ment. Il est vrai qu'on avait eu 11,70 Tannée précédente, trois jours après le désastre de Toulouse.

Fort heureusement les maxima ne s'ajoutent que rarement. Bien que les longueurs du Tarn et du Lot, depuis leurs sources jusqu'à leurs confluents dans la Garonne, excëdentla longueur du fleuve lui-même de 83 et 122 kilomètres, la crue de Tun et de Tautre précède ordinairement celle de la Garonne,

Au printemps les pluies sont accompagnées de la fonte des neiges, à laquelle elles contribuent énergiquement.

1 18. Crue de t8S&. — La crue du 3 au S juin 185S a dépassé toutes celles qu'on avait observées depuis 1770 et 1772. Elle a marqué 7"',2S au-dessus de l'étiage à Toulouse. Tous les grands affluents ont été simultanément en crue ; mais leurs plus forts débits n'ont point coïncidé avec les maxima de la Garonne à leurs embouchures.

La crue a été courte à Toulouse : trois jours en tout, avec un débit maximum à la seconde de 4.200 mètres cubes. Elle s'est prolongée pendant six jours & Agen ; plus grand débit, 6.036 mètres, avec une hauteur de 10",06. A Marmande, 5.966 et 9«»,84 ; à Langon, 6.388 et 10",93.

Crue de juin i855 1 Toulouse et à ses abords. — Courbes des débits à la seconde eL des hauteurs maxima.

Les courbes locales des hauteurs s'arrondissent et s'allongent, à mesure qu'on considère des localités de plus en plus voisines de la mer ; le débit total de la crue va toujours en croissant, mais le contraire peut arriver pour le maximum à la seconde. C'est ainsi que nous avons eu à enregistrer 5.966 mètres cubes pour Marmande, après 6.036 pour Agen.

On trouvera, sur la figure ci-dessus, les courbes des débits

et des hauteurs maxima aux abords de Toulouse. L'exhaussement de la crue au passage de cette ville provient, à la fois, du volume de TAriège et du trouble apporté dans Técoulement par l'obstacle artificiel que forment les faubourgs dans le champ d'inondation. U existe . aussi un barrage à Toulouse et des passages rétrécis.

119. CraedelSSB. — L'année 1856 a été très humide. Il arrive quelquefois qu'une grande inondation se produit dans une année sèche ; on souflfre alors, non de l'excès des pluies, mais de leur mauvaise répartition.

On a compté neuf crues sur la Garonne, du 22 janvier au 30 juin, et quatre d'entre elles ont atteint une grande hauteur. Ainsi les eaux se sont élevées au-dessus de l'étiage, à Agen, de 7'*,82 le 15 avrU ; 9'",18 le 12 mai ; 9^17 le 1" juin, 8™,67 le 18 juin. Le fleuve a éprouvé en quelque sorte une crue de cinq mois, avec des oscillations.

Les hauteurs maxima ont été :

A Toulouse 5",00

A Agen 9"*, 18

AMarmande 9"',60

A Langon 10™,90

M. Belgrand donne par Toulouse (Résumé déjà cité) :

Le 31 mai 1856 5'",55

Le 16 et le 19 juin 6",00

IJSO. IMfensedes rives. — Ce qu*on a dit des déplacements du fleuve montre quelle est l'importance de la défense des rives, même au point de vue des inondations, car l'encombrement du lit ne peut que [favoriser l'élévation de celles-ci. On a des exemples de déplacements récents: Plusieurs commîmes de Tarn-et-Garonne^ primitivement bornées par le fleuve ^ ont maintenant des enclaves sur la rive opposée à leur territoire pnncipaL Toute rive concave non défendue est menacée, avec les constructions qu'elle porte. « De chaque côté du fleuve, dit M. Payen, et sur une grande largeur, la propriété reste précaire. Elle est exposée non seulement à de graves perturbations, mais encore à une destruction complète... Toute amélioration de la navigation doit commencer, comme en ce

§ Ilî. CRUES DE 1855 ET DE 1856 i27

qui concerne l'endiguement (contre les crues) par la fixation des rives \ »

Les travaux sont très avancés dans la Gironde et Lot-et- Garonne ; mais ils sont loin d'approcher de leur terme dans Tarn-et- Garonne, et ils ne sont pas commencés dans la Haute- Garonne.

ILftM . neseriptioift des fNnnran^es. On a établi le long de la partie inférieure du fleuve des lignes longitudinales de régularisation, dites de rives, rattachées aux berges par dos lignes transversales. Les lignes de rives sont généralement formées de pieux clayonnés, garnis dans le bas d'enrochements, principalement du côté du large ; des brins de saule sont placés verticalement, dans les interstices du clayonnage , et forment ainsi un rideau continu. Les lignes transversales sont simples ou doubles.

Par ce système, on défond les rives en même temps qu'on cherche à améliorer la navigation. 11 a réussi sous le premier rapport dans la Gironde et dans Lot-et-Garonne ; mais il donne lieu à des difficultés en amont, & cause de la violence des courants et de la grosseur des galets en mouvement. Dans la Haute-Garonne, où la pente moyenne est de 0",96 par kilomètre, les galets ont jusqu'à 0"',25de diamètre; les essais faits parles riverains n'ont pas réussi. Il faudra employer de grands volumes d'enrochements, et l'on estime que le mètre courant de rive défendue reviendra à 227 fr., soit dix millions pour 4i.OOO mètres à protéger.

Dans Tarn-et-Garonne, la partie en amont du Tarn peut être assimilée à la Hauto-Garonne, et celle en aval à Lot-et- Garonne ; la dépense serait de cinq millions.

Il reste un million à dépenser dans Lot-et-Garonne, et deux millions dans la Gironde.

1.^Ù9, Levées. — Los questions relatives aux digues dites insubmersibles, ou aux digues plus ou moins submersibles, pour défendre la plaine contre les crues, seront traitées avec détail au chapitre de la Loire.

Il n'y a pas très longtemps qu'on envisage ces questions à

1 . Remarquer la grande analogie qui existe, sous ce rapport, entre la Garonne et la Loire.

leur véritable point de vue dans la vallée de la Garonne, car nous lisons dans le grand rapport de M. Payen ce qui suit: « Tous ces calculs (ceux qui ont été présentés par les ingénieurs) supposent que la suppression des réservoirs naturels, que présente le fond de la vallée en arrière des digues, n'aurait pas d'influence sur la hauteur des crues. Or, une telle hypothèse est inexacte ; lorsqu'on a cherché à se rendre compte des effets dus à cette suppression, on a reconnu que les cimes, ainsi contenues entre des digues, s'exhausseraient graduellement de Tamont à Taval, et prendraient dans les parties iîiférieures du fleuve des excédants de hauteur relativement considérables.

« Dans de telles conditions Tendiguement, pour remplir son objet, devrait être surélevé au-dessus des crues actuelles, de quantités d'autant plus fortes qu'on descendrait plus bas dans la vallée ; la dépense augmentant, l'opération perdrait les avantages en vue desquels elle aurait été faite. »

L'endiguement surélève la crue en aval, non pas d'une manière générale au-dessus de ce qu'elle est à l'emplacement des levées, mais au-dessus du niveau qu'elle atteindrait plus bas si celles-ci n'existaient pas,

ILftB, Retenues artificielles. — M. Payen arrive à une conclusion négative^ après avoir traité avec beaucoup de soin la question des réservoirs: « Les réservoirs, lorsque leur capacité est suffisamment grande, ont, examinés isolément, une action très puissante pour diminuer le débit (maximum, à la seconde) des crues du cours d'eau sur lequel ils sont établis ; mais leur effet s'affaiblit énormément avec la distance, et comme on ne trouve des emplacements convenables que dans les régions montagneuses, fort éloignées des plaines à abriter, on conçoit combien s'en trouve amoindrie l'influence qu'ils peuvent conserver pour y réduire la hauteur des eaux. Les crues des affluents sont essentiellement variables. L'ordre dans lequel elles arrivent les unes par rapport aux autres, et par rapport à celles du fleuve, ainsi que les moments comparés de leur maximum, et leur intensité, peuvent ee modifier de mille manières; en sorte que les combinaisons qui auraient été réalisées, d'après un état de choses donné, pourraient ne pas convenir dans unç situation différente et rester alors sans

§ IV. INONDATION DE i875 129

efficacité ou même devenir nuisibles. » Ces critiques ne condamnent pas les réservoirs d'une manière générale, mais elles appellent utilement l'attention sur la difficulté de les utiliser beaucoup pour la partie inférieure des bassins. '

tl^ii. Révamé. — En somme, les études faites à la suite de l'inondation de 1856 n'ont abouti qu'à deux conclusions pratiques :

1" Poursuivre les travaux de défense des rives ;

2*" Ne pas s^opposer à ce que les propriétaires de la plaine se défendent par des endiguements contre Tinvasion des eaux, mais ne pas encourager les entreprises de cette nature; refuser les subventions qui pourraient être demandées.

Pourquoi ne pas s'opposer aux entreprises des riverains quand elles sont contraires à l'intérêt public? Ce n'est pas en étant faible que l'autorité se fait respecter.

1S&. La plaie en Jaiift t89&» — L'inondation de 1875 a été des plus funestes. Nous ferons d'abord connaître les circonstances qui ont précédé le désastre de Toulouse, d'après le récit qu'en a donné M. l'ingénieur Salles, dans un mémoire inséré aux Comptes rendus de TAcadémie des sciences et lettres de cette ville.

La pluie qui a produit cette inondation s'est étendue sur une grande partie de la France. Elle a commencé le 16 juin dans la région du sud-ouest, et s'est continuée jusqu'au 20 sans affecter aucun caractère extraordinaire. C'est le lundi 21, à huit heures du matin, qu'elle a commencé & tomber avec force et d'une manière continue, dans tout le bassin de la Garonne et de ses affluents en amont de Toulouse. Elle s'est prolongée jusqu'au 23, huit heures du soir, sans intermittence. Elle n'a donc pas cessé pendant soixante heures, et ses effets ont été d'autant plus désastreux qu'elle a été précédée de

plusieurs jours pluvieux qui ont imbibé le sol et préparé sa prompte saturation ; enfin elle a présenté cette circonstance particulière: que le maximum de la pluie est arrivé le 23, lorsque les rivières commençaient & déborder.

Répartition dans le bassin, — ; L'examen des tableaux des hauteurs de pluie donne lieu aux remarques suivantes:

1° La quantité totale de pluie augmente avec Taltitude des points d'observation ;

2*" Â altitude égale, elle augmente aussi avec la distance à rOcéan: ainsi, à Orthez (altitude 80 mètres), on recueille 0",48 ; à Lectoure (87"), on arrive à 0™,77. A Lembeye (Basses- Pyrénées (altitude 316"), la hauteur totale n'est que de 0", 116 ; tandis qu'à Mirepoix (Ariège, 311"*) elle atteint 0";i46. A Eauze (Gers, 147"), 0", 0S7; à Toulouse (147"), 0",148. — II s'agit de points trop éloignés de la mer pour que ces faits, applicables d'ailleurs à une série de quelques jours et non à la pluie annuelle, constituent une véritable dérogation à la loi de Belgrand (art. 3) ;

S"" Dans la montagne, la quantité de pluie diminue quand on avance vers le sud.

En résumé, le maximum s'est déversé sur une ligne qui passe dans le voisinage de Bagnères-de-Bigorre, Montrejeau, Saint-Girons, Foix et Bélesta. Ce maximum se prolonge sur les Corbières jusqu'à la mer; la région de Belcaire et Quillan, qui se trouve au point de croisement dos Corbières occidentales et des Corbières orif^ntales, a reçu une quantité de pluie de 0",200, du 19 au 24, sur des points d'une altitude de lOOO mètres environ. Plus au sud, cette quantité reste inférieure àO«n,100, sur des altitudes presque doubles.

190. Croes des rivières. — Le gave d'Aspe et le gave des Eaux-Chaudes ont eu une crue exceptionnelle, jusqu'au pied de la grande chaîne des Pyrénées.

Le gave de Cauterets, au contraire, n'a pas dépassé une forte crue ordinaire, et il en est de même de son voisin le gave deGavarnie, dans la partie en amont de Luz et Saint-Sauveur, Mais après leur réunion qui forme le gave de Pau, cçs deux torrents ont grossi rapidement; leur crue a été excessive au pont de Lourdes. C'est donc entre leur point de réunion et Lourdes que s'est formée la hauteur extraordinaire de la crue.

g IV. INONDATION DE JUIN 1875 131

L*Adour et l'Arros ont eu dos crues très fortes au pied du pic du Midi, jusque dans les environs de Tarbes et Tournay; plus loin, dans la partie moyenne et dans la partie inférieure de leur cours, ces rivières n'ont pas atteint le niveau le plus élevé de leurs anciennes crues. Le Neste a éprouvé une crue extraordinaire en aval de Sarrancolin, mais les deux rivières qui ralimentent n'ont pas également grossi; la Neste d'Aure, dont la chaîne remonte & la source centrale, est restée calme, tandis que la Neste de Louron, qui coule au pied du Monné de Luchon, a pris des proportions extraordinaires. C'est donc le versant du . Monné qui a alimenté la crue de la Neste. La Lousse et le Nistos, qui coulent au nord de la même montagne, rOne de TArboust à Test près do Luchon, ont eu aussi des crues excessives» tandis que les torrents situés au delà vers le sud sont restés calmes. Il est évident d'après cela que les nuages pluvieux ont enveloppé le massif du Monné, et no l'ont pas dépassé vers le sud; mais en s'y fixant ainsi, ils l'ont couvert d'une pluie torrentielle.

Comme les rivières voisines, la Pique n'a commencé à grossir extraordinairement qu'au pied du Monné, c'est-à-dire à partir de Luchon. Tous les torrents de la rive droite de la vallée ont subi la mAme influence ; on a pu le constater par les ravages qu*ils ont produits à Montauban, Juzot et en aval.

Dans la vallée do Saint-Béat, il y a eu une grande crue dans tous les cours d'eau. Cependant la Garonne n'avait qu'une hauteur moyenne à la frontière du Pont-du-Roi. La crue extraordinaire s'est donc formée dans la région même de Saint- Béat, sur les flancs du massif élevé qui sépare les bassins do la Piquo, de la Garonne, du Salât et du Gers.

En continuant d'avancer vers l'ouest, nous entrons dans le bassin du Salât, où nous trouvons une crue excessive de la rivière principale et de ses affluents jusque dans les régions voisines de leurs sources.

Après le Salât vient le bassin de la haute Ariège, où nous trouvons les rivières presque calmes. Toute cette région a été préservée de l'inondation; les crues extraordinaires commencent seulement kTarasron, au pied do la montagne do Saint-Barthélémy.

Au delà de l'Ariègo, en tournant vers les montagnes du

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centre de la France, suivant la direction des Corbiferes, nous trouvons TAgout qui a donné une très forte crue jusqu'à sa source. Le Tarn, situé plus au nord, a donné une crue moindre, et le Lot, quivientensuite, une crue moindre encore.

En marquant sur une carte tous les points où nous venons de constater le commencement des grandes crues, on reconnaît qu'ils sont disposés sur une ligne passant sur les mon* tagnes qui forment la première grande chaîne des Pyrénées, depuis la vallée de la Nive & Saint-Jean-Pied-de-Port, jusqu'à celle de TAude et de TAgout,

HftH. Explieations. — Lo 21 juin, un courant de nuages pluvieux envahit le bassin de la Garonne, poussé par un vent d'ouest nord-ouest qui le tient adossé au versant des Pjrénécs. A mesure qu'il avance vers l'est et qu'il rencontre des terrains plus élevés, sa section d'écoulement diminue, sa pression augmente et il est soulevé à une plus grande hauteur dans une région plus froide. Aussitôt la pluie se précipite non pas en proportion de l'altitude absolue de chaque point, mais en proportion du rétrécissement de la section à laquelle il appartient. Ce courant est borné jusqu'à une certaine altitude par les montagnes des Pyrénées, qui lui forment une rive profondément découpée. 11 la côtoie en passant à la pointe de tous les promontoires, c'est-à-dire contre les grands massifs qui forment le premier alignement au nord do la chaîne. 11 se heurte contre ces saillies, les enveloppe, y tourbillonne en se comprimant et produit d'abondantes condensations. C'est la région du maximum des pluies. Au delà, vers le sud, les golfes formés par les vallées les plus allongées se remplissent d'une masse à peu près stagnante, qui est moins comprimée et par suite moins pluvieuse. Arrivé devant les Corbières, dont l'altitude n'est pas suffisante pour l'arrêter, le courant nuageux déverse par-dessus leur sommet et va produire une crue dans l'Aude. Mais aussitôt après, la pente du versant méditerranéen lui donnant une section d'écoulement plus étendue, et d'une altitude décroissante, la condensation et la pluie vont en s'atténuant.

Le déversement par-dessus les Corbières est limité d'un côté par les Pyrénées, et de l'autre par la Montagne-Noire. Ces obstacles latéraux devaient produire les mêmes phéno-

menés des deux côtés et, en effet, il y a eu forte pluie dans la vallée de TAgout, comme dans celles de TAriège et de TAude. Les conséquences & tirer de là, c'est que les causes premières de rinondation de juin sont au nombre de deux : i^ une cause générale qui a produit la bourrasque et la pluie ; 2** une cause locale consistant dans la configuration et le relief du sol, qui a déterminé la quantité de pluie condensée sur chaque point. La répartition faite sous cette influence serait toujours la même si les nuages pluvieux effectuaient leur passage toujours de la même manière. Mais il n'en est pas ainsi ; quand ils passent & une certaine altitude, ils peuvent couvrir de pluie la montagne jusqu*à la limite des neiges et embrasser ainsi le maximun de superficie de chaque vallée : la ligne des plus grandes condensations se trouve portée sur la montagne même comme on Ta vu en 1835, et dans ce cas tous les grands cours d'eau, comme la Garonne, le Salât, TAriège et TAude, grossissent en même temps. Quand, au contraire, ils se tiennent très bas, le champ d'inondation du bassin se resserre et la ligue du maximum d'intensité se rapproche de la plaine ; les grands cours d'eau qui descendent de la haute montagne échappent alors en partie à la crue, tandis que ceux dont la source est moins élevée éprouvent leurs crues les plus fortes. C'est ce qui est arrivé en 1875.

1198. Eies neiges. — On s'est demandé si la crue extraor^ dinaire du 23 juin 1875, avait été produite par la coïncidence d'une forte pluie dans la plaine et d'une rapide fonte 'de neige dans la montagne. D'après les renseignements recueillis, cela n'a eu lieu que sur des parties très restreintes de la haute montagne. En effet, dans le département des Hautes- Pyrénées, les observations de l'hôpital militaire de Barèges (à l'altitude de 1,250 mètres) portent sous les dates des 22 et23 : « Pluie torrentielle toute la journée du22 et neige sur les sommets à partir de Taltitude de 1,500 mètres ; le 23, la pluie persiste, le Bastan grossit, mais la neige ne fond pas sur la haute montagne. » Ce renseignement est confirmé par l'observatoire du pic du Midi, qui signale les faits suivants : le thermomètre placé à 2,360 mètres d'altitude a oscillé de 1 à 5" au-dessous de zéro dans l'intervalle de midi 21 juin à sept heures du matin le 24; une seule observation, faite le 23 à

midi, a donné exceptionnellement -|- 1**,9. Maïs à ce moment toutes les rivières étaient arrivées à leur maximum au pied des Pyrénées, de sorte que la neige qui a pu entrer en fusion 9ur les sommets n*a contribué en rien à la hauteur des crues.

Dans la Haute-Garonne les agents-voyers de Saint-Béat, Luchon et Aspet, consultés aussitôt après la crue, sur ce qui s était passé autour d'eux, ont constaté aussi le fait de la persistance de la neige sur les montagnes voisines ; celui de Saint-Béat a même ajouté, avec une précision basée sur la connaissance exacte des hauteurs environnantes, que la neige a fondu dans la nuit du 22 au 23 jusqu'à l'altitude de 1,350 mètres seulement. Enfin, dans le département de l'Ariège, parmi les rivières qui descendent de la haute montagne, telles que le Vicdessos, le Signer, l'Aston, l'Ariège et rOrla, les unes n'ont pas grossi, les autres n'ont donné qu'une crue ordinaire, ce qui prouve qu'elles n'ont pas été alimentées par une rapide fonte de neige simultanée avec la pluie. Il faut conclure de 1& que, dans toute l'étendue du bassin de la Garonne, la fonte de la neige n'a exercé qu'une faible influence sur les crues du 23 juin.

1199, Arrivée à Toulouse. — Les volumes des divers affluents ne sont pas arrivés ensemble à Toulouse. Cependant, on estime que les produits du Salât et de l'Ariège ont coïncidé à un quart d'heure près ; ceux de THers et de l'Arize à quelques minutes.

Le grand flot de l'Ariège est arrivé à Toulouse le 23 vers dix heures du soir; le maximum de la Garonne proprement dite n'est arrivé qu'à deux heures et demie du matin, le 24. Il y a d'ailleurs divergence dans les récits des divers auteurs; mais chacun reconnaît qu'il n'y a eu qu'un écart relativement faible entre les maxima et que de là est résulté le désastre.

180« Marehe de la crue A Toulouse. — D'après M. Dieulafoy, la crue s'est manifestée dès le lundi, 21 juin, d*une manière très sensible. Elle est restée à peu près stationnaire, ou légèrement ascendante, jusqu'au soir du 22, huit heures. A minuit, on a constaté une élévation graduelle de 0",03 par heure; plus tard, de 0",0S, puis de 0",08 et jus*

qu'à O^jlS. A trois heures de raprès-midi, le 23, la crue prenait des proportions redoutables : le premier batardeau, construit avenue de Muret, à la Croix-de-Pierre, était surmonté et les eaux montaient de 0",30 à 0*",35 par heure. A quatre hqures et demie, le second batardeau de Tavenue de Muret, construit dans le but de donner aux habitants du faubourg Saint-Cyprieu le temps do s'échapper, était à son tour franchi. A cinq heures, les eaux se déversaient sur le cours Dillon et franchissaient la balustrade qui le limite. Le ba^ lardeau de la rue Yiguerie, élevé dans la nuit du 22, résistait encore; mais les eaux qui avaient envahi Thospice commençaient à faire irruption dans les quartiers bas de Saiut- Cyprien; la ruine de la Croix-de-Pierre était à peu près consommée. Une heure plus tard Saint-Cyprîen était envahi. A huit heures, nouvelle hausse de 0"*,20 malgré l'immensité de la surface couverte.

Enfin, à dix heures du soir la crue atteignit son maximum. L'échelle des écluses de renibouchure du canal marquait 9",74, tandis que les crues régulièrement observées jusqu'alors n'avaient atteint, au même repère, que :

7»,88 en 1772^ 7»,80 en 1836^ 7-^,25 en 185S,

Jusqu'à onze heures, état stalionnaire. A partir de ce mo- .ment, abaissement très rapide. Le jeudi 24 juin, à midi, les eaux s'étaient abaissées de 2™,70, et le soir les rues de Saint- Cyprien étaient en général praticables.

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