LES DERNIÈRES CRUES. — LES DIGUES INSUBMERSIBLES
13B, Les dernières ernes. — On a constaté, depuis l'inondation de juin 1875, quatre grandes crues dans la Garonne : une en novembre 1875, une en mars 1870, une en février 1879 et enfin la dernière en juin 1883. Aucune n'a été grave à Toulouse.
La première n'a marqué que 3",40 à Toulouse, mais s'est élevée à 8",90 à Col-de-Fer. La seconde 8",20 en ce dernier point. La troisième 10",20 à Agen et 12", 51 à Castets. La quatrième 5",90 à Carbonne, mais 3", 50 seulement à Toulouse.
A la suite des désastres de 1875, on a organisé un service d'observations hydrométriques et d'annonce des crues. Ce service comprend seize postes de constatation des hauteurs dans les rivières et cinq d'observations udométriques et météorologiques. Ce dernier nombre parait insuffisant et l'administration ne tardera probablement pas à l'augmenter.
13*1. Les dif^ues insubmersibles. — Les digues insubmersibles établies dans la vallée de la Garonne ne suivent pas de tracés réguliers.
De tout temps les propriétaires ont cherché à mettre leurs terrains à l'abri des inondations en construisant des digues plus ou moins élevées. Ces travaux étaient exécutés soit par des propriétaires isolés, soit par des réunions de propriétaires formant des associations libres.
Deux syndicats officiels s'étaient cependant formés après la fixation des rives par M. Baumgarten* : celui de Fourques etCoussan, constitué par ordonnance royale du 19 avril 1844, et celui de Varennes, constitué par ordonnance royale du 23
i. On a également construit vers cette époque les digues de la plaine de Thivras. On conçoit ce mouvement, que ravorisait alors l'opinion . Des digues insubmersibles, construites autrefois à 300 mètres des rives, antérieurement à la fixation de celles-ci, avaient été englouties par suite des déplacements du fleuve. (Baumgarten, page 107.)
juillet 1845. Les digues de ces syndicats (établies avec le concours de rÉtat!) ont des tracés assez réguliers.
Après les inondations de 1835, quelques tentatives furent faites pour constituer de nouveaux syndicats; mais elles n'aboutirent pas et ce n'est qu'après les désastreuses inondations de 1875 que les intéressés, en présence des dépenses considérables à faire pour la réparation des digues et dans l'espoir d'obtenir le concours de l'État, cherchèrent à cpnstîtuer des associations. Depuis 1875, six syndicats se sont formés dans le département de Lot-et-Garonne et deux dans le département de la Gironde. Ces associations n'ont eu en général pour but que de réparer les brèches faites àleurs digues, ouvrages fort anciens, par l'inondation de 1875 et de pourvoir à l'avenir à leur entretien. Établies sans autorisation, sans plan régulier, ces digues se trouvent sur plusieurs points dans des conditions désastreuses au point de vue de l'écoulement des eaux. Aux termes de l'article 7 de la loi du 28 mai 1858, l'administration aurait pu interdire toute réparation et même contraindre les intéressés à les rétablir sur de meilleures tracés; mais, en présence des faits accomplis, du refus des populations de modifier ces digues, les ingénieurs se sont bornés à demander l'exécution de quelques travaux pouvant remédier en partie aux inconvénients reconnus, et en outre à repousser toute demande de subvention.
A la suite des inondations de 1875 et de 1879, plusieurs décisions ministérielles ont accordé des subventions importantes à divers syndicats, sous la condition qu'ils apporteraient des modifications au tracé de leurs digues; mais partout les associations ont renoncé à ces subventions, pour ne pas exécuter les travaux demandés.
Le syndicat de Sénestis offre un exemple de tracé défectueux. La digue insubmersible est tellement rapprochée du coteau du Mas-d'Agenais qu'elle ne laisse à l'écoulement des eaux qu'une largeur de 230 à 300 mètres. Il était bien difficile d'exiger le déplacement des ouvrages dans ce cas particulier, en présence du nombre considérable de maisons bâties à leur abri dans le champ d'inondation ; on se borna à demander des travaux de régularisation et un déversoir analogue à ceux qu'on entreprend dans la vallée de la Loire. Mais le syndicat
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n'a fait que rétablir les choses dans leur élat antérieur aux ruptures de 1 873, et les mêmes evéjiemenis se sont reproduits en 1879.
La situation se résume en peu de mots : les digues insubmersiblesde la valléede laGaronneont été établies, une grande partie du moins, sans plan régulier et souvent dans des conditions désastreuses pour les intérêts généraux. En 1875 et 1879» toutes les digues insubmersibles ont été rompues, plusieurs sans avoir été surmontées. On n^ obtient rien des syndicats et Con n'use pas de contrainte , (Voir les lois de 1865 et de 1807.)
§ VI NAVIGATIOiN
ISA. Premiers travaux. — Les travaux exécutés le long de la Garonne n'avaient autrefois qu'un but défensif ; ils étaient faits par les riverains, sans aucune vue d*amélioration de la navigation. (Baumgarten, Annales de 1848.) « De tout temps les riverains de la Garonne ont employé, pour se défendre contre les corrosions, des plantations de saules, protégées et consolidées par des lignes de petits piquets battus simplement à la masse ou à la demoiselle, que Ton reliait ensemble par unclayonnage. Ces lignes, appelés nasses, étaient toutes plus ou moins inclinées à la rive, dont elles ne s'éloignaient pas. Ce n'est qu'en 1810 qu'un riverain plus hardi, plus riche, plus actif, plus intelligent que les autres, M. de Vivens, entreprit sur la rive droite en amont de Tonneins, jusqu'à la hauteur des roches de Reculay, des travaux plus considérables pour défendre ses propriétés... Le système de Vivens consistait à avancer en rivière peu à peu. » Un banc de gravier fut attaqué, après quelques essais, par voie de corrosion progressive, au moyen de travaux faits sur la rive opposée et de plus en plus saillants. On réussit.
D'autres essais, faits par des syndicats, furent moins heureux.
Eu 1825, M. l'inspecteur de Baudre fut chargé d'études ayant pour but l'amélioration delà navigation, et, le 30 mars
1828, il présenta <c son beau projetde rectification complète des deux rives de la Garonne » (Baumgarten). Ce projet fut approuvé le 20 septembre suivant.
(1 Depuis ce moment une impulsion nouvelle fut donnée; aucun riverain ne put plus faire aucun travail qu'en suivant Falignement général qui concourait à la rectification du lit, et rÉtat encouragea par des subventions les travaux ainsi faits. »
139. Régularisation. — u La part que la Garonne a eue dans la loi du 30 juin 1835, rendue pour Famélioration de la navigation des principales rivières de France» permit à TÉtat d'exécuter sur une grande échelle les projets de M. de Baudre ». On y travailla pendant plus de dix ans, dans les départements de Lot-et-Garonne et de la Gironde.
Nous avons déjà dit quelques mots, au § lU, de la défense des rives. Dans les deux derniers départements^ elles ont fait partie du système des travaux de régularisation, ayant Tamélioration de la navigation pour principal objectif. Le système suivi consiste dans la création de deux rives à peu près parallèles, distantes do 175 à 180 mètres, sauf dans les courbes très prononcées où Técartement va jusqu*à 200 mètres. Ces rives nouvelles sont rattachées de distance en dislance aux anciennes, par des traverses normales.
Les lignes de pieux clayonnés formant les rives nouvelles ont d'abord été réglées à 1 mètre au-dessus de Fétiage, puis à 1*,50, enfin à 2",50 et même 2",80. Plus le plan de recépage est élevé, plus les cases latérales s'altérissent promptement.
« Pour amortir la vitesse des courants, lorsqu'ils dépassent le plan de recépage, et faciliter les dépôts des sables et des vases, on implante dans les vides laissés par les clayonnages des branches de saule dont les extrémités inférieures descendent à l'étiage, et dont les sommets s'élèvent èi 4 et 5 mètres au-dessus. On les serre les unes contre les autres autant que possible, de manière à faire un fourré bien résistant; quoique ces branches de saule soient ainsi dans des conditions peu propices à la végétation, il n'est pas rare cependant de les voir verdir et pousser pendant un an ou deux... Cette opération, qui hâte singulièrement les attéris-
sements, s'appelle flocage... Au bout de deux ans, la moitié de la surface à conquérir peut en général être plantée, et après quatre ans la presque totalité. Il est très essentiel de faire les plantations au fur et à mesure que les dépôts le permettent, et dès que leur épaisseur est assez forte pour que les plançons puissent y être implantés solidement ; une épaisseur de 0",40 à 0",50 de sable suffit ; mais il en faut une de 0",60 à 0",80 lorsque c'est de la vase de peu de consistance.
Les lignes de rive et de rattachement sont défendues par des enrochements, doqt les noyaux sont formés autant que possible, par économie, de saucissons en branchages et graviers.
140. Dmc^^s^fl. Déblate dans le roeher. — Accessoirement, on a procédé à des dragages sur les passages difficiles, pendant l'étiage.
L'opération se faisait au moyen de la machine décrite par M. Borel, dans un article inséré en 1836 dans les Annales des ponts et chaussées.
L'extraction du rocher avait lieu au moyen de grandes tranches en fer, de 4'mètres à 4",50 de longueur et de 0",10 de diamètre, à tranchant aciéré, battues dans les bancs de tuf dur pour en détacher des éclats. On taillait d'abord le devant du banc à pic, puis on marchait vers l'amont en détachant successivement des tranches sur une largeur de 0",40 àC^SO. La dépense n'était que de 8 à 10 fr. par mètre cube. On a creusé de cette manière, à travers les roches de Reculay, en amont de Tonneins, une passe de 30 mètres de largeur et de 200 mètres de longueur, « dans laquelle on trouve un mètre d'eau, généralement, à l'étiage. »
141 . Les Riireraliis. Les syndicats. — Les travaux ont eu l'immense avantage de fixer les rives. Il en est résulté qu'on a pu s'occuper avec quelque sécurité des digues contre les inondations; Tadministration a adopté Técartement de 600 mètres entre les dignes insubmersibles de l'une et l'autre rives. Malheureusement, en agissant ainsi d'après les idées en cours, on est arrivé à de tristes résultats : les crues montent plus haut qu'autrefois^ les digues se rompent, et l'administration n'exige même pas les 600 mètres. Tant que l'opinion
ne se prononcera pas dans le sens d'une ferme application des lois existantes, sauf dans le cas d'impossibilité morale bien constatée^ les choses iront de mal en pis.
149. Modlilcatious de la pente A. Vétîmge^ — Les altitudes de la rivière pour les divers débits, et surtout pour celui d'étiage, ne paraissent pas avoir été modifiées à Tonneins. Aussi M. Baumgarten s'est-il toujours servi des hauteurs à Téchelle de cette localité pour ses comparaisons.
Le rapprochement des profils longitudinaux montre une certaine tendance vers Tégalisation des pentes. Il y a eu abaissement progressif de Tétiage dans les parties régularisées : diminution des pentes sur les rapides ; exhaussement sur une étendue restreinte à la suite d'une grande longueur de lit rectifiée ; enfin création ou augmentation d'un rapide en amont des travaux.
Les graviers déplacés ne vont pas encombrer et exhausser les parties inférieures, au moins au delà d'une distance très limitée. Cet encombrement local doit avoir eu bien peu d*imporlance, car nous rencontrerons, un peu plus loin, un passage où Ton n'en tient pas compte ^
t^M. Fonds résistants. — M. Baumgarten signale, à Lacomée, un exhaussement successif dans le plan des eaux, qui s'éleva à 0",16 en amont de la borne 70 k. 5, et qui fut même de 0",50 entre les bornes 70k.5 et 7t. Cet exhaussement était occasionné par un gravier très dur qui tenait à la rive gauche et s'avançait jusqu'à la ligne de pieux battue sur la rive droite. Ce gravier n'a cédé qu'aux effets des crues de l'hiver de 1840 à 1841. Le niveau des eaux s'est abaissé, et est même descendu à 0",20 au-dessous de ce qu'il était autrefois. L'abaissement ne peut guère être plus considérable, parce qu'en amont à la borne 68 et en aval à la borne 71 k. 5, « il y a dajis le lit un fond de tuf à nu. »
A Col-de-Fer, on a de même observé d'abord un relèvement, de 0",15; puis est survenu un abaissement progressif qui a été de 0",60, vis-à-vis la borne 108 en 1844. « Depuis trois
I. Des travaux faîls plus récemment (oîr les Conclusions) ont amené un certain encombrement en aval, mais le profil longitudinal de la rivière n'en a pas encore été affecté.
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ans le niveau est resté permanent, le lit ayant été creusé presque partout jusqu'au tuf, »
« Au quatorzième projet, Tallération du lit n'est pas très sensible, parce que le fond est en général du tuf, »
On a mentionné plus haut les roches Reculay^ et d^autres fonds de luf sont encore signalés aux pages 127, 129, 130* et 131,
II n'est donc pas surprenant que M. Baumgarten, dans la première partie de son mémoire, ait écrit (passage déjà cité) que : « Sur un grand nombre de points Teau coule non sur le gravier, mais sur le tuf, Targile et le roc, qui forment le terrain tertiaire de la vallée, »
14lit. Action des travaux ser les eraes. — L'auteur signale un point où les crues s'élèvent à O'^^GS plus haut qu'autrefois, au-dessus de Fétiage; mais il ajoute que celui-ci s'est abaissé de 0",75, en sorte que l'exhaussement des crues n'est qu'apparent.
« En résumé, nous voyons que sur la Garonne, avec son lit de gravier, l'abaissement produit dans le niveau des eaux basses compense à peu près l'élévation que le rétrécissement tend à produire dans les crues moyennes '. Si les travaux n*exhaussent pas les crues moyennes, qui les recouvrent à peine, à plus forte raison n'ont-ils aucune influence sur le niveau des grands débordements. » M. Baumgarten ne se préoccupe pas de l'action des dignes insubmersibles sur les crues extraordinaires de la Garonne ; il connaissait cependant l'action de digues de ce genre sur les crues du Pô.
Malgré l'abaissement de Fétiage, il y a une moins grande section liquide au moment où les eaux sont prêtes à déborder, puisque le lit mineur a été très rétréci. Pour qu'il n'en résulte pas d'augmentation dans le niveau des crues moyennes, il faut que la régularité donnée à la rivière, bien que les nouvelles rives n'aient pas été aussi bien tracées qu'on le ferait
1. A la page 130. il est question d'une longueur de 300 mètres, où le tuf aurait été affouillé d'un mètre. (?)
2. L*auteur paraît attribuer au soûl abaissement de l'étiage l'influence
constatée au point de vue de l'écoulement ; mais comme il n'y a eu c|u une
faible augmentation de la section, comparativement à la diminution, il
faut cerlBiriement accorder une grande part d'influence à la régularisation
du lit mineur.