Voir Texlrait ci-Joint de ia planche de l'auteur
y compris une revanche de 0",50 ; mais en aval des Ponts-de- Cé, les digues de Savennières, de Montjean et de la Divatle devraient être exhaussées de i",50, pour être mises à 0",50 au-dessus de la hauteur que prendrait une crue semblable à celle de 17H '.
Reconstruction de ponts. — Les ponts de Bcaugency et d'Amboise seraient à reconstruire.
Dépenses. — Les trois groupes de travaux dont il vient d'être parlé donneraient lieu à une dépense de soixante-seize millions et demi. En ajoutant les dépenses nécessaires pour la défense des rives et autres travaux à entreprendre dans Tintérêt des affluents et du fleuve en amont du Bec-d'AUier, on arriverait à cent millions.
Ces propositions de M. Comoy n*ont pas été admises par Tadministration supérieure. Nous les discuterons dans Tarticle Observations.
198. Décisions ministérieiles. Déversoirs. — Une commission d'inspecteurs généraux des ponts et chaussées a été envoyée sur les lieux, après les nouveaux désastres de 1866, avec mission <( d'étudier une combinaison consistant à préparer à l'avance et à régulariser l'introduction des eaux dans les vais endigués, de manière à la rendre inoffensive, ou du moins à en atténuer autant que possible les effets. »
Cette commission proposa l'emploi de déversoirs ouverts dans la partie amont des digues, à une hauteur suffisante pour garantir les vais contre toutes les grandes crues ordinaires, et ayant la longueur nécessaire pour que, pendant la croissance de la crue et jusqu'à l'instant du maximum, les vais pussent recevoir une quantité d'eau suffisante pour produire, dans le débit maximum de la crue, l'atténuation qui s'est réalisée lors des grandes inondations par l'ouverture des brèches.
On considérait le niveau des crêtes des déversoirs comme devant correspondre à peu près aux quinze pieds des levées
1. Cette idée de M. Comoy, d'exhausser encore les digues, est inadmissible. Il faut en finir avec cette désastreuse pratique : on est parti de 15 pieds et l'on voit où l'on arriverait... jusqu'à exhaussement nouveau. N'oublions pas, d'ailleurs, que M. Comoy ne propose l'exliaussement que comme mesure complémentaire, après atténuation des débits maxima par des réservoirs.
§ VII. MKSrnES PROPOSÉES 201
primitives, et l'on ne pensait pas qu'en aucun point il fallût leur donner plus de 600 mètres de longueur. Pour les vais situés derrière des levées ne se rattachant pas au coteau par Faval, tout était dit; pour les autres, on devait construire des réversoirs, destinés à restituer au ilcuve, vers Texlrémité de la levée, les eaux prises à son origine.
La théorie des déversoirs est bien simple : la courbe supérieure de la figure se rapporte aux débits dans le lit endigué, immédiatement avant le reversoir, à parlir du moment A où celui-ci commence à fonctionner; le maximum est atteint à un certain instant B. La courbe inférieure représente les déhils parle reversoir; le maximum a lieu au moment C, plus tard que dans le lit. Le débit total dans le lit après le reversoir correspond à un moment compris entre B et C; il est inférieur à la somme des maxima. La figure pourrait être disposée comme la figure 2 de la note I, note que le lecteur fera bien de lire avant d'aller plus loin ; mais il importe de remarquer qu'ici l'affluent se trouve dans des conditions toutes spéciales , qui expliquent l'arrivée tardive de son maximum.
Plusieurs décisions ministérielles ont été prises pour Tapplication du programme reproduit au commencement du présent article. Deux déversoirs sont terminés et un troisième est en construction (voir la petite planche ci-jointe). Une levée supplémentaire en terre, dite bourrelet, dépasse de 1 mètre le sommet de l'ouvrage principal et retarde le déversement ; elle est arasée à i'",2S au-dessoufe de la crue de 1856. Aussitôt qu'il y aura déversement par-dessus, ce bourrelet sera balayé par les eaux, car on ne le perraye que sur la face regardant la rivière. Le déversoir se prolonge avec une pente de 4 1/2 sur la gauche de la figure, puis horizontalement, et est encastré dans le sol; un tapis d'enrochements défend son extrémité. On a calculé que l'effet des déversoirs projetés n'atténuerait pas une crue semblable à celle de 1836 autant
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que les brèches qui se sont formées h cette époque; il s'en faudrait de 350 mètres cubes au moment du maximum.
*'*©. Cours de M. Guillemain. — Dans son cours à rÉ«!ole des ponts et chaussées, M. Guillemain expose d'une manière très lucide la question des inondations de la Loire. Il fait connaître qu'aux enquêtes les déversoirs ont provoqué de grandes répugnances. Or, il importe d'arriver au but par des moyens choisis par les propriétaires*, à la seule condition que ces moyens soient propres à sauvegarder les intérêts généraux.
Système de rinspecteur de 1790. — Quelques personnes ont fait revivre, dans les enquêtes, l'idée de l'inspecteur des lurcies et levées (voir la petite planche, article 176). Ce système, repoussé à la fin du siècle dernier, le serait encore probablement aujourd'hui « presque partout », parce qu'il heurte de front les habitudes consacrées, et que tout change^ ment brusque en semblable matière est irréalisable. Cependant il ne faudrait par affirmer qu'il est sans avenir. Si les endiguements actuels, pour beaucoup de vais trop étroits et trop longsj nécessitent des frais hors de proportion avec l'intérêt qu'ils représentent, est-il possible de condamner a priori un retour à l'état naturel? Tandis que les ruptures amènent des ensablements très nuisibles, les passes proposées, convenablement situées, suffisamment larges et orientées dans un sens autre que la direction du courant, seraient de nature à éviter ce grave inconvénient.
Le nombre des habitations submergées maintenant, lorsqu'il y a des ruptures, est plus grand qu'il ne serait après la transformation ; mais avec celle-ci les submersions seraient plus fréquentes.
Digues en plan incliné vers F aval. — D'autres personnes, préoccupées d'assurer la submersion presque complète par remous, ont proposé de diminuer progressivement la hauteur des digues, en allant de l'amont à l'aval, de façon que l'introduction des eaux par la partie inférieure des vais trouve, à mesure que la crue monte, un effacement progressif de
1. On (lit qu'il y a un relour d'opinion; qu'on se résigne, n'ont pas encore subi Tépreuve d'une grande inondation.
Les déversoirs
204 ClIAPITRF. VI. LA LOIRE
rendiguemenl. Le val se remplirait alors jusqu^au pied de la digue de tête, et le déversoir, s'il était nécessaire d'en construire un, verserait ses eaux, lorsqu'il commencerait à fonctionner, dans une nappe dormante qui en amortirait le choc. Dans ce système, qui serait de nature à sauvegarder Tintérêt de Técoulemcnt, il semble y avoir deux inconvénients graves. Le premier, c'est que tous les points de la digue doivent être appelés successivement à jouer le rôle de déversoir, ce qui peut entraîner à faire une dépense considérable à la partie supérieure des ouvrages. Le second, c'est que la levée ne fait plus obstacle à l'invasion des courants violents, et c'est Icà un danger très sérieux.
Abaissement général des dùjues. — Une troisième opinion s'est encore produite et a d'autant plus d'autorité qu'elle est d'accord, en principe, avec des dispositions qui ont été adoptées pour plusieurs points de la vallée du Rhône. On a demandé que les levées fussent arasées partout à 3", 80 audessus de l'étiagc; au-dessous de cette élévation les vais seraient fermés, tandis qu'au-dessus de ce niveau les grandes crues trouveraient la vallée libre. Pour cette éventualité, des vannages permettraient, au moment où la crue arriverait à des proportions menaçantes, d'introduire les eaux dans les périmètres protégés; la crue n'aurait pas de déversement à produire par-dessus les digues noyées, quand elle en dépasserait le niveau.
En agissant ainsi, on passerait, on le voit, brusquement de l'emploi des digues insubmersibles à l'emploi des digues submersibles, ce qui serait une véritable révolution. Le système des digues submersibles, applicable dans une vallée presque horizontale comme une partie de celle de la Saône, paraît à M. Guillemain difficilement réalisable avec une pente comme celle de la Loire, D'abord le dérasement général des levées permettrait aux courants de se faire sentir sur les terres cultivées ; puis les vais devraient nécessairement se subdiviser beaucoup par un nouveau système de digues transversales, si Ton voulait assurer leur remplissage à peu près complet avant la période haute des crues, sur un terrain dont la pente est de 0",40 par kilomètre. Chaque case ainsi formée devrait d'ailleurs être munie de ses appareils spéciaux
§ vil. MESUni-S PROPOSÉES 205
d'introduction et d'évacuation des eaux, en sorte qu'on se trouverait en face de toute une organisation nouvelle heurtant la tradition, exigeant une initiative en contradiction avec Taltitude passée et qui, par suite, aurait peu de chances d'être accueillie sur la Loire.
Déversoirs étages de faval à f amont. — Enfin il est un dernier système, intermédiaire entre ceux dont on vient de parler, qui serait de nature à rallier un certain nombre de suffrages, parmi les personnes qu'effraient les déversoirs tels qu'ils ont été projetés. On disposerait des passes au travers des digues, mais ces passes auraient leurs seuils à des hauteurs variables depuis le niveau de la rive à l'aval jusqu'à la hauteur de 5 mètres au-dessus de l'étiage à l'amont, en tête du val. En d'autres termes, la levée serait percée d'une série de déversoirs étages à des hauteurs différentes et remplissant cette condition que chacun d'eux ne commencerait à fonctionner que quand celui qui le suit aurait amené, par remous, une lame d'eau à son pied. Il arriverait alors que le val se remplirait par d'autant plus de déversoirs que la crue deviendrait plus forte, et qu'il serait forcément garni d'eau lorsque le grand déversoir de tête commencerait à fonctionner. La digue tronçonnée continuerait d'ailleurs à couvrir les terres contre l'action des courants. Si, au lieu d'un seul ouvrage, on est forcé d'en construire plusieurs, il faut observer que ces derniers, ne desservant chacun qu'un écoulement beaucoup moins prolongé et beaucoup moins rapide, n'ont pas besoin de dimensions aussi considérables qu'un déversoir unique chargé d'assurer h lui seul tout l'écoulement supplémentaire.
Ajoutons que le périmètre protégé diminuerait à mesure que la crue prendrait plus d'intensité, mais que l'inondation s'arrêterait d'elle-inême à sa limite lorsque celte crue n'atteindrait pas le seuil du déversoir de tête. Une partie plus ou moins grande du val demeurerait alors respectée, suivant que la submersion par l'aval monterait plus ou moins haut, et cette servitude aléatoire, passive, analogue à celle qui se supporte aujourd'hui dans la partie inférieure de tous les vais ouverts de ce côté, serait probablement mieux acceptée qu'une autre parce qu'elle changerait moins la tradition.
Opinion de M, Giiillernain. — « Entre les divers modes d'in-
Iroduclîon des eaux que nous venons de passer en revue, ce n'est pasàradministration, dans Topinion de M. Guillemaîu, qu'il appartient de faire un choix. Son but sera atteint lorsqu'elle aura obtenu pour les crues un passage suffisant au travers des digues, et elle n'a pas à se prononcer sur les raisons qui peuvent faire attribuer la préférence à tel ou tel système par les riverains, dans chaque cas particulier. Elle ne doit épargner en rien ses conseils par l'intermédiaire de ses ingénieurs ; mais il doit être entendu que ses préférences n'ont rien d^absolu et que, l'intérêt général une fois sauf, elle sera prête à entrer dans les vues des riverains autant que faire se pourra, en leur laissant la responsabilité du choix qu'ils auront fait.
« II y a lieu de revenir sur ce qui a été fait dans le passé. Au lieu d'exhausser et de consolider les digues, il faut ouvrir aux grahdes crues la vallée dans toute sa largeur à partir de S mètres au-dessus de l'étiage.... Exception serait faite pour les centres habités que leur importance, ou des précédents anciens et authentiques, commandent de mettre h l'abri des inondations. Ces périmètres exceptionnels, qu'on réduirait autant que possible en nombre et en étendue, seraient soustraits ;'( la submersion soit par la restauration des anciennes digues, soit par la création de nouveaux ouvrages d'art, dans les conditions prévues par la loi du 28 mai 1838.
« Le reste des digues serait entretenu sur les anciens errements, là où elles se maintiendraient en bon état, tant que les propriétaires des terrains qu'elles couvrent ne demanderaient aucune transformation.
« En cas d'avarie et surtout de destruction par les crues, l'État subordonnerait son concours, pour la restauration des ouvrages, à l'adoption par les intéressés d'un système assurant l'introduction des hautes eaux dans les conditions indiquées plus haut, et garantissant en outre l'avenir par une association syndicale, légale et durable, aux termes do la loi du 21 juin 1865.
« Si cette double condition était remplie, l'administration s'efforcerait d'aider les syndicats de ses subventions et de ses conseils, dans la proportion des intérêts respectifs mis en jeu. £11^ les laisserait libres notamment, sous leur responsabilité,
§ VUÎ. OBSERVATIONS 207
de choisir le système qui leur conviendrait le mieux pour Tintroduction des eaux, du moment qu'une entrée suffisante serait assurée, au niveau convenu.
« Dans le cas où ces conditions ne seraient pas remplies, Tadministration serait réduite à décliner toute responsabilité,.. »