CHAPITRE ONZIÈME : LES DRAGAGES
CHAPITRE DOUZIÈME : LES DEUX BROCHURES DE M. JANWKl ET LES TRAVAUX DE M. FARGUE
^B^. La Seine et nos autres fleuves. — La navigation en rivière ne peut devenir importante que si Ton réalise ce programme : grandes profondeurs et surtout petites vitesses. Une rivière qui ne donne pas cela reste forcément une voie secondaire, lorsqu'elle est longée par un chemin de fer. La seconde condition est certainement plus indispensable que la première. Les chemins de fer ne laissent aux voies navigables, sauf quelques circonstances spéciales et les cas d'encombrement, que les transports qu'on y peut faire à très bas prix ; on a vu qu'ime différence d'un tiers peut ne pas suffire, mais il n'y a point de règle générale à poser à ce sujet.
La Seine est très fréquentée et bientôt le sera plus encore. Mais nos autres grands fleuves ne concourent pour ainsi dire pas au mouvement des marchandises dans l'intérieur du pays; les difficultés que présentent ces voies naturelles, toutes plus ou moins torrentielles et encombrées de sables et de graviers, sont grandes, et nous n'avons encore abordé la réforme de leur régime que d'une manière incomplète ou même illusoire (Loire au-dessus de Nantes).
SG3. Prof^ramme d'expériences. L'une des causes de nos incertitudes, en matière de rivières à fond mobile, est l'absence d'un ensemble d'expériences sur des canaux artificiels de ce genre. Il y aurait, assurément, plus de difficultés à vaincre que dans les expériences précédemment faites sur des canaux réguliers à fond fixe; mais elles ne seraient pas insurmontables. On pourrait isoler chaque élément de complication, ce qui serait un grand point, car dans les phénomî».nes naturels des causes diverses se combinent, de manière
à rendre douteuses certaines interprétations. Pour commencer on procéderait sur des canaux rectilignes de diverses largeurs, recevant des volumes déterminés d'eau et de sable par unité de temps, les mêmes pour tous ces canaux, par conséquent variables par unité de largeur. On constaterait la pente stable qui s'établirait dans le lit après un temps plus ou moins long, et en même temps la profondeur et la vitesse de Teau. La diversité des résultats serait bien imputable à la largeur seule, puisqu'il n'y aurait de différence dans les causes que sous ce rapport.
Choisissant l'un des canaux rectilignes, parmi ceux qu'on aurait expérimentés, on comparerait les résultats le concernant à ce qui se passerait dans des canaux à tracés divers, ayant la même largeur et recevant les mêmes volumes d'eau et de sable ; de cette façon, on constaterait successivement l'influence des courbures et de leurs combinaisons, et celle du la longueur des courbes.
Ensuite de nouvelles comparaisons s'établiraient sur plusieurs canaux curvilignes, ne différant entre eux que par des rétrécissements plus ou moins accentués, aux points d'inflexions des tracés.
Opérant sur un canal présentant des irrégularités analogues à celles des rivières naturelles, on chercherait dans une nouvelle série d'expériences pour quelles largeurs un canal rectiligne et un canal à tracé sinusoïde comporteraient la même pente totale, à longueur égale et pour les mêmes apports d'eau et de sable.
Enfin, prenant le projet des travaux de défense d'uue ville contre les inondations, on opérerait sur des canaux artificiels semblables à une certaine longueur de la vallée : 1* telle quelle ; 2° après les travaux de défense projetés. — Les résultats ne donneraient en aucun cas la grandeur des différences à attendre dans la hauteur des inondations ; mais ils feraient parfois connaître qu'aucun changement sérieux n'est à prévoir dans le régime des crues, alors qu'on se promet merveille de travaux énormes (Toulouse).
On pourrait, au moins pour commencer, faire ces dernières expériences sur des canaux à fonds fixes. Il serait d'ailleurs utile de développer la série des essais sur des canaux irrégu-
liers de ce genre, et notamment sur des canaux à bras multiples : on représenterait en petit la traversée et les abords de Paris, Textrémité de la Marne, le canal étudié par M. Mary, de Neuilly-sur-Marne à saint Denis-sur-Seine. « Toute Técolc italienne regarde les dérivations comme un moyen trompeur d'abaisser les crues. » (Baccarini.) On contrôlerait celte opinion et l'on constaterait, en faisant varier les circonstances, dans quels cas elle peut se trouver en défaut. Il est peut-être possible d'indiquer ces cas à l'avance ; mais la pratique gagnerait à ce qu'on arrivât à les délimiter exactement.
Dans nos observations autographiées à Tappui d'un projet de transformation do la b^sse Loire, distribuées en 1874, nous avons émis un vœu en faveur d'expériences sur des canaux à fond mobile. Cet appel n'a pas été entendu. Il n'est pas indispensable d'ailleurs que le ministère des Travaux Publics intervienne, car il s'agit de dépenses modérées ; l'initiative de quelques particuliers pourrait suffire, avec le concours d'une grande société, telle que V Association française pour r avancement des sciences.
Ne pouvant nous baser sur les résultats d'un ensemble d'expériences, nous reprendrons les idées de la 9wte sur les rivières à fond de sable, qui a paru dans les Amiales des ponts et chaussées de 1871 , et qui a reçu de nos collègues un accueil favorable*. Les faits qui se sont produits dans la Garonne et dans le Rhône, ceux que rapporte M. Dausse et que nous avons déjà cités, semblent justifier les prévisions émises à cette époque.
5SG4L Les formules. — Si l'on recule devant la dépense des expériences proposées, est-ce donc qu'on possède déjà des moyens de recherche présentant des garanties, des formules conduisant à établir des prévisions sérieuses ?
Les premières formules, — On donne quelquefois trop d'importance aux résultats que l'on obtient en appliquant les formules du mouvement uniforme des eaux, dans des circonstances où l'on est fort loin des conditions des expériences qui ont permis de les établir.
1. Annales des ponts et chaussées : [SU, 1*^' semeslre> pages 381 à 431 ; 1873, 2« semestre, page 6*
souvent qu'on applique l'équation Hl = bV>' \ n donne à b une valeur constante (0,0004), lit tout au moins employer la formule Darcy
Hi — 0.00028 H- -00030 .
[ = 0,000i U*, on suppose implicitement que ixactemeot, 2"^, 91), car on ne conteste pas Jarcy soit préférable, et il faut que H ait que le second membre égale 0,0004.
successivement plusieurs valeurs à H, on aeflicient b devient^ pour que les deux forivalentes :
VALEURS DE b
îî = 12
O.OOOiO
:e tableau qu'il n'y a une quasi-équivalenc<î ormules, si Ton ne veut pas avoir diverses uivant les hauteurs, qu'en adoptant HI ur la formule des ingénieurs italiens, et en jue pour les valeurs de H dépassant quatre
rivière D r= section x t — L. H. U, en appedu cours d'eau.
re très régulière, où la formule du mouveîrait applicable, la largeur et le débit étant \ la pente I, on aurait deux équations pour
les crues. — Pour une rivière comprise entre nersibles parallèles aux berges du lit mineur,
eur moyenne, I la pente superficielle, U la vitesse
tracées de manière que les variations des largeurs soient modérées et bien ménagées, on pourrait appliquer aux grandes crues la formule : HI = 0.00034 U*. Quand on passerait de la largeur L à la largeur L' on aurait, on remplaçant U et U' par
JLct-^, pour lo rapport des profondeurs correspondantes