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II. — HYDROCÉPHALIE VENTRICULAIRE

L’anatomie pathologique des hydrocéphalies ventriculaires se rapproche beaucoup de celle des hydrocéphalies diffuses, et il doit bien ne s’agir que des deux modalités anatomiques d’une même affection. La différence essentielle réside dans le fait que, dans ce second groupe d’hydrocéphalies, il y a du liquide céphalo-rachidien sous pression dans les ventricules et qu’on ne peut évacuer que par ponctions ventriculaires; c’est bien là la preuve évidente de l’enkystement.

Exactement comme dans les hydrocéphalies diffuses, lorsqu'on découvre la dure-mère, celle-ci apparaît saine, du moins dans la majorité des cas. Parfois, pourtant, elle semble congestive, épaissie (Bæœnninghaus). Aussitôt qu’on l’a découverte largement, on s’aperçoit qu’elle ne bat pas et qu’elle bombe. D'ailleurs, la dure-mère cérébelleuse découverte bombe aussi et ne bat pas (Bœnninghaus), ce qui prouve bien qu’il y a une hypertension diffuse.

Lorsqu'on incise la dure-mère cérébrale, deux éventualités peuvent se produire.

Tantôt du liquide céphalo-rachidien s’écoule aussitôt plus ou moins abondamment (cas de Girard, Bourgeois et Aubry) : associée à l’hydrocéphalie ventriculaire, il y a une hydrocéphalie externe, c’est le cas le plus rare; pour Bœnninghaus, d’ailleurs, tout dépendrait de la date de l'intervention; pour lui, il y aurait toujours un stade d’hydrocéphalie externe, et l’hydrocéphalie ventriculaire n’apparaîtrait que secondairement, par propagation « de l’inflammation méningée », comme il dit. Dans ce cas le cerveau et les méninges molles ont un aspect œdémateux analogue à celui que nous avons décrit au chapitre précédent.

Plus fréquemment, si l’on en croit Bœnninghaus, en raison d’une intervention plus tardive, il n’y a pas d’hydrocéphalie externe : aussitôt qu’on incise la dure-mère, le cerveau s’applique contre les lèvres de l’incision durale et bombe dans la plaie. Il paraît sec, la pie-mère est à peine congestive, parfois elle semble absolument normale ; le cerveau est ferme, tendu, ses circonvolutions sont un peu effacées, aplaties. Mais, surtout, il donne l'impression d’être refoulé par une masse sous-jacente, exactement comme quand il s’agit d’un abcès du cerveau.

Le ventricule latéral, du côté de l’otite, est dans la majorité des cas très dilaté : 100 centimètres cubes, par exemple, dans le cas de Vialle. IT est alors facile à ponctionner et à évacuer ; pourtant, dans un

cas, Bœnninghaus, qui recherche à vrai dire un abcès du cerveau, n'avait pas pénétré dans ce ventricule, et Aboulker a dû répéter les ponctions avant de le trouver.

Le ventricule du côté opposé participe sans doute toujours à la dilatation, mais à un moindre degré probablement, ce qui explique que, lorsqu'il y a des symptômes neurologiques en foyer, ils existaient seulement du côté opposé à la distension ventriculaire. Les deux ventricules communiquent par les trous de Monro et le IIT° ventricule assez librement; Claude et de Martel ont pu s’en rendre compte en injectant du bleu de méthylène dans un ventricule, et en le retrouvant dans l’autre. Symmonds considère cette intercommunication ventriculaire tellement libre qu’il conseille de ponctionner toujours systématiquement le ventricule droit, quel que soit le côté de l’otite, car il est le plus facile à trouver. Pourtant, le ventricule opposé à l’otite a dû être ponctionné trois fois : dans le cas de Huet, dans le cas de Lecène et Bourgeois et dans un cas de H. Bourgeois, pour amener la régression des symptômes cliniques. À vrai dire, dans la seconde de ces observations, il s'agissait d’une atteinte bilatérale des oreilles.

Mais surtout, que les deux ventricules communiquent entre eux ou non, ils ne communiquent pas avec les espaces sous-arachnoïdiens, et c’est là le point capital : Claude et de Martel l’ont vérifié en ne retrouvant pas, à la ponction lombaire, le bleu qu’ils avaient injecté dans les ventricules. Si on fait des ponctions lombaires, on n’améliore nullement les symptômes cliniques et on risque même de les aggraver. Il y a donc bien hydrocéphalie interne enkystée. Quant au mécanisme même de cet enkystement, nous verrons quelles hypothèses on peut formuler à son sujet.

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