PÉRIODE DE DÉBUT
Le début est absolument analogue à celui de l’hydrocéphalie corticale, et le fait est facilement concevable si on admet, comme Bœnninghaus, que toute hydrocéphalie ventriculaire est précédée par un stade d’hydrocéphalie corticale diffuse.
Dans les cas les plus typiques, l'affection débute ici encore de façon brutale :
L'observation la plus impressionnante que nous possédions est sans contredit celle de la jeune fille de Bæœnninghaus qui, un peu souffrante depuis le matin avec un peu de céphalée, se couche à 7 heures du soir et dîine; à 7 h. 1/2 elle est dans le coma et le diagnostic porté tout d’abord est celui d’empoisonnement aigu. (Bæœnninghaus : obs. n° 1.)
Dans presque tous les autres cas, le début fut rapide ; les symptômes s’installèrent en un ou deux jours et s’aggravèrent très rapidement (cas de Girard, Lecène et Bourgeois). Quelquefois, le début est plus progressif, en une semaine par exemple, comme dans l’observation d’Aboulker, et on a le temps de voir s'installer une notable altération de l’état général. Nous verrons enfin aux formes cliniques des débuts plus progressifs encore, qui s’apparentent aux formes chroniques d’hydrocéphalies diffuses que nous avons étudiées.
Quoi qu’il en soit, le début de l’hydrocéphalie ventriculaire est marqué en général par de la céphalée, des vomissements, une élévation thermique comme dans l’hydrocéphalie corticale.
76 HYDROCÉPHALIES OTITIQUES
PÉRIODE D'ÉTAT
LA CÉPHALÉE. — La céphalée demeure ie symptôme dominant. Ici encore, comme dans les hydrocéphalies corticales, elle est de siège mal déterminé, diffuse mais prédominant, du moins au début, du côté de l'oreille malade. Peut-être est-elle pourtant ici plus aiguë encore, d’une intensité extrême, impressionnante : sur un fond de douleurs continues apparaissent des paroxysmes extrêmement pénibles, déclanchés par les examens, les efforts, les vomissements. De plus, elle est persistante, rebelle à toute thérapeutique, même à la ponction lombaire, nous le verrons, et elle ne s’atténue pas quand l’affeètion se prolonge. Lorsque la torpeur apparait et quand alors le malade cesse de se plaindre, on peut se rendre compte qu’elle demeure cependant. Si on tire le patient de cet état, par des questions, par des excitations diverses, il ne semble reprendre conscience un instant que pour se plaindre de la tête et pour gémir.
Par son intensité donc, par sa permanence, Ja céphalée donne au tableau clinique une allure grave et, sur ce seul symptôme, on peut se sentir dans l'obligation d'intervenir rapidement.
LA TEMPÉRATURE. — Dans 15 cas, la température était élevée : dans 7 cas, autour de 39°. Les autres fois, et en particulier dans les cas subaigus, elle était normale. Notons cependant que, même dans les cas très aigus, elle peut ne pas s’élever. Dans l'observation apoplectiforme de Bœnninghaus, elle n’a pas dépassé 37°. II n’y a donc pas de rapports absolus entre la température et l’évolution de l’hydrocéphalie ventriculaire, pas plus qu’il n’y en a avec les lésions constatées lors de la trépanation mastoïdienne.
LE POULS. — Il est plus souvent ralenti que dans l’hydrocéphalie externe : six fois, en effet, ce ralentissement était notable : dans l’observation n° 2 de Bœnninghaus, le pouls battait à 40, chiffre le plus bas que nous ayons relevé et qui allait de pair avec un coma prononcé. Ce ralentissement du pouls a évidemment une grosse valeur pour orienter le diagnostic vers une compression intra-cranienne et pour commander lintervention d’urgence.
Trois fois pourtant le pouls était accéléré avec des chiffres analogues à ceux notés dans l’hydrocéphalie externe : 100 (Symmonds), 120 (Girard), 130 (Bourgeois et Lecène). Les autres fois, le pouls était normal même quand l’évolution était sérieuse, l’état général touché et la torpeur intellectuelle manifeste (Bœnninghaus : obs. 3). En
SYMPTOMATOLOGIE W1
somme, l’étude du pouls ne donne de renseignements de valeur que lorsqu'on trouve un gros ralentissement, ce qui est en somme assez fréquent dans les hydrocéphalies intenses otitiques.
En général, bien entendu, une grosse accélération comme un gros ralentissement appartiennent plutôt aux formes sérieuses.
TROUBLES PSYCHIQUES. -— Ils ne manquent pratiquement jamais. Tous les auteurs insistent sur cette prostration, cette indifférence et surtout cette tendance continuelle au sommeil qu'ont les enfants. La petite malade que Huet nous a montrée avait à chaque accès une somnolence qui était presque le symptôme clinique dominant, et cette invincible envie de dormir serait assez caractéristique de la dilatation ventriculaire.
Il s’y surajoute une sorte de lenteur de l’idéation, comme précédemment : pourtant, si on interroge le malade, il finit par répondre correctement. Son intelligence est intacte (Bœnninghaus).
VOMISSEMENTS. —— Nous les trouvons dans plus de la moitié des cas et habituellement dans la période initiale de l’évolution de l’affection.
L’altération de l’état général ne s’observe que si l’affection se prolonge, ce qui est évidemment rare : pourtant, dans les cas de Vialle et de Huet, on notait un très gros amaigrissement qui allait jusqu’à la fonte des masses musculaires, exactement comme dans une collection encéphalique.
SIGNES MÉNINGÉS. — On peut dire en gros qu’il n’y a jamais de symptômes méningés cliniques au cours de l’hydrocéphalie enkystée. Cette absence de signes méningés, du moindre Kernig, de la moindre raideur de la nuque, a le plus souvent vivement impressionné les divers auteurs qui le soulignent dans leurs observations. Ce fait contraste avec ce que nous avons dit pour les hydrocéphalies corticales.
Nous n’avons relevé du Kernig que dans un cas; celui de Beck, où il y avait en outre un peu d’hyperesthésie cutanée: mais encore ne s’agissait-il que d’une rechute : lors de l'accès primitif, il n’y avait pas eu de réaction méningée.
Dans le cas de Symmonds, il y a eu à un moment donné du Kernig et de la raideur de la nuque, mais c'était pendant la première phase de l'affection, au moment de la thrombose sinusale. Ultérieurement, alors que se constituait le syndrome d’hypertension intra-cranienne, les signes méningés s’atténuèrent ou disparurent, et Symmonds ne parle plus que d’un Kernig douteux.
Nous pouvons donc dire, en résumé, que la distension ventriculaire
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localisée de l’hydrocéphalie otitique ne s'accompagne pas de signes
méningés.