PROLÉGOMÈNES. XVII
Quelle conclusion tirer de ces faits ?
1° Que c'est l'individu le plus robuste, le plus fort, qui n'a rien eu, et que c'est le plus faible, celui dont les tissus présentent le moins de force, et, partant aussi, le moins de puissance de réaction , c'est-à-dire de contractilité, qui a eu la maladie la plus grave;
2° Que, chez ces trois derniers individus, l'inflammation . ou, ce qui est plus conforme à l'observation, l'hypérémie, s'est portée sur l'organe le plus affaibli, et, faut-il le dire, le moins contractile, parce qu'il avait eu à subir diverses stagnations sanguines qui, chaque fois, avaient fait perdre de sa puissance au ressort organique.
D'où l'on peut induire, que la cause irritante était dans les liquides, el la cause localisante de l'inflammation du tissu dans l'extensibilité prédisposante ou acquise des capillaires.
Les choses sont nécessairement ainsi, parce qu'elles ne p. uvent être autrement. En effet, que peut-il s'être passé dans cette marche forcée, pendant l'ascension de cette longue rampe? Nécessairement l'organisme en action, excitant la respiration et la circulation, et par elles le mouvement de toutes les molécules interstitielles, poussait à la décomposition. C'est ce que prouve l'augmentation de toutes les sécrétions pendant l'exercice. La décomposition était donc augmentée ; la caloricité accrue par le carbone et l'hydrogène comburés dans tous les interstices des tissus : faits physiologiques admis aujourd'hui par tout le monde, sans compter que les expérimentations de MM. Andral et Gavarret établissent que les caractères fondamentaux de toute phlegmasie aiguë consistent dans l'élévation de la température animale et l'augmentation de la fibrine du sang : de la fibrine qui , comme nous le verrons plus tard, vient, dans ces cas, d'une véritable digestion musculaire.
Cette décomposition, dont la chimie ignore encore tous les divers éléments, se portait surtout, par le mouvement centrifuge, à la peau pour être éliminée, lorsque l'impression longtemps soutenue de l'air froid, du vent agù-suit comme
XVIII PROLEGOMENES.
corps comprimant, l'a forcée de rebrousser chemin et de rentrer dans la masse des fluides en circulation.
Dans cette condition, que sont devenues ces molécules que je puis appeler excrémentitielles? Forcément, elles sont restées dans le sang, dont elles ont dû modifier et la nature et l'excitabilité, d'autant que sa caloricité était augmentée. Les maladies charbonneuses des animaux surmenés, si le fait en lui-même n'entraînait cette explication , nous le démontreraient encore.
Par conséquent, s'il y a irritation, s'il y a changement de nature, altération primitive, cette altération est dans le sang. Et cela, est-ce un fait si obscur qu'il ne puisse tomber sous nos sens ? Nous avons cité l'exemple des animaux surmenés, nous pourrions rappeler ces faits d'angine maligne que j'ai vus quelquefois, et dont un digne confrère, le docteur Quesnel de Rouen , en s'inoculant le sang du malade, a été une des malheureuses victimes. Dans ce cas , qui entraîna un gonflement énorme du membre, où était la cause irritante, l'aiguillon du stimulus? Était-il dans les solides? S'il eût été dans les solides, ne se fût-il pas borné à la partie contaminée? Aurait-il envahi le membre tout entier et le thorax luimême? D'ailleurs, les malades mourraient-ils par les symptômes généraux d'empoisonnement qui se trouvent souvent en disproportion avec les phénomènes locaux?
Donc, la partie ne devient pas douloureuse, tendue , par la sensibilité organique augmentée. Il y aurait, dans ce cas, augmentation de contractilité , et, dès lors, les phénomènes de stagnation des liquides n'auraient plus de raison d'être. Par conséquent s'il y a douleur, c'est par l'impressionnabilité que reçoivent les tissus au contact d'une cause irritante ; c'est par la distension forcée de ces mêmes tissus.
N'est-ce pas plus naturel et plus simple de l'admettre ainsi, lorsque, d'ailleurs, nous voyons que tel sang, telle inflammation ; telle résistance des tissus, telle douleur. Ne voit-on pas évidemment, les inflammations les plus violentes chez les hommes les plus robustes, les plus pléthoriques ; les douleurs les plus vives dans les tissus les moins extensibles, comme
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dans le panaris? Au contraire, n'observe-t-on pas la passivité, l'indolence de ces inflammations dans les tempéraments lymphatiques, les maladies scrofuleuses, scorbutiques, anémiques?
Dirait-on? Mais ce ne peut être dans le sang, puisqu'un de vos quatre individus n'a rien eu. Comment I n'avez-vous pas noté que c'était le plus jeune, le plus robjste, le plus capable de réaction, celui dont aucun organe particulier n'était plus impressionnable, plus affaibli? Et, dans ce cas, la force de la constitution n'a-t-elle pas pu et dû éliminer les principes hétérogènes du sang, par d'autres émonctoires que ceux de la peau? L'exhalation pulmonaire, la sécrétion rénale et hépatique ne sont-elles pas des fonctions supplémentaires de la transpiration? Dès lors, au milieu des conditions organiques où se trouve cet homme, peut-il être étrange d'admettre une élimination pour lui , et de ne pas en admettre au moins une insuffisante pour les trois autres individus, qui offraient encore une cause prédisposante locale?
Ici, que d'observations pratiques attesteraient également que ce n'est pas à la vitalité accrue d'un organe qu'est due la localisation de l'hypérémie, mais bien à sa faiblesse. Qu'on observe, comme je le dirai avec détails dans mon ouvrage Des sources des indications thérapeutiques, nos paysans qui ont eu plusieurs pneumonies, et l'on verra que les dernières, avec moins d'intensité dans le mal, souvent moins d'étendue, sont toujours plus graves et plus difficiles à conduire vers la résolution. Qu'en conclure donc, sinon que l'obstacle est dans le défaut de contraclilité locale?
Par conséquent, la cause prédisposante et localisante de toute hypérémie est dans le défaut de contractilitédes tissus, comme la cause première palhogénique de la nature du mal est dans le sang. D'ailleurs, quel est celui de nos tissus qui est le plus apte à se laisser pénétrer et distendre par l'hypérémie, si ce n'est le plus lâche? N'est-il pas d'observation, en effet, que c'est dans la trame du tissu cellulaire que se tixent les plus diverses altérations, que se dépose le blastème, pour parler comme M. Lebert, des différentes espèces de canec que