SECTION II
DES EFFETS DE L'EAU DE MER SUR i/ORGANTSME PHYSIOLOGIQUE.
Je dois me justifier d'ouvrir mon travail par l'étude des effets physiologiques de l'eau de mer, et expliquer que je ne pouvais pas procéder autrement, puisque, dans ma pensée la plus profonde, toute la puissance médicatrice que nous pouvons avoir se résume à bien connaître les effets que nos médicaments peuvent produire sur nos fonctions.
Mais, comme ici la controverse peut s'établir de suite sur ce principe qui, à mon avis, est le fondement de la pratique de l'eau de mer comme de toutes les branches de la science et de l'art, je dis, en attendant que ce travail le démontre d'une manière plus particulière encore, qu'il en est si bien ainsi, que personne, que je sache, n'a jusqu'ici contredit ces paroles d'Hippocrate qui l'expriment si clairement : « Co qui est principalement nécessaire pour tout médecin qui veut bien réussir à exercer son art, se réduit à savoir ce que l'homme est par rapport à ce qu'il mange et à ce qu'il boit , et les changements que chaque Chose peut opérer en lui. » {Traité de ? ancienne médecine, chap. xxn. )
Sans reproduire les paroles de Bordeu, qui, dans ses Maladies chroniques , exprime le même fait par des paroles fort analogues, je me contenterai de rapporter que de nos jours , vingt-quatre siècles après Hippocrate, les belles expériences de M. Fourcault sur les conséquences des fonctions de la peau , les observations de M. Pravraz sur les effets de l'accomplissement de l'hématose dans les résolutions et les éliminations, celles de M. Durand Farde] sur les eaux de Vichy et celles que j'ai publiées avant ces auteurs dans mon dogmatisme des maladies dartreuses {Bulletin général de thérapeutique, 1849)
attestent que la science et la pratique marchent réellement dans cette voie.
Elles y marchent si véritablement, que toutes ces maladies si graves et si spéciales pour lesquelles on cherchait constamment des remèdes spécifiques depuis Paracelse, se guérissent bien plus sûrement et radicalement par des traitements hydrothérapiques ou par d'autres que l'on pourrait simplement appeler mécaniques ou hygiéniques. Chose plus remarquable encore , c'est que par ces moyens on obtient bien plus complètement des métasyncrises réelles, c'est-à-dire des recorporations manifestes, qu'il est si souvent indispensable d'obtenir pour empêcher toute reproduction du mal.
Or , ces faits auraient dû cesser de nous étonner depuis longtemps ; car , sans remonter à Hippocrate , à Bordeu ; J. Thomson, M. Guersant père les indiquent aussi; tandis que J. Mùller, que nous aurons souvent l'occasion de citer, y est conduit par les nombreuses expériences physiologiques qu'il a faites ou analysées , et qu'il résume dans un passage par ces paroles : « Les conditions de la vie sont telles que les matériaux seuls de l'hygiène ne se bornent pas à changer la composition des parties organiques et à les stimuler par un changement d'équilibre ; mais ils entrent, comme parties intégrantes, dans la constitution des organes, et cela d'une manière indispensable à leurs fonctions. »
S'il en est ainsi , je n'ai donc rien préjugé , je n'ai rien préconçu ; je ne fais que donner à mon travail la forme la plus naturelle qu'il pouvait avoir, c'est-à-dire celle qui s'accorde le mieux avec les vérités fondamentales qui doivent guider la science et l'art, et présider désormais à toute évolution de nos connaissances médicales philosophiques ou pratiques.