DES EFFETS PHYSIQUES ET PAR SUITE VITAUX DES EAUX DE MER
SUR l'organisme.
Si-
Effets de l'air et des lieux.
Bordeu, dans ses Maladies chroniques, a dit : « Le traitement des eaux minérales employées à leur source est sans contredit de tous les secours de la médecine le mieux en état d'opérer, pour le physique et pour le moral , toutes les révolutions nécessaires et possibles dans les maladies chroniques. Tout y concourt : le voyage, l'espoir de réussir, la diversité des nourritures, l'air surtout qu'on respire <-t qui baigne et pénètm le corps, l'étonnement où l'on se trouve sur les lieux, le changement de sensations habituelles, les connaissantes nouvelles qu'on fait, les passions qui naissent dans ces occasions , l'honnête liberté dont on jouit ; tout cela change , bouleverse, détruit les habitudes des incommodités et des maladies. »
Après un tableau si saisissant d'intérêt et si complet dans ses détails, il me parait fort inutile de parler ici de l'aspect imposant de la mer, des spectacles si variés qu'elle donne, des impressions vives qu'elle produit; nous n'ajouterions rien ainsi à la pensée de Bordeu, ni même aux descriptions élégantes de H. Mourgué.
Nous nous attacherons surtout à l'appréciation des effets physiques, et par suite vitaux , que peuvent produire dans la médication marine l'air et les lieux , c'est-à-dire le climat. Dans les questions hygiéniques, nous pourrons apprécier plus directement l'action des causes morales sur l'accomplissement de nos fonctions.
Aussi, pour entrer de suite dans les faits, nous dirons qu'il est d'observation générale qu'un air sec et chaud , en activant les fonctions de la peau, diminue la tonicité des organes intérieurs, et par conséquent leur activité vitale et or-
ganique : la diminution de l'appétit et de la puissance d'élaboration des organes digestifs en été , ainsi que celle de la sécrétion urinaire, le prouvent assez.
Un air humide s'opposant à l'exhalation pulmonaire et cutanée , empêche l'élimination de l'acide carbonique, et, viciant ainsi les liquides et la nutrition, finit par exagérer et produire des constitutions lymphatiques. C'est ce qui résulte des recherches de Nysten et de M. Lhéritier, des observations de M. Baudelocque, de celles de M. Fourcault, etc. L'air chaud, rare et humide, serait celui qui développerait plutôt ces tristes phénomènes, comme il en résultera par l'ensemble de cette étude.
C'est ainsi qu'on a déjà parfaitement pu apprécier, par des observations faites dans divers climats et par la différence des maladies de l'hiver et de l'été, que le froid sec, en condensant l'air atmosphérique, augmente la puissance et l'animalisation de l'hématose, ce qui dispose aux inflammations aiguës. « Le terme de l'activité organique, dans les pays chauds et en été, dit M. Fusler dans son livre intéressant sur les Maladies de la France en rapport avec les saisons , c'est le tube digestif et ses appendices, la moelle rachidienne et la masse encéphalique; en hiver et dans les pays froids, c'est la cavité thoracique, les poumons et le cœur. »
Ce résumé d'observations n'est cependant vrai que sous le point de vue de l'impressionnabilité organique, et tout en donnant la localisation des maladies, il ne saurait en désigner la radication première. Celle-ci dépend nécessairement de l'état du sang par rapport à l'accomplissement de la respiration et de l'assimilation. En effet, il est d'observation générale : qu'un air sec et chaud, dans les pays du midi, en activant les fonctions de la peau, porte une action indirecte sur les organes gastrohépatiques. Mais quelle est véritablement cette action ? Est-ce une stimulation par sympathie, par continuité d'une fonction à l'autre? C'est ce que l'on répète, ce que l'on a cru et adopté. Je ne saurais en faire autant, parce que la raison des faits s'y refuse.
A-t-on jamais pu conclure de ce qu'un organe fonc-
DES EFFETS DE L'EAU DE MER. 2o
tionnait avec plus d'activité, qu'il était pour cela plus exposé à l'inflammation? Mais les érysipèles sont plus rares en été qu'en hiver ! Et si l'on concluait que c'est parce que le poumon fonctionne plus activement en hiver que les pneumonites, les bronchites sont plus fréquentes dans cette saison , on se tromperait étrangement ; car l'observation dévoile ici un mécanisme pathogénique complexe, reconnaissant pour causes productives :
1° La dilatation des tissus de l'organe, soit par la chaleur générale augmentée, soit, si l'on veut, par cette même activité fonctionnelle habituelle ;
2° Le refroidissement de la peau, sa'contractilité et le refoulement des liquides à l'intérieur, refoulement qui porte son action sur l'organe le plus prédisposé, en ce sens qu'il est, ou plus parenchymateux , ou, dans la circonstance, moins contractile.
Qu'on y réfléchisse bien , en se rapportant à tout ce que nous avons déjà dit dans nos prolégomènes, et l'on verra que l'on ne peut comprendre autrement les influences du froid et du chaud et leurs conséquences sur l'organisme. D'ailleurs , si en été et dans les pays chauds nous observons les sécrétions intestinales plus faciles, il faut si manifestement les rattacher à un défaut de contractilité que :
1° Les aliments qui augmentent la tonicité locale et générale, de même que certains médicaments toniques, diminuent ces hypersécrétions ;
2° Et que les aliments dits relâchants, ou ceux qui modifient trop subitement l'impressionnabilité de l'organe, les augmentent.
Au reste, de ce que nous voyons une sécrétion augmentée, pouvons-nous conclure à l'activité de l'organe même? Ne voyons-nous pas les sueurs froides des agonisants alors que toute l'activité fonctionnelle abandonne la peau pour se porter vers le cœur et le poumon ?
Le phénomène de la diminution de la force digestive dans les climats chauds et la cause localisatriee des inflammations sont si évidemment dans ce défaut de con-
tractilité , que , outre que nous voyons la diminution de l'appétit en été et celle de la puissance digestive , j'observe d'ordinaire des hémorrhagies utérines en cette saison, et quatre-vingt-dix fois sur cent une diarrhrée consécutive chez les femmes le plus habituellement constipées. Que peuvent prouver de pareils faits, si ce n'est un relâchement des tissus; et ces conséquences, une émanation directe de cette disposition organique? Aussi est-ce toujours les individus qui peuvent opposer le moins de puissance organique à de telles influences qui en ont le plus à souffrir , puisque c'est chez les enfants et les vieillards particulièrement que nous observons, en été, ces hypersécrétions, qui finissent par devenir chez eux de graves maladies. C'est ainsi que beaucoup de ces malades ne guérissent que par le changement de saison, observation déjà faite par Broussais , qui constate dans ses phlegmasies chroniques , que plusieurs de ces malades guérissaient ou étaient amendés en les transportant d'un pays chaud dans un froid. Seulement, de ce fait, Broussais en tirait une fausse conséquence, que la chaleur disposait le sang à l'inflammation , tandis que les faits connus et ceux que nous y joindrons prouvent le contraire.
Dira-t-on à cela : Mais comment! n'observe-t-on pas souvent des inflammations des organes digestifs et de ses appendices avec tous les caractères sthéniques dans les pays chauds , et, dans ce cas, comment les rapporter à un relâchement? Ne confondons pas; je ne viens pas ici soutenir la doctrine du strictum et du laxum de Thémison. Pour moi , une telle maladie ne rentre pas plus dans le strictum que toute autre ; la différence est dans la condition des liquides. En effet, c'est dans ceux-ci qu'est la véritable cause de l'inflammation, parce que, outre que je remarque que ces phlegmasies arrivent à la suite de fatigues, d'abus de boissons et de nourritures échauffantes, d'éliminations empêchées, etc., je tiens compte des observations de MM. Andral et Gavarret , qui constatent les changements survenus dans les proportions de fibrine du sang , de même que je dois apprécier les recherches de M. Cohen, qui observe la diminution des
principes alcalins de ce liquide chez les sujets affectés de maladies inflammatoires (séance de l'Académie de médecine du 5 juin 1851 , M. Lecanu , rapporteur).
De tels faits , comme on voit , ne contrarient nullement nos observations générales, que les pays chauds portent une action hyposthénisante sur les organes digestifs et ses appendices , et nous font admettre que lorsqu'il y a inflammation , celle-ci tient à la fois à la diminution de la contractilité des tissus et aux modifications survenues dans le sang.
Et maintenant, lorsqu'on a parlé de l'activité de la peau dans les pays chauds, de la puissance révulsive de cette activité, n'a-t-on pas pris l'effet pour la cause, habitués que nous sommes à rapporter tous les phénomènes à une sorte d'individualité agissante que nous prêtons à nos organes? Ici, au moins, nous observons, outre les sécrétions augmentées, que la peau est plus colorée , plus souple, quoique plus rénitente. Mais est-ce l'influence directe du chaud qui appelle ainsi plus de vie à la peau, ou est-ce l'action générale de la chaleur, qui agissant surtout l'organisme, dilate tissus et liquide, et en déterminant , par cet effet, une action centrifuge, porte à la peau, avec les liquides, plus de vie? J'avoue que j'incline, ou plutôt je me décide pour cette dernière idée , bien qu'elle ne soit pas celle admise jusqu'ici.
Il est tellement positif que l'activité de la peau n'est qu'une conséquence de Peffet général de la chaleur, que souvent on peut s'exposer aux ardeurs du soleil sans voir la transpiration augmentée, tandis qu'on se trouve tout en nage pour peu de mouvements que l'on fasse , môme dans des conditions différentes de température ou d'insolation ; car tous les jours nos paysans sèchent au soleil la sueur de leurs travaux.
Concluons donc qu'un climat chaud n'excite pas plus directement la peau qu'un autre; mais que la chaleur, portant les liquides à la circonférence , cette peau se trouve activée par effet consécutif; tandis que d'autres organes intérieurs manquent d'autant plus de cette activité , qu'ils ont subi les effets de l'extension générale des tissus, sans avoir la même stimulation par la circulation , d'où l'on pourrait peut-être
induire qu'ils laissent échapper les fluides blancs qui les pénètrent encore, ou qui sont arrivés jusqu'aux derniers termes des vaisseaux exhalants.
Effet général, en définitive , qui n'en amène pas moins cette conséquence, que l'action de la chaleur, en dilatant tous nos tissus , facilite généralement toutes nos excrétions : conséquence à laquelle concourt aussi l'état du sang, plus fluide , plus dilaté. C'est ainsi que, manifestement, nous perdons plus en été qu'en hiver; dans les pays chauds que dans les pays froids; ce qui le prouve, c'est que nous maigrissons généralement en été; que les habitants des pays chauds sont ordinairement plus secs, plus tendineux; tandis que ceux du nord sont, ou obèses ou avec des formes plus arrondies, à tissus cellulaire et adipeux plus abondants.
Conditions physiologiques d'où l'on peut tirer une foule d'inductions thérapeutiques que les observations pathologiques sous de tels climats attestent encore. Je veux dire, qu'étant manifeste que les excrétions sont plus abondantes et que les maladies humorales telles que la scrofule, la tuberculisation, sont plus rares dans le midi que dans le nord, on doit attribuer cet effet, comme le prouvent les expérimentations et les observations de M. Fourcault sur la suppression de la transpiration , à la dépuration incessante qui s'effectue par les excrétions.
Ainsi donc, voilà que les avantages des climats chauds se tirent précisément de leurs inconvénients, tout ce qui tient à l'étude de la nature se lie et se touche par des points de contact presque imperceptibles. Aussi , comme la difficulté consiste à les apprécier, on doit comprendre les obstacles que rencontrent la médecine et nos études, qui doivent particulièrement s'attacher à faire connaître ces points de contact si cachés, si subtils, si nécessaires, si importants.
Toutefois, l'action d'un climat chaud et sec ne se borne pas à dilater nos tissus et nos fluides : nous avons déjà reconnu, avec M. le professeur Fuster, que la masse encéphalo-rachidienne était activée. Peut-on en douter lorsqu'on apprécie l'activité intellectuelle, l'imagination ardente poétique des
méridionaux; leur énergie même lorsqu'elle est mise en jeu par la passion. La sensibilité est donc accrue , de même qu'est activée la circulation capillaire. Or, que ces deux effets soient intimement liés l'un à l'autre et dépendent du premier, celte action accrue de la puissance nerveuse n'en a pas moins de grandes conséquences physiologiques par son influence sur toutes les fonctions.
Quant à l'activité de la circulation capillaire, deux sortes de faits directs et indirects la prouvent : en effet, si nous ne voyions plus de coloration à la peau, nous remarquerions ce fait : qu'en été, nous mangeons moins qu'en hiver, et que dans les pays chauds, tels que l'Italie, l'Afrique, du riz bouilli , quelques melons d'eau et un peu de décoction de café sont une nourriture suffisante; tandis que daus le nord de la France, l'Angleterre, l'Allemagne, il faut de larges tranches de bœuf et de l'eau-de-vie pour entretenir l'existence.
Or si, comme le dit le professeur Gerdy, et comme le prouvent tant de faits et de raisons physiologiques , le sang se fait dans les capillaires, outre que le phénomène de nutrition dont nous parlons puisse revendiquer certaines conditions différentes de la respiration , nous ne pouvons pas faire autrement que de reconnaître que la chaleur du climat modifie ce mouvement de décomposition et de composition qui se passe dans les capillaires. Si nous prenons moins de nourriture tout en perdant davantage par les sécrétions, cela ne fait que donner raisons aux théories de M. Liebig, en s'accordant avec les faits que nous déroulerons dans cet ouvrage; car, cela prouve que la chaleur du climat pénétrant l'organisme supplée d'une certaine façon à la caloricité engendrée dans nos actes vitaux. Évidemment, il y a moins d'aliments brûlés, donc aussi moins de dépensés. Par conséquent, de cette manière les mouvements de la nutrition se passent plus particulièrement entre les éléments mêmes de l'organisme, fluides et solides; ce qui explique, et la facilité des dépurations et comment une nourriture moindre est parfaitement suffisante pour la reconstitution des tissus et la régénération du sang.
Sans cloute qu'après l'expression de ce fait nous ne pouvons descendre plus loin dans le mécanisme de la nutrition; mais n'est-ce pas déjà assez de saisir l'ensemble de l'action et la part de l'influence? Ne peut-on pas déjà tirer de ces phénomènes expliqués les conséquences les plus utiles dans les applications de l'art?
La circulation capillaire, écrivait M. Gerdy, en 1834, et répète aujourd'hui M. Fleury, n'est suffisamment étudiée ni dans les livres, ni dans les écoles ; et cependant, de quelle importance n'est-elle pas dans les maladies et dans la pratique médicale? {Traité d'hydrothérapie, p. 425.) Si c'est elle qui nous nourrit, puisqu'elle fait le sang; si c'est elle qui nous dépure, puisqu'elle décompose nos tissus, elle est véritablement la clef de voûte de tout l'édilice physiologique , en même temps qu'elle doit être l'aboutissant de toute la thérapeutique. C'est, en effet, ce que nous verrons toujours mieux dans l'ensemble de études lorsqu'il s'agira de résolution et d'élimination.
Pour le moment, contentons-nous de constater l'action des climats chauds sur cette circulation capillaire et sur la contractilité abaissée de nos tissus, car dans ces deux faits se trouvera l'explication de toutes nos actions hydrothérapiques, froides et chaudes, sur nos organes et sur nos fonctions, dont la réciprocité d'action est la seule force spontanée , le véritable impetum faciens que nous puissions comprendre , et partant que nous puissions utiliser à la pratique de notre art. Ces deux grands phénomènes nous expliquent encore cette observation restée cependant si mystérieuse : que les maladies du nord guérissent dans le midi, comme celles du midi guérissent dans le nord. Je connais nombre de malades du midi qui ont recouvré la santé et une meilleure constitution dans le nord, tandis que tout le monde connaît les avantages que les malades du nord retirent du midi. Cette observation est même si générale, qu'on lit dans la Doctrine des maladies chroniques de M. le professeur Ch. L. Dumas : « Les maladies chroniques qui sont formées dans une contrée peuvent trouver leur guérison dans un autre
pays, et elles se dissipent en s'éloignant de l'air, des lieux et de toutes les causes extérieures qui les ont fait naître. » (P. 589.) Pareillement , M. le docteur Pouget de Bordeaux, dans son ouvrage Sur les bains de mer, s'exprime ainsi : « Si l'on parcourt les diverses observations rapportées dans le présent travail, on verra que les guérisons les plus remarquables obtenues à Royan concernent les personnes venues de villes assez éloignées, Poitiers, Tours, Tulle, Limoges, etc. ; et que celles des bains de la Méditerranée se sont réalisées sur des habitants de Lyon, etc. » (Des bains de mer, p. 376.)
Que concluait-on de là, et quel enseignement tirait-on de faits si importants? Aucun, parce qu'on n'avait pas suffisamment étudié les conséquences physiologiques, climatériques que nous cherchons à placer dans tout leur jour pour en tirer des conséquences pratiques de thérapeutique générale, ei d'hydrothérapie en particulier.
En effet, dans le midi, pendant que la sensibilité est accrue, la contractilité des tissus est diminuée; et en môme temps que ce défaut de contractilité peut être un inconvénient, il devient un avantage par les fluides qui pénètrent, arrivent et activent les capillaires. Sans doute qu'à un certain degré de plus, et localement surtout, arrivent les conditions pathologiques; mais, tant que ce degré n'est pas atteint, c'est un avantage qui se traduit par la généralité du phénomène de la circulation capillaire augmentée, par la sensibilité accrue, par la nutrition facilitée , c'est-à-dire la décomposition et la recomposition interstitielle plus faciles sinon plus parfaites.
Or, que dans cet état une maladie chronique soit soumise à ces actes généraux de l'organisme, on comprendra de suite et les actions qui pourront détourner la lésion locale et celles qui, en facilitant les excrétions, modifieront l'hématose. Dernier fait qui, à lui seul, change tout l'organisme, parce que le sang est l'incitateur de nos fibres et de tous nos organes, comme le réparateur de tous nos tissus.
Mais ce qu'il y a de plus important à comprendre pour le praticien, c'est que, sous de telles conditions physiologiques, les impulsions médicatrices que l'on pourra donner à l'orga-
nisme seront d'autant plus efficaces qu'elles atteindront plus facilement la sensibilité, la nutrition, la contractilité, la caloricité qui sont les véritables forces médicatrices tant cherchées, et sur lesquelles nous avons des actions directes et indirectes que tout ce travail démontrera, ainsi que celui des sources des indications thérapeutiques que je publierai ensuite. Nous croyons qu'il ne s'agit pas ici de vaines théories que nous aurions élevées et conçues pour la satisfaction de l'esprit, mais de la connaissance de véritables forces physiologiques, que le praticien peut mettre en jeu pour exciter certains mouvements de cette vie, dont, depuis Hippocrate, chaque médecin a pu comprendre l'action ,1a puissance, sans pouvoir la diriger.
En effet, bien que la contractilité soit diminuée dans un pays chaud, si la sensibilité est accrue, la contractilité est influencée, car on ne peut douter que cette dernière ne tienne la première sous une certaine dépendance. Ceci est dit sans exclusion de doctrine et sans parti pris pour les diverses opinions qui donnent la prééminence à la contractilité (Haller) ou à la sensibilité (Adelon), nous ne prenons que le rapport des fonctions entre elles, leurs influences réciproques, et les connexions de la sensibilité et de la contractilité sont prouvées par une multitude de faits (Jobert de Lamballe). Or, par cette sensibilité augmentée, la contractilité, quoique abaissée, n'aura que plus de ressort lorsqu'elle sera soumise à une influence médicatrice. Ne le voyons-nous pas lorsque, sous l'influence de douches d'eau thermale, des tumeurs blanches se résolvent ? N'est-ce pas par le retour de cette contractilité abaissée momentanément sous les coups de la douche chaude que s'opère la résolution? C'est le calorique et l'afflux du sang qui abaissent cette contractilité, mais son retour ne peut être que le fait de la sensibilité réveillée, puisque la résolution, en définitive, ne peut se faire que par la contractilité augmentée? Or donc, le choc de la douche et le nouvel afflux sanguin , en impressionnant la sensibilité , ont dû mettre en action cette même contractibilité par contrecoup. On ne peut comprendre le phénomène que de cette
manière, dès qu'on voit des douches froides et des bains de mer effectuer directement par la contracliliti les mêmes résolutions. D'ailleurs, pourquoi, dans les pratiques de l'hydrothérapie, soumet-on la peau à des irrigations froides, après avoir excité les sueurs et la turgescence de la peau par le calorique accumulé? n'est-ce pas pour augmenter le ressort de la contractilité générale par ces actions et réactions des capillaires? Ce ressort de la contractilité est la sensibilité!
Sans calculer déjà toutes les conséquences de cette action de la circulation capillaire de la périphérie, par le conflit qui a dû se faire entre solides et liquides, relativement à la composition et à la décomposition intersticiclle, n'est-il pas évident que les fluides successivement appelés et refoulés doublent non-seulement les ressorts organiques de la peau , mais encore par leur retour brusque et rapide aussi à l'intérieur, la contractilité des organes internes; comme l'attestent les effets hydrothérapiques désignés, ceux des bains froids, des bains d'air comprimé, des bains de mer, sous l'influence desquels l'appétit se prononce davantage, de même que la puissance digestive.
Telle est donc l'action d'un climat chaud, que s'il ne peut par lui-même, dans une foule de cas, amener l'organisme à certaines modifications fonctionnelles, il le dispose de telle manière qu'il devient plus sensible aux diverses modifications qui doivent provoquer les forces physiologiques médicatrices: d'où les conséquences les plus utiles qui se dévoileront toujours davantage, dans le cours de ce travail, par le concours du climat et des médications hydrothérapiques.
Sans traiter cette question, M. Fleury, conduit par la pratique à la justesse de cette conséquence même, proclame bien haut cette idée : Air chaud, eau froide.
Telle est la conclusion que nous formulons aussi, parce qu'on peut voir déjà que par ces deux actions opposées sur l'organisme, nous activons son ressort, c'est-à-dire les fonctions de nos organes, la vie. Or, je l'ai dit ailleurs, ainsi que le professeur Gerdy (ouvrage cité), notre organisme est une machine à engrenage dont il suffit souvent de toucher un
rouage pour faire mouvoir tous les autres. Voilà pourquoi nous avons déjà montré que la contractiliié de la peau , excitée par sa diminution et son élévation successives, retentit sur celle de nos organes les plus profonds, de même que, par les modifications survenues dans les métamorphoses que subissent le sang et les tissus au moyen du conflit plus intime qui se fait entre eux dans les capillaires, l'absorption générale et la nutrition se trouvent modifiées , effet général qui ne peut s'effectuer sans une augmentation notable dans les sécrétions, dont la conséquence retentit encore sur la nutrition, et constitue un enchaînement de phénomènes qui explique et les résolutions et les métasyncrises que Ton observe dans les différentes applications des eaux en général.
Cependant, ce principe, air chaud, eau froide, ne saurait être absolu : car il est facile de reconnaître qu'un air chaud trop prononcé, et surtout trop continu, altère l'hématose par la respiration; d'où les conséquences sur la dynamie générale que je trouve dans la contractilité et dans la sensibilité. Les observations de M. Pravaz, en établissant qu'on guérit bien des maladies cachectiques par l'air comprimé, celles que j'ai données autre part, et que je reproduirai plus loin, attestant que des chloroses ne reconnaissent pas de plus puissantes causes que la raréfaction de l'air par la chaleur de l'été, indiquent qu'il ne suffit pas d'apprécier un phénomène, quelque important qu'il soit, mais qu'il faut distinguer toutes les conditions suffisantes, diverses et le plus souvent contraires, sous l'influence desquelles notre existence s'effectue et s'entretient avec plus ou moins de vigueur.
Or, il est certain que le passage du chaud au froid, de l'hiver à Tété et de l'été à l'hiver en sont peut-être les conditions les plus indispensables, et comme tant de faits le prouvent, les influences qui assurent le mieux notre force et notre énergie. C'est ainsi que dans la médication marine on doit beaucoup compter, comme l'indique M. Pouget de Bordeaux, non-seulement sur la pression plus considérable de la colonne atmosphérique, mais encore sur les brises de mer ; et je ne veux pas parler ici de l'action topique de l'air de la mer
sur les bronches qu'établissent tant d'observations et entre autres celles de Buchan, de Mourgué, de M. Ponget, ni de l'action chimique de cette atmosphère sur l'hématose au moyen de la respiration ; je n'entends désigner l'action des brises mannes en tant que densité de l'air et changement de température impressionnant tout l'organisme, car elles peuvent modifier l'hématose et par la contractilité générale de la surface de notre corps augmentée et par la respiration activée : phénomènes fonctionnels qui dans le consensus de notre organisme s'activent encore réciproquement l'un et l'autre.
En effet, si l'on s'expose à ces brises ou aux différents vents que la Providence, dans sa sagesse, fait régner à des degrés très-diVers, mais presque journellement dans le midi delà France, l'on observe que la peau, les aponévroses semblent alors plus intimement appliquées sur nos muscles, tandis que ceux-ci paraissent avoir acquis plus de force et de tonicité, résultat d'autant plus sensible et plus prononcé que la veille ou dans la journée la chaleur avait été plus élevée. On sent pareillement que la respiration est plus complète, plus réparatrice si l'on peut ainsi parler.
Or, les bienfaits de ces contrastes ne sauraient être mis en doute puisque nous constatons et plus de force et plus d'énergie chez les individus qui luttent habituellement contre toutes ces variations atmosphériques , et les santés les plus délicates chez les personnes qui, par état ou par idées fausses, évitent tous les changements de température. Les archives de la science, la pratique journalière et l'ouvrage de M. Fourcault fourmillent de faits qui garantissent ces assertions. Aussi, l'auteur que nous citons ne craint pas d'établir en principe que : pour préserver l'homme et les animaux des affections tuberculeuses, il faut les soumettre habituellement, dans l'état de liberté, aux influences de l'atmosphère (Causes générales des maladies chroniques , spécialement de la phtkisie pulmonaire, p. 24). « A Scheveningue, près de la Haye, dit-il, les enfants scrofuleux se guérissent et ne deviennent point phthisiques lorsqu'ils peuvent jouer sur les bords de la mer et se baigner dans ses Ilots. A Lille , les orphelins qui vont
travailler chez les artisans ne meurent point scrofuleux, phthisiques, comme les filles qui sont renfermées dans l'hôpital général ; à Vienne, les garçons élevés à la campagne ne subissent pas le sort des filles qui sont élevées à l'hospice de la Charité. A Rocca du Pape, les enfants rachitiques se redressent sous l'influence de la lumière et ne deviennent ni scrofuleux, ni phthisiques; enfin, dans les colonies agricoles de la Belgique , les pauvres qui travaillent dans les champs ne sont point moissonnés par la phthisie, ainsi que les criminels qui sont renfermés dans les prisons , les pauvres qui restent dans les ateliers de charité, les enfants qui s'étiolent, languissent et meurent dans les pénitenciers. » (Ibid., p. 104.)
Ainsi donc, pour exciter certains mouvements organiques et arriver aux conséquences fonctionnelles préservatrices comme curatrices de nombre de maladies , outre les conditions de chaleur, de lumière , il faut encore celles de l'exercice, de l'excitation des contrastes atmosphériques, ettel climat qui les présentera, non pas avec trop d'intensité, mais dans de justes variations, sera celui qui offrira le plus de moyens au médecin pour activer les mouvements fonctionnels curateurs que nous appelons à la fois éléments de la vie et forces médicatrices. Éléments de la vie et forces médicatrices, parce que les fonctions ultimes , auxquelles nous faisons allusion , sont les résultantes culminantes de nos fonctions, de même que chaque fonction , et mieux encore chacune de ces fonctions ultimes, est alternativement ou concurremment l'incitateur de nos organes, le moteur d'autres fonctions. Dès cet instant, elles deviennent forces médicatrices; et si nous les avons distinguées , si dans tout ce travail nous les désignons à chaque circonstance pathologique ou thérapeutique, c'est afin que le praticien, après avoir appris à les reconnaître, sache quand et comment il peut les impressionner pour les mouvoir et les faire agir. Mais, dira-t-on, cette conclusion sur l'action excitante curatrice des variations atmosphériques est en opposition directe avec les idées reçues jusqu'ici sur les bienfaits de l'invariabilité de la température et l'uniformité du climat , à tel point que c'est à cause de ces qualités
que toute l'Europe septentrionale envoie ses malades à Nice. A-t-on bien réfléchi à cela? n'a-t-on pas confondu l'action curatrice avec la palliative? Vraiment, les climats les plus invariablement chauds favorisent toutes les sécrétions, comme nous l'avons prouvé, et par conséquent toutes les éliminations, ainsi que l'attestent, entre autres faits, l'innocuité de la syphilis en Egypte (Pariset, éloge de Larrey); mais, dans la plupart des cas , la chaleur suffit-elle pour rendre toute la force nécessaire à la curation parfaite, à la régénération constitutionnelle ?
Cette assertion serait en opposition directe avec ce grand fait, que la vie est bien moins longue et bien moins active dans les climats uniformément chauds , de même qu'elle serait en opposition flagrante avec l'importance des observations que viennent de produire l'hydrothérapie, la pratique des bains d'air comprimé , de la gymnastique , etc. Sans doute que certains malades atteints de phthisie ou de maladies chroniques arrivées à leur dernière période, alors que l'affaiblissement organique ne permet plus d'obtenir une réaction suffisante au choc imprimé , se trouveront bien mieux d'une action insensible qui facilite momentanément le mouvement et les conséquences des organes. Mais ces actions, ces mouvements, ces conséquences sont-ils sullisants pour ramener ces mêmes organes à toutes leurs forces physiologiques, les fonctions à tous les résultats médicateurs nécessaires? Non! car, si on cite à Nice bien des malades soulagés, on en compte bien peu de guéris.
Tout cela est encore étayé par un nouvel ordre de faits : c'est que, la chaleur humide, qui est la conséquence la plus extrême de l'invariabilité atmosphérique, engendre en Egypte la peste (Pariset, éloge de Larrey) ; la peste, la viciation humorale et constitutionnelle on peut dire la plus complète , la plus terrible, parce qu'elle est la plus spontanée ; c'est que l'air humide, chaud ou froid qui suppose toujours l'absence de ces variations atmosphériques, constitue la condition la plus favorable au développement des maladies chroniques que j'appelle cachectiques, parce que toute la constitution est malade.
Comment en serait-il autrement? Les faits rapportés par MM. Baudelocque, Lhéritier, Fourcault, Fusler, Edwards, etc., attestent que la puissance encéphalo-rachidienne est diminuée; que la respiration s'effectuant dans un air dilaté ou raréfié par l'interposition de la vapeur aqueuse, est insuffisante, et que les fonctions de la peau , comme l'exhalation pulmonaire, sont entravées. D'où il résulte, avec un abaissement de la contractilité générale , la conséquence d'une dépuration carbonique incomplète par le foie seulement , ce qui expose l'économie à une augmentation de sucs albumineux et adipeux imparfaits dont les derniers résultats , ainsi que nous le verrons mieux plus tard, peuvent conduire jusqu'aux viciations rachitiques , scrofuleuses et tuberculeuses les plus extrêmes, puisque c'est sous de telles conditions qu'on fait naître à volonté la scrofule chez les animaux (Coster), les foies gras des oies (Lhéritier). De plus, le village d'Ezy, dans la vallée de l'Eure , près de la ville d'Anet , en a donné une preuve manifeste, suivant M. Fourcault, d'après les observations de M. Delasiauve. Le village est abrité à l'ouest et au nord par une montagne; à l'est et au midi par des arbres élevés qui arrêtent les courants atmosphériques et s'opposent ainsi à l'évaporation de l'humidité. Au contraire, Anet est placé dans une partie large, élevée, sablonneuse de la vallée, accessible aux vents. Les scrofules et les autres maladies chroniques se multiplient tellement à Ezy, qu'elles entrent dans la proportion d'un huitième dans le chiffre des décès, tandis qu'elles n'atteignent que la proportion d'un cinquantième à Anet, où les maladies aiguës dominent (Fourcault, ouvr. cit., p. 83).
Ces faits sont tellement nombreux qu'il est impossible de les tous rapporter ici , et encore moins de les examiner sous toutes leurs faces. Aussi, qu'il nous suffise de rappeler, avec M. Bureaud-Rioffrey , combien les maladies chroniques cachectiques étaient plus communes à Londres avant l'incendie de 1666, qui réduisit cette ville en cendres. Alors , les rues du vieux Londres étaient obscures, étroites, sales et tellement humides que des chaînes étaient souvent tendues à
l'entrée pour avertir qu'on ne pouvait traverser les mares d'eau et d'immondices qui les baignaient. Aussi a-t-il fallu ces grandes et belles rues et ces jardins interposés pour diminuer les conséquences fâcheuses de ces brouillards qui plongent en plein midi la ville clans les ténèbres les plus obscures.
Qui ne sait, par les rapports de Mojon, que les habitants des divers pays qui se trouvent sur le littoral de la mer ligurienne jouissent de la santé la plus florissante et sont fort rarement atteints de scrofule, tandis que ceux d'entre eux qui travaillent dans les mines de Lavagna, où l'eau transsude goutte à goulte de toutes les parois, de manière à inonder certaines galeries, meurent pour la plupart avant cinquante ans, par les progrès de la scrofule, de la phthisie ou de l'anasarque.
Et maintenant, que ne pourrions-nous pas nous-mêmes ajouter sur la différence des maladies et des constitutions de nos artisans du midi avec celles de nos pêcheurs, de nos paysans? Autant la phthisie, la scrofule et le rachitisme sont des maladies fréquentes chez les cordonniers, les tisserands, les tailleurs, les couturières qui restent renfermés dans des chambres étroites, autant elles sont rares à Marseille chez les pêcheurs, les débardeurs, les portefaix et tous nos paysans du midi. Et quelle différence de constitution ! Les uns sont grêles et étiolés; les autres sont musculeux et d'une coloration dont le midi de la France seul offre le type. Ce n'est plus, en effet, le teint seulement basané de l'Afrique, mais avec cette teinte foncée une coloration sanguine qu'on reconnaît appartenir aux artérioles capillaires.
Dans nos Basses-Alpes, la plupart de nos paysans scrofuleux meurent en bas âge, alors qu'ils n'ont pu prendre part aux travaux des champs, qu'ils ne sont pas encore sortis de la maison, étroite, humide, ici comme partout. Mais, s'ils sont assez heureux pour franchir cette période de leur vie, forcément recluse, l'insolation, le vent, la pluie auxquels ils s'ex posent deviennent les modificateurs les plus manifestes et bien autrement efficaces que tous les agents de notre matière médicale qu'on leur avait prodigués jusqu'alors. De cette observation il résulte qu'il y a des enfants scrofuleux, rachi-
tiques dans le midi, mais qu'il n'y en a presque point parmi les adultes.
Il ne saurait en être autrement : un vent de mer, un vent frais, assez habituel dans un pays chaud , dont le sol est sec et calcaire, est un bienfait extraordinaire; et cette remarque n'avait pas échappé à Jules César, qui disait que la Provence devrait élever des autels aux vents du nord-ouest qui viennent si souvent en agiter l'atmosphère. C'est ainsi que depuis vingt ans que je pratique la médecine dans ce pays, j'ai positivement observé que les maladies étaient bien moins nombreuses dans les années où régnaient particulièrement les vents du nord. C'est au point que, s'ils y régnent au printemps, en été, en automne, les maladies saisonnières manquent pour ainsi dire tout à fait ; tandis que c'est bien manifestement les printemps les plus invariablement chauds qui nous donnent le plus de rhumatismes, de bronchites épidémiques, surtout des pleurésies et même des pneumonies ; de même que ce sont les étés les plus absolument brûlants qui nous donnent le plus de diarrhées, et les automnes humides le plus de lièvres typhoïdes à forme muqueuse, ataxique, etc.
Dans ces dernières circonstances, l'économie provoquée, comme nous l'avons dit, à la décomposition et à l'excrétion par le fait de l'activité capillaire et de la diminution de lacontractilité , est extrêmement impressionnable. Et dans nos campagnes, il suffit que ce mouvement organique soit excité par l'exercice, la fatigue dans les champs, et ensuite subitement arrêté en rentrant dans une habitation fraîche et humide, pour que cette suppression d'élimination par la peau et le poumon , alors que les matériaux excrémentitiels en étaient , si je puis ainsi parler, préparés et répandus dans le torrent circulatoire, constitue une phlogose du sang, une viciation générale de ce fluide , viciation qu'on désignera comme on voudra, mais qui ne demande qu'un organe plus affaibli, moins contractile pour l'y retenir et localiser ainsi une phlegmasie. Ces faits, extrêmement nombreux, qui s'observent particulièrement et plus évidemment par les conséquences de la vie champêtre du pays où j'observe, ces faits
si constants et si manifestes, comparés avec ceux d'une autre espèce que nous avons déjà relatés, m'ont conduit aux idées pathogéniques que j'ai représentées dans mes prolégomènes et que l'on pourrait résumer ainsi : Toute inflammation aiguë reconnaît pour cause générale et originelle des décompositions intersticielles provoquées et subitement arrêtées ; toute inflammation chronique, si surtout il est bien vrai, comme le disait Bordeu, que les maladies chroniques ne soient que des aiguës allongées, trouve sa cause dans des phénomènes semblables, insensibles et souvent répétés ; phénomènes qui viennent se résumer dans cette pensée de Galien : que toute radication de maladie aboutit à ce que nous absorbons ou nous n'excrétons pas (Daniel Lecler, Histoire de la médecine, p. 680).
Mais que peut le règne habituel de ces vents contre ces causes pathogéniques? Évidemment, ils doivent entraîner l'humidité et les miasmes que nous pourrions absorber , et encore, quoique nos excrétions se fassent par les conséquences passives de l'extensibilité de nos tissus, comme le prouvent nos observations précédentes, il est également certain qu'elles se feront bien plus sûrement par leur contraetilité active, ainsi que le démontrera la suite de ce travail. Ce phénomène physiologique apprécié sur ces deux conséquences extrêmes, les avantages de la pression de l'air par les Tente, l'action de leur fraîcheur sur la contractilité ne peut être désormais un mystère, et deviendra un puissant adjuvant médicateur employé avec prudence et sagacité, de même qu'il est un bienfait hygiénique. Bienfait hygiénique tel que, outre ce que j'en ai déjà dit, je puis ajouter que depuis trois ans que régnent plus particulièrement des vents presque continuels, le nombre des maladies est infiniment moindre. Pendant cet été de 1852, qui s'est maintenu pluvieux et venteux, cenjui ne saurait empêcher dans le midi de belles journées et de longues éclaircies de soleil , rien de plus rare que des maladies aiguës sérieuses. C'est au point que mon service à l'hôpital de Manosque n'a guère renfermé que des maladies chroniques que m'a apportées la garnison militaire venue d'Afrique, pendant tout le temps que ces variations almosphé-
riques ont régné; et ce n'a été qu'à la fin d'août, lorsque les chaleurs ont été continues et l'atmosphère calme, que se sont montrées différentes fièvres typhoïdes, des bronchites et des pneumonies.
Concluons donc que ces conditions atmosphériques seront un levier médicateur dont l'intelligence du médecin pourra diriger la puissance, comme nous verrons qu'elle doit diriger celle de l'eau froide ou chaude, marine ou minérale; car nous pourrons observer que c'est toujours par le même mécanisme physiologique, les mêmes impressionnabilités excitées, prises en différents sens, que se meuvent les divers mouvements fonctionnels curateurs.
Ici, même sur la question des vents, pourrait-on jusqu'à un certain point soutenir avec M. Fourcault qu'ils favorisent la transpiration. Rien de plus positif que nos vents du midi favorisent l'évaporation de l'humidité à la surface des corps; car nos paysans observent très-bien qu'une journée de vent sèche la terre plus vite et plus complètement que trois journées d'un beau soleil. Aussi , de ce fait pourrait-on déjà conclure à l'évaporation de la transpiration, mais de la transpiration produite; car il n'est guère possible que le vent en resserrant la peau , en la comprimant et refoulant les fluides qu'elle contient, puisse exciter les sueurs. Cependant, des expériences de M. Edwards attestent que l'air sec et en mouvement excite la transpiration insensible, tandis que l'air humide et en repos la réduit infiniment. Ce savant a prouvé ce fait, en montrant que des grenouilles exposées à une fenêtre perdent des quantités de transpiration trois ou quatre fois plus grandes que celles qui sont placées dans l'intérieur d'un appartement ou dans un vase où l'air est en repos. Expériences qui ont même amené à cette conclusion que ces pertes sont presque égales dans l'air sec et en repos, dans l'air humide et en mouvement (Fourcault, ouvr. cit., p. 79).
Ces résultats sont certainement très-remarquables , mais ne concernent , je crois , que la transpiration insensible en rapport avec de faibles mouvements de l'atmosphère, sans
pouvoir s'appliquer d'une manière absolue à tous nos vents, comme aussi on accuse à tort ceux-ci d'être la cause de bien des maladies, en supprimant la transpiration. J'ai noté plusieurs cas semblables, mais j'ai pu constater qu'on n'avait pas suffisamment analysé le phénomène. Dans ces circonstances, la transpiration n'est pas supprimée par le vent, mais par les vêtements imbibés de sueur et à l'instant transformée en eau froide dont le contact trop prolongé arrête la transpiration pendant que le corps reste encore échauffé par l'agitation intérieure.
Toutefois, examinons si cette action des vents frais et secs dans le midi existe tout entière, comme semble l'induire M. Fourcault, dans la transpiration favorisée? La chose est impossible, comme nous l'avons déjà fait pressentir : leurs effets et leurs conséquences sont multiples, car il nous parait manifeste qu'ils activent la respiration et toutes les fonctions qui tiennent à l'acte complexe de la nutrition. La respiration augmente vraiment de puissance sous l'influence d'un air sec et frais en mouvement, les grandes inspirations, les expirations plus longues qu'on observe , la plus grande liberté organique que l'on ressent, annoncent ce que l'on conçoit facilement, que l'air plus dense pénètre encore par compression dans le poumon. Or, comment cela ne serait-il pas ainsi, lorsque nous voyons que la compression de ces vents sur le poumon est quelquefois telle qu'elle empêche l'expiration de manière à rendre impossible par celte seule raison le mouvement de progression contre leur direction.
D'autre part, comment n'agiraient-ils pas sur la contractilité de la surface de tout notre corps, lorsque nous les observons d'une violence telle qu'ils déracinent des arbres ou renversent des voitures? Nécessairement leur action compressive, déterminée par la résistance de notre corps, est manifeste, sans compter que notre peau plus fraîche, plus serrée sur les aponévroses et celles-ci sur les muscles, de même quelquefois que l'élévation des bulbes de la peau, que l'on désigne sous le nom de chair de poule , indiquent \n contraction même des tissus du derme. Dans ces circonstances, je doute fort que la
transpiration soit favorisée; les liquides , comme l'excitation qu'ils produisent, sont refoulés à l'intérieur : effet sans action nuisible, mais, au contraire, très-favorable lorsqu'il s'agit de relever la tonicité organique, de provoquer le jeu fonctionnel, de rétablir l'activité du consensus des éléments de la vie, si notre corps ne se trouve pas dans les conditions pathogéniques que nous avons indiquées , ou si l'impression produite n'est que passagère et incapable par conséquent d'empêcher une réaction avant que l'effet pathogénique complexe puisse se produire.
Or, de ces deux effets primitifs sur les liquides et sur les solides, sur la respiration et la contraclilité extérieure, il en résulte des effets à la fois physiques et chimiques sur la nutrition. Nous ne pouvons pas, il est vrai, les prouver directement; mais les résultats obtenus sous les conditions climatériques, les faits si remarquables de M. Pravaz, joints à nos connaissances actuelles physiologiques, entraînent le raisonnement à cette conclusion forcée : que le sang imprégné de plus d'oxygène par le conflit plus parfait et plus intime de l'air dans le poumon, se trouve modifié de manière que, arrivé dans les capillaires, il est plus apte à la nutrition; la nutrition, qui se compose de deux actes : l'assimilation et la décomposition. Or, ces actes fonctionnels sont d'autant plus complets que le sang est mieux préparé , plus parfaitement modifié par la respiration; tandis que plus il aura d'oxygène, plus il brûlera de carbone; comme, tout pareillement, plus la contractilité des tissus sera excitée, plus Texosmose et l'endosmose seront favorisées, et le conflit moléculaire des solides et des liquides plus intime : conséquence complète de métasyncrisie, puisque, avec une régénération nouvelle plus parfaite , il y aura une dépuration plus complète. Cette dépuration dont nous ne concevons qu'un élément, la décarbonisation, peut en avoir plusieurs, sans compter que c'est à cette décarbonisalion que nous devons rapporter la calorification animale produite, dont l'action consécutive ne peut rester sans influence sur les fonctions organiques en général, et par conséquent sur celles que nous venons d'analyser.
L'essentiel pour guider notre raison dans toutes ces études de la force médicatriee des mouvements physiologiques imprimés par l'usage des eaux, c'est que nous ne nous égarions pas dans les phénomènes indiqués. Or, outre que les expériences de Lagrange, de Hassenfratz, de Crawfort, de Davy, de Scudamore, de M. Dumas, etc., conduisent aux conséquences que nous avons déduites , nous ajouterons, avec M. Lhéritier, que la transformation du sang artériel en sang veineux s'effectue si bien dans les capillaires et y produit la chaleur et l'acide carbonique, qu'il est constant : <• que cette transformation ne s'effectue point dans le courant circulatoire artériel; car le sang est tout aussi artérialisé dans les petites artères que dans les grandes, et tout aussi veineux dans les veines les plus ténues que dans les plus spacieuses. Or, la conversion du sang artériel en sang veineux n'arrive qu'aux dernières limites de la circulation artérielle et veineuse, c'està-dire dans la trame vasculaire, dans les capillaires des tissus. En réfléchissant encore au fait suivant, savoir : que le sang artériel sain contient à peine des traces d'acide carbonique libre, mais qu'il en existe en quantité dans le sang veineux, môme dans celui des plus petites veines, il devient évident que ce gaz ne se forme pas dans les gros troues vasculaires, mais dans l'intimité des parenchymes, et que, là où il se développe , là aussi il y a évolution de la chaleur animale. » [Traité de Chimie paf/iolof/iqite, p. 135.)
Ces faits intimes de la physiologie ne peuvent qu'être vrais, non-seulement parce que, de conséquences en conséquences, le raisonnement conduit à ces conclusions, mais parce que ces conclusions s'accordent avec tous les phénomènes physiques climatériques analysés. N'est-ce pas, en effet, à de telles actions que nous devons rapporter l'innocuité et souvent les avantages du séjour des montagnes, où, bien que la colonne atmosphérique soit moins pesante , les agitations de l'air y suppléent? Ces faits sont étayés par l'histoire de différentes ascensions, dans lesquelles les aéronautes , comme dernièrement MM. Barrai et Bixio, n'ont pas éprouvé les inconvénients de la diminution de la pression atmosphérique, à cause
de l'abaissement considérable de température (37°) dans la couche atmosphérique où ils sont parvenus. Évidemment cet abaissement agissait, relativement à la densité de l'air, en sens contraire de l'altitude (Pravaz , Essai sur le bain d'air comprimé, p. 365).
C'est donc ainsi que bien des choses se compensent dans la nature; et tous ces phénomènes doivent être parfaitement connus du médecin qui a à mettre à profit leurs avantages , tout en évitant leurs inconvénients. Or, disons que les uns et lesautres se touchent de près, et que si nous proclamons que dans nos pays chauds de la Provence, le vent frais est un bienfait , nous ne voulons pas établir en règle générale que tous les malades puissent être impunément soumis à toutes ses influences. Nous constatons seulement, à cette heure, que cette action du vent dans les pays méridionaux est un moyen précieux à utiliser pour augmenter la tonicité de la fibre générale et modifier l'hématose , précisément parce que la chaleur porte à la dilatation de nos fluides et de nos tissus : effets alternatifs de chaud et de froid, de dilatation et de contraction qui, en activant les actions et les réactions de nos organes, augmentent les ressorts de ceux-ci et toutes leurs conséquences d'élaboration et de sécrétion, et, partant, d'assimilation et de dépuration. D'où il suit que, mieux que sous aucun traitement de notre matière médicale, nous pouvons, par ces jeux organiques excités, amener des résolutions, et à la fois régénérer des constitutions.
Néanmoins , ces conditions climatériques , précisément parce qu'au moyen des actions physiologiques qu'elles déterminent, elles peuvent aider la résolution de maladies asthéniques et cachectiques nées dans des climats froids et humides , elles seraient nuisibles dans des maladies aiguës, chez des sujets surexcités. C'est donc précisément parce que ces influences sont actives, qu'on doit être averti qu'elles réclament toute la prudence du médecin ; car, même dans les maladies chroniques dont le ressort organique est le plus abaissé, si ce ressort ne pouvait être relevé qu'au profit de la maladie, une telle action de nos climats serait plus nuisible qu'u-
tile. C'est ainsi que nous voyons la phlhisie passer très-rapidement de sa première à sa dernière période, et enlever nos malades dans une sorte d'état aigu, souvent si rapide, que des médecins de Marseille ont dénommé par phthisie galopante les cas les plus rapides de cette affection. Par contraire, à en juger du petit nombre de ces maladies chez nos paysans et nos pêcheurs, des améliorations de nos artisans qui quittent de bonne heure l'atelier pour les travaux des champs, il n'est pas douteux que des malades exposés à temps et de bonne heure à toutes ces influences extrêmes climatériques, n'y trouvassent des actions médicatrices favorables. D'où Ton peut conclure que , même des maladies tuberculeuses, prises de bonne heure, guériront sous l'influence de ces mêmes effets et de ces mêmes actions organiques imprimées , lorsque celles-ci pourront encore s'exercer au bénéfice général de la constitution, dont bien manifestement le travail incessant de recomposition est le véritable agent médicateur ou résolutif du principe pathologique, comme le prouve ce que nous avons déjà dit, et comme le prouvera mieux encore la suite de ces études.
Toutefois, il ne faut pas croire que ces variations atmosphériques, dans le midi, puissent contrarier la sensibilité de beaucoup de malades et agir ainsi défavorablement sur la maladie. De telles influences sont loin de pouvoir être comparées à celles que redoute tant M. Lecœur de Caen sur les côtes de la Manche. Les vents dont il est question viennent, dit cet auteur, « des vastes savanes et des steppes glacées de la Sibérie. Pour parvenir jusqu'à nous, ils n'ont eu que peu ou point de mer à traverser; aussi , leur aridité n'étant tempérée par rien , sont-ils secs, brûlants.... et modifient, sans qu'on sache trop pourquoi, toutes les fonctions électro-vitales. » {Des bains de mer, t. II, p. 19.)
Rien de semblable sur les côtes de la Méditerranée, ce vent n'est jamais trop sec et constamment plus ou moins frais, ce qui ne fait que tempérer la chaleur solaire que l'on peut toujours ressentir, parce que ces vents ne se lèvent que l'après midi et qu'on peut facilement les éviter en choisissant d'autres
heures pour sortir ou pour se baigner. Aussi , n'a-t-on peutêtre jamais vu sur les bords méditerranéens, comme M. Lecœur sur les côtes de la Manche, « des personnes désireuses de prendre des bains de mer, habiter pendant plusieurs semaines une plage, et être forcées d'aller s'installer sur une autre côte qui ne se trouvait plus exposée au même orient que la première. » (Ibid.)
Enfin, disons avec M. Pouget que les variations atmosphériques sur les côtes méditerranéennes sont de nature telle , qu'elles n'exigent pas ordinairement les précautions que M. Marchant indique pour les thermes pyrénéens, ni celles de M. Edouard Auber qui veut que le manteau soit l'uniforme obligé pour le baigneur. Les malades sur les bords de la Méditerranée n'ont pas à se prémunir contre l'humidité froide des matinées ou des soirées des montagnes et des vallées des Pyrénées (Marchant), ni contre les courants froids des vents d'est et de nord-est dont l'action âpre exerce sur toute l'économie une modification profonde et très-préjudiciable, surtout au début (Auber).
Les vents qui régnent sur le littoral méditerranéen venant de l'ouest ou du nord-ouest , ne sont ordinairement remarquables que par leur force d'impulsion; et si, au début d'une médication marine ou thermale, ils impressionnaient un peu trop vivement le malade qui arriverait de l'intérieur des terres, de courtes expositions à ces vents seraient des précautions suffisantes au début, pour en éviter les dangers; tandis que, à la fin du traitement, pour les raisons physiologiques que nous avons déduites , ces mêmes inconvénients se transformeraient en avantages précieux. C'est ainsi que tel malade qui ne peut, au début, supporter les bains à la lame, en obtient ensuite, après les bains chauds de mer, les meilleurs résultats.
Ce que je viens de dire des vents de la Provence , pour les bains de mer, peut parfaitement s'appliquer aux thermes de cette contrée; car, je n'ai jamais vu et n'ai jamais entendu dire que ces vents , qui régnent aussi dans les Basses- Alpes, aient jamais eu d'inconvénient pour les baigneurs de
Gréoulx ou de Digne. Si l'on se rapporte aux expériences de M. Edwards, aux assertions de M. Fourcault, la transpiration n'en serait que plus favorisée; mais, je crois que sans soutenir ce théorème, il est suffisamment évident par tout ce qui précède, et par les faits généraux acquis à la science, que l'action des vents luttant contre celle de la chaleur du climat ou des effets des eaux thermales, ne peut que favoriser les conséquences d'action et de réaction, dont la vie n'est qu'une succession de phénomènes , et la santé une résistance énergique à ces influences contraires. Or, comme les lésions pathologiques ne se dissipent que par le jeu des actions physiologiques indiquées, ainsi que le prouvera mieux la suite de ce travail ; il doit en résulter que des actions thérapeutiques par les eaux et les lieux , en favorisant ces mouvements organiques et leurs conséquences fonctionnelles, doivent, par leurs effets multiples , faire atteindre plus facilement le but cherché.
Mais nous ne pouvons pas tout prouver à la fois; disons seulement à cette heure, que la nature du terrain aide puissamment à toutes ces conditions climatériques , et que l'air sera d'autant plus sec que le sol s'imbibera plus facilement et plus complètement de l'eau des pluies ou absorbera les vapeurs de l'air. C'est ce que nous observons sur les terrains calcaires de la Provence où, à latitude égale, l'air est manifestement plus chaud et plus sec, par conséquent plus pur que sur les terrains tourbeux, argileux, granitiques qui conservent l'humidité. C'est ainsi que j'ai montré, dans un mémoire sur la fièvre typhoïde , dans le midi de la France {Bulletin de thérapeutique, t. XXIV), la différence des influences des pays bâtis sur un sol calcaire de celles des vallées formées de Punion de différents terrains, sur la production des Pyréxies dites essentielles. Ces observations devront être d'un grand poids dans toutes ces questions de maladies cachectiques, nées surtout dans un climat humide, parce que la constitution trouvera aussitôt, sous des influences climatériques contraires, toutes les conditions de régénération dont les mouvements organiques sont, comme déjà on peut le pressentir,
les véritables forces médicatrices qui doivent déterminer la résolution de l'altération pathologique.
Pour dernière preuve à ces assertions et surtout pour témoigner de l'influence d'une pesanteur atmosphérique plus considérable, nous rapporterons ici une observation extrêmement curieuse du sagace Bordeu, observation qui démontre bien manifestement de quelle action peut être un air sec agité et pesant comme celui des bords de la Méditerranée; car, l'observation de Bordeu contraste absolument avec les faits que nous venons de citer, puisqu'il observait, comme M. Marchant , dont nous avons aussi relaté les remarques sur les montagnes humides des Pyrénées : « Quelque brillante que paraisse la santé des montagnards, il est de fait qu'ils ne sont pas aussi vigoureux que les habitants des plaines ; ils sont mous, lents, paresseux et moins capables qu'on ne pourrait le croire de supporter de violents exercices. Ils approchent de l'état qui caractérise le tempérament des enfants, ils ont avec eux des rapports qui font qu'ils sont sujets aux mêmes maladies. » {Dissertation sur les écrouelles.)
Cette observation de l'illustre inspecteur des eaux d'Aquitaine, j'ai pu la répéter sur une grande échelle en comparant les populations des Hautes et Basses-Alpes, et celles-ci entre les habitants des plaines les plus basses qui touchent au département des Bouches-du-Rhône. Tandis qu'il n'y a point de différence parmi nos paysans de la vallée de Manosque, des plaines de Valensole avec les pêcheurs et les portefaix de Marseille; il y en aune très-grande entre tous ceux-ci et les populations des parties montagneuses des Basses et Hautes-Alpes. Les habitants de la partie méridionale ou basse sont d'une teinte brune-rouge fort prononcée, leurs muscles se dessinent nettement et s'accentuent vigoureusement; ils sont vifs, ardents, impétueux, prêts à tout ce qui est mouvement et action, fût-ce pour la cause des plus mauvaises passions, pourvu qu'elles soient des plus fougueuses et des plus extrêmes. C'est en effet, ce qu'ils ont prouvé dernièrement, dans les malheureuses phases de notre république, qu'ils terminèrent si tragiquement en décembre par une levée de
boucliers. Les habitants des Hautes-Alpes et des contrées les plus élevées de notre département ne présentent ni le même caractère physique ni les mêmes dispositions morales ; ils sont lourds et lents, leur peau est blanche et rose , leurs membres grêles ou arrondis et leurs muscles presque toujours effacés. Aussi sont-ils naturellement calmes et tranquilles, et ont-ils laissé passer presque indifféremment tous nos événements politiques; leur tempérament les portait à attendre, ils ont attendu.
De toutes ces observations , il en résulte bien manifestement que, sous une plus grande pression atmosphérique, l'organisme est activé dans ses fonctions principales de la vie sensitive, contractile et plastique; ce qui atteste que, sous une température chaude et dans une atmosphère sèche et pesante, l'exosmose cutanée et pulmonaire se fait avec toute son activité fonctionnelle; qu'au contraire, un air humide ou raréfié met obstacle aux exhalations de la peau et du poumon , de manière que la dépuration carbonique se trouve réduite aux fonctions sécrétoires supplémentaires du foie, et toutes les autres aux reins et à la surface intestinale. Aussi, pour peu que de tels organes soient affaiblis, il en résulte ces altérations de nutrition et de contractilité que nous avons reconnues avec Baudelocque, Lhéritier, Fourcault, etc., altérations organo-plastiques, dont la première conséquence est désignée sous le nom de tempérament lymphatique, et les dernières sous diverses dénominations qui représentent plusieurs conditions pathologiques de la scrofule, de la tuberculisation et du rachitisme.
Conséquences qui, après toutes celles qui précèdent, permettent de tirer cette conclusion que , les eaux de mer et les eaux thermales conviendront bien plutôt à toutes les maladies désignées lorsqu'elles seront sous les conditions atmosphériques méridionales, que sous un climat froid ou humide. Nous venons de voir qu'en certaines, limites, le froid est tonique et le chaud sédatif; d'où l'on peut conclure que bien des phlegmasies chroniques qui auraient encore des causes d'excitation dans les fluides , trou-
veront dans un climat chaud des moyens d'élimination qui, pour moi , sont les véritables causes de sédation , comme le prouvera mieux la suite de ce travail. A tout prendre, donc, il ne saurait être douteux que le médecin, dans la plupart des cas , devra choisir , pour ses malades , les eaux marines ou thermales qui se trouvent être dans des contrées plus méridionales que celles qu'ils ont jusqu'alors habitées. Il n'y aurait que pour certaines affections névropathiques que je croirais pouvoir enfreindre cette règle, encore ce sujet a-t-il besoin d'être de nouveau étudié mieux qu'on ne l'a fait et que je ne suis en mesure de le faire.
Les faits cliniques, comme les résultats hygiéniques, nous ont amenés aux conclusions qui précèdent, en même temps que les expérimentations physiologiques les étayent également. En effet, d'après celles de Nysten , l'exosmose dépurative serait d'autant plus complète et abondante que l'endosmose s'est effectuée dans un air plus pur, tandis que les expériences de MM. Biot, Harvier et Saint-Lager attestent que cette dernière est d'autant plus parfaite que le conflit de l'air avec le sang s'effectue sous une pression plus manifeste ou au milieu d'une densité atmosphérique moins contrariée par les vapeurs interposées. (Pravaz, ouv. cité.)
Par ces faits donc, les bains de mer de la Méditerranée peuvent réclamer une véritable prééminence ; car, outre la chaleur solaire habituelle, on y rencontre une sécheresse de l'atmosphère, modifiée par des vents presque journaliers qui augmentent la pression atmosphérique. Ces conditions retentissent toutes sur la sensibilité , la contractilité et la plasticité, de manière à modifier tous les organes et toutes les fonctions, pour amener les résultats métasyncritiques les plus heureux et les plus généraux dans les maladies dyscrasiques, telles que les dartres, les scrofules et les affections tuberculeuses et rachitiques, qui semblent précisément s'engendrer par prédilection sous les climats humides et froids de l'Angleterre , de la Belgique , de nos provinces du nord ou du centre delà France. Comment en serait-il autrement dans les deux conditions opposées? toutes les consé-
quences de l'hématose et de ses rapports avec la nutrition doivent s'ensuivre dans les mêmes proportions de vitalité organo-humorale, ou, si l'on veut, de contractilité et de plasticité. C'est ainsi que, par les causes productrices et les agents médicateurs contraires, on peut se rendre compte des phénomènes pathogéniques et thérapeutiques correspondants et découvrir les sources des indications pour la pratique ultérieure.
En effet, d'après les expériences de Prout, d'Edwards, Collard de Martigny, J. Muller, Bergmann , et les conclusions de M. Lhéritier, l'endosmose, s'effectuant mieux dans le poumon, la désagrégation de l'acide carbonique de la molécule des tissus , s'effectuerait dans la même proportion de puissance. De sorte que, dès l'instant que les sécrétions elles-mêmes sont faciles, la désagrégation de l'acide carbonique de Y intimité des tissus produisant la caloricité animale, il s'ensuivrait que cette caloricité intérieure, multipliant la puissance expansive sécrétante ou l'exosmose , comme l'attestent les diaphorèses, et la facilité de toutes les sécrétions à la suite de l'exercice, ou par l'habitation des pays méridionaux, les opérations diacritiques et assimilisatrices de notre machine organique deviendraient ainsi, dans des proportions concordantes , toujours plus parfaites , par l'action et la réaction des jeux organiques et de l'action qu'ils reçoivent des fonctions effectuées sous l'influence de conditions elimatériques suffisamment ménagées.
Ces influences elimatériques doivent êire certaines par tous les motifs qui précèdent, et si la science manque de faits pouvant parfaitement prouver des guérisons par l'action seule du climat, nous trouvons des attestations indirectes, mais équivalentes, par les guérisons obtenues au moyen de traitements gymnastiques et de bains d'air comprimé. Si nous comparons tous ceux-ci , nous arrivons à cette conclusion : que le bain d'air comprimé ne saurait agir d'une manière différente du climat et même de la médication marine. En effet, il favorise l'endosmose pulmonaire et l'exosmose de toute l'économie , tandis qu'un traitement gymnastique ar-
rive aux mêmes conséquences par une route absolument contraire, c'est-à-dire qu'il commence par favoriser l'exosmose de toute l'économie, qui elle-même amène l'endosmose pulmonaire.
Par conséquent , ces divers traitements concordent merveilleusement entre eux et n'ont que cette différence : que , tandis que les effets primitifs des uns s'adressent à un segment du cercle de la vie , les liquides ; les autres s'adressent à l'autre, les solides. Mais, par le merveilleux accord de la nature et l'influence réciproque qui existe d'organes à fonctions et de fonctions à organes , il n'en résulte pas moins que chacun de ces deux effets opposés n'aboutit jamais qu'à ces modifications moléculaires de la nutrition, dont toutefois nous pouvons distinguer le phénomène, sans nous flatter d'en connaître tous les détails d'opération.
Heureusement sans doute qu'il en est des opérations de la nutrition comme de celles de nos autres fonctions ou de nos divers organes. Ordinairement il suffit d'en mouvoir un pour faire agir tous les autres. C'est ainsi qu'en touchant la contractilité nous atteignons la nutrition , comme en influençant la nutrition nous atteignons la contractilité. Ces conséquences seront parfaitement prouvées plus tard , lorsque nous analyserons des guérisons de maladies dartreuses, scrofuleuses, tuberculeuses, etc. , par le simple changement de climat, les bains froids, les eaux thermales ou les bains d'air comprimé.
Aussi, devons-nous reconnaître que ces appréciations ultimes des conséquences organiques constituant la vie, ouvrent une voie toute nouvelle à la médecine et dessillent véritablement les yeux à la pratique; car il ne s'agit pas de système , mais d'une harmonie physiologique liant l'observation ancienne avec la nouvelle; harmonie concluante, soulevant toujours davantage ce voile qu'Hippocrate et Galien appelaient nature; VanHelmont, archée; Stahl , âme; Barthez, principe vital , etc.
En effet, en terminant, on me permettra encore cette réflexion philosopbico-physiologique plus influente qu'on ne
croit sur la pratique ; car celle-ci , quoi qu'on fasse, est toujours dirigée par une idée bonne ou mauvaise. Aussi la théorie qui, en définitive, constitue la science est vraiment le guide de la pratique , et les réflexions que j'ajoute le montreront suffisamment.
Je dis donc , à propos d'Hippocrate , de Galien , de Barthez, que , pour moi , il n'y a qu'une cause première spontanée , c'est la puissance et la volonté de Dieu qui ont assigné la part et la place de toutes choses ; que le mystère des rapports de l'âme avec le corps est trop au-dessus de notre intelligence pour que nous puissions apporter autre chose que notre foi , notre respect et notre amour à une idée aussi grande que consolante. En conséquence, sur ce que les auteurs ont voulu dire relativement aux connexions de l'âme et de la vie , je ne pourrai jamais que répéter, qu'en mêlant ces pensées si élevées et si immatérielles à notre physiologie vitale, il est vrai, mais aussi nécessairement mécanique, on doit toujours craindre de toucher cette sublimité divine qui dépasse certainement toute conception; tandis qu'en immisçant à cette physiologie , qui doit être palpable dans ses détails même matérialisés, un mystère à peine concevable dans sa totalité par notre sentiment, nous ne pourrions, comme Stahl, que compromettre notre science d'application.
Pour rester donc dans le domaine de la médecine, afin de saisir les altérations de nos organes et de nos fonctions, j'ai été contraint de reconnaître que nos forces motrices n'ont de primitif que l'impulsion qu'elles impriment à d'autres organes et à d'autres fonctions ; ce qui donne en même temps raison à l'Ecole de Paris qui regarde la vie comme résultante, et à l'École de Montpellier qui la considère comme cause directrice. La vie est ces deux choses tout à la fois ou alternativement , et nous en concevons même le mécanisme en la décomposant en éléments physiologiques qui sout à la fois résultats et moteurs de notre organisme. Consensus d'organes et de fonctions dont la succession, les rapports, les liens, forment sans interruption le cercle de la vie.
11 fallait aller jusqu'à cette synthèse des fonctions essen-
tielles qui constituent la vie pour comprendre l'importance de nos distinctions, distinctions tout à fait essentielles pour donner un appui à la pratique hydrothérapique qui s'adresse bien manifestement à cette seule et même vie. D'ailleurs , l'École de Montpellier a raison , en pratique générale, dans ce sens que nous ne pouvons agir sur l'organisme que par ses facultés, et non, comme semble le trop manifestement enseigner l'École de Paris, sur nos fonctions par nos organes.
Un organe peut bien être le support d'une action médicinale; mais les conséquences de cette action portent toujours sur la fonction , tandis que c'est nécessairement par cette dernière que le retentissement s'opère sur l'organisme.
Nous agissons bien sur le tube intestinal par un purgatif, mais les effets qui s'ensuivent ne proviennent que de ce que la sensibilité , la contractilité et la caloricité de l'organe ont été impressionnées , puisque c'est par la sensibilité , la surexcitation produite dans l'action sécrétoire, qu'arrivent et plus de fluides et plus de chaleur sur la partie, de même que, les matériaux excrétés ne retentissent sur tout l'organisme que lorsque la plasticité des liquides a été modifiée par les éliminations effectuées.
Pareillement, les actions atmosphériques que nous venons d'analyser touchent ces fonctions culminantes que nous avons désignées sous le nom d'éléments de la vie, et ne retentissent que par elles sur l'organisme. N'est-ce pas parla respiration, dans ce cas, que la nutrition est modifiée , et respiration et nutrition ne sont-elles pas impressionnées avant que le poumon et nos tissus aient pu sentir les modifications imprimées à leur texture, à leur caloricité, à leur dynamie contractile ?
Les actions donc de nos agents modificateurs ne retentissent sur l'organisme que par nos fonctions qui seules peuvent d'abord être modifiées. Principe fécond que l'on ne doit point oublier, car c'est par lui qu'on peut obtenir des résultats prodigieux. En effet, n'est-ce pas par ce principe que nous pouvons en pratique utiliser cette vérité , que nous agissons sur la vie et non sur la fibre matérielle de nos organes? Ce fait est bien prouvé par notre impuissance , lorsque la mort
ne nous laisse plus qu'un corps inerte. Alors il y a bien encore nos tissus et nos organes , mais il n'y a plus leur extensibilité et leur contractililé , c'est-à-dire leurs fonctions. Je sais bien qu'on a soutenu que ces facultés se montraient encore après la mort; mais pouvons-nous les exciter par le froid ou par le chaud comme nous le faisions pendant la vie?
Résumons-nous donc , en disant que l'air atmosphérique dont nous venons d'étudier les influences agit sur l'organisme :
1° En forçant par le chaud l'extensibilité de nos tissus et de nos liquides, premier effet, dont les conséquences sont de faciliter les sécrétions, soit par la dilatation des ouvertures exhalantes , soit parce que les fluides plus ténus se présentent à leurs ouvertures;
2° Que la densité de l'air marin et la force d'impulsion que les vents communiquent à l'atmosphère méditerranéenne tempèrent les effets de la chaleur tout en augmentant la contractilité générale de la fibre ;
3° Contrastes d'action et de réaction qui augmentent les ressorts de la fibre, c'est-à-dire sa contractililé essentielle , vitale, la dynamie organique; puissance qui fait passer tous les jeux et les mouvements de nos organes d'un état de passivité à celui d'activité : activité dont les conséquences prolongées modifient tout l'organisme , nos organes par la plasticité des liquides, et la plasticité de nos liquides par la contractililé de nos solides ; mouvement de composition et de décomposition qui amène aussi bien les résolutions pathologiques que les régénérations constitutionnelles.
Aussi, finissons-nous en concluant que toute résolution, comme toute régénération , n'est que le résultat du mouvement incessant de décomposition et de recomposition qui se trouve à la fois sous la dépendance des conditions chimiques de nos liquides et de la dynamie de nos tissus; et que, les conditions climatériques d'un air sec> pesant , chaud et parfois agité par des vents frais ne peuvent qu'être utilisées par le médecin, toutes les fois qu'il s'agira de déterminer de pareils mouvements organiques dans les affections chroniques
Un tel climat sera donc d'autant plus utile que nous atteindrons par lui plus directement les modifications de la nutrition. La nutrition qui , comme nous l'avons vu, est toujours si bien en question dans la plupart des maladies que M. Chossat, après ses belles expérimentations, arrive aussi à cette conclusion que « toute terminaison de maladie n'est autre chose que la solution d'un problème d'alimentation. » (Sur l'Inanition, p. 47 de l'Extrait des Mémoires de V Académie royale des sciences, t. VIII, des savants étrangers.)
Des effets physiologiques de îa densité de l'eau de mer.
Tout ce qui sort des mains de Dieu est surtout remarquable par son harmonie et ses rapports, c'est ce qui faisait dire à Hippocrate, avec tant de raison, que la nature, quoique variée, était une en tout, una horum omnium est natura et non una. Aussi, si l'on a raison de tant analyser Ja multiplicité de ses phénomènes, il est tout aussi essentiel d'en étudier les liens, les rapports pour les rapprocher le plus possible du principe dont ils sortent. Je n'ai jamais compris d'ailleurs l'analyse que pour conduire à la synthèse , puisque chaque opération intellectuelle que nous sommes obligés de faire au lit du malade est une synthèse de ses désordres organiques et fonctionnels, unité pathologique que nous combattons avec des moyens qui peuvent être variés, mais qui résultent d'une autre conséquence unitaire de notre expérience générale. On a donc eu raison de dire que nous n'agissons jamais que par la théorie vraie ou fausse que nous nous formons. Aussi , toutes les sciences aspirent à une théorie, et c'est parce qu'il peut y en avoir une en hydrothérapie générale que j'ai publié ce travail, comprenant, comme M. Fleury, que tous les faits hydrothérapiques ne produiraient rien de complètement utile, tant qu'on ne pourrait pas les rattacher à la physiologie et à la pathologie avouées par la science (ouvrage cité ; préface, p. vin), conséquences qui, seules, en en faisant compren-
dre les effets, peuvent guider le praticien pour en faire des applications raisonnées et partant utiles à tel ou tel cas. Cependant , comme je ne suis arrivé moi-même à la synthèse que par l'analyse, j'ai voulu pareillement soumettre l'une et l'autre à l'étude du lecteur, comme je les ai soumises longtemps à l'épreuve de l'expérience et de la réflexion.
Je dirai donc que les rapports des effets physiologiques de l'air atmosphérique marin, avec ceux des bains de mer, sont sensibles aux yeux les moins attentifs. Nous avons vu la densité de l'air avoir une influence marquée sur les actes de la nutrition , et par la respiration plus parfaite, et par la contractilité augmentée de nos tissus. Que peut-il arriver maintenant en plongeant le corps dans un liquide plus dense encore, dans le liquide le plus dense qui soit habituellement employé dans nos médications avec les différentes eaux ?
La densité de l'eau de mer, lorsque nous nous y plongeons, ne fait évidemment qu'ajouter quelque chose de plus puissant aux effets que nous avons déjà reconnus à l'action de la pesanteur atmosphérique , et ce quelque chose de plus est trèsimportant, car les milieux sont différents, et l'on est toujours sous l'influence du premier par la respiration.
Mais, tout ce que nous allons dire ne peut être rapporté d'une manière absolue à la seule densité de l'eau, la température de cette dernière y est aussi invariablement liée. Cependant, comme cotte même densité est le premier phénomène qui se présente à notre analyse, sommes-nous obligés, pour tout apprécier, d'établir des divisions qui ne sont que dans les limites de notre esprit, et nullement dans les choses ni dans les phénomènes qu'elles produisent.
Néanmoins, nous pouvons dire, avec toute assurance, que par notre passage du milieu de l'air dans celui de l'eau, l'effet primordial et indubitable consiste dans une pression de tout notre corps de la circonférence au centre. Ce qui l'atteste, c'est que les plongeurs assurent que lorsqu'ils séjournent un peu sous l'eau, ils sentent une pression très-vive et quelquefois insupportable dans les oreilles, résultat en tout point semblable à la pression que détermine l'air sous la cloche à
plongeur ou dans celle à air comprimé. Mon ami , M. Henri R ai baud -Lange, que j'ai déjà eu occasion de citer, me disait qu'il avait vu plonger dans la mer à une profondeur considérable une bouteille vide, parfaitement bouchée et attachée à une sonde, ressortir entièrement pleine d'eau; une fois le bouchon ayant été assez peu juste, fut enfoncé dans la bouteille.
Peut-on désirer des preuves plus convaincantes pour attester de la force de pression d'une pareille densité? Et cette densité constatée peut-on la regarder sans participation dans les phénomènes que nous observons sur l'organisme, c'està-dire, dans le resserrement de la peau, manifeste par la saillie de ses bulbes, dans le resserrement des aponévroses et des muscles, si évident par la fermeté que nos chairs acquièrent, par le sentiment de constriction que nous ressentons?
Or, que peut-il se passer dans la texture de notre organisme sous de telles conditions physiques? Évidemment, chaque fibre se raccourcit et se rapproche davantage de sa voisine. Mais, comme ce rapprochement et ce raccourcissement de chaque fibre ne peuvent s'effectuer qu'en chassant les liquides interposés, et comme aussi tous les tissus sussquelettiques sont également soumis à cette pression, nécessairement ces liquides sont obligés de se rendre dans les cavités splanchniques, et par conséquent dans les boîtes ou cages osseuses qui les protègent contre cette pression.
Le sang afflue donc dans le cerveau , le cœur, le poumon, les organes abdominaux, comme la lymphe doit être poussée dans les ganglions moins comprimés, ou même se vider dans le torrent circulatoire du sang ; car, de proche en proche, le retentissement de cet effet doit être général. Mais, n'anticipons pas ; remarquons d'abord les phénomènes physiques les plus saillants, ils nous conduiront d'eux-mêmes, par gradation , aux plus intimes et aux plus cachés.
Disons seulement que, dans ces circonstances, par ce refoulement si obligé du sang dans les grands vaisseaux, le cœur et les poumons, la circulation doit être plus rapide, la
respiration plus active. Voici ce que m'ont appris les expérimentations auxquelles je me suis livré dans l'eau de la Méditerranée, à Marseille.
Au moment de l'immersion et pendant quelques instants, la rapidité du pouls augmente, et celte activité de la circulation est d'autant plus marquée qu'on est moins habitué à se baigner; et plus fugace et moins prononcée, qu'on s'est baigné plus souvent. Je n'ai jamais observé, comme on va le voir, qu'elle se prolongeât au delà de cinq à six minutes et ne crois pas qu'elle puisse jamais être encore sensible à huit ou dix. Même, après plusieurs bains, il m'est arrivé de ne pas pouvoir toujours la saisir complètement , d'autant qu'en expérimentant sur soi on éprouve quelques difficultés à tenir sa montre et compter les pulsations et les secondes.
Cependant, voici ce que j'ai exactement constaté :
Mon pouls étant à SS pulsations avant d'entrer dans la mer était deux minutes après à 94, à trois minutes à 92 , 90, à cinq à 75, 70, à six et dix à 64". Après avoir atteint ce dernier abaissement, il ne varia plus pendant la demi-heure de la durée du bain. Je le trouvai trois quarts d'heure après, et cela tout en ayant fait une petite course de dix minutes, dans la même condition.
Ces rapports furent toujours assez constants : la seconde fois mon pouls, étant à 92 avant d'entrer dans l'eau, vint dans les premières cinq minutes à 98, 96, 92, 80 pour rester ensuite à 76.
Ce fut de même chez M. P. \\. qui eut la bonté de m'accompagner aux bains de mer et de vouloir bien se prêter à mes expériences. Son pouls à 92 atteignit 96 et resta à 75.
Mais Mme P. R. , qui prenait des bains de mer depuis près d'un mois, n'éprouva pas tant de variations. Son pouls à 72 s'éleva jusqu'à 75 pendant trois minutes , puis resta à 68 et s'y trouvait encore une demi-heure après le bain. Notons également que pendant cette action du bain, lors de l'immersion et après, le pouls est toujours petit, serré et quelquefois imperceptible.
Ces expériences, comparées à celles que mon excellent ami
le docteur Vulfranc Gerdy, médecin des eaux d'Uriage, a consignées dans les Archives de médecine de 1838 ; et dans une brochure , Recherches et observations sur les eaux d'Uriage, amènent à cette conclusion : que, toujours, dans quelque liquide qu'on se plonge, on voit le pouls s'élever et ensuite se relever ou s'abaisser dans les mêmes proportions que la température. D'après les expériences dont je parle, le pouls baisse dès l'instant que cette température est au niveau de la chaleur animale. Alors, est-ce que la densité que nous étudions n'est pas pour quelque chose dans le phénomène? est-ce que son action ne commence pas vraiment à ce point? Notre ami n'a pas examiné la question sous ce point de vue; cependant, comment comprendre que des bains additionnés de deux, trois livres de sels amenaient le ralentissement du pouls à son état normal d'une manière plus prononcée? (P. 127.)
Il est à regretter que notre consciencieux expérimentateur n'ait pas poursuivi ses études sur le bain froid et n'ait pas comparé tous les phénomènes ; car, s'il est vrai de dire avec lui, que les bains froids comme les bains très-chauds produisent des effets fort analogues (p. 124), c'est-à-dire excitent la circulation, on doit ajouter aussitôt que cet effet est permanent dans le bain chaud et tout à fait passager dans le bain froid, comme je viens de le montrer. D'ailleurs, le pouls est bien précipité dans les deux cas, mais la différence consiste dans la plénitude. Dans le bain chaud, il est large et développé,dans le bain froid, il est serré et même filiforme. D'où je conclus : que la température modifiant la densité de nos liquides et de nos tissus, si je puis ainsi parler, détermine vraiment ces changements fonctionnels par des effets d'abord purement physiques. En effet, en quoi la température du bain peut-elle modifier la circulation, si ce n'est en dilatant davantage nos tissus et nos fluides, lorsqu'elle est plus élevée? Pourquoi le pouls, après s'être élevé, baisse-t-il rapidement, si ce n'est par le resserrement de nos tissus sus-squelettiques, lorsque nous prenons un bain froid? Évidemment, les effets centrifuges de la chaleur l'emportent dans le premier cas contre la densité du liquide, et dans le bain froid, il y a
non-seulement l'action centripète delà température abaissée, mais encore la compression de la densité de l'eau, tout entière, car, à cette densité, comme nous le verrons toujours mieux, il faut additionner les principes salins tenus en suspension, lorsqu'il est question d'eaux minérales, ainsi que déjà semblent le faire prévoir les observations de M. Vulfranc Gerdy.
Quel enseignement pouvons-nous tirer de ces faits? D'abord que le sang est poussé, dans les premiers instants de l'immersion, avec plus de force et en plus grande abondance vers le cœur et les poumons, et nécessairement aussi, dans la cavité abdominale et encéphalique, comme l'attestent les maux de tête subits dont se plaignent beaucoup de baigneurs. Mais, cette surabondance de sang dans le centre circulatoire et les gros vaisseaux ne continue pas, puisque , après avoir été plus plus rapide, le pouls se ralentit et finit par s'abaisser au-dessous de sa vitesse ordinaire.
Que devient donc ce sang qui a été ainsi chassé des tissus dermoïde, cellulaire et musculaire? Nécessairement il a quitté les capillaires des membres pour se porter, après quelques mouvements circulatoires, dans les mêmes vaisseaux des organes intérieurs? Si l'excitation des fonctions gastro-intestinale et rénale ne l'indiquait pas, les douleurs de tête, qui s'observent si fréquemment, et qui persistent souvent longtemps après le bain, alors que le pouls est descendu au-dessous de son rhythme ordinaire , l'attesteraient positivement.
En tout point , la conclusion est forcée ; car ce sang ne peut être revenu vers les membres. Il n'y a pas, en effet, d'expansion, de mouvement centrifuge, dans notre économie, sans l'élévation du pouls et son augmentation de fréquence ; le moindre mouvement fébrile nous le prouve.
Par conséquent, ce sang n'étant plus à l'extérieur comme l'attestent le resserrement de la peau , le ralentissement du pouls, n'étant pas dans les gros vaisseaux comme l'indique la contraction des principales artères, il est forcément dans les capillaires des organes splanchniques.
Oui, il est forcément dans les capillaires des organes splanch-
niques, car si la raison de l'enchaînement des faits ne l'indiquait pas, tant d'observations de maladies phlegmasiques intérieures, encore trop actives, l'assureraient, puisqu'elles montrent que, dans ces cas, des bains froids ou de mer n'ont agi qu'au bénéfice de l'affection. Les bains froids, au contraire, sont utiles si cette même phlegmasie est atonique et a besoin d'une surexcitation circulatoire. (Lisfrànc, Clinique de la Pitié, maladies de l'utérus.)
Ainsi donc, le fait , non d'une stagnation, mais d'une congestion capillaire intérieure est établi autant qu'il peut l'être. Cependant pour le moment nous ne faisons que le constater et nous revenons à la respiration.
En analysant les effets que produisait l'immersion sur la circulation, j'ai cherché aussi à étudier ceux qu'elle détermine dans la respiration , d'autant que ce sujet bien qu'étudié par divers expérimentateurs, Marcard et Gerdy surtout, m'a paru incomplet quant à l'analyse des phénomènes et des conséquences à en tirer. Pour le bain froid principalement, la lacune reste entière. Aussi, je dirai d'abord que si, comme ces expérimentateurs , j'ai trouvé cette circulation et cette respiration dans une parfaite concordance , j'ai pu remarquer des particularités dans les modes de cette même respiration, qui jusqu'ici avaient échappé à l'attention générale et qui, cependant, me paraissent de la plus grande influence sur les conséquences de l'oxygénation du sang et partant sur l'hématose et la nutrition.
C'est ainsi que j'ai manifestement constaté que les inspirations et les expirations, étaient fort inégales : les unes rapides, courtes et rapprochées et les autres plus distantes, profondes et étendues.
Ces derniers effets sont instinctifs, et je dis qu'ils sont instinctifs parce que, de peur que ma préoccupation sur ces phénomènes ne me trompât sur moi-même, je les ai observés sur d'autres sans les en prévenir. Dès lors, j'ai pu en conclure que les petites inspirations nous reposaient des grandes et en même temps les nécessitaient.
Cependant j'ai remarqué que les grandes inspirations S">nt
plus fréquentes que les petites, et surtout qu'elles sont plus étendues que lorsque notre corps se trouve tout entier dans le milieu de l'air.
Or cette dernière circonstance est fort remarquable et surtout très-importante; mais dépend-elle de ce que les muscles pectoraux, étant obligés de faire un effort considérable pour surmonter la résistance de la pesanteur de l'eau, poussent cet effet jusque dans ses plus extrêmes limites afin de ne pas le renouveler aussi souvent? La plus grande distance qui sépare toujours une grande inspiration d'une autre inspiration le ferait admettre; ou bien, serait-ce que les expirations sont aussi plus fortes et surtout plus complètes , aidées que sont celles-ci par la pression du liquide? Nécessiteraient-elles, dès lors, une plus vaste ampliation de la poitrine pour que celle-ci pût récupérer ainsi ce qu'elle vient de rejeter? Je crois à l'une et à l'autre influence , et surtout à cette dernière ; car tout le monde a pu observer les grandes et les longues expirations que l'on fait dans le bain, et particulièrement dans le bain froid.
Par conséquent, l'on peut établir en toute confiance que, dans l'eau de mer principalement, les inspirations sont plus rares, mais plus étendues et plus profondes, et les expirations plus longues et plus complètes.
Il y a môme ceci de remarquable encore et qui entraînerait à l'opinion que les grandes inspirations sont la conséquence obligée des longues expirations, c'est que, dès le début du bain, les inspirations et les expirations sont plus courtes et plus fréquentes, et ensuite, d'autant plus rares et plus étendues que le bain se prolonge davantage.
Eh bien! si maintenant nous rapprochons ces deux circonstances, cougestion dans les capillaires intérieurs et accomplissement plus parfait de la respiration , faits tout aussi évidents l'un que l'autre, forcément, le conflit de l'air et du sang sera plus intime et plus étendu, et par conséquent, l'oxygénation de ce liquide plus parfaite et plus considérable, phénomènes qui n'ont pas été aperçus par M. Pravaz, et qui
sont aussi bien la conséquence du bain d'air comprimé que de celui d'eau de mer.
Aussi va-t-il sans dire que cette endosmose de l'air par la respiration est d'autant plus parfaite que le bain de mer est pris sous une atmosphère plus pure et sous des conditions de pression plus prononcées. C'est ainsi qu'on pourra un jour utiliser les bains de mer chauds en les faisant prendre sous une cloche d'air comprimé, car certainement, dans ce cas, il y aurait des effets très-multipliés, et par la pression du liquide, et par celle de l'air , soit sur le poumon, soit sur le liquide dont la pesanteur propre serait encore augmentée de tout le poids de la nouvelle atmosphère.
De sorte que immédiatement, et sans pénétrer plus profondément dans ces phénomènes que nous reprendrons dans l'étude des effets de la température, nous pouvons dire que par les actions du bain de mer et les conséquences de ces actions, les organes encéphalo-rachidiens, le système nerveux ganglionaire, le foie, les reins, la surface gastro-intestinale se trouvent d'abord alimentés par plus de sang, et ensuite par un sang plus complètement vital, c'est-à-dire mieux oxygéné et moins carboné. Dès cet instant, les conséquences de ces effets entraînent, outre une impressionnabilité particulière, qui excite la vitalité des organes , certainement aussi une assimilation et une décomposition plus parfaites pour leurs propres tissus. La raison nous conduit à ce dernier fait, tandis que le premier est prouvé par cette liberté organique, cette aptitude intellectuelle, cette augmentation de l'appétit, cette facilité d'élaboration et d'excrétion intérieure qu'on observe après le bain froid, et surtout le bain de mer. Ces phénomènes, joints à cet autre fait si bien expliqué par M. Edwards, que le froid augmente la puissance calorigénésique des corps, démontrent que si ce calorique ne se produit que parla génération de l'acide carbonique, et que ce même acide carbonique ne se dégage que par l'addition ou la jonction dans l'intimité de nos tissus de l'oxygène au carbone, il est évident que plus un sang artériel sera oxygéné, plus il pourra se former d'acide carbonique. Par conséquent,
mieux la respiration s'effectuera, plus complètes seront ses opérations chimiques dépuratives, et plus aussi il y aura du calorique intrinsèque régénéré.
Mais il y a plus : ici, tout s'accorde et se lie invariablement. Le resserrement des tissus rapprochant les molécules des liquides, et forçant plus intimement leur conflit, les effets physiques de la pression du bain de mer doivent de toute nécessité augmenter encore la désagrégation carbonique qui entraîne ceux de dépuration si manifestes que nous observons, et qui s'effectuent parl'exosmose pulmonaire, biliaire, comme par les autres sécrétions intérieures.
Ces nouvelles conséquences de la pression exercée de l'extérieur à l'intérieur par la densité de l'eau entraînent la pensée vers les merveilleux effets que nous obtenons tous les jours avec la compression sur des phlegmons, des tumeurs blanches, des loupes, etc., à l'exemple de MM. Récamier, Velpeau, Trousseau, et nous forcent à nous demander si ce n'est pas par un mécanisme très-semblable à celui que nous venons d'analyser que se sonteflectuées de telles résolutions. Avec l'action de la compression sur la contractilité de nos tissus augmentée ou suppléée par elle, n'en résulte-t-il pas ici encore un effet sur la nutrition? Serait-ce aussi par le conflit plus intime du sang et des tissus, et par la décarbonisation locale plus parfaite des uns et des autres que plus de caloricité développée entraînerait l'exaltation des fonctions vitales de composition et de décomposition, sous l'influence desquelles s'effectuerait la résolution? effets locaux qui n'empêchent pas de comprendre tous les mouvements organiques et fonctionnels que soulève successivement le consensus organique, dont l'élévation et l'harmonie entraînent bien manifestement les conséquences les plus générales et les plus étendues, même par une action primitive très-limitée.
C'est ainsi que cette action de la densité de l'eau, si elle augmente le conflit des solides et des liquides, si elle pousse le sang des capillaires sus-squelettiques dans les capillaires des organes splanchniques, si elle facilite non-seulement la respiration, mais modifie l'hématose en pouvant oxygéner le
sang et décarboniser les tissus, il doit résulter de ces effets, déjà nombreux et importants, des conséquences bien plus nombreuses et bien plus importantes par les actions et réactions organiques et fonctionnelles elles-mêmes, influencées réciproquement soit par la contractilité augmentée de chaque organe , soit par l'influence qu'il reçoit d'une fonction plus complètement effectuée.
L'influence réciproque d'une fonction sur les organes ne peut être mise en doute ; car si les travaux de Barthez , de Meyer, d'Orfila. de Fontana prouvent l'action de l'hématose sur le système nerveux, de même les recherches de Bordeu, Nysten Magendie, Jobert de Lamballe attestent celle de l'innervation sur les organes sécréteurs et la circulation, ainsi de suite. De manière telle qu'on ne peut admettre l'élévation d'une fonction sans comprendre son retentissement de proche en proche sur tout l'organisme et sur ses conséquences physiologiques.
Or, avec de tels faits et de telles idées sur les mouvements physiologiques imprimés, l'action apéritive, résolutive, reconstitutionnelle ou régénératrice du bain froid , de l'eau de mer, et même des eaux minérales ne peut plus être un mystère, et la raison éclairée ne peut plus se contenter des obscurités et des illusions des spécificités. S'il suffit, par une action physique, que nous puissions en comprendre le retentissement sur la nutrition, pour expliquer et toutes les résolutions et toutes les régénérations que l'histoire clinique nous présente , à quoi bon recourir aux mystères de la spécificité que rien n'indique etquiétreignentla science dans des limites qu'elle n'a pas. D'ailleurs, quelles conséquences pour la pratique s'il est possible maintenant d'apprécier une telle action ! N'aura- 1- on pas plus de ressources et de puissance pour diriger les applications vers les effets que nous voudrons obtenir, et vers les résultats auxquels nous tendrons? Aussi, nous résumons-nous ainsi sur l'action que nous venons d'étudier, afin que le praticien le retienne, et mesure ses effets thérapeutiques à l'action organique qu'il voudra provoquer.
1° La densité de l'eau augmente la contractilité organique
de dehors en dedans, et ensuite celle des organes intérieurs par la surexcitation que les liquides, poussés par cette dernière, y déterminent, àlasuitede celte conséquence inévitable, que dans notre organisme il n'y a pas d'action sans réaction.
2° D'où la conséquence de plus d'activité organique générale et de plus de perfection dans toutes les fonctions, perfection fonctionnelle, si je puis ainsi parler, d'autant plus directe que cette contractilité générale, augmentant le conflit du sang et des tissus, modifie aussitôt l'hématose qui, elle, à son tour, et par une réciprocité d'influence, impressionne la vitalité organique, et partant toutes les conséquences physiologiques fonctionnelles.
3° D'où il suit encore que, par ces actions organo-vitales successives, il n'y a pas de limites physiologiques où puissent s'arrêter de simples effets physiques à propos déterminés, comme nous le montrent d'ailleurs toutes les conséquences de l'hydrothérapie simple, des bains d'air comprimé, des bains de sable, etc.
Effets physiologiques de la température de l'eau de mer.
Pesanteur de l'air, densité et température de l'eau aboutissent toutes au môme but. Nous avons vu l'effet des deux premières influences, il nous reste à étudier la dernière; mais nous dirons d'abord que ces deux dernières propriétés de l'eau de mer concourent à déterminer les mêmes actions. Car, en même temps que la densité, par la pression, rapproche les fibres les unes des autres, le froid, par son action surl'impressionnabilité des tissus, raccourcit ces mêmes fibres. Je dis impressionnabilité, comme je dirais sensibilité ; car je crois, avec mon illustre ami, M. Jobert de Lamballe {Etude sur le système nerveux), que ces deux qualités sont inséparables. En effet, si l'une ne dépend pas absolument de l'autre, la première ne peut posséder qu'une force inhérente à la texture des tissus , tandis que l'autre leur donne réellement V énergie d'action et de sentiment.
C'est pourquoi, quoique l'on convienne que l'eau de la mer sur les côtes de France varie de 15 à 25° centigrades, que M. Mourgué constate que celle du rivage de Dieppe est dans la saison des bains de 13 à 14° Réaumur, et que M. Robert trouve à celle du littoral de Marseille 16 à 19°, il est certain que l'action du bain de mer est toujours relative à l'impression qu'elle produit, et même moins en rapport avec l'état de la température de l'air et de l'eau, qu'avec celui que notre atmosphère fait subir à notre économie. « L'action du calorique commence là où elle est sentie... ; elle cesse là où elle offense la sensibilité , » disent MM. Trousseau et Pidoux. (Traité de thérapeutique.)
D'ailleurs, ne sait-on pas par M. Edwards [De l'influence des agents physiques sur la vie) que notre faculté calorigénésique est indépendante des milieux qui nous environnent, ou du moins qu'elle ne peut se mettre en rapport avec eux que d'une manière insensible, par le jeu de nos organes? de telle sorte que l'homme qui serait pris tout à coup, pendant les fortes chaleurs de l'été, par un froid de zéro, y succomberait sans résistance. Ainsi en est-il des bains de mer ; ils déterminent une impression de froid d'autant mieux sentie , que notre organisme , pour conserver sa température effective, alors qu'il en reçoit toujours, tend à plus d'expansion extérieure ; que notre peau chargée de rejeter ces matériaux du calorique , se trouve dans une exaltation vitale plus manifeste. C'est ainsi qu'un malade, dans un accès de fièvre chaude, trouve toujours un bain glacé, que, bien qu'il soit comburant pour les autres, il éprouve un sentiment de froid à la moindre impression d'air. C'est pour de pareilles raisons qu'un bain froid pris au moment où le corps est très-excité et baigné de sueur serait nuisible.
Cependant, l'hydrothérapie a prouvé, par des observations journalières, et par celles qu'a rapportées de Craëfenberg M. Schedel , qu'il faudrait pour cela que ce bain fût assez prolongé. Dans le cas contraire, il n'a que l'effet d'augmenter le ressort de la contractilité et tout au plus de dévier le courant circulatoire centrifuge extraordinaire, et parlant de diminuer
la sueur sans arrêter la transpiration et sans empêcher tout retour à la peau. Mais un bain froid prolongé serait d'autant plus nuisible qu'il refoulerait trop les fluides à l'intérieur et qu'il enlèverait trop de calorique , double effet qui exposerait d'autant plus à de fâcheuses congestions que le calorique et les fluides seraient plus concentrés à l'intérieur et plus diminués à l'extérieur. Le calorique ne peut être ni accumulé ni soustrait au delà de certaines limites , comme le prouvent tous les jours les pratiques hydrothérapiques, et comme auraient dû en convaincre les relations physiologiques de la sensibilité et de ce même calorique, qui était appelé par Récamier, le stimulant radical du sens vital.
D'après les explications de M. Fourcault, « pendant le tremblement de l'immersion , le thermomètre , introduit dans l'anus, indique que la température ne se concentre pas, mais qu'elle diminue intra et extra. » Comment, cependant , expliquer cette action réconfortante des bains froids et du froid de l'hiver lui-même ?
Comment croire que ce sang porté à l'intérieur sur le système nerveux n'augmente pas la chaleur intérieure? 11 est vrai que quelques expérimentateurs déjà, M. Gendrin , je crois, avaient trouvé qu'une partie atteinte de phlegmon n'était pas plus chaude qu'une autre partie du corps.
Ceci donc peut être, sans pour cela détruire l'idée de la puissance calorigénésique du froid.
On devrait séparer la température réelle de la faculté de produire et de régénérer cette température, tandis que tout ceci doit varier suivant la durée de l'immersion ; car j'ai manifestement observé qu'un bain d'eau froide de courte durée me donnait plus de chaleur à la peau presque instantanément, tandis qu'un bain très-prolongé me laissait une fraîcheur générale extérieure, qui persistait ordinairement jusqu'au lendemain ou jusqu'à un exercice suffisant pour exciter l'action centrifuge. Depuis, les observations de pratique hydrothérapique ont manifestement montré que des aspersions, des douches froides peu prolongées augmentent la chaleur de la peau.
Après tous ces motifs, il reste toujours l'impression du passage d'un milieu dans un autre , et , abstraction faite de la densité de l'eau ou plutôt de sa pesanteur , le sentiment que nous éprouvons au contact d'un corps dont les molécules sont plus ou moins rapprochées, plus ou moins distantes, nous le démontre. L'impression différente de froid que nous ressentons au toucher de la pierre et du bois, d'un même métal poli ou non , en sont des exemples.
En conséquence, le corps trouvera toujours l'eau froide par rapport aux conditions atmosphériques et surtout aux dispositions organiques dans lesquelles il vit. D'où il suit que nous devons considérer le bain de mer à la lame comme froid, abstraction faite de son degré de température. En effet, qu'on ne dise pas : mais, dans certains cas, à mesure que Ton sort de l'eau on éprouve un sentiment de froid , quelquefois très-vif, que l'on fait cesser en se replongeant dans le liquide. Ce sentiment véritable est dû à l'évaporation de l'eau que nous entraînons sur la surface cutanée, et le froid que nous ressentons alors est le résultat de la soustraction de calorique qu'enlève à notre corps cette même évaporation.
Enfin , les bains de mer à la lame sont si bien des bains froids, qu'à moins d'une grande habitude qui, si elle n'en paralyse pas l'action , en diminue les effets les plus saillants , ils nous font éprouver un sentiment de froid sur toute la surface cutanée, et quelquefois ce sentiment est poussé jusqu'à faire frissonner et battre des dents, tandis qu'ils occasionnent, pour l'ordinaire, une telle constriction de la peau, que tous ses bulbes font saillie et donnent ainsi , d'une manière plus ou moins marquée, cette rugosité à la peau qu'on appelle chair de poule.
Or , dans cet état , les fibres aréolaires du derme se resserrent, se crispent, se raccourcissent. De proche en proche, le même effet se répète sur les lamelles du tissu cellulaire, puis sur les aponévroses qui enveloppent les muscles ; enfin , sur les muscles eux-mêmes, dont les fibres se raccourcissent, se rapprochent les unes des autres, et en définitive se pressent contre le squelette.
Maintenant, abstraction faite des effets de l'air de la mer sur la respiration , calculez les influences réunies de la pesanteur atmosphérique sur le corps, pour quelqu'un qui n'y est pas soumis ordinairement, celle de la pression que détermine la densité de l'eau , la contraction des tissus qu'effectue l'influence de la température du liquide, et vous aurez un résultat dont l'action concourra à pousser les liquides de la circonférence au centre. Ce dernier fait est aussi assuré par la raison que par les observations que nous avons déjà relatées. Il l'est même d'une manière tout à fait directe par d'autres preuves, telles que celles-ci : Portai rapporte qu'une jeune fille étant morte au sortir d'un bain froid, on trouva la veine cave inférieure rompue (Anatomie médicale, t. III, p. 355). Cette observation est confirmée par les expérimentations de If. Magendie , qui, ayant laissé périr des lapins dans l'eau froide, où ils pouvaient respirer, trouva, à l'autopsie, les tissus voisins de la peau pâles et décolorés, tandis que tout le sang était accumulé dans le cœur et les gros vaisseaux. ( Gerdy , ouv. cit., t. I, p. 388.)
Mais, ceci n'est que la conséquence extrême du phénomène. Nos expérimentations attestent que dans le bain froid le cœur réagit, et d'autant plus que le flot de sang qu'il a reçu est plus considérable. Aussi, le renvoie-t-il à son tour, avec une pareille énergie. Cependant, comme les artères des membres se sont resserrées aussi sous la compression de la peau, des aponévroses et des muscles, que même leur propre tissu doit s'être également resserré en recevant, par continuité, l'impression communiquée des artérioles capillaires aux ramifications et branches successivemont plus grandes ; il en résulte que le sang lancé par le cœur rencontre un obstacle matériel qui retentit sur l'organe central et impulsif lui-même. Celui-ci y remédie bien en parlie par la fréquence de ses battements; mais, néanmoins, comme les artères ne se sont pas prêtées à toute la dilatalion nécessaire pour recevoir une ondée sanguine proportionnelle au volume général du liquide, il s'ensuit qu'une portion un peu plus considérable de ce sang passe dans chaque
branche qu'il a trouvée plus dilatée sur son passage, et ces branches sont nécessairement celles qui se distribuent dans les organes protégés par les cavités osseuses, tels que le cerveau et la moelle épinière , les organes thoraciques et abdominaux.
Ces conséquences sont forcées, et ce qui nous le témoigne ce sont les effets les plus saillants que nous constatons sur les constitutions pléthoriques; les douleurs de tête, l'anhélation , quelquefois des douleurs abdominales, dans les hypocondres, attestent la congestion du cerveau, des poumons, du foie et de la rate. C'est ainsi que l'on doit rapporter à ces phénomènes les observations de Larrey qui , à Micneski , pendant la malheureuse campagne de Russie, a vu des hémorrhagies nasales précéder la mort des transis {Chirurgie militaire, t. IV, p. 129). M. de Ségur, d'après M. Gerdy, aurait signalé des faits analogues. (Ouvr. cit. 1. 1, p. 384.)
En rapprochant tous ces faits et toutes ces considérations , nous pouvons donc conclure que dans le bain froid , après quelques tours d'une circulation du sang ainsi modifié par l'état des tissus et des vaisseaux, les capillaires des organes intérieurs se congestionnent d'autant de sang qu'il s'en trouve de moins dans les parties sus-squelettiques. C'est alors, lorsque cet effet s'est accompli , que le pouls après s'être rapetissé se ralentit comme nous l'avons constaté.
Toutefois, si dans l'eau on se livre à la nage, les choses changent légèrement , la fréquence obligée de la respiration , entraîne celle de la circulation ; de sorte que le pouls acquiert, et même dépasse souvent de beaucoup les proportions de vitesse ordinaires et notamment celles que nous avons constatées pour le bain en repos dans le moment de réaction. J'ai pu observer le mien à 110, 120, quoiqu'il soit habituellement à 80 en été et à 75 en hiver. Mais comme le pouls reste toujours serré, les mêmes effets subsistent encore, avec cette différence seule , que la circulation générale étant plus précipitée , la circulation capillaire intérieure est d'autant plus active.
Toutefois, celte simple différence dans la circulation doit
être le résultat d'un effet organique complexe, se résumant dans l'activité générale de la contractilité. Ce fait, que le pouls est plus serré et plus précipité, indique que, d'une part, les tissus sus-squelettiques sont contractés de dehors en dedans, et de l'autre, que le cœur réagit vivement pour lutter contre cet obstacle. Les ressorts organiques sont donc généralement et considérablement augmentés dans cette circonstance, sans que les conséquences produites sur les capillaires intérieurs, ainsi que nous l'avons indiqué, soient changées autrement que par le passage plus rapide du sang. D'où il résulte que, par la natation , on obtient les résultats diacritiques que nous avons reconnus et une élévation plus prononcée de la contractilité générale organique, action elle-même, qui active d'autant tous les jeux de nos organes et toutes leurs conséquences fonctionnelles d'élaboration, de sécrétion, et d'assimilation. Aussi, par la natation, observe-on les meilleurs résultats non-seulement dans certaines résolutions, mais encore et surtout lorsqu'il s'agit de régénération.
Après de tels phénomènes si complexes, si solidaires les uns des autres, peut-on mettre toutes les résolutions et les régénérations observées sur le compte de ce qu'on appelle la réaction? et surtout qu'entend-on par cette réaction, le retour de la chaleur à la peau après le bain froid, une excitation produite sur le tégument général? Mais, est-ce possible de se contenter de si peu, de voir dans ce jeu de tous les organes, dans cette exaltation de la contractilité générale et de l'excitation de toutes les fonctions, une simple action centrifuge de retour et pour toutes conséquences fonctionnelles celle de la peau? Vraiment une pareille idée est en désaccord avec tout ce que nous observons, puisque jamais, que je sache, on n'a obtenu de grandes résolutions, et surtout de véritables régénérations, par des révulsifs à la peau , tandis que , s'il en était ainsi, les eaux thermales devraient se montrer bien plus efficaces dans une infinité de maladies scrofuleuses, rachitiques, etc. , que les eaux froides et celles de mer. Or, c'est absolument l'inverse.
Pour nous, l'effet thérapeutique des eaux minérales froides ou chaudes n'est pas plus dans la réaction que dans l'action,
il est dans toutes deux à la fois, il est dans toutes les modifications survenues et dans la constitution des liquides par l'énergie acquise des solides et dans cette énergie des solides augmentée par une meilleure constitution des liquides. Segments égaux d'un même cercle, l'organisme et les fonctions , dont l'ensemble constitue la vie et qui par leur influence réciproque entraînent toute sorte d'actions physiologico-thérapeutiques. Aussi, bien que nous reconnaissions avec M. Constantin James, qu'une affection ancienne guérira souvent mieux qu'une plus récente , son ancienneté étant une sorte de préservatif contre l'effet trop énergique des eaux {Guide pratique aux principales eaux minérales, p. 16.), nous ne pouvons voir dans ce fait qu'une plus grande facilité pratique d'administrer les eaux, par ce principal effet à obtenir, l'élévation de la contractilité organique. Mais, une pareille raison ne peut nous conduire à admettre la guérison des dyscrasies et la régénération constitutionnelle par cette seule pensée qui y correspond : « On a comparé, dit cet auteur, avec quelque raison , l'action des eaux minérales à celle de l'azotate d'argent. Vous touchez avec la pierre la conjonctive engorgée ; l'œil rougit , pleure , sa sensibilité augmente , puis il guérit ; de même pour l'eau minérale , elle agit en déterminant une réaction substitutive.» (Ibid.)
Mais vraiment que peut indiquer tout cela, lorsque nous voyons l'eau simple froide agir souvent comme l'eau de mer, et celles-ci comme l'eau minérale thermale ? Évidemment , d'après ces faits , il y a en action un jeu organique bien plus complexe, bien plus solidaire à tout l'organisme que ne peut 1' 'être cette réaction substitutive ! Qu'est-ce que c'est d'ailleurs qu'une réaction substitutive? Nous comprenions passablement une inflammation substitutive, encore ne pouvait-elle donner à l'esprit qu'imparfaitement l'idée du mouvement physiologique, sous l'influence duquel s'effectuerait la résolution. Ce que nous devons parfaitement comprendre : c'est la contractilité locale augmentée qui force la résolution de la lésion pathologique, c'est cette même contractilité générale qui contraint l'élimination par les excrétions de la prédominance,
je dirai, humorale, sous l'influence de laquelle, celte lésion s'était développée et entretenue. C'est ainsi que depuis Galien on ne peut comprendre autrement les résolutions et les régénérations que par cette modification des liquides d'une part et de l'autre par l'énergie organique augmentée. Il ne suffit donc pas de voir à peu près un côté de la question , il faut la voir tout entière pour pouvoir utiliser en pratique toutes les circonstances, et marcher directement vers le but que l'on a à atteindre.
Ce que nous devons noter ici, c'est que plus le pouls est développé et fréquent, plus les phénomènes d'action et de réaction que nous avons indiqués sont sensibles. Ainsi, j'ai toujours observé dans le bain d'eau de mer, comme dans le bain d'eau froide, que si le pouls était à 85, son augmentation subite et son abaissement consécutif étaient bien plus marqués que si ce même pouls n'était qu'à 75. Les faits rapprochés de M. et Mme P. R. l'attestent comme tous ceux que je pourrai y joindre ici.
11 suit donc de là, que plus l'action du climat aura poussé la circulation vers la périphérie en dilatant les liquides et les tissus, plus l'eau froide les resserrera et portera le sang à l'intérieur : effet qui constate manifestement que les conditions du climat et de la médication marine sont de la plus haute importance , puisque , par ces deux actions opposées, la contractilité organique est surexcitée et son ressort réellement augmenté.
Or, n'est-ce pas là la véritable puissance que nous avons reconnue jusqu'à présent à de pareilles actions physiologiques de l'eau froide. Si nous ne pouvions le constater directement comme nous venons de le faire, les résultats obtenus par la pratique routinière de Priessnilz , lorsqu'il conseille à ses malades de fendre du bois, lorsqu'il les oblige à aller subir la douche glacée après une longue course, le prouveraient également; tandis que c'est à de pareilles raisons que l'on doit rattacher les effets de l'eau froide après les sudations, soit au moyen de l'enveloppement de la couverture de laine , soit avec les étuves alcooliques de M. Fleury. Or, ce que Priessnitz et
M. Fleury obtiennent péniblement par l'exercice , la couverture de laine ou l'étuve alcoolique , le climat le détermine avec une puissance bien autrement soutenue et une facilité bien plus naturelle.
Disons donc après ces faits que si Ton veut rattacher encore à la réaction le véritable mode d'action des bains froids et des bains de mer , il faudra que l'on tienne compte et du ressort de la contractilité et de son énergie acquise, des conséquences de toutes les réactions organiques sur l'hémasose et de ces deux effets sur les sécrétions , résultats dont les mouvements répétés, en modifiant les liquides, modifient les solides parla nutrition. Mais, lorsqu'on voudra expliquer les effets obtenus par la seule réaction qui revient à la peau, et que mettant sur le compte d'une simple révulsion à la surface cutanée la résolution de diverses maladies qui tantôt siègent sur des organes intérieurs, tantôt à la peau, dans les articulations, sur les os, pour fonder sur ce principe les données d'une pratique rationnelle , je dis que l'on s'expose à de graves erreurs , à des déceptions sans nombre , car il n'est pas possible de comprendre de si grands résultats par de si petits effets, des conséquences si générales par une action si particulière.
Voiià donc cette réaction dont on parle à tous propos au sujet des bains froids et surtout des bains de mer, réaction , qui serait , à en croire le langage vulgaire , le véritable mode d'action des eaux de mer.
Ce n'est pas que déjà ces impulsions données à l'organisme ne puissent avoir un grand effet dans des simples perversions de fonctions. Comme nous le verrons par l'observation clinique , bien des affections dépendantes d'un état d'anervie locale, oud'un défaut d'harmonie dans les jeux organiques, peuvent recevoir une utile et même avantageuse impulsion d'un choc, qui, dominant un instant les premières fonctions de l'organisme , équilibre tous les organes sous un niveau plus puissant et plus général.
Ce sont même de tels faits qui ont entraîné bien des praticiens éclairés et expérimentés à ne prescrire que des bains froids de très-courte durée. Ils avaient raison, en règle gêné-
nale, parce que ces bains suffisent et sont quelquefois préférables dans les circonstances dont nous venons de parler, et qu'ils peuvent même suffire dans quelques cas de maladies dyscrasiques, attendu que quelquefois le plus léger mouvement imprimé à nos organes pousse tout l'organisme jusque dans ses dernières conséquences curatrices.
Cependant, on comprendra, par nos observations, qu'une règle ainsi trop absolue ne pouvait être que le résultat de connaissances insuffisantes sur le moyen qu'on employait et sur l'action de ce moyen dans les maladies qu'on traitait.
Continuons donc notre analyse et voyons à quoi aboutissent toutes ces réactions organiques et nous trouverons : que si la compression, déterminée par la densité de l'eau en pressant les tissus les uns contre les autres, a augmenté le conflit des molécules des liquides et celui des molécules des solides, et qu'il en soit résulté les modifications chimico-vitalesque nous avons constatées, et même d'autres qui nous échappent, l'addition de l'abaissement de la température doit et peut ajouter quelque chose de plus à ces opérations intimes de la nutrition. En effet, le froid agissant sur la sensibilité, le raccourcissement et le resserrement de cette libre ne sera pas seulement un effet physique, mais encore une action vitale, circonstance qui, si l'influence nerveuse est pour quelque chose dans cette opération de l'organoplastie, pour me servir du terme de M. Pravaz, doit agir sur le conflit en question , non-seulement par toute la quantité dont elle augmente le resserrement, mais sans doute aussi par la qualité d'action vitale qu'elle déploie.
Si, avant cela même, nous réfléchissons et nous voyons que par le fait de cette compression et de tous ces resserrements fibrillaires, le sang le plus fort, le plus animalisé, si l'on peut parler ainsi , a dû se porter sur les organes intérieurs, puisque, bien des vaisseaux capillaires, des tissus sus-squelettiques ont dû être resserrés au point que tels, qui étaient pénétrés facilement par les globules du sang, peuvent l'être maintemant à peine par les parties solubles de ce liquide, par le sérum ; il en résultera ce que tous les faits cliniques nous
indiquent : d'abord cette stimulation de tous les organes intérieurs et ensuite , avec les conséquences de dépuration que nous avons notées, celle d'une modification profonde et essentielle dans la constitution des liquides par la situation organique que nous expliquons.
En effet, dans les conditions physiologiques que nous indiquons, il est impossible de ne pas reconnaître que, tandis que certains phénomènes d'excrétion s'effectuent par les surfaces sécrétantes intérieures, dans les tissus dermoïdes, cellulaires et musculaires , bien des vaisseaux ne contenant guère que des fluides blancs, c'est-à-dire albumineux , c'est nécessairement sur cette sorte de fluide que les opérations chimico-vitales modificatrices doivent plus particulièrement se produire.
L'observation clinique le prouve d'ailleurs , puisque la plupart des personnes qui subissent parfaitement une médication marine maigrissent , tout en prenant plus de force et plus de ton. Je m'explique : pour observer ce résultat , il ne faut pas jeter ses regards sur ces quelques malades affaiblis qui vont prendre quelques bains de mer, et qui disent ensuite qu'ils y ont gagné de l'appétit, de la force et de l'embonpoint. Tout ceci dépend des fonctions digestives relevées et des nouvelles élaborations plus complètement effectuées. 11 faut observer sérieusement ces longs traitements exigés par des constitutions lymphatiques, des maladies scrofuleuses avec hypertrophie, chez ces constitutions adipeuses que j'appelle quasi-lymphatiques, constitutions acquises par des occupations sédentaires , et alors on les voit revenir des bains de mer plus minces , plus sveltes , comme me l'écrivait mon excellent ami le docteur Dugas.
Faits physiologiques et cliniques parfaitement concordants ; tandis que ce qui atteste encore la modification réelle des fluides blancs par la médication marine et hydrothérapique froide, c'est qu'on ne peut comprendre leurs conséquences fâcheuses dans les tempéraments sanguins-pléthoriques et leurs résultats favorables dans les anémies , les chloroses , les tempéraments lymphatiques, que j'appelle albumineux ,
comme nous le verrons plus tard, que par des effets opposés, qui supposent nécessairement une augmentation des globules de la fibrine du sang , et une diminution des fluides blancs ou albumineux. Observez en effet attentivement tous les résultats, et vous trouverez comme conséquence dernière le développement musculaire aux dépens de l'adipeux.
Enfin, même sans toutes ces considérations, dont les vérités s'ajoutent comme conséquences , il suffit d'admettre que le conflit des tissus et des fluides sus-squelettiques se passe particulièrement sur les liquides albumineux pendant le resserrement vital occasionné par le bain froid, pour reconnaître que la décomposition chimico- vitale qui s'effectue porte, sinon en tout , du moins en grande partie sur cette portion de notre sang.
Cela admis , l'action de l'eau de mer ne peut plus être un mystère.
Or, peut-on ne pas l'admettre , lorsque nous voyons que les causes qui tendent à développer les tempéraments sur lesquels viennent s'implanter la scrofule, le rachitisme et les tubercules, empêchent la génération de la fibrine, des globules et des sels terreux du sang pour y laisser de l'albumine en excès? Peut-on ne pas l'admettre, lorsque nous voyons les circonstances inverses , en déterminant des effets opposés, corriger les conséquences des actions de ces causes , ramener la constitution à une équilibration humorale, et par suite organique plus parfaite? car aujourd'hui il ne paraît plus possible de contester que si les organes l'ont les humeurs , les humeurs font les organes, comme ce sont ces dernières qui bâtissent de leur propre substance les altérations.
Mais arrêtons-nous là; tous ces développements viendront en temps utile à leur moment d'évolution, et prendront, en passant, dans leurs différents aspects , le genre de faits dont l'ensemble surtout doit attester de leur véracité. Il nous reste à dire que, si les conséquences organiques déterminées par les actions de la pesanteur atmosphérique , la densité et la température de l'eau de mer, retentissent sur le sang, elles retentissent pareillement sur la lymphe , dont l'élaboration
est nécessairement changée par la condition physiologique où se trouve le système lymphatique , tandis que ces deux effets consécutifs sur le sang et la lymphe se multiplient par le résultat particulier de chacun d'eux.
En effet , en même temps que l'organisme activé dans sa contraciilité effectue une dépuration par le conflit plus intime du sang et particulièrement de sa partie séreuse avec les tissus, tandis que les organes sécréteurs intérieurs pendant le bain, et extérieurs pendant la réaction reçoivent un sang ainsi modifié , éliminent mieux des principes hétérogènes , qu'ils ont eux-mêmes plus d'activité fonctionnelle , il se passe dans le système lymphatique des phénomènes d'élaboration qui, retentissant de suite sur le sang, ne peuvent que modifier aussi la nutrition générale et par elle la force organique.
Pour bien comprendre cet effet , il faut se rappeler tout ce que nous devons déjà, relativement au système lymphatique, aux recherches et aux expérimentations deBurdach , J. Muller, Tiedemann, Gmelin, Magendie, Collard de Martigny, etc., qui se résument en ce fait : que ce serait dans les vaisseaux lymphatiques, que s'effectueraitune transformation d'albumine en fibrine sur les matériaux albumineux résorbés de tous nos tissus, comme des produits de la digestion. Bien des observations, rapportées par les auteurs précités, attestent cette manière de voir, de même que celles de nos paysans du Midi si musculeux, quoique se nourrissant d'aliments ordinairement albumineux. Ces autres faits de transformation de constitution de lymphatique en muscuieuse, chez les enfants de nos paysans à mesure qu'ils peuvent subir les influences atmosphériques et exercer leurs muscles, en témoignent aussi.
Si , après cela , on considère que la trame de nos tissus physiologiques ou pathologiques est spécialement composée d'albumine ou de fibrine , si on prend garde à ce que dit J. Muller, que la fibrine et l'albumine imbibent les moindres molécules de nos tissus , il doit résulter de l'action du bain froid cette conséquence inévitable : que la contractilité étant augmentée , le conflit de la fibre avec le fluide qui l'imbibe doit rendre aussi parfait le phénomène d'assimilation] que
celui de décomposition que nous avons noté , et par conséquent favoriser l'agrégation de la fibrine à nos tissus plutôt que l'albumine. En effet , la fibrine étant regardée comme la conséquence la plus parfaite de la transformation de nos liquides , puisqu'elle est le dernier résultat de ces mêmes transformations, il est naturel de reconnaître qu'il en est ainsi , de même que tant de faits attestent qu'il n'en peut être autrement.
Dans cet état de choses : par la même conséquence qui fait agréger la fibrine aux tissus, l'albumine restée dans le sérum devra s'engager dans les radicules lymphatiques par endosmose, pressée qu'elle est par la contraction des tissus. Qu'on puisse me disputer le mécanisme du phénomène, c'est possible et je n'y tiens pas ; ce qu'il y a d'essentiel , c'est la conséquence qui est prouvée par trop de faits différents , et cependant concordants, pour n'être pas vraie. D'ailleurs, lorsque j'ai parlé d'endosmose, n'en avais-je pas le droit dès l'instant qu'on ignore si les derniers vaisseaux capillaires communiquent avec les lymphatiques par des ramifications plus déliées qui n'admettent que la partie la plus liquide du sang , ci ne laisseraient point passer les globules qu'elles sépareraient du liquide par une sorte de tamisalion ? ( J. Muller, Manuel de Physiologie, t. I, p. 201.) lîresehet et Ilousscl de Vau- /.('•ii.' , ne se sont-ils pas assurés que les vaisseaux lymphatiques se terminaient par des anses sur la surface du dersto ci non par des ouvertures? Pourquoi en serait -il aulrcmmi dans les autres tissus?
Quoi qu'il en soit de ces phénomènes, butane les raisons précitées, s'il est naturel d'admettre que c'est l'élément de nos lluides solubles nutritifs le plus parfait, disons le plus coagulable, avec J. Muller, qui s'est assimilé, évidemment c'est celui le plus liquide et le moins coagulable qui s'est engage dans les lymphatiques. Comment en serait-il autrement, lorsqu'il est avéré non-seulement que les lymphatiques absorbent les parties les plus ténues de nos liquides, mais qu'ils les métamorphosent ; car, dit encore J. Muller : « C'est seulement lorsque la substance alimentaire ( chyle ou lymphe) se trouve
contenue dans les vaisseaux lymphatiques qu'elle acquiert la propriété de se coaguler; et plus elle avance dans le système lymphatique, plus cette propriété devient prononcée. » (Ibid., p. 207. )
Or, si par les résultats mécanico-vitaux que détermine le bain froid , nous pouvons comprendre ces deux phénomènes de l'assimilation de la fibrine et de l'expression des fluides albumineux dans les lymphatiques, si déjà nous concevons qu'une fois ces fluides engagés , ils doivent cheminer dans l'intérieur de ces vaisseaux par la disposition de leurs valvules , et qu'en y cheminant ils se transforment en matière plus coagulable , c'est-à-dire fibrineuse , nous ne pouvons pas faire autrement de comprendre aussi que plus l'activité organique de ces mêmes vaisseaux sera excitée, plus et mieux s'effectueront toutes ces conséquences. Or peut-on reconnaître que la contractilité organique générale soit relevée sans en faire autant pour les vaisseaux lymphatiques? M'opposerat-on que Schvœnn et J. Muller ont reconnu que les vaisseaux lymphatiques n'avaient pas de mouvement propre? Mais peuton leur refuser une certaine contractilité ou dynamie fonctionnelle? et dans ce cas même, ne serions-nous pas obligés de reconnaître l'impulsion qu'ils doivent recevoir du resserrement vital des tissus qui les environnent?
Nécessairement, alors, les fluides albumineux engagés dans les lymphatiques, poussés dans leurs nombreux plexus, entraînés dans les vaisseaux amphicentriques de ses ganglions , se métamorphoseront d'autant mieux qu'ils seront en contact plus immédiat et plus actif avec la surface modificatrice de l'organe, et d'autant plus que le mouvement de circulation sera plus excité et plus souvent renouvelé.
Aussi, dès l'instant qu'on peut comprendre un tel mouvement physiologique, il est facile, en réfléchissant à l'ensemble des phénomènes que nous avons déjà constatés pour l'hématose, au moyen de la respiration et de la décarbonisation des tissus , de la dépuration par les sécrétions , de concevoir le mécanisme des résolutions et des régénérations, puisque nonseulement les veines et les lymphatiques peuvent concourir à
ces résolutions , mais ces derniers métamorphosent tellement les matériaux qu'ils charrient qu'ils peuvent les disposer et les utiliser pour la régénération constitutionnelle. On ne pourra donc plus s'étonner des magnifiques guérisons obtenues par les changements de climat , de nourriture , par l'action des bains de mer, de celle de l'eau froide pure , et ce qui restait inexplicable dans les obscurités de la routine deviendra des phénomènes parfaitement rationnels que le médecin pourra diriger et conduire par des phases successives parfaitement appréciables jusqu'au but pratique définitif.
C'est ainsi que le praticien devra se rappeler qu'il résulte nécessairement de tous les faits développés, que plus de fluides albumineux seraient poussés dans les lymphatiques, plus il y aurait de transformation d'albumine en fibrine, et de celle-ci en globules , si cette dernière est vraiment la génératrice, comme tout le confirme, des globules rouges du sang. En effet, si nous observons que l'anémie qui, d'après les expériences de MM. Andral et Gavarret, manque essentiellement de globules, se dissipe par les bains froids et les pratiques hydrothérapiques, évidemment, si les effets de ceux-ci régénèrent d'abord la fibrine du sang, on peut en conclure, en pratique surtout, que la régénération de la fibrine entraîne celle des globules, tandis que ces régénérations seraient d'autant plus actives et parfaites que les vaisseaux lymphatiques auraient acquis plus de contractilité , soit par celle qui lui est imprimée, soit par leur resserrement particulier qui, ici comme dans les artères, doit se transmettre des radicules aux branches. Le mode de la respiration est également pour quelque chose dans cette régénération des globules ; car, de même que nous verrons la chlorose engendrée par un air chaud ou raréfié, M. Pravaz a montré des guérisons de cette maladie par le bain d'air comprimé. Tous ces phénomènes chimico-vitaux et organiques doivent nécessairement s'influencer les uns par les autres, puisque nous avons prouvé qu'ils se touchent de toute part. Il suffit donc de les apprécier afin que l'intelligence du lecteur puisse se faire facilement une idée de leur concours et de leur ensemble. Mais, à propos de toutes ces complica-
lions d'effets, nous reprochera-t^oti peut-être de trop considérer les phénomènes mécaniques et pas assez les vitaux t Qu'on ne s'y méprenne pas , telle n'est pas notre intention ; maisj en suivant l'analyse de l'observation dans nos appareils organiques , nous sommes obligé de reconnaître que l'action mécanique peut déterminer l'action vitale, puisque, eau de mer et eau froide simple peuvent amener des résultats assez analogues qu'entraînent aussi l'exercice musculaire et les traitements gymnastiques.
D'ailleurs ne doit-il pas suffire que les faits pris sous toutes leurs acceptions aient conduit à la théorie pour que celle-ci soit préférable à des mots vides ou retentissants , et surtout qu'elle puisse mieux qu'un aveugle empirisme diriger la pratique. Or, les faits s'accordent si bien avec toutes les inductions que nous avons développées, que les anciens et les nouveaux s'enchaînent pour étayer cette harmonie des phénomènes. En effet, M. le professeur Rostan ne se guidant que sur la puissance de la raison et la conséquence naturelle des choses , se plaignait , il y a déjà longtemps, de ce qu'on considérait les maladies scrofuleuses comme la suite d'un développement du système lymphatique , tandis qu'on aurait dû ne les attribuer qu'à sa faiblesse. (Dict. en 21 vol., art. Tempérament. )
Maintenant, si Ton rapproche ces faits physiologiques qui se passent dans l'intimité des tissus, de ces autres qui s'effectuent sur les surfaces exhalantes, nous trouverons une décomposition et une recomposition constantes, suivant le cycle des phénomènes de la vie.
1° Dépuration carbonique des tissus et du sang rapportée par les veines et ensuite rejetée par les exhalations pulmonaires et les sécrétions hépatiques. Effets retentissant sur la surface intestinale et les reins , dont les sécrétions augmentées attestent que leurs éléments excrémentitiels constitutifs doivent être modifiés. Les rapports de ces éléments avec la constitution du sang nous échappent encore, il est vrai ; mais si déjà les expériences de M. Chossat sur l'inanition n'attestaient que nos tissus, en se décomposant, sont rejetés soùs
des formes différentes par ces sécrétions, nous pourrions comprendre l'importance de leurs conséquences thérapeutiques par les résultats cliniques observés à la suite de ces sécrétions.
2° Tandis que ce mouvement de décomposition s'effectue par les veines et par les surfaces sécrétoires, celui de recomposition s'opère pas les lymphatiques qui transforment plus complètement et plus parfaitemeut les matériaux albumineux du sang en matériaux fibrineux.
3° Actions elles-mêmes multipliées à cause de la puissance calorigénésique augmentée par la décomposition carbonique excitée, et sous l'influence de la densité, de la température des eaux de mer ; car M. Edwards conclut ainsi à la suite de ses expériences : que dans les animaux à sang chaud, l'élévation soutenue de la température diminue leur faculté calorigénésique, et l'état opposé de la chaleur l'augmente.
Conséquences parfaitement en harmonie avec les résultats obtenus par les bains de mer, puisqu'en multipliant ainsi l'énergie organo-plastique on arrive toujours à augmenter la contractilité et à soustraire les sucs blancs pour accroître h; développement musculaire; ce qui revient à dire : que les opérations excitées dans la nutrition par les effets du bain d'eau froide et de l'eau de mer, sont, avec une juste équilibration des forces et de la contractilité organique générale, une transformation plus complète des deux principes solubles et essentiels de l'organisme, l'albumine et la fibrine, transformation qui tend à augmenter la fibrine aux dépens de l'albumine.
Eil'els physiologiques déterminés par les mouvements de la mer.
L'accord que nous avons vu régner entre la pesanteur atmosphérique, la densité et la température froide de l'eau de mer au sujet de la résultante de leur action physiologique se retrouve encore parfaitement pour celle des Mouvements de la mer.
Véritablement , on a beau analyser les effets des bains de mer et des vagues, on n'y trouve que deux modes d'agir, qui se rencontrent dans une sorte de pression sur la surface du corps etle renouvellement fréquent du liquide froid en contact.
Mais Chacun de ces deux effets peut se décomposer néanmoins en deux autres, parce que, suivant le degré du premier, il en résulte une certaine différence dans l'action, tandis que le second peut aussi avoir une double influence sur notre impressionnabilité organique par les conséquences de certaines propriétés de l'eau marine, sa température et l'électricité qu'elle peut contenir.
Disons donc d'abord que la lame comme la vague, que nous distinguons suivant le sens grammatical le mieux interprété et que nous considérons comme deux degrés d'une même chose, Tonde marine, ne produit pas sur notre corps un choc , comme le produit une douche. Ici le choc est amorti par le liquide ambiant en contact, de sorte que le flot nouveau ne peut toucher le corps avant d'avoir refoulé celui qui le baignait auparavant.
Or, dans ce cas, soit par la résistance de ce dernier liquide, soit par son intermédiaire, le choc est amorti, mais la pression est certaine, car on la sent. Ne la sentirait-on pas qu'elle serait toujours manifeste puisque notre corps pourrait être entraîné quelquefois par la vague et par conséquent la force de celle-ci être calculée sur la résistance même du corps.
Il en est si réellement ainsi, que les baignoires exposées à la vague renferment, notamment aux bains de M. le DrGiraudy à Marseille, une grille en bois pour se cramponner et on l'utilise souvent afin de n'être pas ballotté par les flots.
Eh bien, c'est ici dans la réaction de la fibre organique pour lutter contre cet effet de l'onde marine, que se trouve le second degré de l'action des vagues et c'est l'effort musculaire de résistance qu'elle détermine qui le constitue. Cet effet est si général et si puissant qu'en sortant d'un bain de mer assez prolongé, dans lequel on a lutté contre la mer houleuse, on éprouve un sentiment de fatigue aussi marqué que si l'on venait de faire de longs exercices gymnastiques ou çTéquitation.
Par suite de ce renouvellement fréquent du liquide en contact, résulte le second mode d'action de la lame ou de la vague qui consiste, en renouvelant l'impressionnabilité produite, à abaisser par rapport à notre corps la température de l'eau . La vague qui arrive n'est pas plus froide que celle qui l'avait devancée , mais comme le corps s'était mis en un certain rapport de température avec la première, celle qui la remplace lui paraît plus froide. Aussi, observons-nous que le bain de mer est pour nous d'autant plus froid que la mer est plus agitée. Ajoutons à ces effets que si l'eau de mer contient de l'électricité, comme nous croyons pouvoir rationnellement l'admettre, notre corps sera d'autant plus imprégné par ce fluide que les surfaces en contact seront plus souvent renouvelées.
Voilà donc des pressions, des contractions musculaires , des impressions de froid, peut-être des imprégnations d'électricité; mais elles sont intermittentes. Cherchons quels en peuvent être les effets.
Certes, ils ne peuvent être trop différents de ceux que nous avons déjà constatés à l'égard de la contraction déterminée par l'abaissement de température et la densité du liquide ; mais ici , l'intermittence du phénomène double l'énergie de l'action provoquée. En effet, une sensation soutenue s'émousse bientôt, tandis qu'une intermittente s'entretient et s'exalte. De même , une contraction musculaire trop prolongée entraîne la fatigue et par suite le relâchement.
Les contractions intermittentes, au contraire, puisent dans leurs relâchements alternatifs une nouvelle puissance contractile et doublent la tonicité et le ressort organique.
De même, si, comme on ne peut que l'admettre, l'eau de mer contient de l'électricité ne fût-ce qu'à l'état latent, ce renouvellement de surface et de contact ne pourrait que la développer et en faciliter la transmission. Mais récusài-on cette dernière action comme insuffisamment avérée, celles si physiques, de l'intermittence de la pression, de lacontractilité musculaire, multipliée par cette pression et par l'impression de frojd, du renouvellement du liquide, ne peuvent être con-
testées, et sont parfaitemetti suffisantes pour faire concevoir les ©ffet* obtenus sut' les facultés organiques* iellesque ia sensibilité et la contracfcilité;
Aussi, si les phénomènes que nous avons déjà relatés dans les autres effets de l'eau marine n'étaient pas suffisamment prouvés, ces derniers effets les assureraient encore, de même que les uns et les autres se prêtent un appui de concordance pour s'étayer réciproquement.
En effet, personne ne peut nier que l'action d'un organe ne soit sa principale stimulation vitale, et que plus cette action est poussée loin dans ses limites physiologiques, mieux et plus sûrement s'accomplit la fonction dont il est chargé. Pour la nutrition, le développement des jambes des danseurs, celui des bras des forgerons l'attestent , ainsi que bien des résultats orthopédiques obtenus par l'application de ces principes.
Or, si comme il résulte par l'observation et ainsi que le dit J. Muller: « Pour que la nutrition s'accomplisse, il faut que les molécules constituantes des organes et des tissus , leurs cellules primitives ou les fibres provenant de cellules, attirent les parties dissoutes du sang et restituent des matériaux à ce liquide. » (Ouvr. cit., t. 2, p. 275.) Il doit forcément arriver de la tonicité et de la contractilité excitées par l'action de la vague, que la puissance d'assimilation et de décomposition de ces cellules et de leurs fibres sera considérablement augmentée.
De plus, si tout d'abord par le concours des circonstances que nous avons déjà énumérées, tendant à repousser le sang des extrémités , il se fait qu'il y en arrive une moindre quantité, et que même ce sang, par le rétrécissement de toutes les cellules organiques , de tous les canaux , soit le plus fluide ; cette même puissance développée dans les phénomènes de la nutrition , s'exercera ainsi sur ce sang moins animalisé , moins parfait et tendra ou aboutira d'autant mieux à la décomposition des solides et à la régénération des liquides. La conséquence est forcée, puisque ces mêmes actions tendent à repousser dans les veines les débris de la décomposition , et dans le système lymphatique, les portions du sang incom-
DES EFFETS DE L'EAU DK HR. »i
pléleaiônt élaborée, C'eêfc à causé de ces motifs, que dans certaines conditions pathologiques, bien que les eaux de mer déterminent en même temps et la décomposition et la régénération, les faits témoignent tout d'abord de la décomposition, par les sécrétions augmentées, les résolutions effectuées, et l'amaigrissement plus prononcé.
Les choses ne peuvent pas se passer différemment, quoique la vague stimule particulièrement les fonctions du système lymphatique. Celui-ci, n'ayant pas de contraction propre, les fibres contractées des tissus environnants lui en déterminent , pour ainsi dire , une d'autant plus efficace que son intermittence la rend presque cardiaque, puisqu'elle rappelle celte puissance des cœurs lymphatiques qu'on a découverts chez les reptiles. Cependant, cette puissante action sur les lympathiques , qui travaillent ainsi à la régénération des fluides, ne saurait approcher de l'activité bien plus prononcée <!<■ la circulation veineuse, c'est-à-dire de la décomposition. Celle-ci l'emporte encore, parce que le système veineux possède par lui-même une certaine coutractilité et que la circulation y est plus active.
Cela doit être, car il n'y a pas de régénération certaine avant une dépuration avancée, d'autant que ces phénomènes doivent primitivement s'exercer sur les fluides générateurs des solides, comme le démontre le mécanisme même de la nutrition. Notre corps échange journellement plusieurs livres de nourriture avec plusieurs livres de sécrétions, et montre, de cette manière, combien peu de matériaux il utilise. Ce qui explique pourquoi toute métasyncrise est nécessairement lente.
Ces actions justifient de la puissante action de la vague dans la reconstitution de certaines dyscrasics, puisque non-seulement elle favorise l'élaboration lymphatique , mais la décomposition par la circulation veineuse en doublant l'activité circulatoire de ces deux systèmes.
Ainsi donc, la vague a pour effet d'activer la décomposition en excitant lacirculation veineuse et les élaborations en remédiant au défaut de contractilité des vaisseaux lymphatiques.
Actions et phénomènes qui, réunis, ne font toujours qu'activer les sécrétions intérieures, soit par les nouveaux matériaux apportés aux organes, soit par l'incitation de ceux-ci augmentée sous l'influence de la nouvelle circulation capillaire. Cette circulation est entièrement modifiée dans toutes ses opérations vitales de décomposition et de recomposition par les conflits chimico-vitaux différents que nous avons indiqués et dont nous pouvons , dès maintenant , comprendre l'ensemble dans les excrétions comme dans les élaborations. Aussi, résulte-t-il de tous ses effets un accord parfait dans les mouvements qui s'opèrent dans le cycle de la vie, et ce fait toujours plus évident que les bains et les vagues de la mer déterminent par une action tonique sur les mouvements de l'organisme : et l'élimination carbonée et albumineuse, et la transformation sanguine d'albumineuse en fibrineuse.
Effets physiologiques de la phosphorescence de la mer.
Nous n'aurions ici qu'un mot à dire de la phosphorescence de la mer , si certains auteurs n'avaient pas attaché à la réaction, c'est-à-dire aux phénomènes d'excitation portés à la peau, le véritable mode d'action de l'eau de mer ; mais, comme ce dernier point est essentiellement erroné , serons-nous obligé d'entrer dans quelques détails.
Nous commençons par constater que les cas où la phosphorescence pourrait être supposée avoir agi sur la peau, sont infiniment rares.
Qu'en outre, il est peu probable que les animalcules phosphorescents que renferme la mer puissent avoir la moindre action sur notre peau, devant eux-mêmes cette phosphorescence à leur vie, comme le ver luisant, et celui-ci n'en ayant aucune sur l'impressionnabilité de nos tissus.
Resterait donc le phosphore dû au pétrole ou aux matières grasses de la mer. Circonstance plus probable, et parce que tout d'abord les analvses de la chimie animale nous montrent
toujours le phosphore uni aux graisses, et ensuite parce que lorsqu'on a observé quelques impressions de l'eau de mer sur la peau, on les a vues pendant les gros temps, alors que la mer était écumeuse, qu'elle avait remué profondément ses algues et les matières animales arrêtées et entremêlées dans ces plantes.
De sorte que s'il en était bien ainsi , c'est-à-dire que ces érythèmes de la peau fussent dus au phosphore de la mer, plutôt qu'à des sécrétions de divers poulpes , comme l'ont pensé quelques observateurs ; il ne resterait pas moins avéré que ce fait est tout à fait accidentel , et ne saurait jamais prendre rang dans les effets radicaux de la thérapeutique marine.
Il y a plus : l'éventualité dirige si bien ces sortes de faits, que même, sous ces conditions les plus favorables de la mer, les individus ainsi impressionnés font exception, puisque la plupart de ceux qui se sont baignés en même temps n'ont pas éprouvé de pareils effets : d'où il suit que le phénomène est souvent plutôt dû à la disposition particulière du sujet qu'à toute autre cause. N'est-ce pas par de semblables raisons qu'un emplâtre résineux développe quelquefois sur certains individus des érythèmes généraux , tandis que je connais une dame qui ne peut toucher des aubergines sans se voir couverte d'une éruption urtiée.
De tels faits ne peuvent donc nullement être invoqués pour attester que l'eau de mer agit par l'excitation qu'elle produit à la peau ; car alors , elle activerait la fonction de cet orgauc sécréteur, et si c'était là son véritable mode d'action, combien les eaux thermales et sulfureuses ne lui seraient-elles pas préférables dans tous les cas ?
Or, c'est tellement impossible, que nous voyons les eaux sulfureuses froides agir comme purgatives et diurétiques, et jamais comme sudorifiques ; tandis que nous produirons l'histoire d'une diaphorèse pathologique excessive, ayant amené nue anervie dyspepsique des plus graves, guérie par les bains de mer.
D'ailleurs, que peut faire une réaction à la peau sur les
m HYDROTHERAPIE GENERALE.
grands mouvements mélasyncri tiques si nécessaires aux maladies auxquelles conviennent particulièrement les eaux de mer ?
Qu'elles pussent ainsi augmenter la décomposition, nous le concevons; mais comment pourraient-elles également exciter tous les mouvements circulatoires nécessaires à la régénération fibrineuse?
Sans doute , en augmentant la puissance calorigénésiquc du corps on déterminerait une réaction vers la peau. Mais voyez comme elle est lente à apparaître, puisque une demiheure après le bain , vous trouvez le pouls à 20 pulsations au-dessus de son rhythme ordinaire.
Cette réaction, dira-t-on, n'arrive pas moins ! Oui, elle arrive : après le repas, par la marche, la chaleur du lit, alors que tous les actes de dépuration se sont effectués ou préparés par la décomposition ; alors que de nouvelles métamorphoses se sont faites dans la circulation du système lymphatique, alors que tout l'organisme a été mieux disposé à remplir sesfonctions, respiration, digestion, sécrétion. Mais dans ce cas cette réaction n'est plus un simple mouvement centrifuge, c'est vraiment l'organisme qui se déploie dans tous ses actes avec une tonicité nouvelle. Expansion de toute la vie sensitive , plastique, calorigénésiquc et organique , d'autant plus favorable que, par le mode nouveau de l'accomplissement des fonctions organiques, toute la machine devient toujours plus apte aux nouvelles modifications que peut successivement déterminer la médication marine.
Ce serait toutefois une simple réaction si le bain n'avait duré que de huit à dix minutes, alors que le cœur vient de réagir contre la primitive fluxion intérieure.
Dans ce cas , les organes seuls reçoivent une stimulation nouvelle dans leur contractilité par le choc imprimé; mais, évidemment, ces actions sont de trop courte durée pour donner aux liquides une direction déterminée, et, par suite, une tonicité assez prononcée aux solides pour agir sur ces mêmes liquides.
On ne peut ainsi qu'arriver à stimuler assez le système nerveux encéphalo-rachidien , même les nerfs ganglionnaires, et
DES EFFETS DE L'EAU DE MEFl. 95
donner à ces régulateurs du mouvement organique une impulsion qui retentisse sur le mécanisme général. Après cela, tous les autres effets restent imprévus ; par conséquent entièrement fortuits; ils dépendent de la seule synergie des éléments de la vie.
En appliquant ainsi les eaux de mer à des affections humorales, à des dyscrasies, on méconnaît le véritable mode d'action de l'eau de mer, et cela en voulant l'assimiler, par une fausse théorie, à celui présumé des eaux thermales; d'autant que s'il en était ainsi, ce serait rayer les eaux de mer de la thérapeutique de ces affections, puisque tant d'eaux thermales seraient bien plus propres que l'eau marine à produire l'action centrifuge que l'on sollicite.
Or, les eaux thermales sont plus aptes à diminuer à la longue la tonicité générale qu'à l'augmenter, comme nous espérons le prouver ; car si elles arrivent quelquefois à faire passer, comme le voulait Bordeu, une maladie chronique à l'état aigu, ce n'est que pour forcer l'exosmose sécrétoire et amener par elle une véritable débilitation. Ainsi le fait la lièvre. Pour le comprendre entièrement, il s'agit de se rappeler que la puissance calorigénésique intérieure diminue par le calorique introduit et par tous les mouvements expansifs qu'il détermine dans l'organisme, comme le prouvent les belles expériences de M. Edwards.
Par conséquent, pour conclure sur les elfels physiologiques de la phosphorescence de l'eau de mer, disons (pie, n'agissant que par exception sur la peau et ne pouvant être comprise régulièrement et ordinairement dans les causes de la réaction centrifuge, nous devons la regarder comme. sans influence dans les effets physiologiques bien évidents que nous avons déjà reconnus aux qualités physiques de l'eau de mer.
Des effels physiologiques de l'électricité de l'eau de mer.
Si l'on admet l'électricité dans l'eau de mer, on ne saurait refuser à celle-ci une action directe sur le système nerveux. En effet, depuis que M. Prévost, de Genève , est parvenu à aimanter des aiguilles en les plaçant très-près des nerfs , on ne peut contester l'analogie qui existe entre le fluide électrique et le fluide nerveux. C'est à ce point que la plupart des physiologistes, aujourd'hui, croient qu'il y a identité.
Sans donc rapporter les expérimentations de Pfaff , Ahrens etGardini, qu'il y ait analogie ou identité, les effets du fluide électrique sur l'innervation ne sont pas douteux, et l'on peut dire que si ce dernier n'apporte pas une somme nouvelle d'énergie au fluide nerveux, il excite extraordinairement les fonctions de cette sorte d'appareil électro-magnétique que nous appelons cerveau et nerf.
De sorte que, nous pouvons dire déjà que notre corps, baigné dans un liquide imprégné de fluide électrique, celui-ci ne pourrait quese communiquer à notre organisme et agir notamment sur notre système nerveux. Or, une fois celui-ci excité dans sa puissance, on peut comprendre tout ce qui en résulterait sur l'accomplissement de nos fonctions. La force vitale de chaque organe serait nécessairement accrue, car les recherches de Bordeu , de Tiedemann et Gmelin témoignent que les nerfs agissent aussi bien sur les sécrétions que sur la nutrition; tandis que Muller se résume en ces termes : « Des effets qui ont lieu dans le système nerveux peuvent accélérer, activer et affaiblir la marche de la nutrition: c'est même aussi dans cette action régularisatrice que consiste la véritable relation entre le système nerveux et les sécrétions. »
Ce qu'il y a de certain , c'est que j'ai vu l'atrophie du bras être la conséquence d'une paralysie nerveuse, venue tout à coup à la suite d'une contusion des nerfs axillaires, et être guérie l'une et l'autre par la galvano-puncture. C'est ainsi que mon ami, le docteur Bonnet, de Lyon, obtint, par le même
moyen , sur un de nos camarades, à l'hôpital Saint-Louis, la guérison d'une sciatique, dont la chronicité avait amené une faiblesse musculaire si prononcée qu'elle entraînait la claudication.
Mais, cette question de l'électricité, soit en physiologie, soit en pathologie , soit en thérapeutique, vient de s'agrandir par les curieuses recherches de M. Duchenne , de Boulogne , que j'ai eu l'avantage de connaître et d'apprécier personnellement; car, pendant mon dernier séjour à Paris, ce savant médecin a eu la bonté de m'expliquer ses ingénieux procédés, d'opérer devant moi, et de me montrer plusieurs malades fort intéressants en cours de traitement. Or, des faits qu'il m'a montrés et du remarquable précis que mon excellent confrère, M. le docteur Debout, rédacteur en chef du Bulletin de thérapeutique , a consigné dans les derniers numéros de ce journal (t. XLI1I , p. 97), il résulte , comme l'explique parfaitement cet habile observateur, que l'on doit distinguer deux sortes de paralysies : l'une provenant du manque de l'incitation nerveuse centrale par interception de l'influx nerveux , à cause d'une solution de continuité dans la branche du nerf ou d'un épanchement cérébral ; l'autre , par l'inertie prolongée de la fibre musculaire elle-même. Le premier fait est incontestable, et le second ne l'est pas moins, lorsqu'on considère les paralysies survenues à la suite d'une longue compression et enfin par des blessures ou un travail phlegmasique local. Aussi, de tous ces faits, M. Debout conclut en ces termes : « La fibre musculaire, privée pendant un temps assez long de l'incitation que lui transmettait le le cerveau, a perdu la faculté de réagir, quoique l'influx nerveux lui fût rendu.
« Peut-on dire, alors, que la perte de la contractilité des muscles du bras soit encore le symptôme de la lésion cérébrale? Non, puisque celle-ci est cicatrisée. Elle en est, en effet, le résultat ; elle n'en est plus le symptôme ; la preuve, c'est que la paralysie guérit alors par la seule influence de l'éleetrisation localisée dans les muscles du membre resté paralysé. » {Ibid., p. 99.)
De ces observations , il résulte que la cause enlevée de t'interception de l'incitation nerveuse cérébrale, il n'en faut pas moins combattre son résultat. Seulement, au lieu de persévérer à stimuler les centres nerveux , il faut agir sur la périphérie du système. Mais, ici, je pose cette question à mes savants confrères : Guérissent-ils cette paralysie locale, essentielle, comme l'appelle M. Debout, par l'incitation portée aux nerfs ou par les contractions déterminées sur les fibres musculaires ? M. Debout incline vers la première pensée.
Dans ce cas, je ne pourrais être de Pavis de ces savants médecins , si leur opinion était trop exclusivement arrêtée , puisqu'elle s'écarterait de l'observation même qui atteste que la paralysie s'est aggravée, s'est maintenue et persiste, par le fait essentiel de l'inertie prolongée de la fibre musculaire, l'incitation nerveuse lui étant rendue ; puisqu'elle s'écarterait encore complètement de cet autre fait des paralysies survenues simplement à la suite d'un long repos et d'une longue compression exigés par un traitement de fracture , paralysies qui, l'une et l'autre, peuvent guérir par l'exercice et le mouvement. J'en prends pour preuve tant de paralysies musculaires de causes externes guéries par l'exercice, et même, dans les hémiplégies, la jambe bien plus tôt rétablie que le bras. Or , ce phénomène ne peut s'expliquer que par l'exercice obligé du premier membre, et par l'incurie que le malade met à exercer suffisamment son bras.
Je suis donc contraint de conclure que lorsque des paralysies ainsi localisées guérissent par l'électricité appliquée surtout localement au moyen des houppes de M. Duchenne, c'est en forçant la contractilité de la fibre par un influx puissant porté immédiatement sur les diverses fibrilles du tissu , et que si, alors et ensuite , la force nerveuse arrive successivement à reprendre ses droits sur cette même fibre , c'est que la force nerveuse peut bien avoir acquis plus d'énergie elle-même par la somme d'électricité ajoutée (si surtout ces fluides sont identiques) , mais encore parce qu'une force plus puissante ou plus immédiate qu'elle , ayant d'abord dégagé la fibre musculaire en lui redonnant sa contractilité , l'a rendue plus
apte à recevoir l'impression d'un stimulant moins puissant ou dont l'influence est plus éloignée.
Fait qui, réuni avec ces autres si connus, que l'exercice multiplie la force musculaire, que le mouvement forcé triomphe de bien des paralysies localisées, atteste mieux encore que la contractilité seule, réveillée, peut parfaitement influencer la force nerveuse locale , comme elle modifie la nutrition, ainsi que nous l'avons vu.
Dans cet état de choses, que l'électricité dans l'eau de mer apporte sa quote-part dans les phénomènes que nous avons observés, elle n'est pas de rigueur pour les comprendre. Et c'est ainsi que par la contractilité réveillée à la suite de la température, de la densité et des mouvements de l'eau de la mer , on peut parfaitement se rendre raison de cette observation de M. de Bréville, rapportée par M. Mourgué. Après des fièvres intermittentes, des chagrins domestiques, « la faiblesse , dit notre auteur, augmentant de jour en jour, particulièrement dans les muscles des bras et des jambes, on commença à craindre une paralysie générale. » C'est dans cet état que M. Roussel, médecin en chef de l'Hôtel-Dieu de Rouen , conseilla l'usage du bain à la lame. A son arrivée à Dieppe, le malade éprouvait les symptômes suivants : « Accès de fièvres irréguliers, sueurs presque continuelles, céphalalgie , faciès apoplectique , décubitus en supination , impossibilité de se coucher sur l'un ou l'autre côté et de se tenir debout sans secours étrangers. M. de Bréville prit le premier bain à la lame soutenu par deux guides , et après le soixantième bain , il se promenait dans la ville la canne sous le bras. » {Journal des bains de mer de Dieppe, liv. I , p. 31.)
Dans un tel état de choses, le faciès étant apoplectique, la fièvre existant , nous ne pouvons admettre que l'hématose fit défaut; pareillement, la céphalalgie semblerait attester de l'incitation nerveuse centrale, motifs qui indiqueraient que la contractilité musculaire a été primitivement réveillée. Serait-ce alors l'électricité de l'eau de mer, la densité de l'eau, sa température, les mouvements de la mer, qui auraient eu, en particulier ou de concert, cette influence? La
question ne peut pas se résoudre. Toutefois, pour nous, qui ne voulons nous étayer que sur les faits les mieux connus , ne pouvant pas apprécier par l'analyse Faction de l'électricité marine, comme celle de la densité de l'eau, de sa température, et des mouvements des vagues, nous nous contentons de cette part d'influence, sans enlever celle de l'électricité. D'où il suit, qu'avec ce genre de faits bien manifestes, nous sommes obligé de transporter l'action curatrice primitive sur la contractilité et non sur l'influence nerveuse; contractilité et sensibilité qui , d'ailleurs, comme nous l'avons déjà si souvent dit, s'influencent si intimement, qu'elles semblent particulièrement solidaires, de même que le sont les quatre éléments de la vie que nous avons reconnus. En effet , ils sont manifestement solidaires , puisqu'il n'est pas possible d'en toucher un sans atteindre immédiatement ou successivement les autres.
Ces faits sur lesquels j'ai insisté dans mes prolégomènes et surtout dans les ouvrages dont j'ai déjà parlé (Synthèse pat hologico-thérapeuiique et des Sources des indications thérapeutiques), commencent à s'élucider dans la science, tandis que les hommes qui en comprennent le mieux le progrès distinguent déjà ces mouvements physiologico -organiques en question. C'est ainsi que je lis avec la plus vive satisfaction ces quelques lignes de M. Debout, dans le travail désigné. « Le mouvement volontaire, comme tous les phénomènes de la vie animale, repose sur une trame organique soumise à une double influence, l'innervation et l'hématose : toutes les causes morbides qui viendront détruire l'une ou l'autre de ces influences, anéantiront la fonction. Et plus loin, les résultats (le retour du mouvement et l'augmentation de la nutrition) de l'emploi de cet agent jphysique (l'électricité), dans le traitement des paralysies, prouvent que c'est au conflit du sang et de l'influx nerveux avec la fibre musculaire que se produit le mouvement curateur, et que l'exercice des muscles, lorsque l'irritabilité intacte lui permet d'obéir à l'excitation électrique (gymnastique), de même ique 'lia stimulation du système nerveux partagent élecj trique sont des phénomènes secondaires. » {Ibid,,\>. 100,103.)
Que notre cher confrère nous permette de critiquer la dernière partie de cette manière de voir, qui d'ailleurs ne change pas le fond de la question , puisque ce qu'il y a d'important, c'est que vraiment, le mouvement curateur qui se produit s'effectue, ici, comme dans toute autre circonstance, ainsi que nous l'avons prouvé par de si diverses observations, au conflit du sang et de l'influx nerveux avec la fibre organique. Nous ne différons donc d'opinion avec notre savant confrère qu'en ce qu'il fait jouer un rôle secondaire à la contractilité de la fibre. Or , ceci dépend de ce que ce médecin n'a étudié la question qu'avec l'incitateur électricité; tandis que nous, nous l'étudions après lui, non-seulement sous l'influence de cet agent , mais encore sous l'action de la compression et du resserrement, déterminée par la densité de l'eau, le froid, les douches, les vagues, etc. ; de même que nous tenons compte, sans en avoir encore parlé , des effets gymnastiques et de ceux du massage. Aussi , résulle-t-il de cet ensemble de l'observation une synthèse concluant à ce que : dans les facultés ou éléments de la vie, sensibilité, contractilité, caloricité, nutrition, il n'y a rien d'absolument primaire ou secondaire des unes par rapport aux autres. Nous pouvons, comme tout ce qui précède l'atteste, éveiller la contractilité par la sensibilité, la caloricité, la nutrition; de même que nous pouvons éveiller chacune de ces facultés vitales ultimes par la contractilité. Seulement, la véritable question pratique, c'est de pouvoir distinguer le problème qui se présente, sinon à tous les malades, mais à toutes les maladies; quelle est celle de ces facultés qu'il faut primitivement toucher , pour réveiller plus directement tel organe ou telle fonction agissant plus directement sur tels ou tels de ces éléments vitaux? C'est ce que prouvera particulièrement ce travail au sujet des eaux minérales , tandis que notre ouvrage Des Sources des indications thérapeutiques répondra aux autres médications en général. Toutefois il suivrait, des considérations générales qui précèdent, que si l'eau de mer contient de l'électricité comme tout le fait admettre, elle possède ainsi un adjuvant de plus, soit que cet
agent s'adresse primitivement à la contractilité soit à la sensibilité. Dans l'un et l'autre cas , il n'en atteint pas moins Tune ou l'autre, et de celles-ci il ne retentit que mieux, comme la densité de l'eau, sa température, les mouvements de la mer, sur les autres fonctions intimes , parce qu'il agit en augmentant la puissance organique. D'où il suit que toutes les actions physiques que nous avons reconnues à l'eau de mer , s'harmonient et se prêtent un appui mutuel dans leurs effets.
Il en est si bien ainsi que nous nous permettrons encore quelques réflexions au sujet d'un fait fort remarquable relatif à l'électricité et aux effets que la contractilité détermine sur la nutrition. Cette action intéresse vivement notre sujet, puisque j'ai vu, dans les faits que me montrait M. Ducbenne, des muscles atrophiés et paralysés reprendre leurs fonctions, leurs forces et leur volume. J'interrogeai cet habile expérimentateur sur les observations qu'il avait pu faire à ce sujet. Il me répondit et m'a répété devant M. le docteur Gariel qu'il s'était parfaitement assuré que : s'il prolonge ou réitère trop souvent ces pratiques électriques locales, loin de favoriser la nutrition, il la diminue; tandis que, dans de justes limites , il la favorise et l'augmente bien évidemment.
Ce fait, qui vient en éclairer tant d'autres, est de la plus grande importance et donne la plus éclatante sanction à toute la doctrine que l'observation nous a fait élever; puisque, encore une fois, et parle phénomène le plus immédiat, elle vient nous assurer que les résolutions se font sous la puissance de la contractilité. De sorte , bien évidemment , que le mouvement de décomposition et de recomposition s'effectue particulièrement sous cette action organique et vitale, et arrive à tel ou tel résultat de décomposition ou de recomposition, suivant le degré et le mode de cette action physiologique. Fait capital qui, rapproché de beaucoup d'observations recueillies aux eaux minérales, atteste de quelle importance est le mode d'administration de ces agents modificateurs de la contractilité.
C'est ainsi que nous observons que, pendant que les jambes des danseurs, soumises à des efforts musculaires intermittents,
grossissent et se développent, celles des rouliers et des piétons, constamment en action, maigrissent et deviennent toujours plus grêles. Pareillement, nous observons que quelques bains de mer peuvent faire engraisser, surtout des bains de courte durée; tandis qu'une longue médication par des bains prolongés fait maigrir, ou du moins , diminue les formes arrondies en transformant le sang d'albumineux en fibrineux, et les tissus cellulaire et adipeux en tissu musculaire. Dans les eaux thermales c'est souvent l'inverse : pour opérer des résolutions et des régénérations importantes , une médication trop précipitée amène le résultat opposé, c'est-à-dire que les phénomènes obtenus sont au profit de la lésion, tandis que les bains dislancés permettent le retour de la contraclilité forcée par l'eau thermale, et amène des résolutions bien plus manifestes. C'est ainsi que Ton n'observe fort souvent les effets avantageux des eaux que longtemps après la médication thermale, alors que la contractilité, par le ressort acquis, reprend toute sa puissance.
Les conclusions pratiques qui ressortent de pareils laits sont donc fort importantes et tracent la voie à suivre au médecin dans telle ou telle circonstance; car ces faits sont toujours d'accord et d'une parfaite harmonie suivant les cas , puisque nous ne parvenons à faire résoudre une tumeur blanche par la médication marine qu'après deux ou trois ans, tandis que j'en montrerai des cas guéris en quelques mois par des allusions froides locales et la compression. Moyens combinés qui excitaient continuellement à la contractilité locale, et forçaient plus immédiatement la résolution qui devait en être la conséquence.
Il résulte donc de tous ces faits et motifs que , quelle que soit la part de l'électricité dans la question qui nous occupe, elle ne peut qu'aider la contractilité, excitée déjà directement par les autres conditions physiques de l'eau de mer. D'où il suit encore que, si l'électricité aide en quelque chose les mouvements physiologiques que nous avons constatés, ce ne peut être qu'en les assurant.
Des effets physiologiques des agents physiques des eaux thermales.
En 1849, devant l'Académie de médecine de Marseille, je soutenais que pour traiter complètement une question comme celle qu'elle posait , du véritable mode d'action de Veau de mer, les faits relatifs à cette eau ne suffisaient pas pour parvenir à la solution du problème ; car, en arrivant à une conséquence principe, il fallait prouver qu'il en était ainsi et qu'il n'en pouvait pas être autrement. Dans ce cas, disais-je, tous les matériaux qui peuvent se rattacher de près ou de loin à cette question générale doivent être consultés , pesés et appréciés et la comparaison de l'action des différentes eaux arriver à un principe qui ne peut être vrai qu'autant qu'il sera la conséquence générale des effets observés.
D'ailleurs, m'écriais-je : la véritable épreuve de la vérité est la généralisation , plus un principe supporte le contact de l'expérience générale , plus il doit être vrai.
L'Académie par la bouche de son honorable rapporteur, depuis mon ami , M. le Dr Dugas , reconnut la justesse de cette idée , tout en conservant son opinion ou son désir de trouver quelque chose de spécial et par conséquent de spécifique dans les eaux de mer. Cette pensée sans apparaître dans tout son jour, lors du premier concours, est manifeste dans le rapport de M. Ulo qui témoigne constamment de la plus grande susceptibilité de ce que j'ai accordé trop d'importance au bain d'eau froide et pas assez à celui d'eau de mer , qui a des qualités spéciales et supérieures à celle-ci. (Procèsverbal de la séance publique, décembre 1851, p. 119, 122.)
Cependant, plus j'ai pénétré dans la question, moins j'ai pu être favorable à cette manière de voir, tandis qu'aujourd'hui, l'observation étendue par l'hydrothérapie, agrandie sur les diverses eaux minérales, laissant bien moins d'appui à cette idée est venue, je crois, me donner gain de cause. Aussi, ai-je dû élargir le cercle de ce travail en traitant des eaux de mer en particulier et des eaux minérales en général.
Néanmoins, avant d'entrer dans ce nouveau sujet, expliquons-nous sur la position des choses. 11 n'est point vrai que j'assimile entièrement et absolument l'action de la médication marine avec celle de l'eau simple ou des eaux minérales froides. J'analyse leurs effets et je trouve seulement qu'elles vont toucher les mêmes ressorts de la vie, de manière à ce qu'il peut en résulter des conséquences fort identiques. Mais cela n'empêche pas qu'il ne s'agisse de leviers d'une longueur différente, si je puis parler ainsi , leviers prenant même des points d'appui divers pour les eaux thermales surtout, d'où il suit que ces eaux peuvent varier' de puissance et d'effet, sans différer de vertu. C'est ce que n'a pas compris la dernière commission de l'Académie de médecine de Marseille, qui, cependant, aurait bien pu ne pas confondre les effets des bains de mer avec la médication marine , dès l'instant que je fais embrasser à celle-ci l'air marin, et les actions modificatrices de l'eau prise à l'intérieur. Si j'assimile les bains d'eau froide en général, je ne puis assimiler toutes les médications hydrothérapiques froides.
Je dis plus : si, comme tous les médecins inspecteurs qui pour accroître la renommée de leurs eaux cherchent à trouver une spécificité dans leur source, les membres de la commission avaient cru avec une telle idée résultante agrandir la réputation des eaux de mer, ils auraient entièrement manqué leur but; puisqu'un principe de spécificité véritablement découvert pouvant être extrait chimiquement et donné au loin à des malades, les bains de mer auraient perdu d'autant. Par contraire, il me semble qu'ils doivent tout gagner, s'il résulte de l'observation que cette médication réclamant à la fois les actions modificatrices de l'air, du climat et des bains pris à la lame avec leur température, leur densité , et le mouvement des vagues, exige l'arrivée et le séjour des malados dans la localité. J'ai même prouvé que cette localité n'était pas indifférente à tel malade ou tel autre, parce qu'elle influençait particulièrement les jeux organiques nécessaires à l'action médicatrice de certaines maladies. Au contraire, si cet effet était la conséquence d'un principe chimique
1Q6 HYDROTHERAPIE GENERALE.
spécial contenu dans l'eau de mer, toutes les plages seraient également avantageuses aux conditions pathologiques qui peuvent réclamer cette médication. Je n'ai donc pu comprendre cette manière de raisonner lorsque surtout rien dans nos connaissances aujourd'hui ne peut étayer une spécificité. D'ailleurs, comment la commission a-t-elle pu combattre mes assertions? par les récriminations qui suivent: Veau de mer a des qualités spéciales ! nous ne pouvons partager l'opinion de l'auteur ! cette opinion nous paraît trop exclusive ! l'eau de mer est un moyen hygiénique et thérapeutique l (Ibid). Tout cela ne dit rien, ne prouve rien!
Mais sans doute puisque vous ne pouvez partager mon opinion vous en avez une autre! Alors, pourquoi ne pas la dire? De grâce , si vous avez les mains pleines de vérités, n'imitez pas Fontenelle qui n'aurait pas voulu les ouvrir ; soyez généreux, éclairez-nous.
En attendant néanmoins que Ton veuille bien faire cette lumière, nous dirons que nous, pauvre hère, qui n'apprenons que par l'étude et la comparaison, nous ne nous permettons d'avoir une opinion, que lorsque les motifs nous Font formée. Qu'en conséquence, nous continuerons à rassembler le plus de faits possible, à examiner les raisons ultimes de ces faits, afin de n'avoir d'autre opinion que leurs conséquences. C'est ainsi que lorsque nous aurons une opinion nous dirons toujours pourquoi.
Nous confesserons cependant avec Newton , que nous ne sommes que des enfants ramassant des coquillages sur les rives de l'Océan de la vérité. Mais nous en ramasserons le plus possible avec beaucoup de soin , nous les examinerons , nous les comparerons, nous rassemblerons les uns, nous séparerons les autres pour arriver à un résultat non pas chimérique, mais positif. Néanmoins nous ne le croirons tel que lorsqu'il pourra encore entrer dans le dogmatisme de la science en général, c'est-à-dire, qu'il s'harmonisera également bien avec nos connaissances physiologiques, pathologiques et thérapeutiques.
Or, de cette manière, il est résulté ceci : que ce que
Ton écartait de la thérapeutique générale sous le nom de spécificité y est entièrement rentré par la physiologie, et si une telle manière d'étudier exige avec plus de réllexion des connaissances à la fois plus étendues et plus minutieuses sur la médecine en général, elle finit par enlever ce qui restait de mystérieux dans la pratique des eaux.
Pour atteindre ce but, j'avais pensé qu'il fallait constater séparément les effets physiques des eaux en général et leurs actions chimiques particulières, pour voir complètement comment chacune agissait sur nos organes et nos appareils; faits qui, comparés avec les résultats thérapeutiques devaient nécessairement donner la raison de l'action médicatrice dans telle ou telle condition pathologique.
C'était là si peu une énormité que j'ai appris depuis par M. Alibert Constant, médecin inspecteur des eaux thermales d'Ax (Arriège), que M. Ferrus , en 1827, ne comprenait pas différemment la solution du problème. En effet, il s'exprimait ainsi ; « Il faudrait connaître quelle est l'influence de ces diverses eaux sur l'état général de l'économie saine, et en particulier sur chaque appareil fonctionnaire ; il faudrait, puisqu'on ne peut préciser quels sont les phénomènes critiques déterminés par l'usage des eaux dans le plus grand nombre des maladies, savoir au moins jusqu'à quel point elles sont capables de troubler ou seulement d'activer chacune des fonctions; quels sont enfin les organes ou les appareils organiques sur lesquels chacune d'elles agit plus particulièrement. » (Alibert Constant, Des eaux minérales dans leurs rapports arec l'économie publique ^ la médecine et la législation, p. 25, g 2, in-8°. Paris, 1852.)
L'auteur pénétré des mêmes idées, pressé par le mémo besoin de la science, reconnaît comme moi que, pour saisir le sujet avec netteté, il faut, suivant le principe de Descartes, le décomposer en autant de parties qu'il se pourra. D'où, il a émis le principe que j'ai appliqué moi-même dans mon travail offert en 1851 à l'Académie de médecine de Marseille. m Si l'agrégat vulgairement connu sous le nom eaux minérales est décomposé en trois éléments principaux : à savoir , l'eau,
la thermalité, un principe minéral dominant, il conviendra de les isoler et d'étudier séparément leur action. » (Ibid. , p. 26.)
Toutefois, je ne prétends pas avoir tous les éléments de la question pour la juger définitivement, d'autant qu'il faudrait des volumes pour la traiter. Je dirai, pourtant, qu'ayant été entouré d'eaux minérales salines et sulfureuses froides et chaudes, j'ai pu, en comparant leurs effets à ceux des eaux de mer et de l'eau simple, arriver à une certaine conclusion, qui, si elle n'est pas toute la vérité, sera encore elle-même puisqu'elle résultera toujours des principaux éléments de la question.
Disons d'abord que nous venons de constater l'action des bains froids sur la contractilité et que les conséquences de cette force physiologique générale deviennent multiples, puisque l'action organique étant augmentée, la fonctionnelle augmente dans les mêmes proportions. Seulement, il existe encore une influence modificatrice dans les différentes directions de cette action fonctionnelle, et je ne puis plus en douter; car, c'est la direction imprimée qui, faisant fonctionner plutôt tel organe que tel autre , amène tel ou tel résultat.
Cette proposition parfaitement élucidée dans tous ses détails déchirerait tout le voile du mystère, en posant la pratique sur les bases les plus certaines d'application. Toutefois, nous ne sommes pas en mesure d'arriver jusqu'aux plus extrêmes limites de la question, la science a bien encore des découvertes à faire pour arriver jusque-là. Mais, au moyen des éléments qu'elle nous fournit déjà nous ouvrirons le sillon, afin que d'autres, aidés de matériaux nouveaux le creusent dans ses profondeurs ultérieures.
Pour le moment, c'est de l'observation générale que ressort la vérité. Aussi , sommes-nous obligé de rappeler ici , que les bains froids et ceux de mer plus puissants par la densité de l'eau, le mouvement des vagues, l'électricité contenue, excitent l'organisme de manière à réveiller toute la contractilité du mécanisme animal, avec cette direction, toutefois, que le mouvement des liquides est imprimé de dehors en dedans. Celui-ci tout en assurant d'abord une certaine
décomposition excite en môme temps la recomposition par les conséquences de la respiration et par la dynamie vitale imprimée suivant la direction des fonctions du système lymphatique où s'opèrent particulièrement les transformations albumineuses en fibrineuses. D'où la régénération constitutionnelle qu'on observe à la suite de ces bains. En effet, pour les praticiens , pour ceux qui savent où en sont les conséquences hygiéniques et thérapeutiques à ce sujet, le résultat des bains de mer, celui des bains d'eau froide , sont , comme on ledit vulgairement, de fortifier la constitution.
On dit, au contraire, des bains chauds, de la thermalité en un mot, qu'ils affaiblissent. Or, ce qui déjà le prouverait, c'est qu'après un bain chaud on est plus énervé et plus fatigué, plus enclin au sommeil, au repos, tandis que, dans bien des cas un bain tiède m'a paru un des meilleurs antiphlogistiques, puisque, dans la fièvre typhoïde, alors que des évacuations sanguines n'étaient plus possibles , des bains tièdes ont ralenti le pouls et diminué la chaleur générale. Cette observation que je consignai dans mon mémoire sur la fièvre typhoïde dans le midi de la France {Bulletin de thérapeutique, juin et juillet 1843), a été faite aussi par M. Rayer qui prescrivait de pareils bains dans de telles circonstances (Hcrvieux, archives générales de médecine, septembre 1848).
Or, sous de semblables conditions que peut-il se passer dans notre organisme? presque l'inverse de ce que nous avons observé pour le bain froid. Tous les liquides sont dilatés, comme l'attestent les expériences de notre savant ami le D. Vulfranc Gerdy, puisqu'il constate que l'eau du bain étaut à 39,40 degrés , le pouls de 70 s'éleva à 112 (avec une force et un développement proportionnel), tandis que, lorsque l'eau fut ramenée à 29 le pouls descendit à 72 (ouv. cit., p. 122).
J'ai répété moi-même ces expériences et j'ai trouvé la concordance la plus parfaite entre le développement du pouls et sa vitesse pendant l'effet de la chaleur. C'est une expérience que l'on peut varier avec toute sorte de circonstances, en été et en hiver, dans la journée d'été et la nuit avec la chaleur
du lit, et l'on verra qu'il suffit d'accumuler du calorique pour donner au pouls une grande extension et une vitesse proportionnelle.
Mais faut-il conclure de là que la chaleur est excitante? non! car, par ce mot, on doit entendre l'élévation de la dynamie générale de l'organisme et ici, si elle élève le pouls ce n'est que momentanément et surtout pour abaisser d'autres facultés physiologiques bien autrement importantes dans la tonicité générale.
En effet, la dilatation des liquides ne peut se comprendre sans la dilatation des tissus, et ce qui l'atteste c'est qu'après un bain chaud, un bain de vapeur, une fumigation, la face est vultueuse , la peau tendue, rénitente. C'est ainsi que j'ai vu sortir des étuves des bains de Digne des individus rouges comme des écrevisses.
Tout le problème consiste donc à apprécier l'action organique dans de telles conditions?
Malheureusement, rien n'est simple dans cette question et pour arriver à une idée vraie, tout doit être examiné, pesé et mesuré. Par conséquent, on doit tenir compte de toutes les circonstances ambiantes comme de toutes les conditions organiques et fonctionnelles corrélatives.
La première des conditions organiques et fonctionnelles dans lesquelles se trouve le malade, et sur laquelle les observations n'ont pas porté , regarde l'organe le plus important, la fonction primordiale, le principe originel de toutes les facultés de la vie : la respiration. Dans une étuve, dans la piscine d'un établissement thermal, véritable vaporium des anciens, la respiration est modifiée par deux circonstances :
1° L'eau en vapeur répandue dans l'atmosphère;
2° La chaleur du bain.
Or, la chaleur introduite ou communiquée en dilatant les liquides accélère la circulation qui à son tour accélère la respiration. De sorte que, soit dans un bain chaud, soit dans une fumigation, une étuve, la respiration se trouve modifiée. Dans une étuve, dans un bain de vapeur on comprend sans doute bien plus facilement les modifications de la respiration par la
raréfaction de l'air à cause de l'eau interposée, mais dans les deux cas cette modification n'est pas moins réelle, car, il en résulte forcément que, dans l'acte respiratoire, ou le sang se trouve en conflit avec moins d'air puisqu'il est plus raréfié, ou la respiration étant plus précipitée la dilatation vésiculaire est inoins complète et par conséquent toujours l'oxygénation diminuée. Ceci est si certain qu'en voulant persister dans un bain chaud on éprouve avec des vertiges un étouffement qu'on ne rend tolérable qu'en sortant la poitrine du bain. Voyez les expériences de M. V. Gerdy (ouv. cit., p. 123).
Or, de ces conditions de l'acte respiratoire, la conclusion est forcée : le sang étant moins oxygéné doit être moins vivifiant et moins apte à la nutrition.
Dans l'intimité des capillaires, le conflit du sang et des tissus doit être très-intime par la dilatation toujours plus facile des liquides que des tissus. Aussi de leur conflit d'autant plus étroit que les liquides sont plus ténus , ne peut-il en résulter que des décompositions, si la recomposition n'est guère possible. Or, dans ce cas, n'esl-ce pas dans de pareilles profondeurs et de telles actions cfaimico-vitales qu'il faut aller chercher le mystère des résolutions? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'après de telles actions à la suite d'une médication thermale, les malades maigrissent.
Ce phénomène , toutefois, ne s'observe bien qu'en poussant sérieusement les conséquences de la médication. Si Ton ne faisait qu'exciter, par des bains courts d'eau thermale, la contractilité de manière à accroître instantanément au moyen de la chaleur l'extensibilité des tissus, afin que le retour de ceux-ci augmente seulement leur ressort , il est certain qu'il en résulterait l'inverse de ce que nous avançons. Mais, je veux parler des traitements thermaux ordinaires, de ceux où l'on puisse distinguer toute la véritable puissance du moyen. De telles observations sont surtout manifestes chez les rhumatisants et les goutteux. Comme ils espèrent se débarrasser de leurs maux par des sueurs excessives , ils s'éfuvent à plaisir, et les phénomènes indiqués deviennent d'autant plus sensibles. Pour venir à l'appui de ces faits, citons
l'exemple du botaniste Chaumeton, que notre illustre maître, le baron Alibert, nous rappelait si souvent. Chaumeton avait une anasarque qui le rendait tout boursouflé. Après avoir épuisé inutilement toute la médecine de Paris , il décida de lui-même de venir se traiter avec le sable brûlant et le soleil de la Provence. Il prit en effet des bains arénacés à l'ardeur du soleil , et retourna à Paris débarrassé de ses enflures, et tellement maigri, qu'on avait peine à le reconnaître.
Je conclus donc de ces faits que, si la chaleur ou la thermalité peut exciter momentanément la circulation, comme nous ne devons véritablement en pratique n'apprécier que ses conséquences, qui en finale consistent à favoriser la décomposition plutôt que l'assimilation , cette condition physique des eaux , loin de pouvoir être regardée comme excitante dans un traitement thermal, doit être considérée comme hyposthénisante.
C'est ainsi queM.Lebret, en généralisant les effets obtenus aux eaux thermales de Néris, signale « pendant les cinq premiers jours du traitement un peu d'excitation, du malaise, de la fatigue , auxquels succédait un sentiment de calme , de bien-être jusqu'au quinzième jour, où les accidents de lassitude réapparaissaient de nouveau pour clore la saison au vingtième jour, et ces accidents il les attribue avec raison à Y accablement , à Y épuisement occasionné par une diaphorèse abondante et soutenue ; car le mode hypercrinique et sudorifique est à peu près le seul que l'on recherche et que l'on puisse obtenir avec ces eaux. » (Gustave Astrié, De la médication thermale sulfureuse, 1852, p. 87.)
La thermalité est donc si bien hyposthénisante, et de toutes les manières, qu'au lieu de concentrer nos fluides elle les dilate, qu'elle relâche la fibre, qu'elle fournit moins à la nutrition, la respiration étant empêchée, incomplète, et qu'elle facilite les sécrétions et la sécrétion cutanée en particulier.
Or ici, à propos de la sécrétion cutanée, j'aurais, pour ainsi dire , une monographie à faire; car je crois la sueur une des sécrétions les plus débilitantes, les plus antiphlogistiques, si je puis ainsi parler. Malheureusement dans un cha-
pitre qui no peut qu'effleurer toutes les questions, il ne m'est guère permis que de glisser sur les faits. Je dirai cependant que , malgré le mystère qui règne encore sur les transformations chimico-vitales de nos fluides et de nos tissus , et sur les voies des excrétions que prennent ces différentes transformations , malgré que la chimie organique soit encore insuffisante pour nous éclairer suffisamment , il est des faits cliniques très-éloquents encore qui peuvent nous guider et nous assurer que ces transformations existent et s'effectuent chacune par des émonctoires particuliers. Ce sera au temps à expliquer quelles sont ces transformations ; tandis qu'il doit suffire au praticien que certaines s'opèrent par telle surface exhalante , et certaines par telle autre.
Or si j'observe que les maladies les plus franchement inflammatoires se jugent par les sueurs et les urines ; si je remarque que ce sont les hommes les plus robustes dont les sueurs sont les plus odorantes et les urines les plus chargées, je suis en droit d'en induire que c'est par de tels émonctoires que s'éliminent les transformations de nos principes les plus animalisés. Conclusion si naturelle, que déjà la chimie constate que la sécrétion des reins a pour but l'évacuation des éléments azotés qui proviennent du détritus de nos organes , tandis que le poumon et le foie se chargent des produits carbonés et hydrogénés.
Maintenant, toutefois, je n'irai pas plus loin pour expliquer le phénomène. Ne voulant nullement substituer l'hypothèse aux faits, je n'invoquerai pas même les expérimentations de MM. Becquerel et Chossat, qui m'attesteraient, les unes , qu'une plus grande quantité de liquide ingéré entraîne par les urines plus de matériaux chimiques , et les autres que les animaux soumis à l'inanition meurent bien plus vite en buvant qu'en les privant de boissons. Bien que je pusse induire de là que plus les sécrétions urinaires et cutanées sont excitées , plus on enlève de matériaux alibiles à la nutrition ; je laisse à l'avenir le soin de prouver les détails de la particularité que je soulève. Tout ce que je tenais à constater, c'est que ces transformations s'effectuent, et que c'est par nos
reins et notre peau que s'éliminent les principes de nos transformations provenant de nos éléments constitutifs les plus animalisés , puisque leurs produits sont azotés. Toute l'histoire de l'art pourrait venir confirmer cette assertion , qui concorde avec ce que nous avons déjà dit à propos de la question climatérique.
Si donc ce phénomène est aussi vrai qu'il le parait , serait facile de comprendre comment les sueurs excitées doivent être vraiment antiphlogistiques , et comment la thermalité doit aider à un pareil mouvement physiologique , lorsque l'organisme peut supporter les effets primordiaux de l'excitation circulatoire du calorique.
Eh bien! à défaut de preuves analytiques plus directes, nous avons celles-ci : que les maladies les plus franchement inflammatoires sont dues à une suppression brusque d'une grande transpiration ; que non-seulement les eaux thermales conviennent mieux que les froides à ces phlegmasies chroniques qui ont encore quelque chose de sthénique, mais que, en pareil cas, tandis que les bains de mer ou les bains froids ne produisent que des effets d'excitation au bénéfice de la phlegmasie , comme le disait Lisfranc, les bains de mer chauds ou les eaux thermales secondent et favorisent la résolution de la maladie.
Ces considérations ressortent entre autres de ce fait, que les eaux de Lamotte conviennent généralement aux rhumatisants. Or ces eaux ont à peu près la même constitution chimique que celles de la mer ; seulement, il y a l'air excitant et oxygéné de moins, et elles sont chauffées. N'est-ce pas dans ces différences de conditions et d'actions organiques et fonctionnelles à réveiller que l'on doit chercher la raison de ce résultat : indication générale pour les rhumatismes des eaux thermales, et indication générale des bains de mer à la lame pour les maladies scrofuleuses et rachitiques? De part et d'autre on cite également des succès dans le camp opposé ; mais est-ce qu'il n'est pas universellement reconnu que les eaux thermales conviennent plus généralement aux rhumatismes, et les eaux de mer aux scrofules ? La raison de ce fait est quelque part.
Jusqu'à présent, tout nous prouve qu'elle est dans les conditions hyposthénisantes de la thermalité pour les cas où les fluides sont encore trop animalisés et la fibre trop excitée, de même qu'elle est dans les conditions contraires et les circonstances différentes pour la médication marine.
De sorte que nous pouvons toujours conclure que l'eau froide est reconstituante en excitant la contractilité de la fibre, contractilité qui n'est rien moins que la vitalité organique poussant à des transformations plus animalisées, tandis que l'eau chaude est débilitante, soit parce qu'elle diminue cette môme contractilité et ses conséquences , soit parce qu'elle ne peut guère qu'exciter la décomposition , et la décomposition de nos principes les plus animalisés.
Il suit donc de là que déjà il faut beaucoup rabattre de cette théorie , qui , depuis M. Marchant , domine et absorbe les médications dont il s'agit, dans une seule idée! Les eaux minérales sont excitantes ! excitant quoi ? tout l'organisme? Ce n'est pas possible ! les forces physiologiques n'y résisteraient pas, tandis qu'il est d'observation qu'elles ne peuvent toutes être élevées en même temps , puisque l'élévation de l'une suffit pour en abaisser une autre. Et pour n'en citer qu'un exemple, je dirai avec M. Alibert Constant: « Il y a entre la diurèse et la respiration une polarité facile à saisir. La respiration se ralentit quand la diurèse est surexcitée. Il paraît constant que lorsque , par l'effet de leur position géologique, les peuples ingèrent des eaux ne contenant que des sels neutres, destinés à être éliminés par les reins , la respiration s'affaiblit, l'hématose s'allanguit, et l'on voit se produire le goitre, le crétinisme, la scrofule. » (Ouv. cit., p. 34.) Remarquez en passant avec quelle harmonie ce fait vient s'ajouter à ce que nous avons dit sur la sécrétion urinaire qui entraînerait les matériaux transformés de nos principes les )lus animalisés.
En disant que toutes les eaux minérales sont excitantes on i confondu dans le fait les premiers mouvements organiques et leurs conséquences, tandis que l'on ne s'est pas donné la peine de distinguer les observations elles-mêmes, selon les
cas où les malades boivent les eaux ou n'en usent qu'en bains. Il est vrai qu'ici encore on se targue de cette universelle panacée, de ce grand cheval de bataille des médecins inspecteurs , la poussée. La poussée , ce phénomène accidentel et surtout exceptionnel qui cependant guérit tout , transforme toutes sortes de maladies.
Oui, la poussée, cette éruption sans fièvre ou cette fièvre sans éruption est un phénomène exceptionnel , parce que, bien qu'elle se montre assez souvent , elle est encore rare comparativement au nombre des baigneurs qui ne l'éprouvent pas. Elle est un accident , enfin , parce qu'elle se montre avec des bains chauds ou froids si par le mode d'administration trop subit et portant trop à la peau , on a amené une excitation et un mouvement centrifuge trop rapide , sans donner le temps à l'organisme de remédier à cette excitation organique par les sécrétions. En effet, nous l'avons déjà fait pressentir, les bouches exhalantes sont des véritables soupapes de sûreté dans notre mécanisme fonctionnel ; car cette observation est générale en hydrothérapie : plus il y aura de sécrétions . plus l'action hyposthénisante sera marquée, et moins il y aura de sécrétions plus on rencontre d'excitation î La pratique est même telle, qu'elle indique que la poussée ne s'observe que lorsque ces sécrétions n'ont pu s'effectuer et ensuite qu'elle disparaît aussitôt que celles-ci se montrent.
Comment en serait-il autrement, lorsque l'on peut élever en loi pathologico-physiologique, cette pensée si bien formulée par l'illustre Bordeu : toute maladie qui se guérit selon le vœu de la nature se termine par une sécrétion. Ces phénomènes sont ici on ne peut plus évidents , puisqu'on n'observe la poussée que dans les cas où les malades ont pris trop de bains froids ou thermaux de manière à produire un mouvement centrifuge disproportionné aux sécrétions concordantes qui doivent s'effectuer. Aussi , cette poussée s'observe-t-ellc surtout chez les personnes qui mangent et boivent beaucoup et qui ne s'astreignent aux thermes à aucun régime alimentaire. Alors les émonctoires sont obstrués etles sécrétions empêchées par le mouvement d'absorption contraire à celui de réso-
lution qui aurait dû s'opérer; les liquides et les solides sont surexcités, la fièvre s'allume et l'éruption apparaît. Voilà tout ! C'est pourquoi la poussée n'est qu'un mouvement physiologique ordinairement inopportun et qui n'amène dans la plupari des cas une solution favorable que par ses conséquences, conséquences qui consistent à l'effectuation des sécrétions qui manquaient, et qui se font alors à la suite d'une crise, ou plutôt par l'obligation de l'abstinence et de boissons abondantes.
La poussée , enfin , consiste si peu dans l'essentialité ou les propriétés chimiques des eaux, comme on a voulu lefaire entendre, qu'on l'observe non-seulement dans toute sorte de thermes, mais encore à la suite de bains de mer et de diverses pratiques hydrothérapiques. On cite même jusqu'à des gangrènes de la peau après des applications, des frictions d'eau froide et les divers emmaillotements trop prolongés et trop répétés.
On ne peut donc plus aujourd'hui faire honneur de la poussée à des vertus particulières des sources minérales, mais tout simplement à l'appel des liquides à l'extérieur par l'action centrifuge de la thermalité ou à la réaction par le mode d'administration des bains froids.
Est-ce à dire, toutefois, que les principes minéralisateurs soient sans influence sur de telles actions physiologiques? Oui , s'il ne s'agit que de bains et non si ces eaux sont prises en boisson. Alors elles agissent en excitant les liquides, comme agit la nourriture , ainsi que nous l'avons expliqué. Encore, ici, y a-t-il une distinction à faire que nous expliquerons plus tard mais que nous posons de suite avec les termes de M. Alibert Constant, qui, parce qu'il a parfaitement apprécié la question , en a aussi exactement distingué les éléments. «Est-elle seule, dit-il? il paraît que l'eau est indifféremment éliminée par les divers émonctoires dans la mesure de leurs fonctions.
« Est-elle associée? Il est certain qu'elle se dirige de préférence vers l'émonctoire qui doit livrer passage à la substance médicamenteuse que l'eau tient en dissolution. » (Ouv, cit., p. 28.)
J'indique ici ces particularités qui seront traitées plus loin, parce qu'il ne faut pas compter ainsi sans la thermalité , car j'observe une différence notable dans les effets des eaux suivant qu'elles sont froides ou chaudes. On a beau dire que les eaux de mer poussent à la peau, je dis non ! parce que je n'observe des sueurs ni pendant ni après la médication, comme j'en observe par l'effet des eaux thermales de Gréoulx ou de Digne. Les eaux salines et sulfureuses froides de Saint-Martin de Renacas, de Pusclat , de Gaude , qui entourent Manosque , eaux bien plus salines et sulfureuses que celles de Gréoulx et de Digne, n'entraînent pas davantage des sueurs. Ces eaux minérales prises en boisson même , où chaque substance médicamenteuse pourrait se diriger de préférence vers l'émonctoire qui doit lui livrer passage ne m'offrent non plus rien de pareil. En règle générale , je trouve que si les eaux thermales salines et sulfureuses de Gréoulx purgent , font uriner et suer, elles font surtout suer ; tandis que , les eaux froides dont nous parlons, plus salines et plus sulfureuses, amènent des hypersécrétions intestinales et rénales extraordinaires , mais point de sueurs. La thermalité est donc pour quelque chose si ce n'est tout dans le phénomène de la diaphorèse.
Et le phénomène physiologique qui s'effectue par l'action de la thermalité dans ce mouvement centrifuge est-il tout entier dans les conséquences de la diaphorèse? Je ne saurais le penser! Cette dilatation des tissus, par un mouvement graduel et progressif de l'intérieur à l'extérieur, ne modifiet-elle pas les conditions de la circulation capillaire ? Dans les bains froids prolongés, c'est la circulation capillaire intérieure qui est excitée comme nous avons cru le prouver ; dans les bains froids de courte durée, c'est l'extérieure, mais d'une manière active, par l'effet de la contractilité excitée et rendue à sa tonicité. Avec la thermalité, c'est bien encore l'excitation de la circulation capillaire extérieure , mais d'une manière manifestement passive. Les tissus sont forcés de se dilater, ils se distendent même par l'afflux des fluides raréfiés, et comme cette distension générale tend à se porter toujours à l'extérieur, c'est vers le tégument, tout à fait à la périphérie qu'elle
est le plus prononcée, comme le démontre la tension véritable de la peau. Or, dans ce mouvement physiologique et organique, n'y a-t-il pas, outre les résultats de sédation, d'expoliation, d'élimination par ladiaphorèse, des conditions de dérivation et de résolution pour des phlegmasies intérieures existantes? Ne voyons-nous pas tous les jours au lit du malade de pareils mouvements physiologiques et organiques annoncer et garantir la résolution d'une pneumonie, d'une pleurésie, etc. ?
De plus : dans ce mouvement centrifuge des solides et des liquides ne peut-il rien y avoir de changé pour les organes élaborateurs, et pour les élaborations elles-mêmes ? Si par les bains froids nous observons plus de puissance digestive, observons-nous pareille chose avec les bains chauds ? Non ! ne pouvons-nous donc pas conclure de ces faits opposés , mais par cela même significatifs que la tonicité fonctionnelle digestive est atteinte et diminuée par la thermalilé ?
D'ailleurs, si, en invoquant les faits physiologiques et pathologiques, nous sommes amenés à admettre avec M. Chossat, déjà cité, que la plupart des maladies ne constituent qu'un problème d'alimentation, s'il a été bien évident que la conlractilité organique qui, par les bains froids, se dirigeait de l'extérieur à l'intérieur, excitait les fonctions du système lymphatique dans la direction de sa puissance fonctionnelle et de ses élaborations ; s'il résultait suffisamment des faits que ces élaborations doivent consister dans la transformation de l'albumine en fibrine , ne serions-nous pas en droit d'en conclure qu'un mouvement physiologique inverse général doit avoir des conséquences diamétralement opposées ?
Maintenant, sans doute, qu'avec les lacunes de la science physiologique, chimique, pathologique, nous ne pouvons démontrer matériellement ce fait ; mais ne suffit-il pas de la force de la raison pour y croire, lorsque nous voyons que les personnes qui font usage des bains froids gagnent en énergie, en puissance, et en développement musculaire, tandis que celles qui abusent des bains chauds sont faibles, avec des tissus mous, et diminution des tissus musculaires. Ne pou-
vons-nous pas croire à une diminution de l'élaboration fibrineuse par l'action de la thermalité , lorsque , d'après tout ce que nous avons dit, il est probable que la diaphorèse ne s'effectue que par des tranformations , puisant ses matériaux dans nos principes organiques les plus animalisés ! Dans ce cas, la thermalité aurait deux motifs puissants de sédation et de spoliation , celui de ne pas favoriser les transformations fibrineuses, et celui de multiplier la décomposition et l'élimination de ces principes organiques.
Maintenant, avec toutes ces raisons qui embrassent les phénomènes dans leur ensemble et dans la signification qu'ils peuvent avoir à cette heure dans la science, on peut juger de cette assertion générale que les eaux froides minérales et thermales sont toutes excitantes. Sans doute, que si l'on ne considère que la première impression de l'effet , on peut arriver à cette conclusion , puisque le pouls est plus plein , plus élevé, la chaleur générale plus grande. Mais l'action n'est pas la conséquence de l'action ! c'est comme si l'on disait que la fièvre a pour conséquence l'excitation générale de l'organisme , l'élévation de toutes les fonctions et de toutes les facultés. Momentanément, elle en élève bien quelques-unes, mais toutes , non ! tandis que son but définitif est l'appauvrissement des matériaux organiques , puisque l'élévation momentanée qu'elle produit dans certaines fonctions n'est que pour arriver aux conséquences de décomposition et d'élimination. Or, c'est si réellement ainsi, que c'est alors que les éliminations commencent , que la fièvre baisse et que les forces générales se résolvent. Pareillement, chez les baigneurs aux eaux thermales , lorsque des sécrétions intestinales, cutanées ou rénales, s'établissent de suite , on n'observe point de ces phénomènes d'excitation. L'excitation générale dans les thermes n'est donc qu'accidentelle , alors que les sécrétions ne se sont pas encore effectuées.
Nul doute cependant que, dans nos applications thermales, il ne faille tenir compte de cette exaltation momentanée de la circulation, nul doute qu'il ne faille en proportionner l'élévation avec celle de la dynamic générale, et surtout avec Tac-
livité de la lésion. Seulement ces circonstances, qui ne sont que le moyen, ne peuvent faire abandonner le but.
Mais je viens de parler encore d'exaltation générale, et quoique déjà nous ayons dit qu'elle ne peut exister dans l'organisme d'une manière universelle et absolue, il est essentiel que nous nous expliquions ici définitivement, pour éclaircir les questions pratiques qui peuvent s'élever à ce sujet.
Déjà on a pu comprendre que toutes nos recherches nous ont conduit à cette distinction, que ce travail mettra toujours mieux en lumière, que tandis que les liquides sont excités, et toujours avec eux notre appareil circulatoire, il ne s'ensuit pas que la dynamie organique, la contractilité générale des tissus, en un mot, le soit aussi; au contraire, tout prouve que l'excitation des liquides abaisse la tonicité des solides, et vice versa. De sorte que l'on peut élever en loi physiologicopathologique, que plus les liquides sont excités, dilatés, animés, si je puis ainsi parler, moins les solides ont de force, d'énergie , comme pareillement plus ces derniers reprennent de la puissance, c'est-à-dire de contractilité , plus ils affaissent les liquides et les font rentrer dans les limites de leurs attributs, dans la normalité de leurs circulations, dans la destination de leur usage et de leur utilité pour l'organisme. Ces deux conditions opposées des solides et des liquides s'observent très-bien dans leurs expressions extrêmes au début et ùla tin des maladies fébriles, comme elles s'observent d'ailleurs avec un peu d'attention par les effets des eaux thermales. Mais examinons-les dans les conditions les plus manifestes !
Observons alors toutes les phases d'une affection aigué. D'abord, vous ne trouverez trace du mal, soit par les phénomènes des causes, soit par ceux des effets produits, que dans les liquides, comme nous l'avons expliqué dans nos prolégomènes. Que peut-il donc être survenu à ceux-ci? Nécessairement, ils ont été excités par des agents introduits ou des principes hétérogènes mêlés, surtout par le calorique intrinsèque développé, il n'y a pas d'autre manière de comprendre le phénomène. Dès lors, ce ne peut être que l'excitation pro-
duite qui les exalte, qui influence le système circulatoire et après lui les tissus qu'ils imbibent. De sorte que , si parmi ceux-ci, il n'y a point de prédisposition particulière qui abaisse leur contractilité locale, si les solides en général résistent à l'influence des liquides , ces derniers à la suite de leur circulation répétée dans les organes sécréteurs, finissent par perdre par les surfaces exhalantes , le principe d'excitation qu'ils contenaient, et le sujet en est quitte pour une courbature. C'est ainsi que s'expliquent toutes ces innocuités à des causes épidémiques générales, les doses de poisons suffisantes pour les uns, insuffisantes pour d'autres, etc. Si au contraire, cette contractilité des solides fait défaut plus particulièrement quelque part, le sang s'y arrête, stagne dans les vaisseaux ou la trame des tissus , s'y accumule et voilà une phlegmasie. Or, comment se résout cette phlegmasie ainsi développée? elle se résout par la contractilité générale réveillée , lorsque à son tour elle-même peut dominer l'excitation des liquides !
Dans cette excitation des liquides , il y a donc toujours un mouvement d'expansion, un mouvement centrifuge, au milieu desquel , il n'y a pas de nouvelles élaborations digestives ou d'assimilation possibles, puisque vous pourriez nourrir un fébricitant avec les aliments les plus succulents, sans l'empêcher de maigrir considérablement. N'est-ce pas là une preuve nouvelle que ce même mouvement développé par la thermalité est décomposant et non pas reconstituant? De plus : si le mode circulatoire capillaire , la direction de la contractilité, la condition de la dilatation des liquides porte à la décomposition, et à la décomposition de nos éléments les plus animalisés, il s'ensuit non-seulement point de recomposition, mais des pertes continuelles. Ces pertes portent d'abord sur les liquides en circulation, sur ceux qui imbibent les solides, même sur les matériaux des solides les moins fortement attachés à la fibre primitive, d'où il résulte que celle-ci plus libre reste plus contractile , comme l'atteste le rapprochement des tissus dans l'amaigrissement, leur irritabilité , l'extrême sensibilité nerveuse qui les pénètre. Alors cette fibre a repris
tous ses droits et toute sa puissance et parce que les liquides ont été successivement atténués et parce que, à mesure qu'elle peut revenir sur elle-même, elle a augmenté de tonicité, c'està-dire de puissance contractile en revenant sur son élasticité.
Dès cet instant, la scène change, cette contractilité généralement réveillée au détriment des liquides, réagit sur eux, les pousse chacun plus puissamment vers leurs termes circulatoires que peuvent représenter les bouches exhalantes des organes sécréteurs, et c'est en ce moment de réaction organoplastique suprême que s'opèrent les résolutions annoncées, comme l'avait déjà distingué Bordeu, par les sécrétions critiques qui charrient, disait-il, les matériaux de ces résolutions. Les sécrétions critiques, que les anciens appréciaient à si bon droit, sont donc pour nous le résultat de ce mouvement de réaction des solides sur les liquides que ces mêmes anciens, dans l'insufïisance de leurs connaissances physiologiques, exprimaient par le mot de coction pour colorer le fait par une idée sensible.
Eh bien, l'action des eaux thermales, comme d'ailleurs l'avait encore pressenti Bordeu, ne peut être autre chose. Elles sont d'abord excitantes des liquides, pour entraîner en définitive des pertes hyposthénisantes et c'est lorsque ces pertes se sont effectuées, que la contractilité peut reprendre tous ses droits physiologiques, et terminer la cure par la résolution complète et la reconstitution.
b'où il suit que pour les eaux froides et thermales, le véritable mode d'action physiologique est précisément l'inverse : Tandis que les eaux froides excitent primitivement les solides afin d'activer la recomposition des liquides, les eaux chaudes excitent les liquides pour arriver à leurs décompositions.
Le raisonnement physiologique nous a conduit forcément à cette conséquence. Mais primitivement la pratique nous y avait si bien dirigé, qu'il suffit d'ouvrir l'histoire hydrothérapique, pour y voir que les guérisons les plus merveilleuses obtenues par les eaux froides se rencontrent chez des individus anémiques , les plus chroniquement affaiblis, chez ceux dont les liquides sont les plus dyscrasiques du côté de leur
force plastique , comme dans la chlorose , les scrofules , le rachitisme , etc., tandis que pour les eaux thermales, on voit leurs meilleurs résultats dans les restes de phlegmasies, dans les constitutions les plus surchargées de principes les plus animalisés, comme chez les rhumatisants, les goutteux , les graveleux et les maladies dartreuses sèches qui s'allient toujours aux tempéraments les plus vigoureux.
Si donc ces faits et les principes qui en ressortent sont bien évidents, le praticien n'aura qu'à mettre à profit les données qui en découlent. Seulement, la manière dont il devra en user sera traitée dans les chapitres suivants de ce travail.
Des effets physiologiques des agents chimiques de l'eau de mer en particulier et des eaux minérales en général.
Effets physiologiques de l'odeur de la mer.
Etudier les effets de l'odeur de la mer sur notre économie, c'est rechercher les effets chimiques que peuvent déterminer sur notre organisme les gaz et les vapeurs répandus dans Pair de la mer.
Aussi est -il de suite évident que l'organe où devront se passer les premiers phénomènes , sera le poumon et que par cet organe s'effectuera un retentissement dans le sang, comme y retentissent les conséquences de la respiration ellemême.
Une fois donc certains de l'organe qui doit recevoir l'impression et servir de couloir à l'endosmose, nous n'avons plus qu'à analyser les actions et les conséquences de ces effets.
Il y a dans la composition chimique de l'air de la mer deux faits capitaux, soit par leur prédominance réelle, soit peut-être par l'importance modificatrice et génératrice qu'ils entraînent, selon les conditions chimiques qui les constituent.
Je veux parler de la moindre quantité de gaz acide carbo-
nique que renferme l'air de la mer, et ensuite de la présence dans ce fluide de vapeurs salines, iodurées et bromurées.
Ce doit être dans ces conditions chimiques que résident les principales causes des effets de l'air de la mer, ou du moins ce sont elles que la raison nous indique comme devant retentir le plus profondément dans notre organisme. Il ne sera pas ici question des vapeurs salées, attendu que cette partie de notre sujet sera traitée plus loin, lorsqu'il s'agira d'apprécier l'action des sels contenus dans l'eau marine prise en boisson. On comprend, en effet, qu'arrivant toujours dans le sang soit par l'endosmose pulmonaire, soit par l'intestinale, son action définitive est la même. Par conséquent, traiter deux fois de ce même fait, ce serait s'obliger à des répétitions oiseuses. D'après le travail de M. le professeur Chatin, déjà cité, un homme, consommant, comme il a été établi, huit mètres cubes d'air, absorberait par jour dans l'air atmosphérique ordinaire, celui de Paris , 1,250 d'iode; ce qui prouve et constate qu'il prend ainsi plus d'iode par l'atmosphère qu'il n'en pourrait prendre par deux litres d'eau médiocrement iodurée, celle d'Arcueil, par exemple. Que sera-ce donc pour l'air de la mer?
Mais, comme l'air de la mer doit renfermer encore de la vapeur salée, des molécules de pétrole phosphore, peut-être une certaine quantité de chlore, cet air composé doit agir primitivement sur la membrane muqueuse bronchique.
Les faits, rapportés par Gilschrit, Guigou, et surtout l'histoire de Buchan lui-même, annoncent que l'air de la mer, en guérissant de vieux catharres, en modifiant quelques asthmes humides, agit sur les sécrétions de la membrane bronchique, comme des lotions salées , des pommades iodurées et balsamiques agissent quelquefois sur une suppuration ou une sécrétion de la peau , en changeant la sensibilité et la contractilité de la fibre organique. C'est par les mêmes raisons que des vapeurs iodurées , chlorurées et balsamiques ont guéri diverses affections catharrales pulmonaires.
Mais ces derniers moyens , efficaces dans certains cas , comme l'air de la mer, peuvent être dangereux plus que
celui-ci, en excitant trop l'organe lai-même qui , s'il était trop altéré, n'en retirerait qu'un surcroît d'excitation au bénéfice de la lésion. C'est, en effet, ce qu'attestent des phthisies , qui ont marché bien plus rapidement à leur terme fatal à la suite de tels traitements.
Aussi , Laënnec, se fondant sur l'heureuse action de l'air de la mer pour des phthisiques au début de leur mal, s'est-il trompé , lorsqu'il a regardé de telles influences comme devant être curatives pour la phthisie confirmée. Il en fut luimôme un exemple, ainsi que tant d'autres malades qu'il avait fait soumettre aux émanations d'algues marines.
De ces faits, nous sommes forcés de conclure que l'air de la mer ne saurait être que préventif, ou du moins modificateur des premières altérations pathologiques de la phthisie pulmonaire.
Mais , qu'à ce titre , il l'est plus sûrement que les traitements qu'on avait fondés même sur les substances auxquelles on avait attribué toute l'influence de l'air de la mer. Cela , parce que, comme les conséquences curatrices viennent des réactions physiologiques suscitées profondément dans l'organisme, ces conséquences, pour être certaines, doivent être lentes et plutôt générales que locales, à moins toutefois de simples altérations des bronches , comme dans la maladie de Buchan , tout à coup modifiée par l'air de la mer , et d'autres analogues guéries par les vapeurs chlorurées, iodurées , goudronnées, etc.
Malheureusement, nous ne pouvons ici que traiter incomplètement cette question , qui touche tellement à la pathologie que celle-ci éclaire la physiologie. Il eût fallu connaître toute l'étiologie des maladies tuberculeuses et les rapports de la constitution générale avec ces lésions. Force nous est donc de renvoyer à un autre chapitre les principales raisons qui complètent la question, pour nous borner à l'étude de quelques phénomes physiologiques.
Mais voyons, cependant, les conséquences les plus naturelles que nous aurons déjà à tirer de ces faits capitaux que nous avons constatés dans les conditions de l'air de la mer :
absence presque complète de gaz acide carbonique et vapeurs iodurées et bromurées.
Les expérimentations diverses de Lavoisier, Nysten, Magendie,Biot, Edwards, etc., consignées dans les ouvrages de physiologie; celles de MM. Regnault et Pieiset, Hervier et Saint-Lager, rapportées par M. Pravaz (Essai sur l'air comprimé , p. 25) , s'unissent et s'accordent pour attester que non-seulement dans un air moins chargé d'acide carbonique l'endosmose du gaz vivifiant est plus complète , que le conflit de cet air et du sang est plus étendu , mais encore que la décomposition carbonée du sang et des tissus est plus grande, soit parce que l'endosmose de l'oxygène a été plus considérable , soit parce que l'exosmose de l'acide carbonique produit est plus facile dans un air moins chargé de ce gaz.
D'où il suit bien évidemment une décarbonisation du sang et des tissus. •
Ce fait bien constaté indique l'influence que peut avoir un air de la mer décarbonaté , si je puis ainsi parler, sur les opérations de la nutrition, dont il facilite la décomposition des matériaux excrémentiticls pour favoriser ceux qui sont spécialement alibiles. D'où les conséquences prodigieuses qui peuvent en résulter par la continuité d'action de ce mouvement de recomposition, soit en diminuant les matériaux pathologiques, soit en augmentant ceux d'une reconstitution plus parfaite ; ce qui ne peut qu'agrandir la puissance organique et élever la dynamie fonctionnelle, sous lesquelles doit s'opérer toujours la véritable curation. Ce qu'il y a de certain , c'est que dans de telles questions d'une action atmosphérique incessante , il ne peut rien y avoir de minime. Les plus petits cflèts peuvent arriver aux plus grandes conséquences.
Apprécions maintenant ce qui peut résulter de l'absorption pulmonaire des molécules d'iode, de brome et de pétrole répandues dans l'atmosphère marine, et surtout'dans une atmosphère sèche qui, non-seulement ne dissout pas ces molécules , comme il ressort des expériences de M. le professeur Chatin, mais qui, au contraire, en facilite l'évaporation et la suspension dans l'air.
Nous avons vu que , quelque minime que puisse être cette proportion , elle finit encore par être considérable , puisque l'air, qui devrait en contenir le moins, peut en introduire davantage dans l'économie par la respiration , qu'il ne serait possible d'en introduire par la boisson avec l'eau d'Arcueil qui en contient d'une manière notable. D'ailleurs , ici se soulèverait encore cette question : si cette action modificatrice insensible n'est pas préférable à une action médicamenteuse provoquée, qui , en bâtant le résultat, le manquerait, parce qu'elle ne pourrait être en rapport avec la lenteur nécessaire aux mouvements physiologiques modificateurs? Un tel problème se soulève si souvent dans les médications marines comme dans les divers traitements d'eaux minérales, que déjà Ton peut induire de beaucoup de faits que pour vouloir précipiter le résultat, on n'arrive à aucune solution favorable.
Toutefois, pour apprécier les effets insensibles de l'iode et du brome, qui agissent à peu près identiquement, sommesnous obligés de les examiner avec des proportions outrées. De cette manière seule ils peuvent devenir sensibles à nos yeux , toujours si imparfaits pour distinguer les phénomènes cachés et intimes de nos opérations organo-physiologiques.
Remarquons donc que Joher de Meinengen a constaté que dans un usage longtemps continué de l'iode, les urines présentent une pellicule irisée (que l'on ne peut attribuer qu'à l'albumine), que les selles sont plus fréquentes et plus jaunes, que les règles et le sperme s'écoulent plus abondamment et que l'irritabilité des nerfs augmente. Si l'on persiste, la fièvre survient et Wallace, qui a vérifié tous ces effets, croit devoir lui attribuer même celui de produire des frénésies. Enfin ce dernier et Joher ont vu des convulsions, des mouvements oscillatoires dans les yeux à la suite d'une telle administration (Trousseau et Pidoux , Traité de Thérapeutique, article Iode).
Si maintenant on rapproche ces faits de l'amaigrissement sans décoloration, sans anémie, en un mot, que tout le monde a pu observer à la suite de l'usage de l'iode et, au contraire, de la décoloration, de l'anémie, des infiltrations séreuses produites par celui du mercure ainsi que le témoignent beau-
coup d'observations cliniques, on demeure convaincu que l'iode agit sur le sang en diminuant ses proportions d'albumine, par les sécrétions albumineuses qu'il détermine et la production d'une nouvelle quantité de fibrine par le fait des organes élaborateurs excités. Actions chimiques et réactions organiques qui s'effectuent, soit parce que ce sont les parties les moins bien élaborées de l'albumine qui ont été expulsées, soit parce que l'action indirecte de l'iode sur le système nerveux et par lui sur les tissus, les cellules primaires et le système lymphatique, favorise tous ces phénomènes organoplastiques.
Le système lymphatique, ne fût-il pas indirectement activé par l'influence nerveuse accrue, aurait encore eu à produire plus de fibrine, parce que les portions solubles du sang sur lesquelles il a à opérer sont moins liquides et peut-être plus parfaites comme l'observation ultérieure nous l'apprendra.
Voilà donc aussi positivement établi que cela peut l'être par les faits physiologiques que l'iode attaque l'albumine du sang et tend à augmenter sa fibrine. Mais l'expérience pratique le démontre encore par l'air de la mer, et la terrible maladie d'un excellent ami et d'un médecin m'en a fourni un exemple remarquable.
M*** pair de France, avait été affecté d'une ascite qui avait exigé quinze ponctions par lesquelles j'étais arrivé jusqu'à lui enlever quarante à quarante-deux livres de liquide, et cependant la symptomatologie de cette affection ne révéla, ni à M. le professeur Kostan ni à moi, aucun indice de lésion organique.
Je fus donc contraint de l'attribuer à un état pathologique du sang, et la chaleur de la peau, la fréquence du pouls, sa dureté, le mauvais effet de tous les médicaments excitants, donnés en pareil cas pour activer les sécrétions urinaires, durent me faire penser que l'altération du sang consistait dans une diminution de l'albumine, d'autant qu'avant l'hydropisie, il s'était manifesté divers troubles du côté de l'hématose.
Cependant je voulus m'en assurer et l'analyse du sang du
malade ne me fournit que 4,72 pour 100 d'albumine, tandis que le cruor fut abondant, riche et très-consistant.
Celte particularité établie, j'abandonne l'histoire de la maladie elle-même pour arriver à cette circonstance que mon malade, pendant qu'il était soumis à un traitement albumineux et tempérant, cédant à divers conseils et moi-même à différentes considérations, alla passer un hiver à Nice, où il choisit un appartement au bord de la mer. Il revint plus amaigri et pendant son séjour il avait éprouvé une augmentation notable dans ses sécrétions alvines et urinaires, mais il avait ressenti plusieurs fois de la lièvre, son pouls était plus tendu, sa peau plus chaude et tellement sèche, disait-il, qu'elle était comme lichénoïde. Enfin les choses furent à ce point que le malade reconnut pour cause à tous ces effets l'air de la mer et qu'il promit bien de n'y plus retourner.
Or, de ces observations, il me semble résulter que lorsque par le fait d'une causalité constitutionnelle ou d'altération pathologique, certaines individualités manquent d'albumine, celle-ci ayant été employée à des lésions pathologiques, l'air de la mer en activant la transformation en fibrine de l'albumine insuffisante qui reste encore, peut être plus nuisible qu'utile aux malades.
Il en est tellement ainsi que tous les phthisiques au début de l'affection se trouvent très- bien de l'air de la mer et que vers la fin de leur maladie ils en ressentent des effets qui ne font que précipiter la marche du mal.
Sans doute que, comme nous l'avons dit, l'excitation directe de la respiration et de l'organe qui sert de support à la maladie y est pour beaucoup, mais l'influence portée dans le sang y contribue pour une grande part encore.
En effet, dans la dernière période de la maladie, la fièvre survient et l'émaciation qui arrive, le sang couenneux qu'on observe ne peuvent être attribués qu'à cette résorption fibrineuse qu'opèrent les lymphatiques en réagissant sur les muscles ; c'est ainsi que plus le système sanguin se désemplit, plus le système lymphatique se gorge. Aussi ne peut-on plus attribuer la couenne inflammatoire à la maladie et dans la
circonstance à l'inflammation ambiante des tubercules. Il y a des inflammations sans sang couenneux et des sangs couenncux sans inflammation. Donc les deux derniers phénomènes d emaciation et de surabondance fibrincuse dans le sang ne peuvent s'expliquer que de cette manière.
Par conséquent , tout ce qui tendra à activer cette résorption musculaire , pour exciter des forces qui ne peuvent plus rien réparer, mais qui s'égarent dans un sublime effort, sera nuisible. Donc l'air de la mer tendant à ce but est évidemment fâcheux aux phthisiques qui ont atteint la dernière période de leur maladie.
Les praticiens peuvent évoquer leurs souvenirs , ils les trouveront d'accord avec les phénomènes énoncés. Mais des observations de M. Pravaz les mettent d'une manière trèssensible en lumière, puisque deux jeunes orphelins, frère et sœur, chez lesquels M. le docteur Gilibert avait cru pouvoir établir l'imminence de la phthisie, sinon la phthisie même, se rétablirent complètement sous l'influence des transformations organo-plastiques, que nous désignons plus particulièrement par celles d'albumineusesen fibrineuses; taudis qu'une sœur bien plus âgée , parvenue aux dernières phases de la consomption pulmonaire, encouragée par ce double résultat heureux dans sa famille, voulut absolument essayer et n'y aurait gagné qu'une emaciation peut-être plus rapide sous l'influence de la décomposition de la fièvre excitée par une respiration plus substantielle. Cette lièvre donc, comme nous l'avons dit, ne peut alors qu'activer la résorption fibrincusc par un effort réparateur sublime , mais sans résultat (voy. l'ouvrage cité de M. Pravaz, p. 126, 127, 128).
Les conséquences avec l'air pesant et surtout ioduré et bromure delà mer ne sont pas différentes, puisque les transformations qui s'opèrent dans l'organisme sont analogues. De plus : la présence du pétrole et du phosphore dans cet air ne saurait rien changer encore à la scène, mais seulement y ajouter, car ces substances doivent porter sur nos fluides et nos solides une influence peu différente , sans compter la stimulation qu'ils peuvent apporter en particulier au système
nerveux avec la substance duquel le phosphore doit s'incorporer, si , comme doivent le faire admettre tant d'observations de physiologie, chaque particule de nos fluides s'agrège à sa congénère dans nos solides.
Or, dans ce cas, si Gardini a observé que les boissons alcooliques augmentaient l'électricité nerveuse ; si les analyses chimiques témoignent que les cerveaux des idiots manquent de phosphore et ceux des fous en ont en excès, il est certain que de telles conditions chimiques dans l'atmosphère marine, pénétrant dans l'hématose, ne pourraient manquer d'avoir une grande influence sur les fonctions nerveuses et par suite sur les fonctions de toute l'économie , toujours en harmonie avec les résultats que nous avons constatés et qui se résument encore dans ces conséquences :
Élimination de l'albumine du sang,
Et transformation de l'autre partie en une plus forte proportion de fibrine.
Effets physiologiques des sels de l'eau de mer.
Une chose assurément bien digne de remarque , c'est que tous les hommes civilisés mettent du sel marin , chlorure de sodium , dans leurs aliments et que cette substance est devenue pour eux un condiment indispensable. Certainement il y a là plus que l'habitude et le goût ! Nous devons y voir l'instinct qui les entraîne comme nous le témoignent les animaux. Qui n'a pas vu des chevaux , des brebis et des chèvres lécher avec une avidité remarquable les vieux murs qui ont engendré quelques particules salines? Qui n'a pas remarqué tous ces animaux domestiques dévorer des aliments, même les plus grossiers, sur lesquels on avait répandu du sel ou de l'eau salée? Feu le docteur Robert, de Marseille, dans son petit opuscule sur les bains de mer, dit : « qu'au rapport des voyageurs, les animaux sauvages de l'intérieur de l'Afrique viennent souvent boire l'eau de mer; et
DES EFFETS DE L'EAU DE MER. i33
que Ton se sert clu sel comme appât pour prendre les chevaux qui vivent en pleine liberté dans les forêts et les savanes de l'Amérique. »
Ce qu'il y a de bien positif, c'est que dans nos campagnes lorsque l'on veut peupler un pigeonnier, on y réussit surtout en y maintenant un pain de sel.
Il s'agit donc d'un besoin , et voici d'autres faits qui l'expliqueraient. Il a été reconnu que les sels que l'on ajoute au sang veineux le rendent vermeil et plus liquide, en diminuant, disent MM. Roucber et Coulier (Annuaire de chimie, 1848), le pouvoir dissolvant de la sérosité pour l'oxygène. De telle sorte que celui-ci se porte sur les globules.
Ce phénomène déduit de faits nombreux ressortirait immédiatement du mécanisme de la coloration du sang veineux dans l'acte de la respiration, effet qui tiendrait à une sorte de lutte entre les globules et la sérosité du sang, ayant tous deux une grande affinité pour l'oxygène. D'où il résulte que lorsqu'il y a suffisamment d'air ou d'oxygène, tous deux sont satisfaits et les globules s'artérialisent au moyen de l'oxygène que la sérosité leur cède alors facilement.
Il ressort donc immédiatement de ces documents que le sel marin, s'il ne peut artérialiser le sang , facilite bien évidemment cette même artérialisation ; ce qui expliquerait encore comment les hommes qui vivent dans les villes, sous de grandes agglomérations de population consommant moins d'air, ont besoin de sel dans leurs aliments, et comment les sauvages ou les peuples nomades, qui passent leur vie dans les champs , sous la voûte éthérée , peuvent plus facilement s'en passer.
Mais il n'en résulte pas moins de ces nouveaux faits, qu'ici encore il y a une corrélation parfaite entre les effets physiques et les effets chimiques de l'eau marine tendant toujours à diminuer la vénosité du sang et à favoriser son artérialisation et ses conséquences.
Or, on connaît déjà une grande partie des conséquences de pareils phénomènes et les modifications qu'elles impriment à la nutrition ; plus tard les observations pathologiques
nous rendront plus manifestes encore ces mêmes phénomènes en nous montrant leur ensemble et leurs entiers rapports, desquels enfin il ne pourra que résulter le véritable mode d'action de l'eau de mer. Disons, maintenant, que l'action de l'eau marine prise à l'intérieur avant d'arriver dans le sang et d'influencer le mode de nutrition, fait éprouver divers effets aux organes avec lesquels elle se trouve en contact et diverses modifications chimiques aux humeurs qu'elle trouve sur son passage, ce qui mérite toute notre attention. D'autant que ces modifications primitives peuvent parfaitement suffire comme nous l'indiquerons dans bien des cas , et faire éviter des dangers qui pourraient ressortir même de la trop grande puissance que nous venons de reconnaître à ces sels. En effet , en thérapeutique tout consiste souvent dans le simple degré de l'action, et ce qui le prouve, c'est qu'ici ce que nous avons vu favoriser l'artérialisation du sang, poussé trop loin pourrait amener une telle solubilité dans les parties solubles du sang , l'albumine et la fibrine , qu'il y eût trop de sécrétions excitées et plus assez de transformation d'albumine en fibrine.
Cette action de l'eau de mer, qu'elle possède par ses sels, constitue son action altérante, si précieuse lorsqu'il s'agit de déterminer la résolution de certaines lésions ; mais aussi , si redoutable si cette même action dépassait le but qu'on s'était proposé.
Il pourrait même arriver que cette action dissolvante sur la fibrine (les sels empêchent la coagulation du sang) allât jusqu'à dissoudre la fibrine qui sert d'enveloppe aux globules et, en mettant ainsi à nu l'hématosine, produisît cet état cachectique qui rappelle le scorbut et que caractérisent des hémorrhagies d'un sang fluide et décoloré.
Des bornes et des limites existent en toute chose, et c'est la connaissance de ces mêmes limites qui constitue toujours le vrai médecin, parce qu'elles ressortent de l'attention qu'on apporte à la dynamie organique, souvent la seule mesure des indications et des contre-indications.
Conséquences, ici cependant, qui ne peuvent survenir qu'à
la longue et dont les faits ne pourraient être rapprochés de ceux dont les enfants de matelots, que Pierre le Grand fit mettre à l'usage exclusif de l'eau de mer, sont les principaux exemples. Ici il y eut fièvre ardente; par conséquent, le phénomène pouvait autant tenir à l'excitation organique produite par le contact provenant des sels de mer, à l'action de ses parties extractives sur le système nerveux, qu'à une artérialisation du sang exagérée.
Quoiqu'il en soit, avertis de l'action par trop active des sels marins sur la partie soluble du sang, nous comprendrons qu'il peut en résulter pour bien des cas, comme nous le verrons, l'exclusion de la médication marine intérieure et pour d'autres, la préférence d'un traitement éliminateur plutôt qu'altérant. De cette manière , confiant ensuite les derniers mouvements moléculaires à l'action dynamique des bains sur la vitalité chimique, nous pourrons ainsi retirer tous les bienfaits possibles de la médication marine, tout en évitant ses dangers.
Nouvel ordre de faits, qui résultent d'ailleurs, ainsi qu'on le verra , de la supériorité du traitement marin externe sur l'interne , et de la primauté de la médication marine sur les altérants médicinaux, tels que le mercure et l'iode qu'on employait contre les maladies sur lesquelles triomphe particulièrement le traitement de l'eau de mer.
Nous voici donc amenés à l'action purgative de l'eau marine. C'est un fait très-anciennement connu, puisque suivant M. Mourgué , Hippocrate la prescrivait à titre de purgatif, et Celsc et Pline lui reconnaissaient cette propriété ; tandis que depuis, bien des praticiens ont pu utiliser cette action.
L'eau de mer est également diurétique, mais cependant à la condition, comme j'ai pu m'en assurer, d'être prise en assez grande quantité ou mêlée à une fort grande proportion d'autres liquides. Circonstances qui ne doivent pas faire rejeter cette même action diurétique et l'attribuer tout simplement à la quantité de liquide ingéré , mais qui expliquent qu'afin que l'action de l'eau de mer puisse porter sur les reins, elle ne doit pas être trop concentrée pour qu'elle pénètre dans la circula-
tion et ne soit pas entraînée par les sécrétions intestinales en impressionnant trop vivement la membrane muqueuse avec laquelle elle est primitivement en contact.
C'est ainsi que j'ai expérimenté qu'un homme qui buvait dans un jour 2 kilogrammes de liquide, rendait par les urines 1 kilogr., 1 kilogr. 5 hectogr. ; tandis que, en remplaçant 8 hectogrammes de ce même liquide par la même quantité d'eau de mer, il rendait 1 kil. 8 hect., 8,30, 9,75; pareillement les urines me paraissaient plus colorées.
Observations qui s'accordent avec celles de M. Becquerel qui avait constaté que les urines d'un homme donnant :
tozfër î iuantitéd'eau'
34,323 matières autres que l'eau ;
après avoir bu deux litres d'eau pure de plus , rendit des urines qui fournirent :
2708,924 j Waatiîé d'eau, 43,876 matières autres que l'eau.
D'où il faut conclure que si l'on veut obtenir une action diurétique avec l'eau de mer, il est surtout indispensable de la faire prendre en grande quantité et partant mitigée avec beaucoup d'eau pour qu'elle n'agisse pas sur l'intestin comme purgatif et qu'elle ne soit pas rejetée presque en entier, mais qu'au contraire elle puisse se présenter aux reins par les mouvements successifs de la circulation.
Voilà donc une action purgative et diurétique qui seule suffirait pour expliquer les régénérations constitutionnelles, les dépurations humorales que ces effets peuvent produire; sans compter la nouvelle disposition imprimée aux organes eux-mêmes dans l'accomplissement de leur fonction d'élaboration. Action qui, dans une infinité de cas de constitution pléthorique lymphatique que j'appelle albumineuse, comme nous le verrons plus tard , peut être utilement appliquée. Aussi, ferions-nous volontiers pne règle thérapeutique de corn-
DES EFFETS DE L'EAU DE MER. i37
mencer un traitement marin, dans le cas de pléthore albumineuse, par des purgations répétées, conseillées d'ailleurs par divers médecins fort expérimentés.
Nous verrons en effet comment l'observation pathologique conduit à une telle pratique : examinons diverses considéralions physiologiques qui nous y amènent.
L'eau de mer agit manifestement sur les urines et les sécrétions gastro-intestinales; car j'ai reconnu sur moi-même et sur d'autres personnes qu'elle faisait cesser les aigreurs de l'estomac.
Par conséquent, que peut-il se passer alors dans l'estomac? Les chimistes, après avoir beaucoup varié d'opinion sur la nature de l'acide de l'estomac, sont arrivés aujourd'hui à s'accorder pour reconnaître que le suc gastrique devait son acidité, tout à la fois, aux acides lactique, acétique et chlorhydrique.
Or, l'eau de mer n'étant, comme je m'en suis assuré, ni acide ni alcaline, force est que dans son action sur les sucs gastrointestinaux, il se fasse des décompositions salines. Mais dans ce cas, on ne peut penser que cette décomposition porte suites sulfates et les chlorhydrates , car alors il y aurait plus d'acides encore mis à nu. Il faut donc admettre que l'action se passe entre les carbonates seulement.
Le même effet doit nécessairement se produire sur les mucosités intestinales des enfants et des scrofuleux , chez lesquels ces sécrétions sont surabondantes et doivent être acides, si l'on en juge par celles des enfants atteints du carreau (L'héritier;. Circonstances qui, d'après les recherches de Valentin et d'autres, tendant à démontrer que les divers entozoaires intestinaux se régénèrent par ces mêmes mucosités, soulèvent nécessairement cette question : si l'eau de mer manifestement anthelmintique tue les vers par une action toxique ou les oblige à mourir de faim en leur enlevant leur aliment.
Ce qu'il y a de certain , c'est que ces mucosités décomposées ou éliminées doivent être d'une grande influence pour les élaborations digestives subséquentes, soit par la liberté organique rendue à la libre intestinale, soit par la soustraction de matériaux albumineux sur lesquels devait aussi agir
l'absorption. Vérités qu'expliquent depuis longtemps les bons résultats des purgatifs chez les scrofuleux.
D'où on peut conclure : que la médication marine intérieure et éliminatrice surtout, ne peut que favoriser les grands mouvements que détermine, dans la nutrition, la médication marine extérieure , puisque chacune tend à expulser les matériaux albumineux en excès et à produire une plus grande quantité de fibrine : l'intestin par des principes nouveaux mieux élaborés 9 les lymphatiques par leur nouvelle énergie sur une sérosité moins liquide. Par conséquent, sauf contreindication que nous ferons connaître, dépendant de la dynamie générale ou d'une pauvreté humorale survenue par la longueur du mal , dans la plupart des cas de dyscrasies albumineuses la médication marine intérieure viendra utilement et harmonieusement aider l'action de l'extérieure .
Elle conviendra d'autant plus que j'ai établi, je crois, ailleurs que la résorption des altérations pathologiques n'était pas possible tant que nos humeurs renfermaient un excès de l'un de leurs principes fondamentaux qui constituaient la prédominance constitutionnelle, et que le meilleur moyen pour soustraire des matériaux à la nutrition morbide, comme pour faciliter la résolution, c'est-à-dire la résorption de la lésion anatomique, consistait à attaquer et même à détruire cette prédominance humorale. (Voyez mon Dogmatisme pratique au sujet des maladies chroniques en général. Bulletin général de thérapeutique, 1849, et brochure in-8 chez M. Labé.)
C'est ainsi, qu'en même temps sans doute que M. Pravaz mais l'ayant publié avant lui , j'ai employé ce qu'il appelle avec les Anglais V entraînement hygiénique à diverses dyscrasies, et que j'ai donné les motifs raisonnes des modes diététiques, hygiéniques et thérapeutiques variés et concordants par lesquels il fallait attaquer la prédominance constitutionnelle pour atteindre ces maladies.
Question qui , prise à ce point de vue, embrassait toute la pathologie, et qui sans doute appuyait les nouvelles observations du savant médecin de Lyon , comme ses propres observations corroborent les miennes.
Grands faits qui prouvent toujours mieux comment nous agissons sur l'ensemble de la vie, et non sur le mal lui-même, et qui démontrent ce que je disais encore naguère (Synthèse pathologico-thérapeutique, Bulletin général de thérapeutique, 1850, et brochure in-8, chez M. Baillière), que notre organisme n'est qu'une machine à engrenage dont il suffit souvent de toucher un rouage pour faire marcher tous les autres. Pareillement, tous les travaux accumulés par la tradition attestent que mieux on arrivera à atteindre directement ces grands phénomènes delà sensibilité et de la nutrition, mieux on soumettra à la thérapeutique les altérations pathologiques. En effet, s'il existe, comme le rappelle M. Pravaz lui-même, un adage physiologique, qui porte que l'organe fait la fonction de même que la fonction fait l'organe, celles dont nous venons de parler dominent tellement les organes que tous concourent à les produire et à les entretenir, comme elles-mêmes concourent à donner la vie, la force et la nutrition à chacun d'eux.
Enfin l'étude de plus en plus approfondie des phénomènes organo- pathologiques pousse tellement la science vers cette évolution, qui n'est d'ailleurs démentie par aucune phase de son passé, que l'on en trouve la preuve la plus manifeste dans les travaux de MM. Andral et Gavarret; dans ceux de M. Donné, comme dans la physiologie de Magendie, Tiedemann, Gmelin, J. Muller, Bérard, et même dans les recherches de M. Rivellardal, et surtout de mon ami, M. Guérin-Méneville, pour les maladies des vers à soie. Ce savant a montré, en effet, dans le sang de ces chenilles, les premières radicules d'un mal qu'on allait chercher simplement dans une végétation parasite.
Aussi, persuadé comme nous le sommes de la voie ascensionnelle de l'art et de la science dans la direction que nous avons prise , sans plus grande démonstration ici , nous nous bornerons à établir :
Que, les sels marins pris à l'intérieur peuvent, en aidant l'artérialisation du sang, favoriser sa décarbonisation, même les élaborations que la sérosité subit dans les lymphatiques , mais que ce moyen adjuvant pouvant être utilisé avec avan-
tage , pourrait aussi dépasser son but en fluidifiant trop les principes solubles de ce fluide, et en diminuant par là la possibilité de la régénération fibrineuse.
D'autant que l'action physiologique de l'air de la mer, les effets de la densité et de la température de l'eau poussent à cette dernière conséquence, et peuvent, sous ce point de vue, remplacer la médication intérieure avec un avantage si marqué, qu'on a obtenu par le mode balnéaire des résultats bien plus certains qu'avec le chlorure de sodium , évidemment insuffisant, puisqu'il n'a pu tenir ce que M. Amédée Latour lui avait fait promettre. Toutefois, comme on le voit par l'action diurétique et surtout purgative de l'eau de mer, on peut encore favoriser au moyen de son administration en boisson tous les effets produits par la médication extérieure. Seulement , ici comme partout et toujours, la véritable question des effets à obtenir de l'eau de mer prise à l'intérieur est tout entière dans le dosage et dans son opportunité à la condition pathologique. C'est donc ce que nous mettrons à profit lorsqu'il s'agira d'application pratique.
Des effets physiologiques des agents chimiques des eaux minérales.
C'est ici que le chaos est encore plus obscur; car, entre îe remontement de Bordeu et Yexcitation de M. Marchant, il n'y a que la doctrine des spécificités. Tous témoignages plus patents les uns que les autres de notre ignorance et de l'insuffisance de principes pour diriger la pratique. La doctrine de la spécificité surtout, qui , comme le dit M. Alibert Constant, « est le cri de l'intérêt individuel prenant effrontément le langage austère de la science. » (Ouvr. cité, p. 25.)
En effet , se déclarer pour la première théorie , c'est nier l'action des eaux et devenir sottement matérialiste à la suite du strictum et du laxum de Thémison; adopter la seconde, c'est mériter tous les sarcasmes de Molière en devenant exclusivement humoriste sans savoir pourquoi ni comment. D'ailleurs, où de pareilles idées peuvent-elles conduire le praticien ?
À rien. Il n'en sait pas plus avant qu'après, et l'expérience personnelle la plus étendue ne peut en tirer davantage qu'une autre. Aussi, avec une telle pauvreté de principes, la médecine est réduite à dire ce que répètent chaque jour nos médecins inspecteurs : Essayez !
Cependant la science ne manque pas de faits î Nous observons des actions manifestes des eaux sur l'organisme, et de ces effets on peut, en en suivant le fil physiologique, arriver jusqu'à la conséquence thérapeutique. Pourquoi ne pas rassembler ces faits, étudier ces effets, les rapprocher des résultats cliniques, et en tirer la conséquence que les progrès de la science en général peuvent permettre? Ne serait-ce pas toujours un pas de plus, et de ce pas ne pourrait-on pas espérer d'arîiver à un autre. Contrairement à ce qu'a cru pouvoir soutenir l'école anatomique , après les matérialistes toutefois , je suis toujours plus disposé à admettre, avec Chateaubriand, que « tout arrive parles idées, même les faits qui ne servent à celles-ci que d'enveloppe. » {Études historiques.)
En conséquence , nous répéterons encore avec M. Alibert Constant que nous aimons tant à citer, parce que , dans la plus petite brochure, il a, à notre sens, posé les principes les plus essentiels et soulevé les questions les plus importantes, ce qui vaut mieux que le plus gros des livres qui répète ce que tout le monde a dit : « Il convient de déterminer les conditions abstraites de l'emploi des eaux minérales, de faire, en quelque sorte, l'esthétique de l'art en cette matière, et, quand les règles seront ainsi posées , les indications deviendront faciles et les résultats plus assurés. On rentrera dans la condition du problème posé par M. Ferrus. » (Ouvr. cité, p. 35.)
Depuis 1849, non-seulement nous soutenons ces idées devant la Société de médecine de Marseille; mais, par nos recherches , nous attaquons le problème lui-même que nous poursuivons ici, en entrant de suite dans le sujet qui concerne particulièrement la question dont traite ce chapitre.
Rappelons, pour cela, ce que nous avons déjà dit avec M. Alibert Constant encore : que l'eau seule force toutes les sécrétions indistinctement, j'ajoute que par cet effet, elle a
une action décomposante enlevant au sang des matériaux et les entraînant sous diverses transformations par ces sécrétions elles-mêmes. Ce fait peut aujourd'hui passer à l'état d'axiome par les démonstrations des expériences de MM. Chossat et Becquerel. Voici les conséquences expérimentales de M. Chossat. « La durée moyenne de la vie a été de quatre jours plus courte chez les animaux soumis à l'ingestion de l'eau que chez les autres. Ainsi la vie a été abrégée dans le rapport de 1 à 2. »
Enfin , l'auteur conclut de cette série de ses expériences :
« 1. Que chez un animal privé d'aliments , une ingestion d'eau hors de proportion avec la soif, au lieu de soutenir la vie, tend au contraire à la raccourcir, car l'animal périt plus tôt et ne supporte qu'une perte de poids moindre que s'il avait été privé d'eau. La cause de cela lui paraît être : la trop grande dilution du sang qui en résulte ; au moins lui a-t-il semblé que chez la plupart de ces animaux le sang , à l'autopsie , était plus aqueux et moins coagulé que chez les autres.
« 2. Le poids du corps s'abaissant d'une manière tout aussi rapide avec l'ingestion d'eau que pendant la privation complète de ce liquide, l'eau ingérée ressort donc bientôt du corps , et ne contribue en rien à réparer celle que l'animal perd régulièrement , et que nous avons estimée d'une manière approximative à 6 grammes par jour (sur des tourterelles).
« Cela nous conduit à considérer cette dernière portion d'eau , non point comme le produit d'une source extérieure au corps , mais comme provenant du corps lui-même , comme l'effet du passage de la matière animale à de nouvelles combinaisons, comme le résultat de la transformation de composés albumineux, fibrineux, etc., en produits excrémentitiels, tels que la matière urinaire, la bile, l'eau et l'acide carbonique... Des remarques que nous venons de faire découle la véritable théorie de l'état colliquatif. » ( Recherches expérimentales sur l'inanition, extrait des Mémoires de l'Académie royale des sciences, t. VIII , des savants étrangers , p. 64.)
L'eau seule excite donc les sécrétions, et, qui plus est, la
décomposition du sang et de nos tissus par les transformations des propres matériaux de ceux-ci en divers produits excrémentitiels. De sorte donc que , toute eau prise à l'intérieur, hors de proportion avec la soif, aura pour effet de provoquer cette décomposition.
Ceci posé , rappelons, pour compléter notre sujet, ce que nous avons déjà dit, qu'employée en bain l'eau, suivant qu'elle est froide ou chaude , pousse aussi à certains mouvements organiques et vitaux qui activent les sécrétions; que , cependant, lorsqu'elle est froide, l'eau stimule en même temps les élaborations , attendu qu'elle pousse uniquement aux sécrétions intérieures. L'eau chaude ne peut avoir ce double effet, parce qu'elle ne trouve pas, dans la direction qu'elle donne à l'organisme , à activer les fonctions d'organes élaborateurs. Celle-ci pousse donc seulement à la décomposition et à une décomposition d'autant plus remarquable , que , par la sécrétion cutanée qu'elle sollicite particulièrement, s'effectue l'excrétion de nos produits les plus animalises ou les plus azotés.
Rappelons encore que, même dans toute condition d'eaux thermales, les vapeurs interposées dans l'atmosphère rendant la respiration moins substantielle , pour m'exprimer comme M. Pravaz, doivent faciliter celte décomposition ou du moins entraver les mouvements d'élaborations et pai conséquent d'assimilation ; phénomènes que les étuves et les bains de vapeurs poussent au dernier point.
Maintenant, il ne s'agit plus que d'apprécier les propriétés qu'ajoutent les sels divers et les autres principes minéralisateurs à cette eau froide ou chaude. Ici les difficultés augmentent.
1° Parce que les qualités que la minéralisation ajoute à l'eau ne peuvent paralyser l'action de l'abaissement ou de l'élévation de la température. C'est ainsi que , comme on l'a assez unanimement reconnu , si le soufre ajoute aux eaux thermales pour pousser à la diaphorèse , je puis assurer qu'avec la température froide il ne fait qu'ajouter à l'action purgative. J'ai déjà produit cette observation.
M4 HYDROTHERAPIE GENERALE.
2° Parce que , ainsi que je l'ai expliqué dans mon Dogmatisme pratique des maladies dartreuses ( ouvrage cité) , les effets des eaux minérales varient suivant le régime diététique et hygiénique adopté par le malade pendant le traitement.
3° Parce que nous n'avons pas chacun les mêmes dispositions organiques et fonctionnelles. Tandis que les mêmes maladies se jugent chez les uns par les urines, elles se jugent chez d'autres par les selles ou les sueurs ; pareillement chez un même individu diverses maladies se jugent toujours par le même émonctoire. Également j'observe qu'avec la même source thermo-minérale certains malades éprouvent plus particulièrement des purgations intestinales ; d'autres des sécrétions urinaires , et d'autres encore des sécrétions cutanées.
Joignez qu'à ces difficultés de l'observation on a, de plus, apporté la plus grande confusion dans la science, en tirant des règles générales des faits particuliers ou en prenant des effets primordiaux pour des conséquences. Ainsi on a fait de la poussée si accidentelle et si particulière, le motif d'une théorie générale de révulsion; de même , on a conclu à l'excitation organique par le mouvement provoqué momentanément dans la circulation ; effet évidemment produit pour arriver à des conséquences opposées, les décompositions.
Nous devons nous garder de pareilles causes d'erreurs, et, pour les éviter, nous n'invoquerons que les observations générales sanctionnées les unes par les autres. Pouvons-nous faire autrement, d'ailleurs, lorsqu'il s'agit d'établir des principes généraux ?
Nous dirons donc aussitôt qu'il n'y a que deux genres de faits bien évidents relativement à la minéralisation : ceux qui se joignent à la température froide pour augmenter la plasticité des liquides et ceux qui aident la chaleur pour diminuer cette même plasticité. Les autres particularités sont ou obscures et indéterminées , ou impossibles à séparer des diverses circonstances au milieu desquelles elles sont enchevêtrées.
C'est pourquoi une plus longue dissertation à ce sujet serait sans conséquences. Nous nous bornerons donc à résumer
les faits les mieux connus dans une classification des eaux, qui représentera dans un coup d'œil les relations des conditions de température et de minéralisation avec nos observations essentielles et générales de physiologie et de thérapeutique. En étudiant la valeur et l'expression de cette classification, on reconnaîtra qu'elle peut rendre compte de l'action des eaux aussi bien sur nos solides que sur nos liquides, comme expliquer les conséquences résultant de l'action de ces mômes solides sur nos liquides, et de ceux-ci sur les premiers ; ce qui constitue l'action des eaux sur le cycle de la vie ou le consensus physiologique , que nous mettons en jeu toutes les fois qu'il s'agit d'action médicamenteuse et de résultat médicateur.
Conséquences bien différentes de la spécificité et de l'excitation , puisqu'il s'agit de tous les mouvements organiques et fonctionnels , qui , par l'action des organes sur les fonctions et la réaction des fonctions sur les organes , attaquent le mal et le détruisent, soit en relevant la contractilité de la fibre en général, soit en l'abaissant en particulier, et en régénérant les fluides ou en en atténuant les matériaux. Circonstances organo-plastiques différentes, sous lesquelles seules peuvent s'opérer et les résolutions et les régénérations par les éliminations ou les élaborations effectuées dans ce consensus physiologique provoqué. Après cela, toutefois, il restera à apprécier en pratique quelle est l'élévation ou l'abaissement des solides , les modifications plastiques des liquides qu'il faudra susciter pour arriver plus directement et plus particulièrement à tel résultat thérapeutique. Mais ce sont là tout autant de problèmes dont nous traiterons dans la troisième partie de ce travail, Des conséquences médicatrices des eaux; appelant, toutefois alors, l'avenir à notre aide, car le champ sur lequel nous nous établissons, quoique depuis longtemps exploré, présente toutes les difficultés de la nouveauté par l'alliance que nous avons fait subir entre l'ancien dogmatisme hippocratique et les acquisitions physiologico-pathologiques récentes.
Voici d'ailleurs la classification physiologico-thérapeutiquo
des eaux minérales que nous établissons d'après ces données, et avec l'appui des travaux récents sur la chimie minérale et organique.