‹ Hydrothérapie générale; du véritable mode d'action des eaux de mer en particulier, des eaux thermo-minérales et de l'eau simple en généralChapitre 24 sur 64 · SECTION III · texte numérisé non relu

SECTION III

DES CONSÉQUENCES THÉRAPEUTIQUES OBTENUES PAR LES EAUX DE MER EN PARTICULIER ET LES EAUX MINÉRALES EN GÉNÉRAL.

D'après tout ce qui précède on doit déjà pressentir qu'il n'y a point de thérapeutique sans concordance physiologique, ou plutôt que ce sont les actions excitées par l'eau marine, comme par toute autre médication, qui déterminent les conséquences thérapeutiques. Cependant, comme nous ne voulons rien préjuger, nous allons étudier les résultats médicinaux obtenus par les eaux de mer.

Mais, je dois en prévenir, toutes les conséquences à déduire de la puissance des eaux de mer ne peuvent se tirer des résultats thérapeutiques obtenus. D'abord parce qu'il n'est nullement certain que la pratique ait trouvé encore le mode le meilleur d'administration, la durée d'une telle médication, toutes leurs conditions adjuvantes. Circonstances dont la réunion seule pourrait devenir probante , sinon pour l'efficacité de la médication marine, au moins pour son inefficacité. C'est ainsi qu'aujourd'hui bien des insuccès ne peuvent rien prouver.

Ainsi ne cesserai-je de répéter que l'Académie de médecine de Marseille a véritablement vu la première difficulté du problème en proposant la recherche du mode d'action des eaux de mer ; car il est cerlain qu'eu connaissant ce mode, on peut mesurer sa puissance et, par conséquent, diriger vers un but déterminé toutes les ressources hygiéniques et diététiques qui pour n'être qu'accessoires n'en sont pas moins indispensables, soit pour favoriser, soit pour ne pas contrarier l'action définitive des eaux.

C'est au point que je n'hésite pas à dire : que la science

hydrothérapique ne commencera qu'alors que ce problème sera résolu. Jusqu'à présent, il n'existe que quelques matériaux pour arriver à trouver ce principe directeur, et ce sont ces matériaux que nous allons nous efforcer de dérouler aux yeux du lecteur. Mais, pour les présenter en ordre et sous leurs primitives conditions physiologiques, je les diviserai en trois chefs :

1° Résultats par action topique immédiate ;

2° Résultats par équilibration organique fonctionnelle ;

3° Résultats par modification et régénération de la nutrition.

si.

1° Ordre de faits. — Résultats thérapeutiques par action topique immédiate.

Action médicatrice topique de l'air de la mer.

Si l'on en croit certains faits, on ne peut s'empêcher de reconnaître que l'air de la mer en passant dans les bronches modifie heureusement les organes sécréteurs delà membrane qui les tapisse. C'est ainsi que M. Mourgué reconnaît que l'air de la mer s'est montré très-utile dans une espèce de catarrhe chronique, caractérisé par une abondante expectoration de mucosités, et, ce qui expliquerait qu'ici cette action est toute topique, c'est que, chez Buchan qui avait été guéri de cette maladie par l'air du littoral, la toux cessait lorsqu'il avait respiré l'air de la mer pendant vingt-quatre heures. On assure d'autre part que les pêcheurs d'huîtres, sur les côtes d'Angleterre , sont exempts de toutes les épidémies bronchiques catarrhales.

Une dame très-disposée à des bronchites muqueuses, chroniques et à des angines de même espèce fut prise, l'an dernier au mois d'avril, plus gravement ou peut-être plus longuement que de coutume. Elle était dans sa chambre à l'usage de la tisane et de divers sirops anodins et balsamiques qu'elle prenait avec d'autant plus d'exactitude qu'elle était obligée à une époque prochaine de faire un voyage à Marseille, où des

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amis l'attendaient. Malheureusement le fâcheux rhume ne passait pas et le jour indiqué arrivant, elle me fit appeler pour savoir s'il n'y aurait pas trop de danger qu'elle se mît en route bien enveloppée dans une voiture. Ne voulant assumer aucune responsabilité, ma réponse fut évasive, mais suffisante pour la déterminer sur-le-champ. Elle partit donc et deux jours après être arrivée à Marseille, il n'était plus question ni de rhume ni de mal de gorge ; je pourrais, reproduire nombre d'observations analogues.

Est-ce l'air de la mer auquel sont d'ailleurs très-sensibles les personnes qui ne sont pas habituées à son influence, ou tout simplement l'effet moral , la diversion des sensations, l'exaltation générale organique du plaisir qui amènent ce résultat ?

Il faudra peut-être des siècles encore pour répondre à une pareille question directement par la pratique ! Mais, ce qu'il y a de certain : c'est que j'ai manifestement reconnu que le changement d'air, si nécessaire dans certaines coqueluches, ne m'avait produit de conséquences réelles, que lorsque mes jeunes malades étaient allés sur les bords de la mer.

C'est donc ici et déjà le cas de dire avec Celse «< que toutes choses n'arrivant pas toujours de la même manière, il fallait dans les maladies en connaître la cause. »

Or, bien que dans notre langage nous ne puissions peut-«Hre attacher la même valeur à ce mot cause, comme nous l'avons expliqué ailleurs, si nous arrivons jusqu'aux radicules des phénomènes pathologiques, ne pourrons-nous pas pressentir que les qualités chimiques de l'air de la mer en impressionnant la membrane muqueuse des bronches, peuvent changer son mode de contractilitéet par suite de sécrétion ; taudis qu'une colonne d'air plus pesante, déterminant une dilatation inaccoutumée des vésicules pulmonaires peut pareillement modifier la condition circulatoire de tout l'organe ?

N'est-ce pas par un effet identique qu'un vomitif arrête la diarrhée et un purgatif les vomissements ?

D'ailleurs , pourrait-on méconnaître l'action de l'air de la mer sur les bronches et le poumon malades, lorsque , renfer-

mant du pétrole, de l'iode, du brome, et peut-être du chlore et du phosphore, il peut aller modifier directement ïa sensibilité et lacontractilité de l'organe? On a produit bien des résultats par l'inspiration de ces substances , et M. Sales-Girons préconise aujourd'hui dans diverses maladies pulmonaires des vapeurs de goudron dont il entoure le malade. Si l'efficacité de ces pratiques est évidente, l'impression de l'air balsamique de la mer doit l'être pareillement, sans compter que ses diverses conditions de pesanteur et de constitution chimique le rendent très-propre à modifier la respiration, et par elle l'hématose. Or, celle-ci, en changeant les dispositions constitutionnelles générales, peut influencer de la manière la plus heureuse la situation pathologique locale.

Action médicatrice topique de l'eau de mer.

Quoique, dans bien des cas, la médication topique de l'eau de mer ne puisse pas se séparer de la médication générale, puisque le bain agit sur tous nos mouvements organiques et vitaux, comme on peut faire des applications locales de cette eau , et que d'ailleurs par le bain général il peut résulter certaines modifications de la vitalité organique locale dans le cas d'altération pathologique extérieure , pour ne pas tout confondre dans nos descriptions, nous avons été ainsi conduits à faire diverses catégories.

Ces catégories ne peuvent cependant être entièrement exclusives les unes des autres. Il s'agit quelquefois de faits identiques présentés sous un aspect différent. C'est ainsi que la guérison d'un ulcère scrofuleux peut ne pas être celle de la maladie elle-même qui a des racines dans toute la constitution ; mais l'action topique locale n'en est pas moins évidente et souvent indispensable à connaître.

Comme précisément la médication marine possède l'une et l'autre puissance thérapeutique, nous avons rangé les faits sous deux aspects différents.

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Ces explications données, explorons la science et nous trouverons que White, dans les glandes , les ulcérations strumeuses ,' regarde comme principaux moyens à employer , les fomentations avec l'eau de mer et les cataplasmes faits avec la même eau. Russel dit : « Le bain froid de mer n'améliore pas seulement l'état général de la santé et des forces du malade; mais il facilite la résolution des glandes engorgées et celles des tumeurs indolentes des articulations, lors même qu'elles ont acquis un volume considérable et qu'elles existent depuis fort longtemps. » (S. Cooper, Dictionnaire de chirurgie, Scrofules.)

Au milieu de sa juste admiration pour le bain froid dans la maladie scrofuleuse , Cullen déclare que pour les cas d'ulcération scrofuleuse, l'eau de mer lui a paru d'un effet trop irritant ; mais J. Hunter, au contraire, obtient, par ce moyen, la guérison d'ulcères vénériens qui s'étendaient entre la peau et le corps de la verge et qui y formaient différentes ouvertures. Guérison parfaite, dit-il , qu'il n'avait pu obtenir par aucune autre médication. (Cullen et notes de Bosquillon.)

Cette différence de résultats ne peut prouver qu'une chose : c'est que, malgré la bonté du moyen , le mode et le moment d'application sont pour une très-grande part dans le phénomène curateur, ce qui met toujours la thérapeutique sous la dépendance de la dynamie vitale , générale ou locale , c'està-dire de la contractilité du sujet et de celle de la partie lésée.

C'est ainsi que pour expérimenter l'eau de mer, j'ai traité , l'été dernier, une jeune tille qui avait une dartre centrifuge humide du jarret, avec des applications permanentes de cette eau. Outre les vives douleurs qui en résultèrent , la dartre s'exaspéra ; tandis qu'elle guérit dans un mois environ en la lotionnant simplement, soir et matin , avec le même liquide.

J'obtins pareil résultat chez un vieillard qui avait les paupières ulcérées depuis plusieurs années , affection dartreuse aussi ; car cet homme avait une dartre squameuse humide qui paraissait et disparaissait ainsi depuis fort longtemps , parce qu'il ne voulait jamais subir un traitement général suffisamment continué.

La diversité donc des conséquences obtenues par Cullen et Hunier tient si véritablement à ces modes différents d'application ou à la disposition locale des tissus, que tous les praticiens savent que dans beaucoup d'ophthalmies, même chroniques, il n'est pas indifférent d'éloigner ou de rapprocher les applications d'un collyre astringent. C'est ainsi que les dermopathologistes observent qu'un même remède employé en lotion ou en pommade est différemment indiqué , suivant la condition de la maladie de la peau. Or, cela tient souvent à l'action permanente de la pommade et à l'effet temporaire de la lotion.

L'effet topique de l'eau de mer sur les parties ulcérées ou dépourvues de leur épiderme est très-actif et fort analogue à l'astringence déterminée par un collyre salin irritant. La contractilité excitée et les conséquences autihypérémiques sont les mêmes évidemment ; mais aussi le résultat dépend autant de la sagacité du médecin que du remède.

Il n'en est pas moins constant que cette action topique modificatrice peut être utilement employée, et Lind en a su apprécier les effets , puisqu'il conseille l'eau de la mer pour les ulcères rebelles des extrémités et la gale. (Mérat et Delens , Dictionnaire de matière médicale, Eaux de mer.)

Cette action topique de l'eau de mer sur la gale paraît bien constatée; car M. Delaporte assure avoir traité ainsi un grand nombre de galeux, dans la rade de Brest.

On ne peut pas tirer la même conclusion des faits rapportés par M. Zompetoute (ancien Journal de Montpellier, 1812), qui associait le sulfure de potasse à l'eau de mer. Mais j'ai vu moi-même une gale avec éruption secondaire guérie par les bains de mer dans l'espace de huit jours.

Enfin l'action topique modificatrice de Feau de mer sur les maladies de la peau est si évidente que M... , qui portait un prurigo, pour lequel on était allé jusqu'à lui conseiller la diète sèche, fut guéri par les bains de mer pris pendant un mois.

Il guérit même si parfaitement, qu'il y a dix ans de cela et que la maladie n'a pas reparu ; tandis que des enfants, qu'il avait eus avant et depuis, ont présenté 3a même maladie, qui

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a cédé parfaitement aussi à des bains alcalins, ou au chlorure de soude, aidés par des purgatifs.

La liste des maladies de la peau, guéries par les bains de mer, ne finirait plus si l'on voulait rapporter tous les cas qui ont été observés depuis Thomas Bartholin, Russel, Guigou et tant d'autres praticiens. Cependant, je ne puis me refuser à citer encore celui-ci : un jeune jardinier de nos pays qui avait habité Marseille, est sujet tous les étés à une dartre centrifuge squammeuse de la paume des mains, pour laquelle il avait de lui-même constaté l'heureux effet des bains de mer. C'est à ce point que cette dartre qui va souvent jusqu'à saigner, et qui lui procure de cuisantes démangeaisons , l'obligea l'été dernier à aller à Marseille. Il ne put y séjourner que deux jours , et ne prit ainsi que quatre bains, un le matin et un le soir. Mais ces bains, me disait-il, furent très-prolongés, plus de deux heures chaque fois, et, chose remarquable, la dartre n'en disparut pas moins. Reviendra-t-elle cet été ? Le malade a bien promis de venir me voir à la première apparition, et je me suis promis, à mon tour, d'essayer les lotions avec l'eau de mer.

Je suis fort curieux d'étudier ce fait de pratique , d'autant que mon expérience générale me permet déjà de considérer l'action dérivative (répulsive) des bains entiers, comme bien plus efficace que la modification locale occasionnée par les sels de l'eau de mer !. La contractilité générale des tissus et le mouvement circulatoire à l'intérieur y ont certainement une très-grande part. C'est même pour cela que Russel a pu soutenir, avec quelque apparence de raison, que les bains de mer convenaient à toutes les maladies chroniques de la peau.

En effet, précisément parce que j'ai vu les eaux thermales sulfureuses être manifestement contre-indiquées pour les dar-

1. Pendant l'été dernier, le jeune jardinier vint, en effet, me revoir aussitôt que sa dartre se montra, et je lui donnai de l'eau de mer pour la lotionner soir et matin. Il le fit, et la dartre disparut également. Toutefois, il est à remarquer que, tandis que cette conséquence mit plus d'un mois à se produire, elle s'était effectuée en quelques jours après quatre bains très-prolongés. Il me restera à expérimenter cette année quel effet pourrait produire l'eau simple en lotion ou en bain.

très squameuses humides trop vive3 et surtout trop générales, puisqu'un de mes confrères, malgré mon avis, voulut y conduire une de ses parentes qui succomba quinze jours après, sous l'inflammation générale du tégument; je pense que les bains de mer, d'abord de courte durée et pris deux fois par jour, seraient administrés, dans ces mêmes cas, avec avantage. Je dis de courte durée, afin que les fluides ne soient pas trop repoussés de la peau, et que les sécrétions pathologiques ne se suppriment pas trop promptement; tandis que je conseillerais un second bain dans la même journée, afin que le temps ne fût pas donné à une réaction trop complète, dont l'effet par retour pourrait produire une trop vive inflammation de la peau. Conséquences physiologico-pathologiques, auxquelles on pourrait également obvier, en mitigeant l'eau de mer, et en prenant le bain légèrement dégourdi.

Aussi, par toutes ces raisons et d'autres qui ne sauraient avoir place que dans un traité de dermatoses, on peut établir en principe, que les bains de mer tièdes ou de courte durée et répétés , conviennent spécialement aux maladies sécrétantes de la peau; et ceux froids et de très-longue durée, aux dar~ très sèches, aux prurigos, iclithyoses, etc.

Ces considérations pratiques , doivent déjà faire pressentir que la densité de l'eau et la température froide sont pour quelque chose dans le phénomène de la résolution locale. Si l'on en doutait, nous n'aurions qu'à invoquer Cullen, qui dit n'avoir paS retiré des eaux minérales et de l'eau de mer de plus grands avantages que de l'eau commune.

Or, sans partager absolument l'opinion exagérée du professeur de médecine pratique de l'université d'Edimbourg, les faits que je vais rapporter me forcent à croire que la température froide et la densité de l'eau sont pour la plus grande part dans l'action résolutive locale des eaux de mer.

Je choisirai l'histoire d'une maladie dartreuse que j'ai consignée dans un mémoire (Bulletin de thérapeutique , avril et mai 1852). Les détails de cette observation montreront parfaitement, je pense, les conséquences thérapeutiques de l'eau froide sur les mouvements résolutifs qui peuvent être déter-

minés par la contractilité organique réveillée sous la seule influence de sa température. Elle prouvera aussi, contrairement à M. Fleury, que l'hydrothérapie peut être utile contre les maladies de la peau , mais de concordance avec ce praticien , que ce n'est pas en faisant suer le malade, et en portant les liquides à la peau. Je crois , qu'en cela, la prétention des dermo-hydrothérapeutistes exclusifs fait fausse route , et qu'il sera à jamais impossible à M. Baldou de prouver comment la sudation dans les linges mouillés est résolutive , calmante , mieux que celle obtenue avec l'étuve alcoolique du médecin dé Bellevue , et des différentes eaux thermales {Revue médicale ; mars 1853, p. 373).

Une dame très-chargée d'embonpoint voulut s'appliquer de son propre mouvement, un cautère au bras, et ce cautère réveilla aussitôt une humeur dartreuse dont cette dame avait été affectée, il y avait plusieurs années. Tout le bras devint le siège d'une dartre squameuse humide très-vive {herpès squamosus madidans d'Alibert, eczéma rubrum de Willan). De nombreux cataplasmes chauds ayant été appliqués en vain pendant plusieurs mois, on se préparait à administrer le sirop de salsepareille et la banale pommade soufrée, lorsque je fus appelé. Je ne pus admettre ni l'un ni l'autre moyen : le premier, parce que, s'il n'était pas sudorifique, comme on le croyait, il était au moins excitant, et que le pouls était fort et plein. D'ailleurs, loin de vouloir pousser à la peau, je voulais refouler de la peau à l'intérieur. Quant au second , à la pommade, j'avais trop d'exemples de son inutilité dans les dartres sèches, et trop d'expérience sur la susceptibilité des dartres sécrétantes , pour ne pas redouter son action dans un cas où la peau était si vivement enflammée, si turgescente, etc.

Je fis diamétralement l'inverse , et cela en obéissant aux indications physiologiques les plus naturelles. Je cherchai :

1° A diminuer la chaleur générale et la plasticité humorale, en prescrivant deux litres par jour de chiendent miellé, auxquels je faisais ajouter 4 grammes de carbonate d'ammoniaque;

2° J'excitai un mouvement humoral intérieur, en même temps que des éliminations, en prescrivant deux ou trois purgations par semaines ;

3° Je ne permis qu'un régime herbacé et frugal ;

4° Tandis qu'enfin , je me bornai à l'extérieur à diminuer la phlegmasie dartreuse , en augmentant la contractilité des tissus, au moyen d'applications d'eau froide, pure et simple, et de lotions fréquemment renouvelées avec le même liquide.

Sous l'influence de ce traitement , quinze jours s'étaient à peine écoulés, que la vivacité de l'inflammation dartreuse avait disparu, et que l'exfoliation épidermatiqûe devenait plus rare et plus sèche. Toutefois, je voulais continuer ces moyens encore un certain temps, pour seconder le mouvement de dérivation (répulsion) et d'élimination (dépuration) que j'avais établi, et laisser ainsi la maladie dartreuse s'éteindre d'elle-même, et son principe se dissiper par l'absorption excitée et les sécrétions provoquées , lorsque cette dame reçut une visite de politesse d'un médecin de Marseille de passage dans nos pays. Naturellement il fut question de son mal, et MmeX.... le montra. Or, l'amélioration était telle, que le médecin dit à la malade qu'elle ne devait plus s'occuper de son eczéma , et pour le lui prouver il lui conseilla seulement d'y appliquer un papier oint avec de l'huile d'olive.

Cette dame , enchantée d'en être quitte à si bon marché , ne pouvant comprendre tout ce que je prétendais obtenir de l'eau froide, dont les applications répétées l'ennuyaient peutêtre , se hâta de suivre ce conseil si simple , si facile et surtout si commode. Mais , peu de jours après, je fus mandé de nouveau, car la maladie s'était ravivée. Étonné de cet accident, et ne pouvant me l'expliquer, cette dame m'avoua tout, car elle se souvint alors, mais trop tard , que lorsque je repoussais la pommade soufrée , je dis que dans ces mêmes cas, quelquefois de l'huile seule suffisait pour augmenter le mal. Nous revînmes donc à nos lotions et applications d'eau froide et à tout notre traitement intérieur, qui triomphèrent en peu de temps du mal, et si complètement, qu'il y a quatre ans de cela et qu'il n'en a plus été question.

Pour témoigner qu'il n'y a rien de fortuit dans de pareils résultats, mais qu'ils sont la conséquence naturelle des phénomènes physiologiques indiqués et prévus, je joindrai ici une observation de valeur identique recueillie ce mois de mars dernier par mon fils, Anatole Dauvergne, qui suivait ce malade dans mon service à l'hôpital de Manosque.

Belly, soldat au 71e régiment, est affecté depuis son enfance d'une dartre squameuse centrifuge à la jambe. Ce mal a disparu à différentes époques, à la suite et sous divers traitements ordinairement topiques , mais toujours après cinq ou six mois de persévérance dans les remèdes, lorsque atteint de nouveau, il entra à l'hôpital de Forcalquier où il avait pris, pendant cinq mois et inutilement, des iodures à l'intérieur, et essayé à l'extérieur différentes pommades soufrées.

Évacué sur l'hôpital de Manosque, dans les premiers jours de mars 1853, nous pûmes constater l'état de sa dartre. Large et étendue comme la main, elle siégeait à la partie interne et supérieure delà jambe. Elle était rouge, et présentait çà et là des érosions, des fendillements épidermatiques d'où s'écoulaient quelques gouttes de liquide incolore. Les bords de cette plaque dartreuse étaient plus rouges, plus saillants que le centre, et présentaient des écailles plus épaisses. Le malade fut mis à un régime herbacé et frugal : pas de vin, tisane nitrée (huit grammes par jour) , deux ou trois purgatifs par semaine.

Le traitement local se borna à des applications d'eau froide souvent renouvelées, et, après trois semaines, à quelques cautérisations de nitrate d'argent sur les bords qui présentaient plus de rougeur partielle. Dans l'espace d'un mois tous les phénomènes dartreux avaient disparu : il ne restait plus qu'une teinte un peu sombre de la peau sur laquelle on distinguait Un épiderme solide et à texture normale.

Il doit résulter de ces faits que l'action topique des eaux de mer, comme de toute autre eau minérale, n'agit qu'en réveillant la contractilité par l'impressionnabilité produite, môme par les substances médicamenteuses qu'elles contiennent; que ce même effet de ces sels utile dans certains cas, peut être nui-

sible dans d'autres. L'eau simple, au contraire, n'agissant que par sa température ou sa densité, peut être insuffisante mais n'a jamais de tels inconvénients. Cela dépend de ce que l'eau simple s'adresse 'presque uniquement à la contractilité , et que même elle agit surtout par sédation sur la sensibilité. L'eau minérale sur nos tissus excoriés fait l'inverse, elle impressionne d'abord la sensibilité , et peut l'exalter de telle manière que loin d'activer la contractilité , elle la paralyse en appelant les liquides sous l'influence de la primitive impression. L'observation suivante mettra ces phénomènes dans tout leur jour.

Une jeune femme du département de la Drôme portant une melitagra flavescens impétigo, me fut adressée en 1851. Sa maladie qui avait envahi toute la face et les bras, avait marché malgré une infinité de traitements. Toujours un nouveau flux meliiforme renouvelait les croûtes épaisses qui couvraient la peau de sa figure , de ses mains et de ses bras. Je lui conseillai, avec un régime alimentaire herbacé et quelques viandes rôties , les eaux salines et sulfureuses froides de Saint-Martin de Renacas, en boisson seulement. Après un mois de ce traitement qui amenait de véritables superpurgations intestinales et rénales, la dartre parut cesser de fluer , et les croûtes tombèrent sans se reproduire. 11 me parut alors que des lotions avec l'eau de la source pourraient hâter la résolution du reste de la phlegmasie cutanée. Ce fut l'inverse ! Le lendemain même, la dartre s'aviva, et quelques jours après répiderme se fendillait de nouveau , et laissait suinter la matière meliiforme primitive. Je fis cesser cette pratique , et au moyen du traitement hydro-minéral intérieur et des lotions d'eau froide simple , la maladie finit par se résoudre insensiblement dans le courant de l'été.

Si l'eau pure agit donc si bien, c'est que le mouvement physiologique essentiel à obtenir consiste à réveiller la contractilité organique résolutive. Les faits suivants achèveront de le démontrer.

Une jeune femme de vingt-trois ans, d'un tempérament lymphatique, albumineux, qu'attestait une abondance de tissu

cellulaire et graisseux, une peau blanche, des taches de rousseur et des cheveux rouges, portait depuis huit mois à la suite d'engorgements laiteux successifs, une induration hypérémique générale de la mamelle. Cette affection qui, pendant tout le temps, avait été traitée au moyen de cataplasmes chauds de différentes natures, était arrivée à un tel degré de chronicité, que lorsque je trouvai cette femme dans mon service à l'hôpital , toute la mamelle était dure, rénitente, violacée > adhérente, le mamelon effacé, etc. J'essayai sans succès les diverses pommades iodurées, même les frictions mercurielles à haute dose à la méthode de M. Serre d'Uzès, préconisée par Lisfranc et dont je m'étais fort bien trouvé dans d'autres circonstances. Les iodures à l'intérieur m'ayant également fait défaut, trois mois après, j'arrêtai le traitement suivant : application d'un linge imbibé dans de l'eau froide en permanence sur le sein , des bains de pieds très-chauds et très-prolongés soir et matin, une purgation trois fois par semaine et pour nourriture des herbages et des viandes rôties.

Après quinze jours , la couleur violacée de la peau avait disparu ; après un mois, la souplesse de l'organe avait repris sa principale normalité, et bientôt il ne resta d'autres traces de l'affection qu'une petitesse plus marquée de l'organe.

Cette guérison ne s'est jamais démentie. Cette femme a eu des enfants depuis et est allée allaiter à Marseille, avec le plus beau sein. Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'elle m'a rappelé depuis une circonstance que j'ai omise : c'est qu'on lui avait proposé l'amputation du sein, et qu'elle y était presque résolue lorsqu'elle fut contrainte de venir à l'hôpital. Ce môme traitement m'a réussi pareillement dans plusieurs autres cas pour des circonstances assez analogues et notamment chez une demoiselle de Rians (Var), que m'avait adressée mon estimable confrère le Dr Plauchud. Cette induration était la suite d'un coup. Une dame , qui dernièrement est venue me consulter de Marseille , vit presque aussitôt commencer la résolution d'un engorgement de sa glande mammaire, pour lequel déjà on l'avait pressée d'accepter l'amputation.

11 y a quelques années qu'une fille de quatorze ans pré-

sentait un gonflement de l'extrémité supérieure de l'humérus avec douleur et gêne des mouvements de l'articulation scapulo-humérale, qui cependant n'était pas malade. Cette tumeur s'abcéda longtemps après au-dessus et en avant du bord du tendon du muscle deltoïde et ne fournissait qu'un peu de sérosité. Je lui conseillai une tisane de feuilles de noyer, un régime alimentaire consistant en herbages et en viandes rôties ; puis des bains froids à l'eau courante, de manière à recevoir sur le bras le flot du liquide. Ces moyens, auxquels je joignis des applications froides pendant une heure tous les soirs , amenèrent une guérison qui ne s'est plus démentie. Toutefois, je n'employai pas les purgatifs chez cette jeune malade, parce qu'elle était maigre et ne témoignait pas ainsi de pléthore albumineuse.

J'agis de même chez un jeune homme du département de Vaucluse, que visitait M. Aillaud du Castellet. Ce malade portait depuis quelques années des trajets fistuleux sur le pied, lorsque celui-ci se tuméfia et montra diverses autres collections purulentes que nous jugeâmes à propos d'ouvrir. La compression méthodique du pied, des irrigations froides soir et matin, et diverses autres conditions hygiéniques combinées, telles que l'insolation, l'habitude de peu se couvrir la nuit et plus tard de coucher avec la fenêtre ouverte, un régime Ionique et animalisé, furent les seuls moyens qui aidèrent l'action topique de l'eau froide simple. Aussi ne peut-on voir dans cette guérison, qui fut complète au bout de six mois, et que je donnerai avec détail ailleurs, que la conséquence de la contractilité locale réveillée par la température du liquide. M. Aillaud me disait à cet effet, qu'il avait d'autant plus de confiance en ce traitement qu'il avait vu guérir, par des irrigations d'eau froide une affection semblable du coude, pour laquelle les traitements les mieux dirigés par les médecins les plus habiles de la Provence avaient échoué. Enfin dans les hydarthroses de différente nature, j'ai depuis longtemps abandonné les vésicatoires , même les frictions iodurées et mercuriellcs , m'étant bien mieux trouvé des cataplasmes résolutifs d'Ambroise Paré, de Pradier, de M. le

professeur Trousseau, que j'ai abandonnés encore, depuis quelques années, pour l'eau froide et la compression. Cette température et cette densité d'une autre espèce, jointes aux observations de Russel, de Delpech et d'autres sur les résultats de l'eau de mer, m'aident à conclure que les bains de mer ne peuvent qu'être encore plus utiles pour produire aussi des modifications heureuses dans l'exhalation et l'absorption de certaines conditions pathologiques des membranes synoviales.

Ainsi, nul doute donc que la température ou la densité de l'eau ne soient les principales qualités par lesquelles l'eau de mer puisse atteindre à de pareils résultats , puisque nous les obtenons avec l'eau simple qui n'a que ces seules propriétés. Mais, aussi, l'eau de mer poussant ces mêmes qualités à un plus haut degré, il doit rester évident que , toutes les fois qu'on n'aura pas à redouter l'action de ses sels sur une partie excoriée ou ulcérée, elle pourra devenir plus avantageuse que l'eau froide ordinaire. Les sels, les mouvements de l'eau de mer augmentent les effets de cette même densité. Par conséquent, on devra retirer de plus grands avantages du traitement balnéaire marin que de ceux indiqués ci-dessus, lorsqu'on voudra particulièrement mettre à proiit cette densité.

Pareillement, qu'il reste bien démontré que c'est surtout en activant la contractilité par la température et la densité du liquide, la stypticité des sels ne pouvant qu'ajouter à çe$ propriétés, qu'on arrive à ce résultat. On peut d'ailleurs d'autant moins s'y refuser que M. Pravaz démontre qu'en pareille circonstance , la pression atmosphérique sous son appareil pneumatique possède manifestement cette action résolutive.

Maintenant , comment l'action des sels peut-elle ajouter quelque chose à ces conséquences de résolution? Les sels peuvent évidemment, en impressionnant la sensibilité, réagir sur la contractilité! Mais, nous avons vu que ces effets tenaient à la sensibilité locale de telle manière qu'on pouvait s'exposer à arriver à un résultat inverse de celui qu'on s'était proposé.

Ceci pourrait , cependant , étonner , parce que nous obtenons journellement les plus grands avantages des applications ou plutôt des cautérisations avec l'azotate d'argent sur des parties enflammées. Mais, quoique l'on ait assimilé les phénomènes qui se passent dans toutes ces conditions , sommesnous bien assurés qu'ils soient identiques ? Diverses observations que j'ai pu faire , et celles entre autres de M. le professeur Eben Watson de Glascow, m'attesteraient qu'ils sont très-différents, car ces observations indiquent que la pierre infernale n'agit dans ces cas qu'en diminuant la fluidité du sang, en en coagulant même l'albumine dans les vaisseaux , d'où il suit que de telles applications guérissent l'inflammation en mettant obstacle à la circulation. Les sels de l'eau de mer ne peuvent avoir ce degré de puissance et doivent nécessairement borner leur action sur la sensibilité et la contractilité.

Aussi, afin que l'action immédiate topique des sels de l'eau de la mer puisse être utile à une condition pathologique de nos tissus, il faut nécessairement, que la contractilité générale soit aussi bien abaissée que la locale. Sans cette condition de la situation physiologique le résultat peut être inverse de celui qu'on s'était promis.

Expliquons-nous, car nous concevons d'une manière assez complexe le phénomène, et il est assez important pour être analysé. Que peut-il se passer lorsque par une cause irritante, nos tissus déjà enflammés rougissent et se congestionnent encore ? On a bien dit et répété à satiété ubi stimulus, ibi fluxus, mais tant de faits, comme nous l'avons dit, doivent nous faire rejeter cette explication, que force nous est d'en trouver une autre. D'après notre doctrine, une stimulation locale ne peut porter que sur nos tissus, et toute stimulation dans leur état physiologique , ne peut que les contracter ; or, comment dans ce cas , de pareils tissus contractés pourraient- ils recevoir plus de sang? Évidemment c'est impossible !

11 faut alors nécessairement que les parties physiologiques sous l'influence de la sensibilité excitée se contractent da-

vantage que les pathologiques , e'est-à-dire que la contractilité abaissée ne soit que locale. Alors , forcément , après une cause irritante , les fluides seront comme emprisonnés dans la partie phlogosée , puisqu'il y arrivera toujours à peu près la même quantité de sang par les artères , et que les autres vaisseaux en rapporteront moins , les fluides trouvant une contractilité abaissée dans les tissus pathologiques et relevée dans les tissus sains.

J'ai donc raison de dire qu'afin que de telles impressionnabilités soient utiles, il faut que la contractilité générale soit aussi abaissée que la locale. Or, je suis tout à fait justifié dans cette manière de voir, en ce sens que les maladies qui retirent le plus d'avantages des eaux de mer sont les cachectiques, dans lesquelles, fluides et solides , sont particulièrement abaissés dans leur dynamie physiologique. De la môme manière et par des raisons conformes , quoique diamétralement opposées , plus une partie est enflammée à l'état aigu, plus des causes irritantes l'aggravent ; plus un sujet est robuste, plus une inflammation est violente. C'est qu'en effet, dans toutes ces circonstances, la contractilité des tissus physiologiques ambiants s'est conservée d'une manière trop différente de celle des tissus de la partie malade.

De ces faits expliqués nous pouvons conclure donc que plus la contractilité sera généralement diminuée , plus sera utile l'action topique des sels de l'eau de mer, et que, lorsque cette contractilité et cette sensibilité seront particulièrement abaissées dans un point, il faudra autant que possible limiter cette action sur la partie malade. Nous verrons bien des explications de ce principe, mais déjà il me conduit à dire, contrairement à Uussel et à d'autres médecins anglais, que les eaux de mer pourraient être utiles dans la carie des os.

En effet, si des résultats heureux obtenus par Delpech, et cités dans la thèse de M. Monoyer, ne l'attestaient, les recherches de Sanson établissant que la carie des os n'est qu'une suppuration du tissu parenchymatcux mettant à nu le phosphate calcaire, établiraient que l'eau de mer, par l'action de ses sels et de ses autres propriétés chimiques, ne pourrait

que modifier heureusement ce travail pathologique. Seulement, si les cas de ces guérisons sont rares, cela tient à plusieurs circonstances : la première, c'est que l'eau de mer arrive rarement sur la partie malade de l'os et ne peut la modifier ; la seconde, c'est qu'elle excite les chairs et force quelquefois leur cicatrisation avant que la maladie osseuse soit guérie. Accidents qui surviennent souvent du mode d'administration des eaux , et notamment de cette impatience des malades qui veulent obtenir en quelques mois ce qui ne peut être que la conséquence d'une modification lente de toute la nutrition et ne peut s'opérer qu'avec des. années.

D'où il n'en résulte pas moins des effets locaux trop subits et en désaccord avec la modification générale et surtout celle de l'os. Aussi , par l'action de l'eau minérale sur les chairs, voit-on des trajets fistuleux se fermer prématurément et être ainsi la cause de nouveaux foyers.

On a bien conseillé et pratiqué des injections dans les trajets fistuleux des maladies des os , mais les résultats n'en sont guère encore inscrits dans l'histoire de l'art. Je crois d'ailleurs qu'un tel moyen qui, peut-être, a été utile, porte encore avec lui une insuffisance radicale qui s'oppose à toute conclusion défavorable sur l'eau de mer en pareille occurrence. L'injection est trop passagère et son action sur les chairs beaucoup plus marquée et prolongée que sur l'os malade. Il faudrait un moyen qui pût déterminer diamétralement le contraire , c'est-à-dire n'agir que sur l'os sans influencer trop sensiblement les chairs. Je me suis demandé si l'on ne pourrait pas y réussir avec un petit instrument construit d'après les principes d'un irrigateur utérin dont je me sers depuis quelque temps et dont je parlerai plus tard ici. Cet instrument serait comme une sorte de sonde à double courant qui , pendant le bain de mer, ferait arriver le liquide jusque sur l'os, et cela avec une simple impulsion que la main du malade pourrait donner au liquide.

Cet instrument, guère plus gros qu'une sonde cannelée ordinaire, commençant par une sorte d'entonnoir et finissant par une extrémité très-ténue, ne pourrait-il pas être introduit dans le trajet fistuleux , courbé suivant le besoin et fixé en-

suite au membre au moyen d'une bande ou d'un ruban ? Alors le malade, une fois dans le bain, par une simple impulsion donnée au liquide avec la main, ferait arriver l'eau minérale jusqu'à la partie malade de l'os; tandis qu'une seconde impulsion chasserait l'eau qui y serait contenue et la renouvellerait. L'os malade ne subirait-il pas ainsi une modification réelle, par laquelle on s'assurerait, enfin, de toute la puissance de l'eau de mer et des eaux minérales en pareil cas ? Je soumets cette idée aux praticiens , afin qu'ils prononcent en dernier ressort.

Quoi qu'il en résulte cependant, l'action cicatrisante de l'eau de mer, par les effets des sels sur la sensibilité et la contractilité que réveillent encore sa densité et sa température, est manifeste.

En effet, cette contractilité est si véritablement reveillée que l'on guérit tous les jours par des bains môme simplement froids des distensions ligamenteuses, de vieilles entorses; tandis que, dans ces cas, divers praticiens et entre autres Dupuytren , ont pu constater la supériorité des bains de mer. J'en ai pareillement vu guérir par ce moyen, et entre autres une qui avait résisté aux bains d'eau de rivière et des eaux de Digne ; mais il est vrai que ces moyens avaient été , iei , dirigés comme souvent par le caprice des malades , et jamais par l'observance de l'indication.

En tels cas , la compression méthodique combinée avec l'eau froide, en bain, en irrigation, en application ne m'ont jamais fait défaut. Ce môme traitement m'a également réussi pour dissiper des engorgements aux jambes avec laxité des tissus, provenant d'érysipèle ou de phlegmons répétés, et j'ai détruit ainsi du môme coup et la cause et les effets de ces conditions pathologiques : le défaut de contractilité des tissus.

Aussi peut-on dire en toute confiance que les eaux de mer doivent encore mieux remplir de telles indications , ayant des propriétés de densité , de stypticité par les sels, de compression et d'impressionnabilité par les vagues, plus prononcées.

C'est par de pareilles raisons que, pour des engorgements très-chroniques, on utilise souvent les bains de sable marin,

qui ne peuvent avoir d'autre avantage sur le liquide que celui de pousser plus loin la compression et par conséquent ses effets, la contractilité de la fibre, l'absorption et la résolution. Enfin , de tous les résultats des eaux de mer sur des maladies dartreuses , sur des plaies scrofuleuses , sur la guérison d'engelures ulcérées par l'eau marine , il faut si peu conclure à la spécificité topique de l'eau marine, que ces résultats multiples détruisent cette spécificité, et que cette même spécificité serait partagée avec des propriétés chimiques différentes.

En effet, voilà les dartres guéries également par les eaux sulfureuses et les eaux de mer. Sont-elles toutes deux également des spécifiques pour ces maladies? mais cette propriété se partage encore entre diverses eaux minérales froides ou thermales , et diviser ainsi une spécificité à l'infini, n'estce pas la détruire ? N'est-ce pas avouer que cette action ne tient qu'à la contractilité des tissus excitée sur les parties dénudées par les qualités chimiques de l'eau , et sur les parties recouvertes de la peau par la densité du liquide et sa température froide ?

Pour moi, j'ai guéri bien des engelures chez les enfants avec l'eau froide ou des frictions de glace, et j'ai étonné ainsi beaucoup de mères, qui, pour en préserver leurs enfants, ne les faisaient jamais laver qu'à l'eau chaude.

Par ces mêmes motifs, la supériorité générale n'en reste pas moins à l'eau de mer ; seulement il faut la rechercher ailleurs que dans sa spécificité, qui ne peut être que le résultat d'un enthousiasme irréfléchi ou de l'insuffisance des connaissances humaines, comme le prouve chaque évolution de la science.

Tout ce que possède la science d'expérience et de logique arrive par l'action topique de l'eau de mer à ces conséquences ; et la médecine vétérinaire fournit aussi sa part de faits à ce point de vue. Qui ne connaît cet adage des vétérinaires d'Avignon : les boiteries que le Rhône ne guérit pas sont incurables! Cependant, l'observation atteste encore que pour ces mêmes accidents dans l'espèce chevaline l'eau de mer est toujours supérieure.

«Vous savez, me disait M. Carbonel, marchand de chevaux, qu'il n'existe pas de meilleur moyen contre les boiteries, les engorgements articulaires, que les bains froids de rivière, et cependant j'ai pu établir, par comparaison, que ceux de la mer étaient de beaucoup préférables. » « Sur divers convois de chevaux, continuait-il, que j'ai fait baigner dans le Rhône et la Durance, jamais je n'en avais obtenu un résultat si rapide et si avantageux qu'à Nice, où plusieurs m'arrivèrent , harassés, boiteux, ayant des engorgements de tous les membres, des hydrarthroses aux jarrets, des coups de pied , des excoriations de corde, etc. Tout cela se dissipa par enchantement au bout de huit jours de bains de mer que je faisais prendre très-prolongés. »

N'y a-t-il pas assez de la plus grande densité de l'eau, du mouvement compresseur des vagues sur la contractilité, de l'action chimique stimulante des sels sur la sensibilité des parties dénudées, pour expliquer la supériorité de l'eau de mer dans les cas précités? Entre tous les faits relatifs à l'eau simple et à l'eau de mer, n'est-il pas vraiment question que de simples degrés d'efficacité? Alors ne sommes-nous pas dans le vrai en rejetant toute idée de spécificité? Celle-ci, d'ailleurs, ne serait-elle pas une entrave aussi fâcheuse à la science qu'à la pratique, puisqu'elle laisserait sans explication les faits les plus ordinaires, et sans préceptes d'indications les divers cas qui doivent se présenter à l'avenir?

C'est par trop évident.

2° ordre de faits. — Résultats thérapeutiques par équilibration fonctionnelle.

Je range dans cette catégorie non-seulement toutes les anervies et névralgies, mais encore une infinité de congestions , d'hypérémies , qui doivent être regardées, ainsi que je l'ai expliqué dans les prolégomènes , comme le résultat d'une condition asthénique des tissus; ce qui ne veut pas dire avec Brown que toute la maladie soit asthénique, mais seulement les tissus de la partie malade , parce que

toute congestion est inévitablement la conséquence d'une expansion de ces mêmes tissus, c'est-à-d^re , de leur défaut de contractilité.

Aussi pour moi, il ne peut y avoir de maladies qu'on a appelées organiques que celles qui changent le mode de nutrition des tissus. Tout le reste n'est à mes yeux que des équilibrations fonctionnelles perverties, dépendant tout simplement d'un défaut de contractilité organique détruisant l'harmonie dynamique du consensus de notre machine. Les perturbations de sécrétions rentrent donc aussi dans ce vaste groupe, et cela, d'autant mieux qu'en les ramenant dans l'ordre de leur normalité on fait cesser les désordres survenus.

Cependant, je ne passerai pas en revue toutes les maladies qui pourraient figurer ici, il faudrait pour cela plusieurs volumes. A peine si je pourrai donner quelques faits en détail pour mettre en saillie les principes qu'ils entraînent, les motifs pratiques qui en ressortent. Mais si nous montrons bien les raisons philosophiques et pratiques qu'ils produisent, nous approcherons toujours davantage du véritable mode d'action de l'eau de mer dont la connaissance exacte suffirait à la théorie comme à la pratique.

Pour entrer en matière avec les faits, je débute par une observation que nos cadres nosologiques seraient/fort embarrassés de ranger dans leur classification anatomique et que la physiologie me permet de désigner par : « hypérémie passive du tube digestif et du foie entraînant une stagnation du sang veineux dans la veine porte, la veine cave et par suite des palpitations de cœur. »

Mme*** éprouvait depuis quelques années des palpitations désordonnées du cœur avec anorexie , langue pâteuse , encroûtée et jaune, constipation et diarrhée alternatives, faiblesse radicale, teint jaune mais non chlorotique, comme l'attestait la rougeur des conjonctives palpébralcs; appétit presque nul, rapports ou acides ou nidoreux, souffrances dans tout l'abdomen, amaigrissement considérable. Les eaux de Seltz, de Vichy, la digitale, les ferrugineux, l'opium, les voyages du nord, dans le midi, tout avait été essayé inutile-

ment, lorsque Mme***, qui était venue se fixer dans un pays des environs de Manosque me fit appeler.

J'explorai attentivementle cœur et ne trouvai aucun rhythme anormal, aucun bruit particulier qui pussent me faire croire aune altération de ses valvules. D'autre part, les palpitations désordonnées, plus bruyantes et étendues qu'énergiques, plus sensibles à distance, à droite qu'à gauche, m'enlevèrent toute pensée d'hypertrophie.

Était-ce donc une dilatation anévrismale des cavités droites et spécialement de l'oreillette du cœur, ou simplement une stagnation du liquide sanguin ?

La difficulté des digestions, les souffrances gastro-intestinales, étaient-elles causes ou effets de la situation des fonctions du cœur? Je dus croire qu'elles étaient causes parce qu'elles avaient préexisté.

D'après ces remarques , je posai le diagnostic que j'ai mis en tête de cette observation, ce qui me donna aussitôt l'indication d'activer la circulation veineuse abdominale , en excitant la contractilité des tissus et des vaisseaux. Circonstance qui devait régulariser les mouvements du cœur, en lui apportant des ondées de liquide plus décidées, en même temps qu'il fallait agir sur le cœur lui-même pour déterminer dans cet organe des contractions plus complètes qui pussent chasser presque toute l'ondée sanguine et ne pas rendre les battements tumultueux , par des efforts inutiles de l'organe, contre le liquide stagnant et son nouvel abord.

En effet, il m'a été démontré en pratique que bien des palpitations n'étaient tumultueuses que parce que les battements du cœur étaient trop rapprochés, et partant ses contractions incomplètes. C'est ainsi que l'on voit les hommes les plus forts, les plus athlétiques, avoir les battements de cœur les plus lents, de sorte qu'il en est ici comme de toutes les fonctions physiologiques organiques dont nous avons parlé à propos de la respiration.

Profondément convaincu de tous ces phénomènes , je prescrivis des applications froides sur le ventre et sur le cœur, des boissons froides avec le bicarbonate de soude et des lave-

ments aussi d'eau pure froide ; régime doux, mais succulent.

Après trois semaines l'amélioration fut très-sensible et après un mois elle était presque complète; mais alors, pour ranimer tout à fait la dynamie organique, tant partielle que générale, je conseillai des bains de rivière de très-courte durée qui finirent par faire disparaître tout désordre pathologique et donnèrent une activité générale si prononcée, que la malade put venir elle-même me voir, et que je pus constater que tout trouble circulatoire avait disparu, que les digestions s'étaient rétablies, etc.

Depuis trois ans de cela les palpitations n'ont plus reparu ; seulement les dérangements des fonctions gastro-intestinales et hépatiques se réveillent de temps à autre et s'exaspéreraient peut-être, si madame n'y remédiait aussitôt elle-même par les applications de linges mouillés, comme elle les appelle.

Dans ces conditions la malade, ou plutôt cette dame, aujourd'hui d'une santé délicate, aurait dû pour affermir sa guérison et augmenter sa force organique en général, aller prendre des bains de mer; je les lui ai conseillés, mais elle est trop satisfaite de son état pour pouvoir se décider à quitter sa famille et sa maison.

Cependant, je le répète, il n'y a plus de maladie ; seulement, pour maintenir ou pour affermir cet état de santé, cette dame doit veiller constamment sur l'équilibration de ses fonctions, et sans nul doute recourir à une médication dont la plus grande puissance, aujourd'hui surtout qu'elle pourrait parfaitement en supporter le choc physiologique , n'assurerait que mieux des effets obtenus par un traitement analogue , il est vrai, mais moins puissant que ne peut l'être la médication marine pour relever la dynamie de la fibre et la dyscrasie des liquides.

Cette observation soulève une foule de questions pratiques, comme celle par exemple de savoir si, dans l'état primitif de cette malade, des bains entiers, froids, et à plus forte raison des bains de mer, n'auraient pas été plus nuisibles qu'utiles? N'auraient-ils pas augmenté trop subitement l'afflux du

sang vers le cœur, alors que le système veineux abdominal n'avait pas encore repris tout son ressort, ou bien la congestion cardiaque et abdominale, un instant augmentée, auraitelle même, par ce fait d'un surcroît de vitalité produite, donné ce ressort organique?

Tout est possible à la force vitale réaclionnelle, qui veille toujours sur nos mouvements, mais il n'est pas prudent de s'y trop confier. Aussi toute la médecine consiste-t-elle dans ce plus ou ce moins, et le secret de le découvrir constitue les plus grandes difficultés de l'art.

Le sens de ces lignes que j'écrivais avant qu'eût paru le bel ouvrage de M. Fleury, a été relevé par ce fait, que cet habile observateur n'a jamais voulu confier sa douche à personne , comprenant que toute la puissance de l'hydrothérapie consistait dans les mouvements fonctionnels d'équilibration provoquée. Seulement, si M. Fleury a parfaitement compris la révulsion que l'on peut obtenir, son livre atteste qu'il n'a pas suffisamment étudié la dérivation.

Or, mon ouvrage ayant pour but de faire distinguer toutes les circonstances et tous les cas qui peuvent plus spécialement réclamer tels ou tels mouvements fonctionnels, est peutêtre, je ne me le dissimule pas, une des plus grandes taches qui aient été entreprises. Mais, ce qui m'a soutenu et encouragé, c'est l'assurance que m'a donnée l'étude des diverses eaux froides et thermales, puisque les unes et les autres me témoignaient de faits également probants et m'assuraient que la vérité était dans l'harmonie qui pouvait exister dans leurs effets physiologiques.

C'est d'ailleurs parmi les faits puisés dans les effets exelusifs des eaux thermales ou froides que l'on peut voir l'exactitude de cette vérité : qu'on ne doit pas, dans tous les cas, se confier à tous les mouvements de la réaction vitale aveuglément provoquée, comme on le fait trop souvent dans presque tous les thermes et tous les établissements hydrothérapiques, où l'on applique presque toujours invariablement, avec une succession plus ou moins régulière , les mêmes moyens pour solliciter l'équilibration fonctionnelle recherchée. Or, j'ai pu

observer bien des cas où de telles pratiques ont été nuisibles, tandis que j'en citerai d'autres où des applications simultanées d'eau froide et d'eau chaude ont témoigné de toutes leurs puissances.

Un tambour du 8e léger, dont je donnerai l'observation avec détails dans un autre travail, est pris de pneumonie à Toulon, pour avoir essuyé pendant trois heures une pluie battante et avoir laissé sécher sur lui ses vêtements. A la suite de saignées, de sangsues, de l'administration du tartre stibié, l'inflammation se résout et le malade demande à rejoindre son régiment. On crut pouvoir le lui permettre ; mais il est contraint de s'arrêter à Valensole et aux Mées, où il crache du sang de nouveau. Enfin il veut reprendre sa route, arrive à Manosque et entre à l'hôpital où, pendant un mois, il éprouve des douleurs vives sur le côté droit, tousse incessamment et crache du sang à flots, et quelquefois par litres. Trois saignées, cent vingt sangsues, de grands vésicatoires sont inutiles, et je le trouve, en reprenant mon service , dans une situation si désespérante qu'elle avait été abandonnée. Je ne vis aussi moi-même aucune ressource dans les anciennes méthodes usitées , et je le laissai pendant deux jours dans le même abandon où je Favais trouvé, lorsqu'il me vint dans l'idée d'employer des moyens dérivatifs et révulsifs par l'eau froide et l'eau chaude. J'hésitais, cependant, vu la nouveauté de l'application en pareille circonstance, et je ne me décidai que par le souvenir de ce précepte de Celse : Melius medicamentum anceps quam nullum. Je prescrivis donc :

1° Des applications d'eau froide sur le côté de la poitrine phlegmasié (matité en avant et en arrière sur toute la base de la poitrine jusqu'au scapulum, absence complète de tout bruit, excepté en haut , où se montrait du râle muqueux à grosses bulles). Ces applications étaient pour solliciter la contractilité locale, s'opposer ainsi à la stagnation du liquide et provoquer l'expulsion de celui qui y était en surabondance.

2° Des bains de pieds chauds et sinapisés jusqu'au genou et fort prolongés matin et soir, afin de provoquer loin du point phlegmasié la dilatation des tissus- et la stagnation du

DES RÉSULTATS DE L'EAU DE MER. Mo

liquide sanguin, de façon à pouvoir éloigner celui-ci autant que possible de l'organe pulmonaire.

3° Pour boisson de l'eau froide, et pour toute nourriture du lait froid coupé, alimentation qui devait peu augmenter la plasticité du sang et atténuer les qualités excitantes qu'il pouvait encore avoir.

Trois jours après, les crachements de sang avaient disparu; il n'y avait plus qu'une expectoration couleur jus de pruneaux témoignant de la dilution du sang anciennement épanché ; disparition de l'extrême sensibilité de la poitrine. Dix jours après, plus de toux, plus de crachats, et retour manifeste de l'expansion pulmonaire par la sonorité revenue de la poitrine et le murmure respiratoire en grande partie reparu.

Je fus si heureux de la rapidité de cette résolution que je me demandai si des frictions générales à l'eau froide et l'emmaillottement de la couverture de laine, ne porteraient pas à la peau une excitation d'autant plus efficace, pour assurer cette résolution, qu'elle serait plus générale et détournerait mieux ainsi l'habitude de la stagnation pulmonaire. Je les lis pratiquer pendant deux jours ; mais la toux, la lièvre et quelques crachats sanguinolents reparurent, et je me hâtai de revenir à mon premier procédé, que je continuai pendant un mois et demi, pour assurer cette guérison, que des écarts de régime de mon indocile malade avaient compromise plusieurs fois. La réapparition de la toux et la rapidité du pouls étaient les principaux symptômes qui me témoignaient de ses écarts; mais différentes lois la matité et l'obscurité du bruit respiratoire avaient apparu sans qu'il y eût eu retour du crachement de sang, crachements qui, du reste, depuis la médication dernière employée, s'étaient limités à quelques mucosités filantes teintes en rose.

Ce fait atteste, si je ne me trompe, ce que nous disions : qu'il ne faut pas se confier toujours entièrement à la réaction déterminée par le bain froid, ou les pratiques hydrothérapiques destinées à ce but. Dans le cas de la moindre disposition inflammatoire qui puisse encore exister, il convient de

préférer les applications froides directes pour la sédation, (dérivation) et les excitations de l'eau chaude pour la révulsion. Ce principe est mis hors de doute pour moi par une infinité de faits pratiques, tandis qu'aucun de ceux inscrits déjà dans la science ne saurait le contredire.

Mais, pour le bien comprendre, il faudrait d'abord savoir ce que nous pouvons entendre par disposition inflammatoire, puisque c'est cette dernière condition pathologique qui serait la contre-indication qui pourrait nous servir de guide. On a fait pressentir jusqu'ici que l'état aigu devrait être ce guide, puisqu'il devrait servir de barrière àl'hydrothérapie. Mais cela ne saurait être, puisque nous voyons par le fait précédent certaines pratiques à l'eau froide réussir dans une phlegmasie sinon aiguë, au moins très-active. Une telle indication est encore d'autant plus mauvaise qu'il ne suffit pas qu'une maladie soit chronique pour rentrer absolument dans les pratiques ordinaires de l'hydrothérapie.

Force nous est donc d'apprécier cette disposition inflammatoire. Eh bien ! est-elle dans l'organe, comme on a semblé en être assuré, et, dans ce cas, le signe qui nous la dévoilerait, est-ce la douleur, ainsi que l'a énoncé Lisfranc au sujet des maladies de l'utérus , qui ne sauraient réclamer les bains de mer ? Ce ne peut être la douleur, puisque plusieurs observations de maladies de l'utérus, rapportées par M. Fleury, constatent de vives souffrances , et ces maladies ont été cependant guéries par les pratiques hydrothérapiques. Nous dirons donc que la disposition inflammatoire réside dans les conditions où se trouvent les fluides : ce qui le prouve de nouveau ce sont les faits que nous avons analysés ; l'observation précédente, dont le sujet avait toujours un pouls vif et fréquent; la coloration de la peau pâle, mais jamais anémique ; tandis que, dans les véritables succès rapportés par M. Fleury, l'anémie se traduisait toujours par une infinité de caractères. Voici une nouvelle preuve de ce que j'avance : pour peu que la condition des fluides dans une phlegmasie témoigne de leur excitation, de leur animalisation, le bain général froid peut être plus nuisible qu'utile, c'est-à-dire, agir plutôt au bénéfice de la phlegma-

sie que de susciter des mouvements fonctionnels de réaction révulsive.

Une demoiselle, issue d'une mère lymphatique, qui avait succombé aux progrès d'un cancer du sein , et elle-même lymphatique et sanguine, ainsi que le témoignaient quelques engorgements ganglionnaires, sa peau et ses cheveux blonds, avait cependant toujours un teint rosé très-prononcé et le pouls fréquent, lorsqu'elle fut prise d'une métrite chronique qui se développa insensiblement à la suite de fatigues et de peines morales. Cette maladie, qui finit par devenir grave, amena de vives douleurs hypogastriques, des sécrétions utérovaginales presque purulentes, etc. Divers moyens avaient échoué, et ce ne furent que le repos, les applications froides locales, les injections et les lavements froids combinés avec les bains tîèdes généraux, et ensuite les bains de siège froids, qui triomphèrent de la maladie. Cependant, mademoiselle conservait encore, un an après , des pertes blanches et un sentiment de fatigue dans les lombes et les jambes, symptômes pour lesquels je lui conseillai des bains froids de rivière, et lui fis sentir l'opportunité prochaine des bains de mer.

L'occasion de se rendre à Marseille s'étant présentée, mademoiselle partit sans m'en parler de nouveau ; mais, après deux ou trois bains, les douleurs se réveillèrent, et force fut d'abandonner cette médication qui avait tellement exaspéré la maladie qu'il fallut revenir aux bains tièdes généraux, et aux applications froides locales avec persévérance. Les eaux de mer n'avaient donc pas agi par réaction à la peau, et encore moins excité cette dernière , comme l'avancent différents médecins qui lui reconnaissent cette vertu , pour moi toute circonstantielle.

Je trouve dans les notes qu'un bienveillant et fort distingué confrère, M. le docteur Dugas, a bien voulu mettre à ma disposition : que le général * **, affecté de cystite avec engorgement de la prostate, éprouva, à la suite d'un seul bain de mer, une telle exaspération dans son mal, qu'il fallut les moyens les plus énergiques pour en diminuer la violence.

Lorsque donc les auteurs disent que les bains de mer conviennent à diverses inflammations chroniques du tube digestif, du foie, des reins, de la vessie, de l'utérus, nous ne devons et ne pouvons entendre qu'une chose : c'est que dans ces cas, je ne dirai pas la phlegmasie a acquis une chronicité passive, cette expression n'a aucune valeur dans notre langage, mais par sa longueur a usé tous les ressorts organiques, altéré toutes les fonctions, de manière que l'hématose ellemême en a souffert; de sorte qu'alors, même pour révulser Fhypérémie, il faut relever la tonicité de tous les solides pour obtenir des modifications dans les fluides, conséquences qui, dérivant de cet axiome que l'organe fait la fonction, de même que la fonction fait l'organe, disposent à la résolution en déterminant l'équilibration organo -plastique.

C'est ainsi que, par ces faits, on peut poser en règle générale que les eaux de mer, comme les pratiques hydrothérapiques révulsives, ne peuvent convenir qu'aux cas où l'hématose a eu à souffrir de l'abaissement de la contractilité générale, tandis que les applications froides locales dérivatives suffisamment prolongées, en excitant particulièrement la contractilité de l'organe hypérémié, tendent à repousser surtout la stagnation des liquides , comme l'atteste encore le fait qui suit.

Un militaire du 8e léger, venant d'Afrique, à la suite de vives douleurs dans le ventre, de constipation, combattues inutilement par de nombreuses applications de sangsues et quelques purgatifs, entra à l'hôpital de Manosque avec un ventre très-proéminent, et d'une dureté telle qu'en pressant fortement avec les deux poings, on ne pouvait le faire céder. 11 n'existait donc point de sensibilité à la pression, et tout le trouble digestif se bornait à la constipation, tandis que la seule lésion appréciable de la sensibilité consistait en un léger endolorissement, surtout à droite. A ces caractères, je ne pus que diagnostiquer une péritonite chronique, sans la regarder, toutefois, comme tuberculeuse, malgré les belles recherches de MM. Louis, Barthez et Rilliet, qui croient cette maladie presque exclusivement propre aux tuberculeux. Ici , les or-

ganes thoraciques étaient en trop bon état pour que je pusse avoir cette pensée.

Quoi qu'il en soit néanmoins de ce fait, je prescrivis à mon malade des applications froides sur le ventre, des lavements froids, de l'eau pure en abondance pour boisson , un régime alimentaire exclusivement composé de fruits, raisins, melons, pastèques, poires, et tous les jours une sudation provoquée au moyen d'une lampe à esprit de vin, suivant le procédé de M. Fleury.

Quinze jours après il n'y avait plus de douleurs, la liberté abdominale était parfaite, et après un mois et demi le ventre avait diminué de 16 centimètres de circonférence; les fausses cotes se dessinaient, tandis qu'avant, elles étaient effacées par la tuméfaction. Enfin , le malade était si bien au bout de deux mois qu'il réclama, avec instance, un congé de convalescence que je ne pus lui refuser.

Les applications froides sédatives ou dérivatives peuvent donc être utilement combinées avec les éliminations et les révulsions opérées par la chaleur. Aussi, ces faits présagent une alliance future entre l'eau froide et les eaux minérales chaudes ; ce qui me fait espérer que quelque établissement thermal réunira bientôt en France, comme on le voit déjà en Allemagne, les deux conditions de traitement qui deviendraient la source de résultats d'autant plus précieux, que les pratiques distinctes aujourd'hui de l'eau froide et de l'eau chaude, ne peuvent toujours les obtenir.

De telles pratiques deviendraient vraiment physiologiques, puisqu'elles pourraient observer les conditions organo-plastiques que nous cherchons à mettre tant en relief dans cet ouvrage , parce qu'elles constituent le nœud gordien de l'hydrothérapie, ainsi que de toute la thérapeutique, et qu'elles se posent toujours comme un problème nouveau , non-seulement devant ebaque maladie , mais encore en face de chaque malade. Et de telles idées sont si nécessaires, qu'il esl véritablement désolant de voir celles de spécilicités égarer les médecins les plus recommandables. Une demoiselle, soignée par un médecin des plus répandus de Marseille, me fournit

un exemple de l'inanité de cette étrange manière de voir. Depuis plusieurs années, elle est traitée pour une métrite chronique, au moyen des saignées révulsives, des anodins, des bains tièdes et du repos, qui ont amené quelque amélioration. Il s'agissait , enfin , de cure définitive , et avec la crainte d'éveiller la phlegmasie et l'idée d'exciter sa résolution par l'efficacité jusqu'ici empirique de l'eau de mer , on avait conseillé de mettre quelques seaux de cette eau dans le bain habituel de la malade. Que put faire pareille médication? quelle indication remplissait- elle? Aucune! Aussi, la malade en est toujours au même point; tandis que nous verrons plus tard qu'en sollicitant plus directement l'équilibration fonctionnelle , on arrive à de bien meilleurs résultats. Aujourd'hui toujours dirigé par les mêmes idées, on conseille les eaux thermo-minérales les plus anodines, celles d'Aix en Provence. Sera-t-on plus heureux? Les mêmes remarques qui s'adressaient à l'eau de mer mitigée, s'adressent à la bénigne source thermale ; ni l'un ni l'autre traitement n'est dirigé sur l'indication capitale : l'équilibration organofonctionnelle.

La véritable conclusion à porter sur les bains généraux , froids ou d'eau de mer , est qu'on ne peut, dans les phlegmasies intérieures, se trop confier aux effets révulsifs de la réaction qu'ils déterminent, et qu'au contraire le jugement porté par Lisfranc pourrait être parfaitement juste dans toute sa valeur, lorsqu'il a dit : « Les bains de mer sont excitants de la circonférence au centre,... et peuvent agir, par conséquent, au bénéfice de la phlegmasie... Ils conviennent parfaitement pendant la convalescence des maladies de l'utérus , ou bien lorsque ces maladies sont exemptes de phlegmasie avec douleur et augmentation de chaleur. Administrés pour combattre l'aménorrhée ou pour empêcher les récidives de la ménorrhagie, ils réussissent très-souvent. J'ai vu un grand nombre de cas dans lesquels cette dernière affection avait résisté à tous les moyens : les bains de mer les guérissaient. » (Clinique de la Pitié.)

Dans les cas, donc, où les liquides sont appauvris, où il

n'est pas à craindre qu'en remontant la conlractilité orgaganique générale on remonte les élaborations , et par conséquent l'hématose qui , réagissant à son tour sur tout l'organisme comme sur toutes les fonctions , détermine dans le cycle des mouvements organo-plastiques une équilibration aussi utile à l'organe souffrant qu'à tous les autres , les bains froids, les diverses pratiques tonifiantes de l'hydrothérapie, et enfin les bains de mer, témoignent d'avantages incontestables. De sorte que , des faits qui vont suivre et de ceux qui précèdent, on peut déjà tirer pour la pratique cette conclusion principe :

1° Que, dans le cas où il s'agit de déterminer des mouvements de décomposition générale, pour corriger des dyscrasies constitutionnelles avec une certaine force dans la plasticité des liquides , que je puis appeler , sans crainte que rien me contredise dans la science , prédominance de la fibrine et des sels azotés, il faut s'adresser aux eaux thermales alcalines ou sulfureuses ;

2° Dans le cas de phlegmasie chronique surtout , où cette condition des liquides animaux est encore assez prononcée, si l'on ne cherche pas à abaisser la contractilité générale, au moins ne peut-on se permettre que de relever, par des applications froides, celle de l'organe hypérémié, dont la contractilité abaissée constitue la première radication de la maladie ;

3° Qu'enfin, dans les cas opposés où les liquides sunt tombés dans un appauvrissement notable, les bains froids généraux et la plupart des pratiques hydrothérapiques qui sont plus tonifiantes que révulsives, comme nous le prouverons , les diverses eaux froides ferrugineuses et bromurées, et surtout les bains de mer, conviennent pour remonter la contractilité générale, et par elle, les élaborations et sécrétions devant ramener l'équilibration organo-plastique , sous les mouvements de laquelle doit se faire la résolution d'une ancienne hypérémie.

C'est ainsi que le genre de faits cités dans de telles conditions rentrent tous dans l'espèce de ceux qui suivent.

Uue dame de trente-six ans , d'un tempérament très-lym-

phatique, éprouvait des pertes abondantes qui ne finissaient pas et qui étaient remplacées par des flueurs blanches non moins fatigantes. L'anémie et tout son cortège d'accidents en furent la suite , et après que cet état fut amélioré par les ferrugineux, l'extrait de seigle ergoté, préconisé par mon ancien camarade le docteur Arnal , des applications et des douches froides, les bains de mer que je lui conseillai, rendirent toute la tonicité désirable à la constitution et à l'organe, et cette dame a joui de la meilleure santé. M. Pravazcite aussi une dame anémique par suite d'une perte utérine semblable, qui alla consolider sa guérison aux bains de mer, après avoir été améliorée par les bains d'air comprimé. (Essai sur les bains d'air comprimé.)

Nous pourrions joindre ici tous les cas de maladies utérines citées par M. Fleury ; et si, dans quelques-uns , il y a eu des douleurs vives , il faut plutôt les considérer comme dues à l'excitation nerveuse produite , ces malades étant arrivées à une émaciation profonde avec trouble des digestions, qu'à la violence de l'inflammation locale. D'ailleurs, plusieurs malades de M. Fleury avaient été traitées par des applications froides locales longtemps continuées, avant de mettre en usage les pratiques qui devaient agir sur tout l'organisme. Je résume ainsi les faits de M. Fleury, parce qu'on comprend que je ne puis rapporter toutes les observations d'un ouvrage qui, d'ailleurs, élucide tant de pareilles questions, qu'aucun praticien ne peut se passer aujourd'hui de méditer les beaux résultats qu'il contient.

Tous les faits de M. Fleury viennent se joindre , de plus , à ceux que possède déjà l'histoire clinique des eaux de mer et qui constatent que ces bains doivent être pris fort courts ou par simple immersion, afin, au moins, de s'opposer aux mouvements centripètes des liquides , si l'on ne peut obtenir le mouvement contraire qui favoriserait vraiment la résolution de l'hypérémie intérieure.

Pour attester ces difficultés pratiques et notre manière de les considérer, je reproduirai jusqu'aux termes familiers d'un passage d'une lettre de mon confrère et ami , M. le docteur

Dugas, dont je me plairai souvent dans cet ouvrage à reproduire les utiles observations et à mettre à profit le précieux jugement.

« On nous adresse les maladies de matrice dans un état trop avancé. Les douches dans le vagin avec un entonnoir ne font rien ou font du mal. Quand il y a seulement relâchement et faiblesse, on obtient de belles cures comme cela est arrivé l'an passé à une dame de Besançon qui avait eu plusieurs avortements et qui, cette année, m'annonce être arrivée au terme de sa grossesse très -heureusement et très-gaillardement.

« Les engorgements légers du col utérin guérissent bien par les bains d'immersion : j'en ai de nombreuses observations. La matrice se dégage dans son col et son corps de telle manière qu'on a de la peine à la retrouver après le traitement. C'est ce qui m'est arrivé sur la femme d'un colonel et celle d'un négociant d'Afrique. Les bains prolongés m'ont paru nuisibles. Ils le sont certainement dans les cancers ulcérés et dans l'endurcissement avancé rouge ou blanc du col. J'ai pu constater ce fait sur la sœur d'un confrère qui arriva déjà fatiguée par la voiture, et à lacjuelle je dus faire suspendre son traitement. »

Ce qu'on observe ici pour les maladies de l'utérus, mieux étudiées dans ces derniers temp3 parce qu'on a pu en suivre les phases pathologiques avec plus d'exactitude, doit exister pour les autres phlegmasies des organes abdominaux ; et si nous avons insisté sur les maladies de la matrice , c'est parce que leur histoire clinique, par les bains de mer, étant plus avancée que celle des autres organes, devait nous servir de guide pour conduire la pratique dans les circonstances les plus analogues. Nous allons voir en effet, par les faits qui vont suivre, combien est vrai ce que déjà nous avons posé en principe, relativement aux applications pratiques que nous avons formulées , et combien il faut se tenir en garde sur l'action médicatrice qu'on a attribuée à la réaction des bains de mer. La plupart des auteurs avaient si résolument fondé leur théorie sur cette réaction qu'on a recommandé de ne pas s'essuyer

après le bain , afin que le peu de sel qui pourrait rester sur la peau y cristallisât et devînt ainsi un nouveau motif de révulsion, en devenant une cause plus manifeste d'excitation du derme. C'est même à cette dernière circonstance que M. Lecœur, trop instruit en physiologie pour pouvoir admettre l'absorption de l'eau de mer dans les conditions de contractilité où se trouve la peau , se fonderait pour retrouver le fil des théories de spécificité. Mais pour nous qui avons toujours vu des malades qui se sont essuyés, qui avons déterminé des effets fort analogues avec des bains de rivière ou divers procédés hydrothérapiques, nous ne pouvons nous payer de telles illusions. C'est pourquoi nous soutenons toujours que la véritable action de l'eau de mer, comme de toute autre eau , consiste invariablement dans les effets physiologiques que nous avons constatés , comme le prouveront mieux encore les faits suivants :

« Un jeune homme des environs d'Orange , département de Vaucluse, d'un tempérament éminemment nerveux, se livra dans son enfance à l'onanisme, et, plus tard, à des excès vénériens. Il contracta plusieurs affections syphilitiques dont il se débarrassa par des traitements mercuriels, prolongés et irréguliers. A vingt-neuf ans , il voit survenir des tremblements dans tous les membres accompagnés bientôt d'affaiblissement de toutes ces parties. Vers le milieu de juin 1847; le malade vient consulter M. Boyer, à Montpellier. Il a trente ans et se trouve dans l'état* suivant : maigreur extrême, face pâle , paupières gonflées , bleuâtres , regard éteint , grande susceptibilité nerveuse, tristesse et découragement profonds, peu d'appétit, digestions mauvaises, sommeil presque nul , agité par des rêves pénibles, taille courbée, tremblement de tous les membres ; il se traîne avec le secours de béquilles. Rien n'annonce des lésions matérielles des centres nerveux. H est envoyé à Cette et peut supporter, dès le début, des bains de mer froids de quelques minutes , avec affusion sur la tête et le rachis. 11 réagit assez bien ; en peu de jours l'état des fonctions digestives s'améliore, le sommeil est plus long et plus calme, un régime analeptique est supporté; prome-

nades en voiture plusieurs heures par jour. Après quinze bains , les forces et l'espérance renaissent , les mouvements sont moins pénibles; au bout de la saison, le malade marche en s'appuyant sur une canne, les digestions se font très-bien, l'embonpoint revient, la peau a perdu sa sécheresse , elle se vascularise; il y a une véritable transformation physique et morale ; la guérison fait encore des progrès après les bains. Il revient à Cette en 1848: il y passe une seconde saison. Après avoir recouvré sa santé ordinaire, ii se trouve si bien des bains de mer, qu'il y retourne en 1849 et en 1850. » (Poucet, Des bains de mer, p. 312.)

De tels faits, je le demande, attestent-ils que l'action médicatriee s'est opérée par la révulsion cutanée ou par la spécificité des sels marins? Cette dernière idée est aujourd'hui impossible avec les observations fort analogues données par M. Fleury. Quant à la première, elle est inadmissible, puisque en étudiant le fait en lui-même, on trouve pour cause une grande débilitation, ayant porté d'abord sur les fluides et par suite sur le système nerveux ; tandis que ce n'est qu'après que les fonctions digestives se sont relevées que Ton a vu la peau se vasculariser, et, enfin même, la guérison faire des progrès après les bains. C'est donc par suite des équilibrations fonctionnelles, déterminées par la contractilité générale remontée, que Ton doit attribuer toutes ces conséquences médicatrices ; et ce qui prouve que ce n'est que par un long travail des mouvements organiques et fonctionnels, effectués sous les dépendances de cette propriété organique capitale, que s'opèrent ces conséquences thérapeutiques, c'est que, malgré l'assurance de M. Pouget sur la guérison du malade après la saison de 1847, il y retourne en 1848, et que ce n'est encore qu'après cette nouvelle saison qu'il est question de recouvrement de la santé ordinaire. D'où Ton peut même conclure que les saisons de 1849 et 1850 n'ont pas été inutiles pour affermir cette même santé et partant la guérison entière.

Or, ces circonstances, qu'on retrouve dans presque toutes les observations, ne militent-elles pas en faveur de notre pen-

sée : que ce n'est que par une modification profonde et insensible des mouvements organiques et fonctionnels que s'est opérée la guérison * et non pas due à une révulsion ou une action spécifique sur les centres nerveux malades?

Arguerait-on , en effet , de certaines guérisons de paralysies pour attester cette action ? En voici quelques observations, mais qui ne peuvent montrer cette action directe, nonseulement parce qu'on cite des cas assez semblables dus à l'eau froide pure , mais encore parce que nous ne pouvons comprendre l'action spécifique de ces bains sur la sensibilité ; tandis que, déjà, nous concevons très-bien comment la contraetilité excitée des parties paralysées peut ramener la fonction des muscles et de plus les rendre ainsi aptes à profiter de la sensibilité nerveuse, comme le prouvent les belles recherches de M. Duchenne de Boulogne, et les savantes considérations auxquelles s'est livré à ce sujet M. Debout, dans le travail que nous avons cité plus haut. Ajoutons qu'à cet ordre de faits vient s'y joindre cet autre des modifications survenues dans l'hématose par la contractilité organique générale réveillée, hématose dont l'action sur les fonctions de l'appareil nerveux est mise hors de doute par les expériences physiologiques, comme par les faits cliniques. Circonstances qui attestent encore une fois que , dans la plupart des cas , abstraction faite de la forme organique de la maladie, pourvu qu'il y ait abaissement dans la situation de l'hématose, les conditions complexes de la médication marine pourront être, bien dirigées qu'elles soient, plus utiles que les pratiques hydrothérapiques.

« Un jeune homme de trente ans , d'une santé habituellement bonne , fut amené en voiture et porté à bras jusqu'à la mer. Pendant les premiers jours et à chaque bain les forces augmentèrent. Il put d'abord marcher avec deux cannes, puis après avec une seule. Dans la dernière moitié de la saison, il venait sans peine, et plusieurs fois par jour, se promener à l'air de la mer. En quelques semaines, il était rendu à ses forces et à son activité normales. Sa guérison se maintenait complète un an après. »

« M. P..., Anglo-Américain de vingt-six ans, naturellement gai, était affecté d'une débilité musculaire des membres inférieurs, sans lésion apparente de la moelle, ou, en d'autres termes, sans cause organique appréciable. Quand il faisait une course un peu longue, il commençait à sentir de la pesanteur dans les mollets, différentes sensations de tension aux muscles des cuisses; et, arrivé au terme de sa course, il était obligé de s'asseoir. Il avait les yeux saillants, les pupilles dilatées ; la lecture était impossible sans fatigue ; les jambes étaient le siège de sensations qu'il comparait à celles qu'on éprouve à la main quand on l'approche du feu , après l'engourdissement du froid. La main et le poignet droits avaient éprouvé déjà pour un temps les mêmes sensations.

« M. P.... fut envoyé à Dieppe (1837), où il prit les bains les plus courts, associés aux affusions. Après un certain nombre de jours , il n'avait encore rien gagné , et il commença à joindre aux bains les douches de 32° à 30° centigr. sur la colonne vertébrale, les lombes et les membres inférieurs.

« Au vingt-troisième bain et à la cinquième douche, son habilus extérieur était modifié : il avait engraissé et avait Meilleure mine , mais ses muscles ne s'étaient pas fortifiés; seulement, il se plaignait de douleurs inaccoutumées au sacrum et de picotements aux cuisses.

« Après trente bains et six douches, il partit avec un commencement d'amélioration. Peu de temps après, il nous écrivit qu'il ressentait les eifels heureux des bains de mer; et à notre retour à Paris , un mieux notable put être constaté. M. P.... fit, pendant l'hiver suivant, un voyage en Italie, et revint guéri. » (Gaiidet, Des bains de mer, p. 293 et 295.)

Dans la première observation , où l'on ne peut découvrir qu'une lésion de la contractilité musculaire, on voit les bains de mer, en rétablissant les forces et l'activité normale par leurs diverses conditions, guérir totalement le malade. Preuve que l'action des bains de mer avait rétabli l'équilibre entre les fonctions organiques et fonctionnelles et les unes par les autres. Dans la seconde, où, malgré que M. Gaudet n'ait pu découvrir une lésion de la moelle, nous ne pouvons voir

qu'une hypérémie de cet organe par suite de l'expérience que nous avons acquise sur ces maladies, il est manifeste que les bains de mer les plus courts et les affusions froides n'ont pu déterminer la réaction et la révulsion curatrices qui devaient amener l'équilibration fonctionnelle. Aussi faut-il recourir aux douches chaudes sur le rachis , les lombes et les membres inférieurs ; encore n'est-ce qu'après un voyage d'Italie que l'impulsion donnée par ses effets physiologiques est tout à fait complète, grâce à l'action centrifuge du climat. Ce fait, auquel nous pourrions en joindre de plus significatifs, si nous n'avions préféré choisir ceux qui n'émanent pas de notre observation, atteste tout ce que nous avons dit sur l'importance qui ressort dans les médications hydrothérapiques , de rétablir l'équilibre des fonctions et en même temps le rôle important que joue le climat pour aider le médecin à rompre les habitudes pathologiques qui portaient obstacle à cette même équilibration.

Sans se rendre exactement compte de cette action physiologique curatrice, des praticiens habiles l'ont naturellement comprise et utilisée, comme le prouve le cas suivant que M. Pouget emprunte à M. le professeur Boyer de Montpellier, et dans lequel, quoi qu'en pense M. Pouget, nous voyons encore une atteinte matérielle portée aux fonctions du cerveau, sinon par une hémorrhagie, au moins par une hypérémie.

« Un négociant, âgé de quarante-huit ans, d'une constitution primitivement forte, mais altérée par une vie très-orageuse et à la suite de vifs chagrins, fut atteint, en 1848, d'une hémiplégie presque complète du côté gauche. Rien ne portait à croire qu'il y eût eu coup de sang, hémorrhagie cérébrale, ou quelque altération matérielle des centres nerveux. Les bains de mer froids furent employés avec de grandes précautions, en les associant aux affusions céphalo-rachidiennes et aux pédiluves chauds. Après une saison de quarante-cinq bains, il ne restait que de légères traces de l'hémiplégie. Une seconde saison amena une guérison complète.» (Pouget, ouv. cit., p. 32t.)

L'intention du médecin de rétablir l'équilibration fonctionnelle, c'est-à-dire la contractilité et par suite la circulation, est ici plus manifeste. Le but de notre ouvrage est d'en rendre les effets plus évidents, afin que le praticien y dirige toujours plus directement ses moyens. C'est ainsi que nous pourrions citer des affections du cerveau et de la moelle, guéries par des affusions froides prolongées sur la partie malade pendant l'action révulsive des pédiluves chauds, des fumigations chaudes, l'usage des purgatifs, de suppositoires irritants et d'un régime alimentaire approprié aux conditions générales pour seconder l'équilibration cherchée, non-seulement entre les mouvements organiques, mais entre les liquides et les solides. Nous verrons, en effet , plus tard , que c'est dans les conditions de la nutrition que s'opèrent les plus évidentes résolutions comme les plus manifestes régénérations, qui constituent les plus parfaites et les plus durables équilibrations organo-plastiques, sous lesquelles seules peuvent se rencontrer les éléments de la véritable santé.

Voici d'ailleurs un nouvel ordre de faits qui témoignera encore plus clairement, si c'est possible, que le problème qui se soulève à chaque maladie et à chaque malade, réside dans l'équilibration organo-fonctionnelle dont la contractilité, la sensibilité, la nutrition et la caioricité fournissent les éléments radicaux, tandis que si l'hydrothérapie générale donne tant de moyens pour atteindre au but cherché, c'est qu'elle peut toujours s'adresser plus ou moins directement à l'une de ces facultés organo-vitales. C'est pourquoi aussi, on verra toujours mieux, j'espère, par cet ouvrage, que ce n'est pas en employant, d'ordinaire isolément, ce qu'on a appelé médication antiphlogistique, sédative, révulsive et tonique, mais par diverses actions physiologiques empruntées à la fois à ces médications, et combinées toujours de manière à atteindre ce but d'équilibration, non-seulement entre les fonctions de tels ou tels organes, mais également entre les solides et les fluides qui constituent vraiment les deux segments du cercle de la vie, sur laquelle ou avec laquelle, en définitive, nous agissons toujours. Ce sont de telles considérations qui font

de l'hydrothérapie, non pas un traitement particulier, comme on a trop voulu le faire croire, mais une branche de la thérapeutique générale qui peut venir au secours de bien des traitements , comme celle-ci peut réclamer l'intervention de ces derniers.

Anervie gastro-intestinale amenée ou entretenue par une diaphorèse excessive. Je dois cette observation à mon ami M. le docteur Dugas, qui voulut bien me mettre eu rapport avec sa malade, de sorte que je l'ai recueillie à Marseille d'après les propres détails de celle-ci. Mlle***, âgée de trente ans, éprouvait depuis fort longtemps des troubles dans les digestions. D'un tempérament nerveux et lymphatique , ayant perdu par la carie la plupart de ses dents, cette demoiselle ne pouvait prendre la nourriture la plus légère sans éprouver des pesanteurs à l'estomac très-fatigantes ; et lorsqu'elle ne s'alimentait pas suffisamment, elle était d'une faiblesse et d'un anéantissement désespérants.

Qu'elle eût mangé, qu'elle n'eût pas mangé, cette demoiselle était donc dans un état permanent, je ne dirai pas de souffrance, car elle n'accusait pas de douleur, mais de malaise fatigant. Ce malaise était même perpétuel : car si le jour la malade était tourmentée par les lenteurs de ses digestions, pendant la nuit elle suait constamment, et maintes fois jusqu'au point de mouiller ses matelas. Aussi, les fonctions digestives s'altérèrent de plus en plus, la constipation devint extrême, presque invincible, et la sécrétion urinaire trèsrare.

Divers genres de médications furent employés. Traitée d'abord pour une gastro-entérite, cette demoiselle subit le traitement qui est la conséquence d'un tel diagnostic, sans en retirer d'autre effet que celui de l'augmentation de ses faiblesses et une plus grande difficulté de digérer.

Ce fut en 1850, après plusieurs années de tourments, que mon judicieux confrère consulté, conseilla les bains de mer, l'exaltation fonctionnelle du tégument externe et l'inertie de l'interne lui ayant paru, sans doute comme à moi, de toute évidence. Cependant , il fut recommandé à la malade de ne

prendre que des bains de mer de dix minutes au plus, pour arriver aies prolonger successivement, ce qui arriva bientôt, car mademoiselle les supporta bien et parvint après quelques jours à rester une demi-heure dans l'eau.

Sous l'influence de cette prudente mais rationnelle médication , les sueurs diminuèrent , les sécrétions intérieures se rétablirent progressivement, et avec elles la puissance digestive. Lorsque je vis cette demoiselle, elle ne se plaignait plus que de quelques lenteurs passagères dans la digestion ; et, bien qu'elle eût cessé depuis quelque temps son traitement, les selles et l'émission des urines continuaient d'être fort régulières. Pareillement, les sueurs n'ayant plus reparu, cette demoiselle sentait une énergie nouvelle qui ne s'est plus démentie, car j'appris , six mois après , qu'elle jouissait d'une santé dont elle était chaque jour plus satisfaite.

Cette observation, si éloquente par elle-même, n'exigera pas de longues réflexions; mais nous ne pouvons nous dispenser de faire remarquer que les eaux de mer n'ont pas agi ici, comme le prétendent tant de médecins, en appelant l'excitabilité sur le tégument, mais en rétablissant l'équilibration fonctionnelle par une action contraire, qui témoigne en tout point de la justesse de nos observations physiologiques sur les effets des bains de mer. Rien de plus manifeste, véritablement ici, que le transport des liquides et des sécrétions de l'extérieur à l'intérieur; tandis qu'il ressort de cet effet la nouvelle énergie de vitalité et de contractilité des organes intérieurs, conséquence duc à l'action du nouvel afllux du liquide dans les capillaires, et par là les modifications de la contractilité de la fibre et de la sensibilité du système nerveux ganglionnaire.

Considérations cliniques qui s'accordent parfaitement avec celles qui ressortent des expériences de Janey-Philips Kay, et surtout de M. Brown-Séquard , relativement à l'influence qu'a l'afllux du sang sur la sensibilité et la contractilité. M. Brown- Séquard, en effet, est parvenu à rétablir les mouvements, même volontaires, d'un membre de lapin atteint de rigidité cadavérique, en mettant ce membre en communication de la

circulation d'un animal vivant de même espèce. ( Compte rendu de l'Académie des sciences, 9 juin 1851.)

Cette excitabilité du système nerveux, par suite de l'activité de la circulation capillaire déterminée par le bain de mer, est si évidente , que l'observation qui va suivre la démontre presque directement. J'emprunte encore ce nouveau fait à ma correspondance avec M. le docteur Dugas, et je laisse aux paroles de ce cber confrère toutes leurs expressions familières et énergiques. Cette observation démontre bien que si l'excitation de la contractilité de l'extérieur à l'intérieur est directe, celle qui s'opère intérieurement ne peut qu'être indirecte, et quelquefois pas suffisamment générale pour entraîner tout à coup la disparition de tous les phénomènes morbides; tandis que ce fait atteste, comme le précédent, que si la condition de la contractilité organique a une grande puissance sur les sécrétions, les élaboralions et par suite l'hématose, celle-ci a une grande influence sur l'organisme lui-même ; d'où il suit que c'est toujours dans l'équilibration produite parmi tous les phénomènes physiologiques qu'il faut rattacher les conséquences thérapeutiques.

« L. R. P. T***, prêtre , était atteint depuis longues années d'un rhumatisme vague avec des sueurs excessives; de telle manière que quand il avait prêché il lui fallait plusieurs heures de repos et changer plusieurs fois de linge. Je lui ordonnai des bains de mer. Dès les premiers il se trouve un autre appétit ; les forces lui reviennent, et avec ses bonnes digestions, qu'il n'avait pas depuis longtemps , la gaieté et l'entrain reparurent; mais après plusieurs bains il m'écrit, ne pouvant parler : que le rhumatisme nerveux , poursuivi de toute la périphérie du corps de cap en pied, s'est réfugié dans l'endroit caché. Je le trouve , en effet , se plaignant par signes d'une douleur atroce au voile du palais et à la langue. Je lui ordonne de mettre de la glace dans la bouche , et le malade est immédiatement guéri.

« Cette guérison ne s'est point démentie, et, maintenant encore, ce prêtre vénérable prêche plusieurs heures sans suer, et fait de longues marches sans fatigue. Par reconnaissance, il

fait tous les matins des ablutions sur tout son corps avec de l'eau froide. Il n'avait jamais eu de rhumatisme aigu, et le cœur est pur de toute lésion. »

Ces observations de diaphorèses, que je pourrais multiplier par celles de M. Gaudet, témoignent comment, en agissant spécialement sur les sécrétions intérieures et sur les élaborations, les eaux de mer, bien qu'ayant un mode d'action analogue avec l'eau ordinaire , peuvent fournir des indications particulières toutes les fois qu'il importe de remonter tout l'organisme et dans les conditions de sa contractilité , et dans celles de sa nutrition. C'est ainsi que l'on compte des chorées chroniques guéries parfaitement aux eaux de mer, et des chorées aiguës par les plus simples pratiques d'hydrothérapie. Dans ce dernier cas, il ne s'agit souvent que d'une équilibration entre les fonctions des organes, et par conséquent une simple commotion produite peut amener toutes les conséquences curatrices. Mais dans les cas chroniques, où la modification doit être plus complète dans les fluides comme dans les solides , je crois que l'on doit prendre en grande considération les faits suivants dus à M. le professeur Boyer, de Montpellier :

« Un enfant de dix ans, d'une intelligence remarquable , excessivement nerveux , fut guéri après quarante bains d'une chorée assez intense avec mouvements convulsifs des divers muscles de la face. Trois autres saisons éteignirent la susceptibilité nerveuse, et donnèrent aux muscles le développement et l'énergie qui leur manquaient.

« Effets analogues sur une tille non menslruée, chétive, atteinte de chorée et d'incontinence d'urine. En deux saisons, les règles s'établirent, la chorée et l'incontinence disparurent. La jeune personne devint grande et forte ; les bains de mer furent continués deux ans encore ; elle jouit aujourd'hui de la plus brillante santé. » (Pouget, ouv. cité, p. 330.)

Dupuytren, on le sait, avait préconisé les bains froids par surprise dans la chorée , et j'ai plusieurs fois, dans la chorée aiguë, fait jeter, à son exemple, des malades dans des bassins ou des fontaines au moment où ils y pensaient le moins.

Mais dans un cas très-grave je fus obligé de modifier ce procédé.

Un jeune homme de seize ans fut pris il y a plusieurs années de convulsions générales de tous les muscles, de manière à ne lui laisser aucun repos. Sa figure grimaçait sans cesse, son corps et ses membres s'agitaient sans relâche, et les efforts de quatre personnes ne pouvaient pas toujours le contenir un instant sur un lit jeté à terre , et lui faire avaler une cuillerée de potion ou de bouillon. C'était au point que les talons, les coudes, et toutes les parties saillantes du malheureux choréique s'entamèrent par leurs frottements incessants sur le drap de lit.

L'opium , la belladone, le musc , qui m'avaient réussi dans d'autres circonstances analogues, étant tout à fait inutiles , même pour amoindrir les symptômes du mal , je conseillai d'arroser le malade , trois fois par jour, avec de grands pots d'eau fraîche , au moment où, sous prétexte de le changer de linge , on le découvrirait.

Après trois jours il n'existait plus que quelques grimaces de la figure , qui se dissipèrent aussi en continuant encore quelques jours le même moyen. Cet individu est aujourd'hui un homme fort et vigoureux, ayant hanté impunément les cabarets, et y ayant fêté bruyamment toutes les fêtes démocratiques et religieuses dans les malheureux temps que la France et nos pauvres pays ont eus à traverser.

Comme on voit , nous nous plaisons à opposer les effets de l'eau froide simple à ceux de l'eau de mer, pour bien indiquer les cas dans lesquels chacune peut être plus particulièrement utile, évitant soigneusement de confondre, comme l'ont fait jusqu'ici volontairement les auteurs , les observations relatives à ces deux sortes d'eaux , pour grossir suivant leur vue le catalogue de la puissance de chacune d'elles. Ce n'était pas là faire de la science et surtout de la pratique , car le plus réel besoin de celle-ci consiste à pouvoir utiliser chaque chose dans ses plus entières propriétés , et à connaître leurs applications les plus directes pour en retirer le plus d'avantages et le moins d'inconvénients.

C'est à Ja faveur de principes si élastiques que l'on préconise indistinctement l'eau froide et l'eau de mer, d'après les faits de Tissot, Lorry, Zimmermann, Pomme, Whyt, Louyer- Villermé, etc., dans l'hystérie; tandis que nous, nous faisons encore ici toutes les réserves que nous avons déjà faites, suivant les circonstances, si ces maladies tenaient à l'état hypérémique de l'utérus, à une névralgie fixée particulièrement sur cet organe ou un autre , ou bien suivant qu'elles seraient liées à un appauvrissement du sang ou à une normalité évidente de l'hématose.

Dans le premier cas, j'adopte les applications locales froides, les irrigations ou les douches froides utérines, suivant que je veux plus rapidement exciter la contractilité qui doit s'opposer à la stagnation sanguine ; et je préfère l'eau de mer, si je puis supposer avec quelque probabilité que cette contractilité organique a été par trop abaissée. C'est ainsi que j'ai trouvé les douches utérines avec l'eau de mer, ou quelquefois l'eau salée, bien supérieures à celles avec l'eau de tan , d'alun , etc. , dans les cas où la menstruation était longue et abondante, ainsi que des hypersécrétions muqueuses.

Dans le cas d'appauvrissement général des liquides , j'associe aux douches utérines d'eau de mer, le séjour sur le rivage, les bains à la lame et à la vague, parce que la modification de l'hématose par les doubles voies de la respiration et de la contractilité organique excitée, aidée des commotions directes qu'éprouve la sensibilité, peut détruire la perversion nerveuse, comme le démontre le vieil axiome : Sanguis moderàtor nervorum.

J'éloigne au contraire de la mer, et surtout des bains à la lame, ces susceptibilités nerveuses très-vives et très-mobiles, parce que j'ai pu observer plusieurs faits analogues au suivant :

Une dame de trente-cinq ans , très-vive , très-mobile , très-maigre , mais de telle manière que ses muscles se dessinaient assez bien partout et qu'elle ne paraissait manquer que de tissu cellulaire, avait toujours été fort normalement réglée, et sa ligure était toujours colorée. Cependant elle avait

éprouvé toute sa vie des douleurs nerveuses; tantôt c'était un tic douloureux qui la tourmentait, tantôt une crampe d'estomac ou de violentes douleurs hypogastriques ; puis au milieu de tout cela survenaient des spasmes et des convulsions à la moindre impression violente ou à la suite d'une tristesse prolongée. Elle avait essayé d'une foule de remèdes , et n'avait jamais retiré de l'amélioration que des bains tièdes. On lui conseilla les bains de mer; mais elle fut aussitôt obligée d'y renoncer, car à peine était-elle dans l'eau , qu'avec une oppression insupportable au cœur et des déchirements dans la poitrine , elle éprouvait des vertiges sous lesquels elle sentait qu'elle se serait évanouie, si les assistants avertis par sa pâleur ne l'avaient retirée de suite. Par des applications froides sur les points douloureux , des bains tièdes combinés avec des affusions froides très-courtes , beaucoup de distraction , beaucoup d'exercice et de l'air, je diminuai les maux de cette dame , qui se trouve depuis dans un état dont elle est fort satisfaite.

Cette observation atteste déjà que les applications locales froides sont aussi propres à réveiller la contractilité de la partie pour déterminer la résolution d'une phlegmasie, qu'à amener la sédation de douleurs nerveuses. Phénomène qui ne peut guère s'expliquer qu'en admettant une circulation d'un fluide vital nerveux et une équilibration dans sa distribution comme dans le cas de phlegmasie. Mais, quoi qu'il en soit de cette raison physiologique , la conséquence clinique n'en est pas moins très-évidente , comme le prouve entre autres faits le suivant :

En 1836, une femme qui se plaignait de douleurs vives dans le ventre, vint me consulter, en me disant que son médecin l'avait abandonnée , après avoir essayé inutilement une foule de remèdes tous plus inutiles les uns que les autres, sangsues, lavements anodins, sirops calmants, bains, etc. Je lui ordonnai des pilules de belladone à doses fractionnées et rapprochées, et dans peu de jours elle fut bien et resta deux ans dans la plus parfaite santé.

A cette époque les douleurs se réveillèrent , et non-seule-

ment la belladone fut inutile , mais tous les remèdes narcotiques antispasmodiques , révulsifs , etc. , que je mis en usage sous toutes les formes. Je pourrais même dire qu'ils exaspéraient le mal; car cette femme en était venue à crier nuit et jour, à se rouler dans son lit et même sur les carreaux , en se plaignant de tous les feux et de tous les déchirements possibles dans son ventre.

La menstruation était normale, l'appétit variable , et cependant la malade était parvenue au plus extrême marasme. Le ventre touchait la colonne vertébrale , les membres étaient réduits à leur plus simple expression , mais point de symptômes d'anémie. Sans être colorée , elle le devenait par moment, et l'intérieur de ses paupières était toujours rouge. Le pouls , qui jusque-là avait été insensible à la scène morbide , commença à s'agiter, la diarrhée survint , et je crus la malade dans un état désespéré. Par l'idée d'une inflammation gastrointestinale surajoutée et à bout de moyens et de ressources , j'ordonnai des lavements d'eau froide soir et matin , de l'eau fraîche pour boisson , quelques crèmes de riz pour nourriture , et des applications de serviettes trempées dans l'eau froide en permanence sur le ventre. Huit jours après la malade était mieux; après quinze elle était bien, et à la fin de trois semaines elle était entièrement guérie. Voilà huit ans de cela, et, depuis, cette femme , qui reprit aussitôt son embonpoint , a recouvré toutes ses forces et sa fraîcheur, et a été rendue à ses travaux de ménagère et à ses soins de mère de famille sans ressentir la moindre atteinte de son mal.

De quelque côté donc qu'on envisage l'observation , on trouve toujours que les traitements hydrothérapiques agissent d'autant mieux qu'ils rétablissent plus immédiatement et plus directement l'équilibration fonctionnelle rompue par les con* ditions pathologiques. Si l'on en doutait encore, nous en trouverions la preuve la plus manifeste dans les résultats obtenus sur les fièvres intermittentes. Ici on cite les noms de Macquart, Buchan , Russel et Vogel comme les promoteurs des bains de mer dans les fièvres intermittentes opiniâtres , et l'on en parle comme si l'on devait attribuer une action

particulière à l'eau de mer. En 1848 et 1850, sans connaître les essais de Currie, de Giannini, de Priessnitz, ni les beaux résultats de M. Fleury sur cette maladie , je m'élevai , devant l'Académie de Marseille, contre cette idée que je trouvais entièrement en désaccord avec la raison physiologique et les autres conséquences thérapeutiques ; tandis que, aujourd'hui, ce que j'avançais par simple induction est prouvé par la matérialité la plus palpable des faits cliniques eux-mêmes. En effet, tout le monde connaît les observations de M. Fleury, qui, avec la disparition de l'accès fébrile , a pu constater et faire reconnaître à M. le professeur Andral la diminution la plus notable dans le volume de la rate. Frappé de ses résultats , dont nous apprécions d'avance le mécanisme physiologique, nous avons voulu expérimenter à notre tour, et par des moyens beaucoup plus simples que ceux de l'habile directeur de l'établissement de Belle vue , nous avons obtenu les mêmes résultats. Voici une observation de ces cas que je prends entre plusieurs autres tout à fait semblables.

Fièvre intermittente quarte d'Afrique guérie avec Veau fraîche , après avoir résisté plus d'un an au sulfate de quinine. Le nommé Macharez (Jean-Baptiste) , chasseur au 8e léger, est pris en Afrique, dans le courant de l'été de 1851 , de fièvres intermittentes quotidiennes qui furent coupées à de courts intervalles par le sulfate de quinine , mais qui revenaient bientôt après. Seulement , elles revinrent avec le type tierce , tandis que, par le retour en France , elles devinrent quartes. La fièvre revenait donc tous les trois jours, lorsque ce militaire entra le 8 juillet 1852 à l'hôpital de Manosque.

A cette époque, il prit régulièrement, jusqu'au 1er août, du sulfate de quinine et il n'en résulta que la disparition d'un ou de deux accès , sans du reste aucune amélioration sur l'état général.

En effet, le 1er août le malade avait encore sa fièvre tous les trois jours, sa peau était décolorée, ses yeux et ses conjonctives jaunes, etc.; je ne constatai cependant aucun développement anormal de la rate.

L'insuffisance du sulfate de quinine m'étant suffisamment

démontrée, je voulus essayer l'action de l'eau froide. Mais j'étais préoccupé du mode d'application qui pouvait être le plus efficace pour une fièvre qui n'entraînait aucun engorgement splénique et qui d'ailleurs, par sa forme quarte, me paraissait devoir être moins sensible à l'agent perturbateur ou équilibrant, ainsi qu'elle est plus réfraclaire aux autres moyens usités.

De plus, je n'avais pas à ma disposition les douches puissantes de M. Fleury. Au milieu de ces difficultés et de mon dénûment, je résolus néanmoins de lui faire recevoir sur la région splénique, de l'eau froide, projetée au moyen d'une seringue ordinaire pendant quelques minutes, de deux à cinq, une heure avant l'accès.

Cette pratique fit manquer les deux premiers accès, le troisième fut un peu marqué; et enfin, le malade en éprouva trois autres ressentiments dans le courant de la première quinzaine du mois d'août.

Alors, je jugeai l'action de ces douches, insuffisantes et pour rompre cette habitude de périodicité, je voulus, les jours apyrétiques, provoquer un mouvement organique et fonctionnel à peu près semblable à celui du ressentiment fébrile. Dans cetie intention, les jours que le malade devait avoir la fièvre, il était douché comme d'habitude; tandis que, les autres jours, à pareille heure, je le faisais lotionner et frictionner avec de l'eau fraîche de la tète aux pieds et ensuite envelopper dans une couverture de laine pour provoquer la sudation, après laquelle il subissait une affusion froide.

Sous l'influence de ces moyens ou plutôt de ces mouvements organiques provoqués, dès le 15 août, Macharez n'eut plus aucun ressentiment de fièvre , ce qui ne m'empêcha pas de prescrire les lotions, les sudations et les affusions jusqu'au 25.

A cette époque, je ne pensai plus qu'à hâter le retour entier des forces du malade, et à modifier toujours plus favorablement les conditions de son hématose, car les conjonctives, quoique moins décolorées, Tétaient encore. Pour cela, j'ordonnai soir et matin des aspersions froides au moyen d'un

arrosoir sur tout le corps , des viandes rôties et double portion de vin. Le 6 septembre la coloration était presque normale ; le malade assure n'avoir jamais si bien été depuis un an, il trouve même que ses forces sont peu différentes qu'avant sa maladie; aussi le 12 septembre il demande à sortir de l'hôpital pour reprendre son service militaire.

N'est-ce pas là une équilibration fonctionnelle non-seulement obtenue mais prévue? M. Fleury, en donnant sa douche sur la région splénique , ne détermine-t-il pas la contractilité de cette région et de la rate en particulier, puisqu'on la voit diminuer de volume? Or, cet organe, et par suite les vaisseaux abdominaux, étant resserrés ne peuvent pas se distendre, recevoir le sang de la périphérie et laisser concentrer avec lui les fluides et la vitalité. Donc le frisson ne peut avoir lieu; et si Ton fait coucher le malade et qu'on le fasse entourer d'une couverture de laine, comme je le pratique, il a précisément la chaleur alors qu'il devait avoir le frisson. Le mouvement organique insolite ou pathologique est donc contrarié par un autre tendant à rétablir l'équilibre physiologique. Ce qui le prouve manifestement, c'est que, si la fièvre devance et surprend le malade, de sorte qu'il n'aille à la douche que lorsque le frisson va se déclarer, que le mouvement centripète des fluides a déjà commencé, l'accès n'est pas arrêté ; car la douche, à part un peu plus de contractilité réveillée sur la région splénique, seconde le frisson, de manière que cette contractilité ne peut résister au courant des fluides commencé.

Le procédé de M. Fleury, comme ceux de Currie, de Giannini , de Priessnitz même, a été donc parfaitement combiné^n vue de notre principe , et , dans la fièvre quarte, nous y avons ajouté d'autres pratiques tendant à habituer journellement l'organisme à ce mouvement de contractilité intérieure et d'expansion extérieure qui doit détourner toujours plus puissamment la viciation d'équilibration pathologique, comme l'a prouvé l'observation précédente.

Maintenant , par ses qualités chimiques , l'eau de mer serait-elle plus ou moins convenable dans la circonstance? Tout

porte à penser qu'avec les mêmes conditions d'applications elle ne pourrait être ni plus ni moins utile; qu'avec des bains à la lame , il pourrait y avoir ce danger que la concentration des fluides, excitée par la contractilité de toute l'habitude extérieure , n'augmentât la distension abdominale et n'empêchât ainsi la réaction avant le frisson. Dès lors, ce moyen, au lieu d'arrêter l'accès, ne pourrait que l'avancer et peutêtre le rendre plus violent. D'où il suit que les faits observés par Macquart,Buchan, Russel et Vogel dépendent autant de la puissance de réaction individuelle que du moyen perturbateur du mouvement pathologique. Toutefois, nous ne pouvons nous refuser à croire qu'à condition d'application égale, dans le cas de cachexie paludéenne, comme dans l'exemple que nous avons cité, par le séjour au bord de la mer, dans un air sec, les modifications constitutionnelles ne fussent plus facilement obtenues; tandis que, dans le cas de fièvre quarte , les bains à la lame pour les jours apyrétiques ne fussent très-utiles, et par la réaction qu'on chercherait à obtenir et par les modifications qu'ils détermineraient dans l'hématose à la suite des phénomènes physiologiques respiratoire et organique que nous avons constatés.

Nous devons donc conclure de tous ces faits que toutes les questions hydrothérapiques se touchent par un certain côté, qu'elles ne sont ni aussi distinctes ni aussi confondues qu'on l'a cru jusqu'ici ; mais qu'il y a entre elles des nuances essentielles quoique légères, qu'il importe à la science d'apprécier, pour que la pratique puisse les utiliser. Qu'ainsi , si nous ne pouvons regarder l'eau de mer comme plus puissante que toute autre eau froide dans le cas de ce pestiféré en délire qui, d'après Desgenettes , alla se jeter à la mer et guérit; si nous ne pouvons, dans les cas pareils d'IIildebrand, reconnaître plus de vertu à l'eau de mer qu'à l'eau froide, puisque Samoïlovitz, dans la peste de Moscou en 1771, obtint des succès remarquables en faisant frotter les malades de glace; si nous ne pouvons attribuer plus de puissance à l'eau de mer dans les fièvres malignes et alaxiques d'après les faits de Currie, Wright, Brundrolh, Gomez, puisque Récamier, Dimsdale,

Reuss, après la bataille de Lutzen, MM. Halhnann de Berlin , Picetti d'Elgersbourg, Lauda de Leipnéritz, Armitage de Londres ont obtenu et que M. le professeur Àndral, M. Briquet à Paris, et nous-même obtenons depuis quelques années les mêmes résultats avec l'eau froide ordinaire, il est cependant rationnel d'admettre que les bains de mer seraient plus avantageux comme préservatifs de toutes ces maladies dans le cas d'épidémie. Avec plus d'énergie dans l'accomplissement de la respiration et plus de puissance dans la dynamie organique, par l'élévation de la contractili té, on comprend de plus parfaites sécrétions , de meilleures élaborations et par conséquent une réaction plus puissante contre une radication morbide épidémique. C'est ainsi que je m'explique le fait de Currie, qui préserva le reste d'un régiment décimé par la fièvre maligne, en le faisant baigner à la mer. C'est également par cette perfection dans l'équilibration de la dynamie organique entraînant celle de la plasticité, qu'on aurait observé que les établissements d'éducation, différentes communautés, divers régiments, qui s'étaient baignés à la mer pendant l'été, avaient moins de malades dans le courant de l'année que dans celles où ils n'étaient pas allés à la mer. Faits qui s'accordent encore avec ce que rapporte M. Mourgué : que les maladies ont paru être moins nombreuses, lorsque les équipages sont en pleine mer que lorsqu'ils séjournent ou naviguent près des côtes.

Toujours, donc, les résultats hygiéniques comme les résultats thérapeutiques dépendent d'une équilibration fonctionnelle provoquée et obtenue, et tous les faits de peste, de fièvres malignes guéries par l'eau froide, ne reconnaissent pas d'autres motifs de curation. Seulement, s'il en est ainsi, je suis autorisé à dire que la pratique reste en dessous de la science ; car, bien que les médecins précités aient employé l'eau froide, ils n'ont pas précisé, M. Armitage même {Bulletin de thérapeu tique, octobre et novembre 1852), les modes d'applications préférables dans tel ou tel cas. Ils conseillent le bain tiède ou froid, les affusions, les demi-bains, les applications locales froides , mais sans indiquer suffisamment l'opportunité de

chacun. Nous croyons devoir expliquer notre pratique à cet égard, et en donner un résumé succinct pour mettre seulement en relief la vérité principe que nous cherchons à élever ici, nous réservant de la traiter ailleurs dans toute son étendue avec les faits qui nous ont inspiré.

Dans les fièvres typhoïdes ordinaires, nous nous bornons à des applications froides sur la tête et le ventre , au moyen de linges trempés ou mieux, avec les vessies et bonnets à glace en caoutchouc vulcanisé, que MM. Yarnout et Galante font fabriquer à Paris sous la direction de notre excellent confrère M. Gariel. De cette manière, nous réveillons la contractilité organique locale et nous nous opposons aux conséquences de la phlegmasie. Nous devons le croire ainsi, par cette circonstance que la céphalalgie cesse, le ventre ne se tuméfie pas ou revient sur lui-même s'il était ballonné. La contractilité est si évidemment réveillée que des selles abondantes ont quelquefois été la conséquence immédiate de ces applications, tandis que souvent nous avons dû leur attribuer la liberté du ventre. Tous ces elfets sont aidés par des boissons froides et des lavements froids. Mais ajoutons que pour obtenir l'effet désirable de ces applications , il faut : ou employer l'eau ou la glace au moyen des vessies en caoutchouc, ou renouveler souvent les compresses; car nous devons croire avec Currie que la soustraction de calorique obtenue par ce moyen, est pour une très-grande part dans l'effet produit. Peut-être même que le retour de la contractilité dépend entièrement de cette circonstance.

Dans le cas de concentration persévérante de la phlegmasie, avec la peau froide, le pouls serré et filant, nous faisons promener des sinapismes sur les extrémités ou entourer et les jambes et les bras de linges de laine trempés dans l'eau chaude et suffisamment pressés, tout en continuant les moyens indiqués. Si la chaleur générale est trop élevée, toujours avec les premiers moyens, et avec des évacuations sanguines par des sangsues à l'anus, si la plénitude du pouls les indique, car nous ne partageons ni l'enthousiasme aveugle, ni la réprobation irréfléchie des hydropathes exclusifs , nous donnons

des bains généraux tièdes très-prolongés. De cette manière, nous ne contrarions pas l'expansion extérieure que nous cherchons toujours à atteindre, tout en soustrayant du calorique, puisque, ainsi que nous l'avons soutenu devant l'Académie de médecine de Marseille, et que l'ont reconn u depuis M. Rayer et tout récemment M. Armitage , ces bains ont surtout ce dernier effet. Les frictions froides légères et répétées peuvent amener les mêmes conséquences sur la caloricité; mais nous leur préférons les bains tièdes , parce que, par eux, nous ne craignons pas de contrarier le mouvement centrifuge, redoutant toujours de nous mettre sous la dépendance d'une réaction éventuelle ; d'autant que , s'il est vrai de dire avec Currie que plus la chaleur du corps est élevée mieux on peut user de l'eau froide, souvent la peau sans être froide n'est pas assez chaude pour ne pas craindre de ne pouvoir obtenir la réaction voulue.

Nous réservons les affusions pour les complications ataxiques, et seulement lorsque le musc a échoué; car nous avons retiré de grands avantages de ce remède, en pareil cas, ainsi que nous l'avons constaté dans divers travaux insérés en 1842, 1843 et 1844 dans le Bulletin général de thérapeutique. Toutefois, les affusions froides nous ont rendu des services particuliers dans les cas où la stagnation sanguine encéphalique compliquait manifestement ces troubles nerveux. Dans chacune de ces circonstances, le musc et les affusions froides agissent presque d'une manière à peu près analogue quant à leurs conséquences. Le musc comprime toutes les fonctions nerveuses sous une sorte d'ébriété, tandis que les affusions , par l'atteinte qu'elles portent à la sensibilité, affaissent cette même sensibilité désordonnée, sous l'impressionnabilité générale delacontractilité subitement provoquée de tous les solides : ce qui, mettant un instant tous les organes sous le niveau d'un spasme général, équilibre d'une certaine manière toutes les fonctions, qui suivent après un certain temps la direction de la nouvelle impulsion reçue. Dans le cas de stagnation sanguine encéphalique, outre que nous voyons le musc insuffisant, nous le croyons nuisible,

parce que l'ébriété, par laquelle il agit, augmente cette même stagnation cérébrale ; tandis que les affusions sont préférables par la contractilité organique réveillée , quand on a soin de faire porter d'abord les affusions sur la tête. C'est ainsi que , lorsque nous observons chez nos malades , les conjonctives continuellement rouges, avec coma, alternant avec les mouvements ataxiques , nous préférons les affusions au musc.

Ajoutons qu'avec ces moyens nous avons obtenu les résultats les plus satisfaisants dans des épidémies de fièvres typhoïdes qui régnent souvent dans nos pays , pendant les automnes chauds et humides, mais que ce n'a été jamais encore qu'à une seule condition que les faits que nous ne pouvons reproduire ici nous ont enseignée. Avec l'équilibration organique dont nous avons parlé, il faut aussi obtenir l'équilibration fonctionnelle entre solides et liquides, au moyen d'une diététique qui ne contrarie jamais les mouvements de décomposition et d'éliminations s'opérant par le fait des premières circonstances physiologiques, c'est-à-dire d'équilibration organique. Nous citerons plus tard, au sujet du régime , quelques-uns des cas qui nous ont fourni des exemples significatifs de cette vérité principe en pratique, et qui montreront ce que nous pouvons déjà dire ici : que dans toute maladie phlegmasique en résolution ou en travail de résolution, il faut que la fibre organique prenne le dessus un instant sur la plasticité des liquides ; parce que , dans ceux-ci résidant la cause radicale du mal , cette cause doit s'éliminer par la puissance organique remontée, puissance qui seule peut pousser à la décomposition et à l'élimination nécessaires. Aussi, si dans ce consensus organique dirigé vers cet acte physiologique médicateur, on vient à donner un peu de nourriture , le mouvement de décomposition et d'élimination est arrêté ou plutôt remplacé par celui d'absorption et d'assimilation , et la scène pathologique recommence , avec les conséquences souvent les plus fâcheuses , comme j'ai pu malheureusement l'observer chez des malades où je n'étais appelé qu'en consultation, et qui étaient dirigés

par des confrères qui n'étaient pas arrivés jusqu'à mes convictions.

Dans ces cas-là, il ne faut pas s'en laisser imposer par une faiblesse ou un mieux apparents. Pour nous, il y a la faiblesse pathologique et la faiblesse physiologique ! l'une survient précisément par la rupture pathologique trop prononcée de l'équilibration organique, l'autre est la conséquence de l'abaissement égal de toutes les fonctions vitales et de toutes les facultés organiques. Dans la faiblesse pathologique, tous les symptômes morbides existent avec un pouls serré et quelquefois misérable; et si dans ce cas nous avons jugé à propos de relever la dynamie générale, nous avons préféré les toniques aux analeptiques, les aliments respiratoires, comme les appelle Liebig. Le vin, l'extrait mou de quinquina, à l'exemple de M. Chomel, nous ont réussi ; tandis que nous avons toujours trouvé funestes les bouillons de viande, et surtout les crèmes féculentes que la routine banale donne en pareil cas. Nous réservons toute alimentation pouvant porter sur la plasticité, à ce moment, où, tous les mouvements organiques et toutes les modifications plastiques de la résolution étant effectués, la maladie a été bien manifestement jugée par une coction complète, comme disaient les anciens. Et les preuves de cette effectuation, sont avec le réveil des sens, non-seulement la petitesse du pouls, mais sa lenteur. Nous avons parlé de coction, et nous ne voulons pas laisser passer ce mot sans dire que : cette belle idée des anciens, pour eux inexplicable, est pour nous entièrement intelligible dans ce moment sublime où l'organisme par ses mouvements a pris manifestement le dessus sur les fluides altérés et arrive à l'équilibration organoplastique, c'est-à-dire, à ce moment où le remontemenfc de la fibre, pour parler comme Bordeu, a pu éliminer, par les sécrétions, les matériaux de la résolution, et par conséquent tous les principes morbides des fluides.

Ces considérations qui nous conduisent insensiblement aux études sur les résultats thérapeutiques, par modification et régénération de la nutrition, qui vont faire l'objet du chapitre suivant, devraient terminer celui-ci ; mais, si j'ai dû suivre

le fil de l'observation, et profiter de la question incidente de l'altération des fluides que m'offraient les fièvres typhoïdes, je ne dois pas taire les résultats obtenus avec l'eau de mer dans la manie qui se rattache par certain côté à l'ataxie , ni passer sous silence le rétablissement de la dynamie musculaire dans les cas où la faiblesse de quelques-uns d'entre eux, en détruisant le parallélisme équilibrant , laisse entraîner les colonnesosseuses par des muscles antagonistes. Cesfaits termineront ce chapitre, et prouveront toujours mieux les principes que nous venons de mettre au jour, pour diriger la thérapeutique, de l'eau, comme toute la médecine appliquée dont la première est inséparable ; car, bien qu'en aient pensé Priessnitz et son école dans leurs vanités , il est certain que l'hydrothérapie ne s'est incorporée avec le reste de la thérapeutique, que parce qu'elle rentre immédiatement dans ce vieil axiome de l'école de Cos : Contraria contrariis cura ni ur . Ce grand exemple, laissant les homœopathes toujours plus en dehors de la grande famille traditionnelle, doit enfin leur montrer que, s'ils restent à l'écart, c'est parce qu'ils ont divorcé avec toute raison et toute bonne foi.

Revenons à nos observations. De tous les faits que compte la thérapeutique marine sur les troubles de l'intelligence, le plus remarquable est celui observé par M. Bocquis, et rapporté dans la thèse de M. Monoyer ( Montpellier, 10 février 1818). Mais précisément par ce fait, il est parfaitement évident que le résultat obtenu dépend encore de l'impression reçue par le système nerveux, et nullement par les qualités chimiques de cette eau. Aussi cette observation rappelle la pratique de M. Leuret, qui donne la douche à ses aliénés plutôt comme punition, pour impressionner le système nerveux, que comme remède. Le moyen de M. Bocquis, qui aurait parfaitement compris les troubles pathologiques de l'intelligence, tout en cherchant à arriver au même but, nous paraît plus puissant. En effet, M. Bocquis envoya sa malade sur les bords de l'Océan, près de Bayonne, en recommandant qu'elle fût plongée tous les jours dans la mer à la marée montante, de manière à être seulement soutenue pour qu'elle fût

soulevée par les Ilots, ballottée par les vagues, et qu'elle pût ainsi avoir, à tout instant, la crainte d'être submergée.

Ce fait est à mon avis plus significatif que les neuf cas rapportés par M. Gaudet (ouvr. cit., p. 277) ; ces cas manquent de détails, et l'on ne peut guère en induire qu'une seule chose: c'est qu'avec la tonicité organique générale sont venues de meilleures élaborations , et avec de meilleures fonctions la disparition de la mélancolie que caractérisaient l'abattement et le désespoir.

Dans ces cas, il est vrai , on doit compter pour beaucoup les modifications que l'air de la mer peut porter aux fluides par la respiration et la tonicité que les bains amènent dans l'organisme, en remontant les fonctions par la contractilité générale. Aussi ces faits nous donnent à penser si les bains de mer, ou plutôt la médication marine, ne serait pas utile à ces idioties sans étroitesse de la tête, où, avec l'abaissement de l'intelligence, on constate une inertie de toutes les fonctions. Ce qui devrait relever notre espérance à cet égard, c'est que M. Couerbe et ensuite M. Lhéritier ont constaté un excès de phosphore dans le cerveau des fous, et la diminution de ce principe chimique dans celui des idiots (Lhéritier, ouvr. cit., p. 596). Or, si l'air de la mer ou les eaux prises à l'intérieur ne pouvaient directement introduire cette substance dans l'économie, il est certain qu'elles peuvent disposer les fonctions physiologiques à en produire, puisque nous voyons si bien agir cette médication dans les scrofules et le rachitisme qui manquent de phosphates. C'est à la pratique à s'emparer de cette idée que lui dévoile la science.

On sait que depuis Portai on ne peut attribuer toutes les déviations osseuses au rachitisme, mais à une faiblesse particulière de certains muscles ; or, dans ces cas, les eaux de mer agissent comme dans les diverses faiblesses musculaires que nous avons déjà observées, ainsi que le prouvent les faits qui vont suivre. Dans toutes ces circonstances la contraclililé est directement réveillée dans les fibres anervies, comme elle l'est indirectement par les modifications survenues dans l'hématose par toutes les sécrétions et élaborations.

« Le fils de M. L. . ., médecin aux environs de Limoges, était né paralysé de tous ses membres; à l'âge de cinq ans, il fut porté à Royan, ne pouvant, ni se servir de ses mains, ni se supporter sur ses jambes, ni môme avaler avec facilité. Au bout de deux saisons, après que nous eûmes fait la section des tendons d'Achille, pour détruire la contraction des muscles gastrognémiens qui avaient produit deux pieds bots, le jeune malade pouvait marcher, se servir de ses mains ; la parole et la déglutition lui étaient plus faciles. » (Poucet, ouvr. cit., p. 321.)

«< Mlle***, de Marseille, âgée de dix-sept ans, née d'un père fort et vigoureux, et d'une mère d'un tempérament délicat et d'un teint pâle, avait une déviation très-marquée de la colonne vertébrale, pouvant caractériser ce qu'on appelle une véritable bosse. D'après l'avis du médecin de la maison, son père lui fit prendre des bains de mer ; et tous les jours il la conduisait vers la pointe du Pharo, où elle se plongeait, en s'exposant à l'action immédiate de la vague. On ne larda pas à s'apercevoir des bons effets de cette espèce de douche, qui venait frapper horizontalement la partie déformée. Cette demoiselle s'était si bien aguerrie que lorsque la mer était agitée, elle bravait les dangers pour s'exposer à l'action de la vague, tellement elle en appréciait les bienfaits. En persistant à prendre les bains de mer à la lame, elle eut la satisfaction de voir sa difformité disparaître entièrement après le quarante-deuxième bain. >» (Robert, Manuel des bains de mer sur le littoral de Marseille, p. 162.)

Diverses paralysies de vessie rentrent dans cette classe d'affections, et M. Gaudet en cite un cas où la maladie fut améliorée, tandis que nous nous sommes toujours trouvé fort bien, en pareille circonstance, de douches froides, de bains de siège froids, et d'injections avec le même liquide, ce qui rappelle le succès obtenu par l'eau froide sur la maladie de M. le comte de Rechberg, à qui il faut rapporter la brillante laveur du traitement par l'eau de Priessnitz. Les prolapsus de l'utérus, par suite de relâchement des muscles du bassin , des ligaments suspenseurs, après un accouchement dont les

suites ont été mal conduites, ou chez des femmes à fibre molle et à tempéraments lymphatiques, sont presque toujours améliorés par les bains de mer, plus que par diverses pratiques hydrothérapiques, comme j'ai pu l'observer. C'est ainsi que j'ai souvent trouvé que les femmes qui revenaient de se baigner au rivage avaient toujours l'utérus beaucoup plus élevé, de sorte même qu'à celles qui avaient des abaissements de matrices , on avait de la peine , après la saison marine, d'atteindre le col utérin avec le doigt. Aussi plusieurs malades disent-elles souvent avec joie : les bains de mer me font tellement de bien que je ne puis plus toucher ma matrice.

Cependant il est des circonstances où le relâchement est si ancien , et l'abaissement si prononcé , que les bains de mer restent sans effet; tandis que j'ai pu constater que leurs beaux résultats n'étaient que trop souvent temporaires. Ces motifs m'ont porté à imaginer certaines modifications qui m'ont réussi dans deux cas où la médication marine ordinaire avait échoué. Voici le résumé de ma méthode et des deux faits dont je parle.

Combinant la pensée de Lisfranc , qui veut que l'abaissement de l'utérus ne soit que la conséquence de son engorgement, et celle du docteur Gariel , qui croit que le plus souvent l'engorgement n'est que le fait du changement de position, pour assurer d'ailleurs le dégorgement obtenu par la médication, ainsi que la rétraction effectuée des ligaments suspenseurs, j'agis delà manière suivante : dans le cas de sensibilité trop vive de l'organe, je fais pratiquer soir et matin, pendant une heure , des douches intérieures à l'eau ordinaire froide , au moyen de mon bain de siège irrigateur, dont je donnerai plus tard la figure et la description, ou avec tout autre appareil, si l'on ne peut se procurer celui de M. Maisonneuve. Avant de descendre du lit, la malade introduit le pessaire en caoutchouc vulcanisé de M. Gariel, le gonfle au point voulu, puis se lève et va au bain de mer où je l'engage à nager. Après le bain, la promenade et même un certain exercice qui sont d'un avantage immense ; car tous les praticiens, s'ils ont pu

constater la nécessité du repos dans certaines circonstances, en ont aussi reconnu les graves inconvénients, soit envoyant diminuer la force de la constitution générale, soit en favorisant la stagnation des liquides dans le bassin. Avec notre méthode , nous avons pu profiter de tous les avantages, en évitant tous les inconvénients. Dans le cas d'indolence de l'organe et d'un relâchement plus prononcé, je fais prendre des bains de mer à la lame avec mon irrigateur utérin et placer le pessaire de M. Gariel avant de sortir de la mer, en retirant l'irrigateur. Par cette pratique , j'ai obtenu récemment deux succès aussi complets que possible ; car les malades ne se plaignent plus d'aucune douleur, peuvent rester plusieurs jours sans porter leurs pessaires, sans sentir l'utérus s'abaisser. Eu môme temps , leur constitution s'est totalement modifiée, dépendant je conseille à ces dames de porter encore pendant plusieurs années leurs pessaires, surtout lorsqu'elles se disposent à faire quelque exercice, et à pratiquer soir et matin des injections prolongées à l'eau pure froide ou à 1 eau salée.

Je passe à d'autres laits qui vont prouver que toute maladie qui peut reconnaître pour radication une faiblesse dynamique dans les solides, et chimique dans les fluides, peut retirer des bains de mer des avantages marqués. De sorte qu'il ne faut guère aller chercher les indications de ces eaux dans la lésion organique, mais dans les conditions de la constitution générale. La lésion organique, comme tout ce qui précède le démontre , ne fournit que des indications particulières ou des contre-indications, toutes relatives à l'équilibration organique nécessaire. D'où il suit qu'en respectant cette équilibration, d'après les principes que nous avons cherché à mettre en évidence, toutes les fois qu'il s'agira de redonner à la constitution générale et de la tonicité organique et des élaborations tibrineuses et azotées pour seconder l'équilibration entre les tluides et les tissus , la médication marine deviendra un des plus puissants régulateurs auxquels on puisse s'adresser.

Pour prouver la dernière circonstance, nous n'avons qu'à

rappeler les bons effets de la médication marine, que tous les praticiens ont reconnus dans les cas où l'onanisme ou la spermatorrhée avaient produit la plus déplorable débilité et dans la fibre et dans les liquides. Ici, tout se comprend, et la cause et les résultats ; nous n'y insisterons donc pas davantage pour passer de suite à ces faits qui établissent qu'avec les lésions organiques les plus sensibles, on peut, en ménageant Porgane lésé, imprimer des modifications heureuses à la constitution, de telle sorte que ces modifications soient favorables à la résolution de la lésion même.

« Un jeune homme de dix-huit ans, très-sain et très-sage, mais s'étant appliqué continûment au travail (myope à un degré qui lui faisait porter des verres de couleur), se trouvant affecté d'une exaltation douloureuse de la sensibilité visuelle, qui se réveillait surtout par la lecture, par la réflexion des rayons solaires, par la lumière artificielle, par la force du vent, consulta M. Maunoir, de Genève. Venu à Dieppe (1837) par les conseils de ce praticien, il s'offrit à nous avec une transparence parfaite des cristallins et une contractilité normale de la pupille, et commença la saison par deux jours diffusions céphaliques pratiquées sur le bord de la mer, sans se baigner. Le troisième jour, il prit un bain d'une minute; le quatrième de deux minutes, en insistant surtout sur les affusions. Les effets primitifs de ces bains se montrèrent presque nuls chez lui. Au sixième bain , il s'aperçut d'un peu d'amélioration dans sa vue ; il put lire deux heures et demie sans souffrir. Cène fut qu'à son treizième bain qu'il lui fut permis de doubler dans la même journée. A cette époque , l'amélioration des yeux continuait; il estimait qu'ils se fatiguaient quatre fois moins qu'à son arrivée, et il souffrait notablement moins en lisant et en supportant la réverbération du soleil. Au dix-huitième bain, il essaya de l'action de la lumière d'une lampe, et sa vue supporta bien cette épreuve. Son teint d'ailleurs était éclairci, et son visage semblait débouffi. Le jour du vingt-quatrième bain, il écrivit pendant deux heures et resta exposé au soleil de la plage; en rentrant chez lui, il éprouva aux paupières une sensation particulière qui n'était pas de la

douleur. Après le vingt-sixième bain, il fut impunément de soirée dans un salon vivement éclairé.

« Ce jeune homme partit, après une saison de trente-quatre bains, avec une guérison qui se consolida dans les mois suivants. » (Gaudet, ouvr. cit., p. 284. )

Ici, on doit remarquer aussi bien une équilibration organique qu'une équilibration entre les fluides et les solides; car, outre la disparition des phénomènes locaux, on doit faire attention à l'éclaircissement du teint et à la débouffissure du visage qui attestent autant de la diminution de i'hypérémie encéphalique que de l'amélioration de l'hématose. D'ailleur?, est-ce que les douleurs des yeux dissipées n'annonçaient pas une répartition plus égale du fluide nerveux dans l'organisme? Et n'est-ce pas seulement peut être, parce que cette force a augmenté dans l'organisme en général qu'elle a diminué dans les yeux? Ce qui le prouve, c'est que la médication marine n'est pas toujours si heureuse dans les névralgies. Aussi , en rapprochant ce fait de ces autres : que les bains de mer peuvent contrarier une sensibilité générale trop vive, on arrive à cette démonstration : que, dès rinstantqu'on ne peut supposer un afl'aiblissemcnt dans la force nerveuse générale, on ne peut guère en espérer une action sédative locale. C'est ainsi que les anémies sont plus heureusement modifiées par les bains de mer, et les névralgies par l'hydrothérapie simple; faits qui prouvent toujours mieux que, dans tous les cas, il ne peut cire question que d'équilibration organique particulière et fonctionnelle générale.

Pourrait-on se refuser à admettre ces idées, lorsque la pratique nous fournit des faits pareils à celui de M. de Bréville, déjà cité, dans lequel M. Mourgué constate, avec un faciès apoplectique, une paralysie des membres presque générale. D'ailleurs, pour les praticiens, la doctrine que nous mettons au jour, quoique n'ayant été jusqu'ici formulée nulle part, n'estelle pas comme instinctivement aperçue? Le raisonnement de M. Gaudet nous le montre.

« Dans l'hémiplégie apoplectique et l'hémiplégie liée à une lésion organique de l'encéphale et du nerf facial, l'action lo-

nifiante des bains de mer relevait toujours la constitution détériorée , les forces et les digestions affaiblies des individus qui en étaient affectés. Là où ces maladies étaient accompagnées de céphalée ou de crises douloureuses dans les membres paralysés, cette action devenait surtout puissamment sédative. Ce n'était ordinairement qu'à dater de ce moment que les effets dynamiques des bains de mer s'exerçaient sur la fonction innervatrice, selon qu'elle était plus ou moins altérée. Il y avait, dans tous les cas, toujours chance d'augmenter l'énergie de ces différents modes d'action, en veillant à la durée des bains, en leur associant les affusions et en détruisant les mouvements conjectionnaires de la tête par une émission sanguine pratiquée à propos. » (P. 287. )

Ces paroles, que l'expérience de M. Gaudet a tracées, attestent d'une manière confuse, il est vrai, les principes que nous avons formulés d'après l'observation hydrothérapique générale; mais elles constatent que dans les paralysies dépendantes d'une lésion des centres nerveux , les bains de mer peuvent relever utilement les forces générales, devenir le régulateur de l'action nerveuse; car les céphalées et les crises douloureuses des membres relatées par ce praticien prouvent deux choses : et la perturbation de cette action, et la possibilité de rétablir la circulation du fluide sensitif , puisque, dans les cas où la lésion intercepte toute communication de ce fluide, on trouve des paralysies aussi complètes qu'indolentes. De plus, cette équilibration générale des fluides ne s'obtient évidemment qu'en respectant en même temps l'équilibration des fonctions organiques en particulier, l'observation ayant fort bien appris à M. Gaudet qu'il fallait veiller à la durée des bains et associer quelquefois la saignée aux affusions, pour détruire les mouvements conjectionnaires de la tête.

Ainsi donc, avec l'eau marine comme avec toutes les eaux froides, le but que le praticien a à atteindre, c'est de rétablir l'équilibration dynamique ei chimique dans l'organisme ; et, après ce principe posé, il n'a plus qu'à rechercher quelle est celle qui peut plus particulièrement atteindre le but désiré.

Or, il est manifeste, par tout ce qui précède , que si l'eau

ordinaire, par des pratiques diverses, peut aussi bien réussir dans une infinité de cas, être même préférable dans tous ceux où Ton ne peut supposer qu'un défaut partiel de contractililé organique avec une certaine richesse fibrineuse et azotée dans les fluides, les eaux de mer et toutes les conditions qui les entourent, celles qu'on peut leur donner, seront toujours les plus puissantes des eaux minérales froides, dans les cas où il faut régénérer les principes hématosiques précédents et réveiller plus activement la dynamie organique générale.

3e ordre. — Résultats thérapeutiques par modification et régénération de la nutrition.

Lorsqu'on observe des maladies scrofuleuses , tuberculeuses, rachitiques, dans leurs lésions anatomiques, leur marche, leurs symptômes, on est frappé de la différence qui doit exister entre ces maladies et les phlegmasies simples, même plus ou moins chroniques; et cependant, lorsqu'on voit que les eaux de mer les guérissent également, on se demande comment peut agir un moyen identique dans des cas si différents.

Les observateurs , frappés sans doute à la fois par les caractères saillants de ces maladies et par la guérison avec l'eau de mer, alors que tous les autres moyens avaient échoué, sans plus réfléchir qu'ils avaient vu guérir pareillement d'autres maladies, ont crié à la spécificité; et la médication marine a élé regardée et l'est encore par la plupart des médecins comme le spécifique des maladies scrofuleuses et de la constitution lymphatique. Malheureusement, de tellesidées aujourd'hui sont sans fondement; car, quoique les autres traitements hydriatiques ne puissent rivaliser avec ceux de l'eau marine, il est avéré que la scrofule peut parfaitement guérir par l'usage d'autres eaux minérales et par l'application de l'eau froide pure.

Force est donc de renoncer à ces idées de spécificité

qui , si elles tranchaient d'une manière commode toutes les questions thérapeutiques, laissaient dans l'esprit de faux principes qui entraînaient à de fausses conséquences, en empêchant de voir et d'utiliser la vérité.

Force est, alors , de reconnaître que ces maladies , si dissemblables dans leurs efflorescences , si je puis ainsi parler, partent de radications qui, si elles sont différentes, ont cependant des analogies dans leur origine.

En effet, si dans les radications de la plupart des maladies que nous venons d'observer, nous trouvons et des lésions de la dynamie vitale et organique, et des lésions dans la plasticité et la caloricité des liquides, où irons-nous les chercher pour celles-ci? On ne peut, il me semble, aller plus loin en physiologie.

C'est un fait incontestable ! Aussi , tout nous prouve qu'il n'est pas nécessaire d'aller plus loin , puisque là encore on trouve et la raison des causes de ces maladies et celles des actions médicatrices qui peuvent les modifier. En effet, observez, comme M. Coster et d'autres expérimentateurs, qu'il suffit de renfermer un animal dans un air vicié par l'humidité et les émanations de carbone, en le privant de mouvement, c'est-à-dire en altérant son hématose et sa contractilité fibrillaire, pour le faire devenir scrofuleux, tuberculeux, rachitique, etc. Remarquez, pareillement, que vous le guérissez soit en rendant des qualités perdues à l'hématose, soit en tonifiant la contractilité organique, et mieux encore en modifiant l'une et l'autre à la fois , et vous aurez l'explication de l'action médicatrice des résultats des diverses eaux minérales, de ceux de l'eau froide et de ceux de l'eau marine ; de même que vous comprendrez l'action du bain d'air comprimé, des influences climatériques et de toutes les conditions hygiéniques dont vous entourez les malades. En effet, tandis que la gymnastique, l'eau pure froide guérissent en tonifiant la fibre, qui peut modifier ainsi l'hématose par les élaborations et les excrétions , les diverses eaux minérales peuvent arriver à ces résultats en modifiant les liquides, et par eux les solides. Aussi , si le bain d'air comprimé et les eaux de mer jouissent

d'une prédominance sur toutes les autres médications connues et dirigées contre les maladies scrofuleuses , c'est que les modifications apportées ont pu agir à la fois et en même temps sur les solides et sur les liquides.

Voilà donc encore la spécificité rayée de notre langage médical , tandis que nous arrivons toujours à notre principe que nous soutenions, en 1849, devant l'Académie de médecine de Marseille : le remède ri a d'action sur le mal que par ses conséquences : suivant les ressorts organiques qu'il met enjeu, les actions et les réactions physiologiques des fluides entre eux, et ensuite des fluides sur les solides comme des solides sur les fluides.

Or, si le remède met en jeu des ressorts organiques , s'il peut déterminer des actions et des réactions sur les fluides entre eux pour les modifier, c'est qu'il y a des lésions dans la tonicité des solides, qu'il y en a dans la composition des liquides, et la médecine doit alors rechercher quelles sont ces lésions. Par conséquent , si ce qui précède est vrai, nécessairement ce seraient ces différences de lésions dansladynamie des solides et dans la composition des liquides qui constitueraient la différence des maladies. Il ne peut y en avoir d'autres.

Malheureusement la lésion première des solides ne peut que se supposer par la manifestation des altérations survenues, et celle des liquides, quoique démontrée par la chimie, n'est encore dans la science qu'à ses premiers essais. Néanmoins, à force de faits, d'observations, de déductions s'enchaînant et se liant dans un onsemble rationnel, la démonstration des rapports des phénomènes devient possible ; tandis que l'hydrothérapie générale devra la rendre complète, en venant assurer des relations des causes et des effets. Aussi estce par elle que nous pouvons dire avec plus d'assurance qu'une lésion locale de la contractilité peut amener toutes sortes de phlcgmasies,et que la lésion générale de cette même contractilité, en allanguissant toutes les fonctions, c'est-à-dire les sécrétions et les élaborations, peut produire toutes les maladies dyscrasiques et cachectiques. Désordres des solides

et des liquides qui j dans le consensus organique , modifient l'action nerveuse, de sorte que, par un seul effet, toute la constitution peut être troublée.

Maintenant , sans doute que la médecine a bien des choses encore à découvrir : quel organe plus particulièrement attardé dans son action entraîne la langueur d'un autre ; quelle sécrétion et élaboration plus particulièrement allanguies amèneront telle ou telle altération dans les fluides comme dans les solides? Mais, ce qu'il y a de consolant, c'est qu'avec ces premiers jalons posés , la pratique peut déjà marcher avec une certaine assurance ; parce qu'il est avéré que souvent, par la plus simple impulsion déterminée sur cet organisme vivant, toutes les fonctions se relèvent , et avec elles les plus affaiblies; de sorte que, par cette puissance admirable d'engrenage qu'Hippocrate appelait nature, on arrive au môme but que si on avait parfaitement connu et distingué d'avance l'organe ou la fonction principalement et originellement attardés.

De telles idées , sans avoir été aussi nettement exprimées, que je sache , ont passé des faits dans la conviction de tous les médecins observateurs et consciencieux ; car M. Edouard Auber, avec sa plume élégante , dit : « Si maintenant, au lieu d'aller aux bains de mer pour y rétablir complètement sa santé , profondément éprouvée ou ébranlée par des maladies qui ont disparu , on s'y rend pour y chercher une guérison radicale (à une maladie chronique et rebelle), dans une de ces grandes crises si bien observées , si bien comprises et si bien décrites par Hippocrate et les médecins de son école, oh! alors , les choses seront bien différentes , et cela se conçoit parfaitement. En effet , ce ne sera pas au bout d'une saison , ou deux ou trois mois, qu'on obtiendra un résultat aussi difficile; mais ce sera seulement au bout de quelques années passées aux eaux et sous la direction constante et éclairée d'un médecin familiarisé avec les grands effets delà mer et de la nature médicatrice. Et encore , dans ce cas , faut-il être doué d'une persévérance opiniâtre et d'une volonté à toute épreuve, car c'est bien en de semblables circonstances qu'on

peut dire : vouloir, c'est pouvoir. » {Guide médical du baigneur à la mer, p. 60.) Vouloir, c'est pouvoir!.... c'est bien fort ; et cependant cette expression n'est pas au-dessus de la vérité, comme l'attestent aujourd'hui tant de faits observés sur les maladies scrofuleuses , tuberculeuses, rachitiques, goutteuses, rhumatismales, au moyen des diverses eaux minérales, thermales ou froides, et de l'hydrothérapie ordinaire.

Encore, dans l'état actuel des choses, on est loin d'être fixé sur la raison des faits, sur les crises à déterminer (puisqu'il est question de crises) sur les actions organiques à provoquer. La pratique reste flottante entre les idées humorales qui régnent au delà du Rhin, et les théories solidistes qui dirigent en deçà, ainsi qu'il résulte des opinions de M. Fleury, lorsqu'il a dit : « Je n'ai pas eu l'occasion d'appliquer l'hydrothérapie au traitement des affections scrofuleuses, et je le regrette vivement; car je suis convaincu que j'aurais obtenu d'excellents résultats, non point au moyen de l'action altérante et dépurative , mais à l'aide des inlluences excitantes, résolutives et reconstitutives exercées par les douches froides. » (Ouv. cit., p. 384.)

Voyons maintenant si nous, qui adoptons en principe, dans ces maladies, une lésion de la contractilité générale organique, comme doit l'admettre M. Fleury, qui compte diriger sur elle sa thérapeutique, et qui adoptons pareillement l'idée d'une altération des liquides, comme les médecins d'Allemagne, nous apporterons quelque lumière à cette importante question.

M. Fleury, tout organicien et solidiste qu'il cherche à paraître, adopte pourtant les opinions de M. Bégin , qui sont celles de Baumes et de presque tous les observateurs qui ont traité de la maladie scrofuleuse, puisqu'il répète ces paroles: « La tâche du médecin est de faire recouvrerai! système sanguin la prépondérance d'action qu'il a perdue , d'exciter les organes élaborateurs du sang. Que l'on analyse tous les moyens qui ont procuré des succès soutenus dans le traitement des scrofules, et partout on reconnaîtra que la maladie

ne se dissipe qu'alors que les élaborations rouges et que l'appareil sanguin ont acquis ou recouvré leur prédominance.

« C'est sur la gymnastique médicale que repose tout entier le succès du traitement; mais le bain froid est un des moyens les plus efficaces que l'on puisse employer, soit pour prévenir, soit pour combattre les accidents des scrofuleux. » (Bégin, Dictionn. des sciences médicales, t. L, p. 356-364, cité par M. Fleury, p. 385.)

M. Bégin et M. Fleury vont trop loin; car s'il est possible, comme nous ne le contestons pas , de modifier l'hématose par la tonicité donnée aux organes élaborateurs, il est bien plus sûrement possible de la modifier lorsqu'on peut agir à la fois et en même temps et sur la tonicité des organes et sur la composition du sang.

Nous n'avons donc pas dû nous contenter de pareils faits , et nous ne nous sommes même pas tenu pour satisfait des causes si bien exprimées par les expériences de M. Coster et par les longues recherches de M. Fourcauld , au sujet de l'altération des liquides. Nous avons voulu voir encore si par l'analyse nous pouvions y découvrir directement quelque altération. Nous fûmes conduit à ces recherches par des faits comme les suivants, qui nous ont prouvé que la chlorose devait avoir une grande analogie originelle avec ces maladies, parce que nous avons vu souvent le rachitisme, la scrofule, la tuberculisation tirer leur origine de cette maladie hémateuse.

En 1839, par une coïncidence particulière, j'ai eu occasion d'observer le grand-père et la grand'mère d'une famille du département du Var, qui étaient l'un et l'autre manifestement chlorotiques : teint pâle , faiblesse générale , santé valétudinaire. Le fils issu de ce mariage, quoique en apparence bien portant, était encore plus pâle, obèse, tandis que la fille était jaune verdâtre, sèche, chétive, avec des cheveux blancs et toutes les dents cariées à trente-cinq ans. Des deux nouveaux mariages de ces individus, il en est résulté que le fils a eu un garçon scrofuleux avec des adénites, des périostites, etc., tandis que la fille a eu elle-même une fille chez laquelle, après

les symptômes d'une chlorose des plus prononcées, par la décoloration de la peau et les troubles circulatoires, sont survenus des périostites, des abcès, des fistules, mais tellement aslhéniques dans leurs manifestations, qu'ils ne donnaient de douleurs que lorsque la malade s'appuyait sur le point affecté. De toutes les plaies il n'en sortait jamais de pus, mais une sérosité sanguinolente. Les préparations iodurées, si banalement employées , avaient toujours aggravé le mal, l'huile de foie de morue était restée sans effet. Aussi, attendu l'origine que j'avais cru reconnaître à la maladie, je donnai du fer intus et extra qui avait produit quelque amélioration. Mais les parents, impatientés de la longueur du mal, consultèrent d'autres médecins, qui revinrent aux préparations iodurées et même mercurielles. Dès lors , la scène changea : outre les phénomènes scrofuleux relatés , l'épine dorsale se dévia en plusieurs courbures, puis tous les os longs, et cette malheureuse enfant s'inclina ainsi en tous sens dans une ostéomalacie générale, jusqu'à ce que les organes intérieurs ne pussent plus fonctionner. Ce qui arriva bientôt, quelques moyens médicinaux et orthopédiques que j'employasse.

Ces faits, ajoutés à ceux observés par tous les praticiens , et notamment par M. Barrier, de Lyon, que des parents scrofuleux peuvent donner naissance à des rachitiques, à des tuberculeux, comme ceux-ci à des scrofuleux, venaient changer les termes de llufeland , lorsqu'il a dit : La cause fondamentale du rachitisme est la maladie scroi'uleuse, une métastase que celle-ci opère sur les os; en cette proposition : La cause fondamentale de toutes ces maladies réside dans une condition pathologique de l'hématose, dont le principe est analogue à l'altération du sang dans la chlorose. Faits euxmêmes dont les rapports acquièrent une nouvelle importance de ce que Dclpech, MM. Nichet et Nélaton , dans leurs recherches anatomiques, ont reconnu à ces dernières maladies une même origine tuberculeuse, et de ce que celles de M. Rufz y ont attesté le défaut des élaborations fibrineuses.

C'est ainsi qu'aujourd'hui qu'il est avéré que le mercure attaque les globules et la fibrine du sang, détermine des symp-

tomes d'anémie, la prédominance séreuse, on ne peut rejeter, comme on l'avait fait, ces observations de J. Hunter, de Plenck , Kortum et Richerand , qui attestent que l'usage des préparations hydrargiriques aurait produit des symptômes fort analogues à la maladie scrofuleuse, scrofulx spurise.

Après de tels faits si plausibles , si connexes par les plus intimes rapports, pouvions-nous n'être pas convaincu ? Mais aussi , pouvions-nous laisser les choses à ce point et ne pas rechercher si l'analyse du sang ne nous donnerait pas raison de tous ces phénomènes? Nous associâmes M. Marsan, pharmacien à Manosque , à nos travaux, et voici ce que nous trouvâmes :

Chez les chlorotiques à formes développées, à tissu cellulaire abondant, à pouls large, à grands troubles circulatoires (Chlorosis fortiorum de Stoll), chlorose chaude de Wendt de Breslau et de Marsall-Hall , que nous avions désignée par chlorose aiguë, dans un travail inséré en 1840 dans le Bulletin général de thérapeutique ; de même que chez les scrofuleux à tissu cellulaire abondant , lèvres tuméfiées , pouls large et plein, nous avons trouvé les proportions de l'albumine, soit normales, soit exubérantes, 8,9, jusqu'à 12 pour 100; ce qui la rend toujours prédominante en la comparant aux autres éléments du sang qui , comme l'ont manifestement constaté MM. Andral et Gavarret, sont en moindre quantité. Nous avons dû croire à ces résultats lorsque nous les avons trouvés constants et que nous les avons vus sanctionnés par MM. Burdach et Lhéritier. Nous lisons , en effet , dans l'ouvrage de ce dernier : « La diathèse albumineuse provient d'une assimilation abondante, mais incomplète, qui se dénote par un sang vermeil, visqueux , mais pauvre en fibrine. (Burdàch.) Cette diathèse est propre aux phthisiques et aux scrofuleux; chez eux, la formation du sang demeure à un degré inférieur , parce que l'assimilation et la respiration s'exécutent d'une manière incomplète ; il se forme moins de fibrine et de sels terreux ; l'albumine prédomine , quoique imparfaitement développée, la coagulation est facile, mais faible, et le coagulum repasse bientôt à la fluidification. » (Lhéritier, ouv. cit., p. 261 ..)

Dans les chloroses chroniques (chlorose froide) où la constitution a manifestement souffert, où les malades sont maigres, chétifs, tristes, nous avons trouvé l'albumine réduite à 4,5,6 pour 100, et, chose extraordinaire, le caillot plus ferme, et quelquefois une légère couche de couenne qui irisait sa surface. Même résultat pour les scrofuleux et les phthisiqucs qui se trouvaient dans les mêmes conditions constitutionnelles. Ici encore nous avons le témoignage de M. Dubois, d'Amiens, qui aurait trouvé l'albumine en diminution chez les scrofuleux.

Mais, maintenant, quelle conséquence tirer de ces faits, en apparence si contradictoires? La plus certaine, ou plutôt l'incontestable, c'est l'analogie des conditions de l'hématose dans la chlorose et la maladie scrofuleuse. Mais pourquoi cette différence totale dans les deux situations de ces maladies? Dans l'état actuel de la science, nous ne pouvons y voir qu'une chose : c'est que pour la chlorose chronique con stitutionnelle, les sujets étant chétifa , amaigris , comme chez les scrofuleux usés par de longues suppurations, des trajets fistuleux, des caries, maigres aussi et rabougris, ce n'est plus le principe originel de la maladie qu'on retrouve dans le sang, mais les conséquences de l'abaissement où est parvenu l'organisme. Dans ce cas, il n'y a plus d'albumine en suffisante quantité , parce que les organes élaborateurs ont perdu même cette puissance d'élaboration. Et si précisément, alors, ou trouve de la fibrine, en apparence eu excès, c'est par suite du mouvement de décomposition qui s'opère. Ae voit-on pas, en effet, le sang quelquefois tiès-fibrineux chez les phthisiques dans le marasme, tandis qu'il ne l'était pas avant ces conditions constitutionnelles ?

Avec cette explication, la présence de la couenne dans les maladies inilaminatoires , où la décomposition fibrineuse doit être une nécessité pour que l'économie se débarrasse du principe prédominant, ne serait plus un mystère, et l'on trouverait tout naturel ce qui frappe toujours d'étonuement chaque praticien : que , dans ces maladies , presque jamais la première saignée n'est couenneuse , tandis que

les dernières le sont extrêmement et presque toujours successivement davantage.

Je ne sais si de telles idées ne pourraient pas se concilier avec l'opinion de MM. Magendie, Dupuytren et Ségalas , qui veulent que la lymphe ne soit qu'une partie du sang artériel ramené au cœur par les vaisseaux lymphatiques ; mais elles s'allient et se fusionnent complètement avec les recherches de MM. Tiedeman, Gmelin, et J. Muller, qui attestent que l'albumine se change en fibrine dans les vaisseaux lymphatiques, et que le liquide contenu dans cet ordre de vaisseaux est si bien le produit d'une transformation digestive générale, qu'on peut expliquer ainsi pourquoi la lymphe augmente par la diète ou lorsque le sang diminue; pourquoi on la trouve encore dans les vaisseaux lymphatiques , lorsqu'une grande partie des tissus et du système vasculaire sanguin est privée de sang. « Ce qui paraît surtout démontrer que la lymphe provient d'une transformation digestive de la substance même du corps, dit M. Lhéritier (transformation digestive dans laquelle les lymphatiques jouent un rôle absolument semblable à celui des chylifères) , c'est que la vie elle-même se soutient par la résorption de la graisse et des muscles, etc., qui sont comme les aliments réduits à l'état de sang , quand la digestion stomaco-intestinale est insuffisante. » (Ouv. cit., p. 21.)

S'il en est ainsi de tous ces phénomènes , nos recherches sur le sang des chlorotiques et des scrofuleux nous permettent de conclure que ces maladies prennent leur radication première dans un excès d'albumine pendant que la fibrine et les sels azotés seraient en diminution ; qu'encore , dans les cas les plus graves où la maladie a plus profondément altéré les rouages organiques et les conséquences fonctionnelles , outre cet abaissement toujours réel des globules et de la fibrine , il y a, de plus, défaut même d'albumine. De sorte qu'en pratique, il faut non-seulement distinguer ces cas, mais suivre encore les indications qui peuvent en résulter.

En effet, sans ces conséquences de radication et la distinction déjà bien établie de chlorose aiguë et de chlorose chronique constitutionnelle, les observateurs avaient reconnu deux

espèces distinctes et primitives de scrofules : la scrofule vulgaire et la scrofule endémique. Alibert , après Warthon , avait été conduit à cette distinction, parce qu'il avait observé dans les villes une scrofule très-répandue , caractérisée par l'exagération des formes et la surabondance des sucs blancs. Dans les campagnes, sous des influences hygiéniques individuelles plus fâcheuses , avec les mômes altérations pathologiques, il avait rencontré la plus extrême émaciation, qui arrivait quelquefois jusqu'à dessécher , non-seulement les chairs , mais la peau , de manière à la momifier; d'où le nom expressif, pour cette variété extrême, de scrofule momie. (Nosologie naturelle.)

M. Baudelocque, que la mort a enlevé depuis peu d'années à la science , reconnaît la justesse de l'appréciation de ces fans, que nos recherches sur le sang des scrofuleux placent à leur véritable point de vue thérapeutique, si les observations de notre illustre maître Alibert n'ont pu les distinguer que par leur étiologie.

Les observations qui vont suivre , en commençant par la chlorose, nous fourniront l'occasion de montrer les différences pratiques qui ressortent de ces deux degrés de l'altération organo-plastique dont nous traitons.

Chlorose lujpo-albumlneuse aggravée par les bains de hier , administrés sans égard à la disposition humorale constitutionnelle.

Mme ***, âgée de quarante ans, réglée, issue d'une mère chlorotique et l'ayant toujours été elle-même, mariée depuis dix-huit ans, sans jamais avoir eu d'enfants, est pâle, maigre, triste. Elle avait éprouvé des attaques d'hystérie qui, plus tard, se transformèrent, comme l'avait observé dans ces cas Wendt de Breslau, en mélancolie, caractérisée par des pleurs sans motifs, une susceptibilité sans raison. Les ferrugineux conseillés sous toutes les formes par divers médecins de Marseille et de Montpellier, par moi-même, n'avaient jamais rien produit, si ce n'est du mal quelquefois. Enfin cette darne avait abandonné tout traitement par découragement, lorsque je me livrai à mes expérimentations sur le problème qu'elle

représentait. Arrivé enfin positivement aux conclusions que j'ai données plus haut, je conseillai à cette dame un régime albumineuxet le tannin, auxquels j'avais été conduit pardivers faits très-remarquables que je ne puis reproduire ici.

Pour attester même de la sûreté de mes vues, je voulus témoigner aussitôt de la certitude de mon diagnostic, et je proposai avant toute chose l'analyse du sang. Quelques grammes de ce fluide tirés, et analysés par M. Marsan sous les yeux du mari, donnèrent, comme je l'avais approximativement indiqué, un caillot ferme, dur, consistant, même irisé au-dessus par une légère couche de fibrine, mais l'albumine fut réduite à 5,80 pour 100.

Malgré ces assurances, cette dame, dégoûtée de tant de remèdes jusque-là inutiles, insouciante et indéterminée par le fait même de sa maladie, ayant d'ailleurs consulté à Marseille le médecin de sa famille et en ayant reçu pour conseil les bains de mer, hésita et attendit.

Consulté cependant à mon tour sur l'opportunité de ces mêmes bains, je fus contraint, en conscience, de manifester ma pensée, et j'annonçai que ces bains seraient sans résultats, à moins de certaines conditions, et la première, le régime alimentaire que j'avais indiqué.

On eut peine à me croire, et c'est pour ainsi dire ce que je désirais, afin que le traitement marin ne pût tromper sur l'effet du régime et que je pusse tirer moi-même tout l'enseignement possible de cette observation. Dès lors il fut décidé qu'on essayerait le traitement des bains de mer tel quel , et qu'on verrait ensuite.

Cette dame se rendit donc à Marseille dans le courant de l'été de 1851, et prit, pendant deux mois, quarante-cinq bains de mer. Ses larmes tarirent, mais sa tristesse et sa susceptibilité ne furent pas entièrement modifiées. Cependant ce bénéfice manifeste était -il un effet des bains de mer sur les organes de l'innervation, ou celui de la satisfaction d'être au milieu de sa famille, dans sa ville natale? Si je décidais cette question, je la déciderais en faveur des bains de mer ; car ce bénéfice persista même après le retour de

Madame. liaison insuffisante sans doute, mais qui n'en est pas moins une.

Chose remarquable , qui met mieux en saillie encore l'action inopportune des bains de mer administrés sans égard pour les conditions de la nutrition indiquées, et qui, par conséquent, ne désigne que mieux le mode d'action véritable de ceux-ci : c'est que malgré la satisfaction morale où se trouvait cette dame, ses élaborations digestives ne se firent pas mieux, ou que, du moins, elle perdit plus par les éliminations qu'elle ne gagna par l'assimilation. En effet, après son traitement, Madame avait sensiblement maigri encore, je ne dis pas pâli, c'eût été peut-être trop difficile; mais l'allongement de ses joues fut évident pour les personnes les plus étrangères à la médecine, tandis que l'exploration de ses membres rendait le fait plus manifeste.

Au retour de Madame, toujours plus raffermi dans mes convictions, et Monsieur et Madame plus assurés de la justesse de mes idées par l'expérimentation faite, se décidèrent à suivre plus religieusement mes avis , sans avoir cependant encore celte volonté ferme qui a fait dire à M. Edouard Auber : « Pouvoir c'est vouloir. » Cependant Madame, se mit au lait, aux cervelles , aux viandes de jeunes animaux, à des gelées animales et végétales, aux œufs à la coque, au café après ses repas et à l'usage de pastilles de tannin, qu'elle oubliait souvent. L'influence n'en fut pas moins très-marquée, car Madame prit plus de chairs, même des couleurs rosées et un peu de gaieté qui depuis longtemps était bien inusitée. Entin, le changement fut si patent, que j'ai entendu dire à plusieurs personnes : « Mais qu'a fait Madame pour rajeunir et embellir de cette manière? vraiment elle a des joues rosées que nous ne lui avions jamais vues ! »

Comme on pourrait être étonné de ce que j'ai conseillé le café en pareille circonstance, j'ajouterai que j'ai puisé cette indication dans les observations de M. de Gasparin , qui corroborent les miennes, comme les miennes corroborent les siennes, tellement toute maladie n'est jamais qu'un problème d'alimentation! Je dois donc rappeler cette observation que

fit M. de Gasparin sur les mineurs de Charleroi , qu'il trouva frais et bien portants quoique ne prenant qu'une quantité moindre de nourriture, mais avec un litre de café pour boisson. Aussi, M. de Gasparin, frappé de ce fait, disait à l'Académie des sciences , puisque le café ne nourrit pas , à coup sûr il empêche de se dénourrir. Mes observations m'avaient déjà prouvé que le mot était parfait. Seulement, ce qui restait à l'état de mystère pour le savant académicien, était expliqué pour moi, c'est que le café contient du tannin et que le tannin empêche les éliminations albumineuses.

D'où la conclusion : qu'un traitement marin qui les favorise est plus nuisible qu'utile dans certains cas, comme l'observation qui précède le prouve directement, puisqu'elle témoigne de ces éliminations par l'usage des eaux de mer ; et la conséquence pratique : qu'il faut d'abord distinguer les cas qui réclament de pareilles excrétions, de ceux qui ne veulent que de nouvelles élaborations.

Chlorose hyper-albumineuse heureusement influencée par les bains de mer.

Mlle *** de Sisteron, issue de parents à constitution adipeuse, et par conséquent aussi dans la cachexie lymphatique, comme l'avait remarqué déjà Lorry avec tant de justesse, est! affectée depuis plusieurs années de la chlorose hyper-albumineuse, contre laquelle luttent depuis longtemps diverses préparations ferrugineuses sans en jamais triompher. Je puis même dire qu'il n'y a guère que le mode que j'ai indiqué, des pastilles de carbonate ferreux (Bulletin de thérapeutique 1842), qui ait amené une amélioration notable et surtout tant soit peu soutenue. Persuadé, enfin, que cette maladie tenait à des conditions hygiéniques, telles que celles de l'habitation et du climat, je conseillai, l'été dernier, à cette demoiselle, des bains de mer. Elle s'y rendit, dès les premiers jours de juin; mais malheureusement les parents chez lesquels elle habita dans la ville, l'empêchèrent de fréquenter les bords de la mer et l'assujettirent à une foule de préjugés que souvent les gens du monde décorent du nom de prudence. C'est ainsi qu'elle resta près d'un mois à Mar<

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seille, sans se baigner à cause des vents qui régnaient et qu'elle ne profita pas même de ce temps, pour aller faire des promenades sur le rivage.

Cependant, malgré ces fâcheuses circonstances, et celle encore qu'à peine eut-elle pris une quinzaine de bains de mer, elle fut obligée de revenir pour soigner sa mère malade, Mlle *** éprouva les plus heureuses influences de l'atmosphère du littoral. Dès les premiers jours, en effet, de son arrivée à Marseille, l'appétit, si mauvais d'ordinaire, se prononça franchement ; après lui la gaieté et des forces nouvelles survinrent, et enfin , l'amélioration était telle lorsque Mlle *** quitta Marseille, que les douleurs de tête, assez fréquentes, avaient disparu et que les palpitations de cœur et le bruit des carotides surtout s'étaient réduits à des proportions infiniment moindres. La constipation opiniâtre avait cédé d'une manière remarquable; tandis que, si Mlle *** avait perdu de cette suffusion séreuse qui lui donnait cette rondeur de formes assez prononcée, sa peau, d'une teinte cirée, comme transparente , était devenue d'une couleur plus mate qui annonçait que bien des globules colorés la pénétraient.

Ce résultat était d'autant plus remarquable que jamais des bains de rivière n'avaient pu en approcher. Aussi ferai-je mon possible pour que cette demoiselle retourne à la mer cette année et mette mieux à profit sa médication, médication d'autant plus favorable chez elle que l'action de l'atmosphère du littoral agit plus énergiquement, à cause de son habitation ordinaire dans un pays plus élevé sur le niveau de la mer.

Ces deux observations nous montrent l'amaigrissement chez l'une et la disparition de la suffusion séreuse chez l'autre, avec augmentation des sécrétions intestinales. Or, si nous ajoutons ces particularités, nos recherches physiologiques qui témoignent de l'augmentation de ces mêmes sécrétions, aux faits de M. Gaudet de la disparition d'hyper-diaphorèse par les bains de mer et à l'observation si remarquable que nous avons donnée p. 190, où, avec des sueurs excessives et une constipation invincible, nous avons vu cesser les excrétions de la peau et revenir des selles faciles, nous arrivons à celte conclusion ;

que, par les bains de mer prolongés, les liquides séreux se portent de l'extérieur à l'intérieur. Cette action est évidente lorsque différents faits témoignent de diarrhées survenues par des bains froids prolongés et à la suite de pratiques hydrothérapiques. M. Schedel cite diverses observations curieuses à ce sujet recueillies à Graëfenberg. (Examen clinique de l'hydrothérapie, p. 79.)

Un tel mouvement dans l'organisme ne peut s'effectuer que de deux manières : ou par les veines ou par les vaisseaux lymphatiques, à la suite du spasme périphérique déterminé, qui pousse à l'intérieur la sérosité imbibant les tissus. L'albumine, avons-nous dit, contenue dans cette sérosité qui passe dans les vaisseaux lymphatiques, se transforme en fibrine; de là, amélioration dans les maladies où la condition de l'hématose se trouve abaissée relativement à la production de la fibrine. Mais, lorsque, cette même albumine fait défaut dans la constitution, un tel mouvement excité ne fait qu'augmenter la décomposition, et le résultat obtenu dans la première des deux observations que nous venons de produire en témoigne évidemment ; tandis que , par l'amélioration dans la seconde, on découvre vraiment la modification heureuse qu'a dû subir le sang.

Il doit donc en résulter cette conséquence : que dans une même maladie, suivant les conditions du sang, des éliminations gastro-intestinales albumineuses peuvent être utiles ou nuisibles, et que forcer la transformation albumineuse en fibrineuse, lorsque les proportions d'albumine manquent, devient pareillement une fausse pratique; puisque au lieu de favoriser la transformation des matériaux albumineux, on provoque la décomposition par l'activité nouvelle donnée à la contractilité fibrillaire, qui, ne pouvant favoriser l'assimilation, faute de matériaux dans les fluides, ne fait que donner de la puissance à la résorption.

Faut-il donc en conclure que : les bains de mer et par conséquent les bains froids sont nuisibles dans certains cas et utiles dans d'autres? non, mais qu'il importe de les administ différemment suivant les circonstances.

C'est ainsi que les faits que nous venons de produire et d'autres qui ne peuvent entrer ici pour ne pas allonger indéfiniment notre travail, nous ont prouvé que, dans le cas de chlorose hyper-albumineuse, des bains de mer ou des bains froids prolongés, étaient utiles pour modifier l'hématose par la respiration , comme nous l'avons montré dans nos études physiologiques , et pour exciter la contraclilité périphérique, afin d'engager dans les vaisseaux lymphatiques les liquides albumineux surabondants et les transformer en fibrine ; en même temps que la partie la plus séreuse, par conséquent l'albumine la moins parfaite , comme le reconnaît Burdach, est éliminée par l'exhalation intestinale, et que les éléments carbonés le sont davantage par le foie et le poumon. D'où , la dépuration de la constitution albuminoveineuse et la régénération de la fibrine et des principes azotés.

Au contraire, dans la chlorose hypo-albumineuse, il faut tout d'abord donner des matériaux albumineux à l'élaboration, afin de fournir aux transformations fibrineuses, et pour arriver à cette fin, éviter les pertes séreuses intestinales, comme une action trop continue sur la contraclilité du système lymphatique, action qui excite trop sa puissance résorbante. C'est ainsi que des bains de mer de courte durée, des affusions, des bains de pluie, en ranimant seulement le ressort de la contractilité par des secousses vives et rapides, qui relèvent la dynamie sans imprimer une direction fonctionnelle, nous ont rendu de grands services, comme à M. Flcury, par l'élévation de la simple tonicité de l'organisme.

Aussi, par l'entente de toute la complexité des phénomènes, par celle des rapports des fluides et des solides, par cette solidarité des fonctions, des liquides et des solides, ainsi que par la connexité des transformations albumineuses et fibrineuses, dont la chimie déjà nous montre les intimes liaisons, sinon la parfaite dépendance, nous croyons mettre en évidence pour la pratique ces grandes vérités du consensus organique, toujours reconnues , jamais complètement démontrées. C'est pourquoi, afin de mieux établir ces importantes vérités.

nous ne pouvons résister au désir de résumer ici encore une curieuse observation de chlorose hypo-albumineuse.

Une fille de vingt- ans était affectée depuis plusieurs années de chlorose, et, malgré les ferrugineux sous toutes les formes donnés par divers confrères et par moi, l'aménorrhée persistait, le teint ne se modifiait pas , le ventre se tuméfiait et était douloureux , tandis que l'émaciation était extrême. Elle était telle, que la malade ne pouvait plus se lever. Le lait, les cervelles, les viandes blanches, les féculents, unis au tannin et aux pratiques hydrothérapiques précédentes dissipèrent en trois mois tous les symptômes, et la malade n'a nonseulement plus rien ressenti depuis trois ans, mais a joui de la meilleure santé.

Ces observations, portant sur les rapports de la contractilité organique avec les conditions des fluides, sur la direction fonctionnelle à donner suivant ces conditions, sont si vraies que les faits de M. Fleury témoignent tous qu'en pratique hydrothérapique, on doit ménager de trop vives et surtout trop longues impressions à la sensibilité des malades qui sont arrivés à une grande émaciation. Mais c'est là tout! C'était cependant beaucoup, en ce sens, qu'en relevant le ressort organique peu à peu, on modifiait l'hématose par de meilleures et successives élaborations. Cela n'empêche pas que ce n'était pas encore voir le problème en entier et par conséquent comprendre foutes les ressources de la science, qui devaient assurer la pratique, en montrant le but qu'il fallait atteindre. Ce n'était donner à la pratique , ni appuis suffisants pour la diriger, ni lui fournir tous les éléments nécessaires pour atteindre plus tôt les conséquences cherchées.

En indiquant ces deux états de la chlorose et des maladies scrofuleuses, nous avons élucidé la question qui, peut-être, est plus générale que nous ne pensons. Car, dans toute maladie, il est vraiment un moment où le rapport de l'état des fluides et des solides change totalement la pratique à employer. C'est ainsi que de tout temps on a vu des praticiens habiles saisir l'opportunité des toniques dans une maladie aiguë, après avoir usé utilement des antiphlogistiques! C'est

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ainsi que, tandis que l'observation de nos jours a constaté les avantages d'une alimentation tonique, osmazomée et excitante dans la phthisie imminente, la plus vieille et la plus générale pratique a reconnu les bons effets d'une diète lactée dans les dernières périodes de cette maladie.

Il faut donc en pratique distinguer ces deux conditions de la maladie, et bien comprendre qu'il existe réellement des moyens de modifier la constitution générale, soit en s'adressant aux organes élaborateurs, comme le veut M. Fleury, soit en s'adressant aux fluides, comme l'entend la pratique allemande. Seulement, celle-ci, ou plutôt celle de Graëfenberg, est manifestement dans l'erreur, lorsqu'elle cherche à épurer l'hématose, indifféremment par les selles, les urines et les sueurs, de môme qu'à fournir aux élaborations par un régime alimentaire toujours le même. Relativement aux selles, nous avons vu qu'il fallait établir une distinction ; tandis que , par les urines et les sueurs, on manque absolument le but dans les maladies hémateuses, telles que la chlorose et la scrofule, puisqu'on sollicite l'élimination de matériaux azotés dont il faut au contraire augmenter les proportions. Ces conclusions, auxquelles la force de la multiplicité des faits nous a conduit, sont encore sanctionnées par la chimie même, attendu que M. Scouttetten rapporte les résultats suivants de ses expériences sur la sueur : « Le résidu de la sueur avait été un composé de matière animale et de lactate de soude, de potasse et de chlorhydrate d'ammoniaque. La matière animale précipitait avec le tannin, tandis que, brûlée, elle produisit des cendres contenant différents sels, entre autres du sulfocvanure de potassium dont la formation porte à penser que cette matièie azotée renferme du soufre, et se rapproche, par sa constitution, des substances protéiques, fibrine, albumine et caséine. » (Scouttetten, De l'Hydrothérapie^ p. 512.)

La pratique d'oulre-Rhiu manque donc le but dans les maladies chlorotiques et scrofuleuses, et les principes émis par M. Fleury paraissent incomplets. Si tout ce que nous avons | dit ne le prouvait pas, les guérisons de chlorose et de maladies scrofuleuses obtenues par M. Pravaz, au moyen des mo-

difications de la respiration et de la contractilité générale par le bain d'air comprimé, devraient achever la démonstration. Mais il y a plus : nous avons d'autres genres de faits qui attestent d'une manière particulière les justes données sur lesquelles nous nous efforçons d'asseoir la pratique.

Ces faits reposent sur cette observation que nous avons été les premiers à produire, et qui a fait l'objet d'un mémoire de réception lu à la Société médicale de Paris (juin 1852) : c'est qu'il est d'observation commune dans nos pays montagneux du midi, de voir la chlorose s'amender pendant l'hiver et s'exaspérer pendant l'été. Certes, ce fait, qui prouve la nécessité de modifier directement l'hématose, vient complètement à l'appui de ceux de M. Pravaz sur l'action de l'air plus ou moins condensé ou raréfié dans l'hématose. Il y a même cette particularité qui appuie toutes nos indications précédentes, relativement aux chloroses hyper et hypo-albumineuses : c'est que bien des chloroses hypo-albumineuses ne sont nullement influencées par la saison d'hiver; tandis que toutes les hyper-albumineuses guérissent spontanément et presque complètement en hiver, pour se reproduire insensiblement en été , et parvenir à leurs plus grands troubles pendant les grandes chaleurs. Faits curieux, qui, par leur importance et leur signification, demanderont un travail particulier.

Ne devons-nous pas conclure de ce nouvel ordre de choses que, dans la plupart des cas, les modifications par la respiration et la tonicité de la fibre, sont sans effets sur un sang qui manque d'éléments premiers de transformation, tandis que ces mêmes conditions de la respiration et de la contractilité périphérique par le froid prolongé, s'accordent à merveille pour exciter des transformations albumineuses en fibrineuses. Aussi m'a-t-il paru qu'on pouvait parfaitement induire de tels faits que la régénération seule de la fibrine entraînait celle des globules et des sels azotés. Nous avons déjà dit que ce qui aurait dû le prouver avant ces faits, c'étaient les constitutions inflammatoires qui régnaient en hiver. Mais je ne veux ni rentrer dans cette discussion, ni éterniser cette question;

il me suffit d'en avoir montré l'importance pratique pour laisser aux recherches scientifiques ultérieures le soin de profiter de nos observations.

J'arrive aux maladies scrofuleuses, et je dis tout d'abord que, s'il y avait encore à démontrer l'importance de modifier l'hématose par la respiration, les observations de M. Pravaz par les effets du bain d'air comprimé, résoudraient la question ; tandis que le besoin d'exciter la contractilité organique a suffisamment été démontré par les résultats de la gymnastique et ceux du bain froid.

Toutefois , comme il suffit d'avoir obtenu des effets analogues par le bain froid simple et le bain de mer, pour ne savoir auquel des deux donner la préférence, est-on obligé de s'adresser à la raison des faits pour se faire une idée de cette préférence. En effet, que prouveraient en faveur des eaux de mer, tous les faits de Floyer, Cullen, J. Hunter, Brodie , White, Russel, Lée, Loyd, J. Thomson, S. Cooper, Astley Cooper, Gilchrist, Buchan, Sauvages, Bosquillon , Baumes, Lorry, Portai, Delpech, Dupuytren, Alibert, Gnersant père, Mourgué, Gendrin, Gaudet, Clark, Fourcaull, Pouget, Pravaz, Barrier de Lyon, Sarraméa de Bordeaux, elc? Un seul fait de Priessnitz pourrait faire contre-poids à toutes ces prétentions, parce qu'il aurait droit de soutenir que s'il n'a pas tant de faits, c'est qu'on n'a pas tant usé du moyen. Voilà donc comment, en thérapeutique, la statistique ne prouve rien.

Viendraient ensuite les faits obtenus par les eaux minérales, et la question resterait insoluble. Mais alors, comment faire? Comment a-t-on fait jusqu'ici? Tout bonnement, chacun a vanté son arcane, et celui qui a parlé le dernier, ou a crié le plus fort, a entraîné la vogue sans bénéfice pour la science et la pratique.

L'art, ici comme partout, ne peut se diriger que d'après l'ensemble de la science, descendant jusque dans les phénomènes physiologiques, s'érigeant en principes, parce que ces phénomènes physiologiques, seuls, peuvent nous indiquer le moyen qui doit le mieux remplir telle indication. C'est ainsi que ma position entre différentes eaux salines thermales

ou froides sulfuriquées , les bains de mer de Marseille, mes expérimentations hydrothérapiques , m'ont permis de voir les différences de toutes ces questions , et de présenter un ensemble de la science dans le livre que je publie.

En effet, nous pouvons soutenir que les bains de mer sont préférables dans les maladies hémateuses , telles que la chlorose et la scrofule ; parce que nous avons vu ces maladies bien plus promptement modifiées par ces eaux que par toutes les autres ; tandis que nous pouvons assurer qu'elles sont préférables à tout autre moyen de notre thérapeutique , dès l'instant que nombre de praticiens ont constaté qu'elles avaient réussi là où les agents de notre matière médicale avaient échoué.

Après cela, notre raison armée de tout le bagage de la science physiologico- pathologique, s'en rend compte, en ce que, tandis que l'hydrothérapie simple ne peut s'adresser qu'aux organes élaborateurs, que les diverses eaux minérales et thermales ne peuvent qu'exciter les liquides et les sécrétions, et donner, par cette modification des fluides, une impulsion chanceuse à l'organisme, les eaux de mer arrivent au résultat en agissant à la fois de la manière la plus directe sur la contractilité des solides et la plasticité des liquides.

En effet, l'air de la mer, plus pesant, moins carboné, modifie la respiration, et par l'endosmose de l'oxygène et par i'exosmose du carbone ; tandis que les conditions physiologiques du bain à la lame viennent aider à l'accomplissement de cet acte fonctionnel, comme nous l'avons prouvé. Or, si par ce seul fait, comme l'a montré M. Pravaz, on peut régénérer la plasticité de l'hématose, que sera-ce, si l'on a encore, avec le bain, la vague et la douche, la puissance d'exciter les organes élaborateurs, de telle sorte qu'ils puissent, à leur tour, remplir de la manière la plus profitable des fonctions qui changent pareillement cette plasticité, soit en obtenant des excrétions particulières, soit en produisant de plus parfaites élaborations, et cela, précisément comme nous l'avons démontré, dans le sens contraire de la viciation pathologique observée ! Évidemment, l'observation pratique et la raison

scientifique sont pour les bains de mer dans de telles circonstances.

Tout milite pour cette conclusion î Outre les assurances des praticiens, les moindres détails de la science s'unissent pour l'attester. En effet, à côté de nos expériences sur la prédominance albumineuse originelle dans ces maladies, nous voyons que les observations écologiques de MM. Baudelocque et Coster attestent l'influence d'un air carboné dans la production de la scrofule et des maladies tuberculeuses, en même temps que les analyses chimiques de M. Michaëlis rencontrent précisément dans l'albumine plus de carbone que dans la fibrine. (Lhéritier, ouv. cit., p. 74.)

Il doit donc en résulter que les conditions physiologiques des bains de mer, favorisant cette exhalation carbonée et les régénérations azotées, conviennent beaucoup plus directement que toute autre médication hydrothérapique dans les maladies chlorotiques, scrofuleuses, tuberculeuses et rachitiques, qui semblent prendre leur source originelle dans une radieation pathologique analogue. Nous verrons en effet, plus tard d'une manière plus complète, en étudiant les résultats des autres eaux minérales, l'appui que toutes nos preuves donnent à cette opinion. Hevenons maintenant sur cette idée pratique, qu'il ne suffît pas d'avoir déterminé les avantages supérieurs d'une médication hydrothérapique pour avoir résolu en entier le problème, qu'il faut encore prendre en considération les conditions pathologiques dans lesquelles se trouve la maladie, pour retirer tout le bénéfice possible de la régénération organo-plastique cherchée.

Dans tous les cas, il faut encore observer cette importante loi d'équilibration fonctionnelle que nous avons érigée en principe dans notre dernier chapitre, et, par conséquent, distinguer d'avance l'état des fluides et de la contractilité organique, pour faire concorder les modifications à obtenir dans les justes rapports de ces deux grandes conditions physiologiques de notre mécanisme vivant. Ces idées-principes doivent reporter le lecteur à ce que nous avons dit des divers états des fluides dans la chlorose et la maladie scrofuleuse, et rappeler

à sa pensée les deux observations précédentes, dont celles qui vont suivre ne sont que la continuation de la question pratique soulevée à ce propos.

Scrofule vulgaire ou hyper-albumineuse guérie par les eaux de mer à l'intérieur et à l'extérieur.

Une demoiselle de dix-huit ans, aujourd'hui jeune dame, était issue d'une mère à constitution lymphatique ou plutôt séreuse et albumineuse. Aussi , si cette dernière fut exempte des symptômes pathologiques dérivant de cette prédominance humorale, il n'en fut pas de même de la fille. Plus petite de stature, mais à formes également saillantes, elle avait la peau d'une pâleur plus prononcée, plus blafarde, les cheveux plus cendrés, les yeux moins animés. Pendant son enfance, me dit-on, elle avait été affectée longtemps d'un achor muciflux qui avait tenu sa tête dans une suppuration permanente. Étant à la pension elle avait eu beaucoup d'engelures, et enfin, à l'époque de la menstruation qui avait toujours été irrégulière et peu abondante, des ganglions se montrèrent au cou. Attribuant ces nouveaux accidents au défaut de menstruation , on passa quelques années à employer les ferrugineux sous diverses formes, le sirop de Portai et l'élixir de Peyrilhe de rigueur, sans résultat marqué.

La maladie s'étant aggravée, puisque quelques ganglions cervicaux s'étaient ulcérés , que d autres se montraient sur les espaces sus-claviculaires et même à l'une des aines, je fus consulté. Je conseillai des préparations iodurées à l'extérieur et à l'intérieur, un régime tonique , fibrineux et surtout de l'exercice. Mais ce dernier avis ne fut jamais suivi faute de comprendre l'action d'un tel remède : c'était dans les topettes et les pommades qu'on fondait tout espoir, par conséquent, à quoi bon cet autre si commun pour être efficace.

Aussi, ce traitement ne produisit rien, c'est-à-dire que, tandis qu'un ganglion se cicatrisait, un autre s'ouvrait ou se développait. J'insistai alors sur les moyens hygiéniques et conseillai des bains froids de rivière, qui devaient rendre d'ailleurs un certain exercice obligé. Malheureusement, c'était encore un remède trop commun et surtout trop à portée. S'il

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faisait la moindre bise on renvoyait au lendemain, sans penser qu'en restant moins dans l'eau et surtout en bravant mieux la température, on obtenait un résultat d'autant meilleur. Un tel traitement ne fît donc encore qu'empêcher la maladie de s'aggraver.

Sur ces entrefaites, je conseillai les bains de mer et l'eau de mer à l'intérieur, pensant qu'ainsi un traitement serait régulièrement suivi étant obligatoire par un séjour forcé dans un pays étranger. Mademoiselle prit , en effet comme je l'avais prescrit, d'abord alternativement l'eau de mer à l'intérieur à dose purgative et altérante, ensuite elle ne la prit plus que deux fois par semaine à dose purgative. Quant aux bains, elle les prit primitivement de dix minutes, puis d'un quart et d'une demi-heure, et y resta bientôt une heure, en employant la dernière demi-heure à se frotter avec la main sur tous les membres, ou à nager. Ces recommandations furent scrupuleusement suivies aiubi que celle de ne se nourrir que de viandes rôties ou grillées, de poisson, d'herbages et de fruits.

L'action de l'eau de mer à l'intérieur fut très-évidente! les jours de purgation elle déterminait jusqu'à six et même huit selles, et les autres jours deux et même trois; la sécrétion urinaire fut augmentée , enhn tout marcha si bien qu'après un mois et demi , Mademoiselle retourna, ayant presque perdu ■^j de son volume tant elle avait diminué , tout en ayant plus de forces, de fermeté dans les chairs. Ses ganglions ulcérés s'étaient cicatrisés, les autres résolus excepté quelques traces de quelques-uns du cou et un seul des aines, ce qui n'empêcha pas la malade de se croire entièrement guérie, ni les parents de partager cette couiiance , à tel point que Mademoiselle fut mariée. Rien de notable n'a reparu depuis; mais faut-il croire à une guérison définitive? Je ne le pense pas; il eût fallu revenir plusieurs années aux mêmes modificateurs. Cependant les effets n'en sont pas moins remarquables et on les voit pour ainsi dire se diriger contre les sucs albumineux, comme je le vois encore dans ce passage d'une lettre que m'écrit le docteur Dugas, si souvent cité : « L'obésité et la paresse musculaire propres aux gens de lettres fuient à l'aspect

des côtes et font place à une force et à un embonpoint de bon aloi. »

Cette action des eaux de mer bien démontrée , ainsi que nous espérons l'avoir fait directement et indirectement , expliquerait à elle seule comment, dans certaines conditions de la maladie scrofuleuse ; on ne peut administrer de l'eau marine à l'intérieur, ni des bains trop prolongés , de peur d'exciter beaucoup plus la décomposition que l'assimilation par les sécrétions intestinales provoquées. Dans les cas de scrofule hypo-albumineuse comme la suivante, on doit se contenter de relever les organes élaborateurs pour laisser à la force organique imprimée tout le soin de la régénération. C'est ce que prouve, je crois, cette observation :

Scrofule endémique ou hypo-albumineuse guérie par l'air de la mer et l'usage des bains.

L'observation que je rapporte ici, m'a été communiquée et dictée par feu le docteur Robert, à qui j'ai eu déjà plusieurs fois l'occasion d'exprimer ma reconnaissance.

Il y a longues années, me disait-il, qu'une dame venant du centre de la France, m'amena son fils âgé de quinze ans. Cet enfant d'un teint brun, cheveux noirs, était d'une maigreur excessive et malade depuis l'âge de neuf ans. Dès cette époque, il avait manifesté des symptômes de scrofule au cou, qui était encore tout couturé et dont les cicatrices se rouvraient quelquefois; tandis que, pour le moment, le coude du bras droit et surtout un pied étaient particulièrement malades. L'articulation du coude n'était pas intérieurement atteinte, mais les tissus ligamenteux ambiants l'étaient, et un trajet iistuleux qui n'aboutissait , toutefois , à aucune surface d'os carié, persistait depuis longtemps.

Quant au pied, les os, sans être cariés peut-être encore, étaient réellement malades, tant tout le pied était engorgé et l'action de le poser à terre douloureuse, jusque dans les profondeurs des os du tarse. Déjà ce pied s'était abcédé et cicatrisé plusieurs fois , tandis qu'il menaçait encore sur un des côtés.

Mais ce qu'il y avait déplus alarmant, c'était la détériora-

DES RESULTATS DE L'EAU DE MEii. 2i\

lion de Ja constitution de cet entant. 11 était triste, d'une figure vieillie , sa peau sèche et flasque , ses membres décharnés; de plus, il se plaignait de borborygmes dans le ventre et éprouvait de temps à autre une diarrhée lienlérique.

Je donnai pour conseil à cette dame, disait le docteur Robert , d'établir son fils sur les bords de la mer, de le faire jouer tout le jour sur le rivage et de le faire baigner , mais je n'osai pas lui prescrire de l'eau de mer à l'intérieur. Cependant sous l'influence de l'air et des bains de mer, les forces générales se ranimèrent un peu et ensuite les engorgements du coude et du pied diminuèrent. Alors je conseillai à l'enfant de se baigner plusieurs fois par jour, de nager, et il exécuta si ponctuellement mes ordres qu'il passa presque la fin de son été dans l'eau. Toujours sur le rivage, il ne voyait rien de mieux et ne trouvait rien de plus agréable que de nager. Aussi cet enfant guérit à merveille et se trouve aujourd'hui un bel homme, fort et vigoureux, employé comme commis de voyage dans une maison de commerce.

Les symptômes que présentait ce malade, et peut-être d'autres motifs d'étiologie que je n'ose invoquer, "n'ayant pas de renseignements suffisants, me l'ont fait regarder comme un cas de scrofule endémique, mais certainement de scrofule hypo-albumineuse; la maigreur, la sécheresse de la peau, la flaccidité des chairs en seraient les garants, si le traitement, dont le docteur Robert saisit parfaitement l'indication, ne m'en assurait encore.

Mais nous avons surtout ici produit cette observation pour établir ce principe de pratique, relatif à l'administration de l'eau de mer à l'intérieur et à l'extérieur, principe qui , sans avoir été nettement formulé, se rencontre dans la pratique des hommes les plus expérimentés. C'est ainsi que Delpech, qui, en ceci, comme en tant d'autres choses, avait acquis une riche expérience, nous fournirait, dans les faits qu'il a laissés , de nombreuses preuves pour les principes que nous émettons. En effet, dans les cas fort graves de maladies scrofuleuses qu'a produits M. Monoyer, nous voyons (pic le professeur de Montpellier s'abstenait souvent de la

médication marine intérieure, ou qu'il n'arrivait à compléter son traitement qu'alors que les forces générales étaient revenues. Aussi lisons-nous au sujet d'une observation de tumeur blanche du genou : « M. Delpech, encouragé par les premiers succès obtenus, multiplia les bains, permit l'eau de mer à l'intérieur, et ne tarda pas à se louer de cette différence dans l'administration du remède. »

Ces dernières allégations, tout en assurant notre principe de pratique, évoquent une autre question : c'est la durée et la fréquence du bain.

Il est patent par l'observation du docteur Robert, par d'autres de Delpech, par celle que nous avons fournie nous-même, que les bains répétés et prolongés ont été très-utiles dans les cas de maladies scromleuses. Seulement jusqu'ici la pratique n'avait pas suffisamment distingué les cas où ce mode balnéaire est particulièrement indiqué.

Or, la raison physiologique comme l'expérience nous apprennent qu'ils sont surtout indiqués dans les cas de pléthore albumineuse, de prédominance de la sérosité, où il s'agit d'obtenir des éliminations séreuses intestinales, et parle foie et par le poumon, des matériaux carbonés.

En effet, s'il est suffisamment prouvé déjà que les bains de mer agissent en activant les sécrétions et les élaborations intérieures, par suite du retrait des liquides à l'intérieur, il doit être certain que, dans bien des cas de tumeurs blanches, d'ulcères scrofuleux, de ganglions conglobés, plus longuement on effectuera la compression extérieure que détermine la densité de l'eau et les vagues ; plus activement on maintiendra la contractilité périphérique de la fibre, déterminée par la température basse de l'eau, mieux on provoquera l'absorption, et par elle, plus facilement et plus tôt, on obtiendra la résolution de ces sortes d'altérations pathologiques.

Mais tous ces effets sur la dynamie locale doivent être mesurés et calculés avec les états des fluides que nous avons reconnus. Si, avec de telles lésions, nous pouvons sans obstacle pousser vers les éliminations gastro-hépatiques et pulmonaires qu'activent les bains de mer prolongés , et l'eau de

mer à l'intérieur, il y aura tout bénéfice pour la résolution , et Ton pourra insister sur cette pratique. Mais , si l'appauvrissement des liquides était évident, il faudrait renoncera ce mode balnéaire et à l'administration de l'eau à l'intérieur, et , par de simples secousses organiques , provoquées au moyen des bains de courte durée et de l'action insensible de l'air, attendre patiemment le résultat du remontement organique seul. Seulement alors serait-il toujours avantageux , comme divers faits me l'ont prouvé, d'agir sur la partie malade par des applications froides, des douches résolutives, pour exciter la contractilité locale, et seconder, ainsi encore, l'équilibration fonctionnelle, générale qui doit amener la résolution.

C'est ainsi que, si l'altération pathologique siège dans les organes intérieurs, comme dans le carreau, dans la phthisie pulmonaire qui commence , nous concevons , par des raisons analogues quoique opposées, qu'il faudrait se contenter de réveiller la tonicité de l'organisme, de manière à laisser ensuite toute puissance et toute énergie à la réaction expansive extérieure, pour faciliter particulièrement le mouvement de résolution qui doit s'effectuer à l'intérieur. C'est par de telles raisons que l'on peut presque poser en principe général que, dans les phlegmasies chroniques des organes splanchniques, de quelque nature qu'elles soient, les bains de mer devront être de courte durée. Les observations si intéressantes de M. Fleury sur la métrite chronique, traitée presque seulement par les douches révulsives, assurent de la valeur de ce principe que nous posions, en 1851, devant l'Académie de médecine de Marseille.

De telle sorte qu'on peut résolument établir comme règle générale, d'après ces considérations, comme d'après toutes nos connaissances hydrothérapiques , ces deux axiomes pratiques :

1° Le bain froid ne devra être prolongé que lorsqu'il pourra avoir une action directe sur la résolution de l'altération analomique, et que l'état des fluides pourra permettre ou indiquer des éliminations albumineuses intestinales.

2U HYDROTHERAPIE GÉNÉRALE.

2° il sera, au contraire, de courte durée, si celle action ne peut êlre qu'indirecte sur cette même altération organique, ou s'il ne s'agit que de réveiller la tonicité organique pour lui confier, par les élaborations , le soin de la régénération.

D'où il suit que ce principe absolu, de ne pas attendre le second frisson, est faux, outre qu'il est indéterminé. 11 est faux, en ce sens que, dans certains cas, il ne faut jamais même exposer les malades à l'éprouver ; tandis que, dans d'autres cas, il pourrait être utile. D'ailleurs, on peut d'ordinaire l'éviter, en prescrivant aux malades de se livrer à la nage.

Ces diverses conséquences pratiques étant bien arrêtées, nous pouvons donc dire, que bien que la médication marine tende toujours au même but : de relever l'action organique en général, et, comme conséquence directe, de régénérer une albumine mieux élaborée, et de transformer celle-ci en une plus grande proportion de fibrine ; cependant il est des modes divers par lesquels la situation de l'organisme et de ses fonctions nous oblige de les solliciter différemment.

Par conséquent, l'explication des circonstances chimiques et pathologiques qui précèdent, résout ce problème pratique, posé par Russel : Marina aqua et magna et varia quàdam vi pollet, sed imper iti facili ipsâ perperamuti possunt ; et enlève tout le vague, ainsi que les principales difficultés de cette grande et variable force.

Ces questions pathologico-thérapeutiques élucidées pour la pratique des eaux de mer dans la chlorose et la maladie scrofuleuse, nous n'avons plus qu'à dire que, sauf certaines exceptions de siège pour lesquelles nous avons déjà fait nos réserves , les mêmes principes pratiques sont applicables au rachitisme, à la phthisie, à la maladie de Pott, au carreau , qui prennent leur radication dans les mêmes éléments humoraux, comme leur source étiologique dans les mêmes conditions anti-hygiéniques.

L'air de la mer, les bains de mer et l'eau marine à l'intérieur, à peu de circonstances près, seront donc utiles et indiqués dans ces maladies. Seulement l'air de la mer, soit par

DES RÉSULTATS DE L'EAU DE MER. 2étî

ses conditions chimiques dans l'accomplissement de l'hématose et l'impressionnabilité même de l'organe, soit par ses conditions physiques sur le conflit de l'air avec le sang, par les conséquences que la dilatation des vésicules pulmonaires peut avoir sur la contractilité réactionnelle de l'organe, et partant sur la résolution de ses lésions , conviendrait plus particulièrement dans la phthisie pulmonaire, et ce ne serait qu'ensuite pour consolider la guérison que les bains de mer pourraient être avantageux , de la même manière et par des raisons presque analogues que le fut la gymnastique pour M. Durié, gymnaste de monseigneur le comte de Paris. En effet, M. Durié passe pour un cas bien constaté de guérison de phthisie à la suite de l'action curative des exercices gymnastiques ; fait bien remarquable, qui appuie toute notre manière de voir; car il prouve jusqu'à l'évidence ce que nous soutenons dans tout ce travail : que la guérison ne survient que par les mouvements organiques excités, et en dernière conséquence , par l'élimination, d'une part , et l'assimilation de l'autre, s'effectuant sous l'iulluence d'une contractilité fibrillaire directement excitée par les propriétés physiques de l'eau de mer, ou indirectement par ses actions chimiques sur nos sécrétions ou nos fluides.

Ceci bien entendu, on comprendra facilement les guérisons de phthisie par l'air de la mer, que rendent plus compréhensibles celles que M. Prava/. adonnées par l'air comprimé. D'ailleurs, si l'on a pu considérer, comme simple curiosité d'auiiquité, les guérisons de phthisie qu'Arétée et Pline attribuaient à des voyages sur mer, et particulièrement à celui d'Alexandrie ; si l'on a pu en juger tout de même de celle de Cicéron, qui n'avait plus éprouvé d'hémoptysie à la suite de ses voyages dans les mers de la Grèce ; si l'on a pu laisser passer trop légèrement les faits de Gilchrist, deBuchan, etc. ; si l'on a dû ne pas induire, aussi directement que Laennec, la thérapeutique de la phthisie de ce fait que cette maladie était beaucoup moins commune sur le littoral que dans le centre des terres, on ne peut aujourd'hui se méprendre sur la valeur des observations de M. d'Aumerie de Scheveningue, surtout

sur celle du fait du docteur Foville, qui s'est trouvé guéri d'une affection de poitrine ayant résisté à tous les moyens de l'art, par son voyage à Sainte-Hélène, lorsque le prince de Joinville alla chercher les restes mortels de Napoléon 1er. Pas davantage peut-on méconnaître l'importance de la guérison de cet ouvrier cité par M. Dubled d'Ouistreham, qui, atteint d'une phthisie reconnue aux signes les plus marqués, acquit une vigueur de constitution remarquable en échangeant sa profession avec celle de marin. (Fourcault, Causes générales des maladies chroniques , et spécialement de la phthisie pulmonaire; p. 382 et alibi. )

Aussi, aujourd'hui, tous les grands praticiens, qui ont étudié sérieusement les maladies de poitrine, regardent avec raison l'air de la mer comme un des principaux moyens préservatifs de ces affections, et le meilleur correctif de la constitution albumineuse, qui pourrait conduire à quelqu'une des formes de la maladie tuberculeuse. C'est ainsi que la reine d'Angleterre, d'après les conseils de ses médecins, va faire de longues excursions à pied sur les bords de la mer, tandis que, suivant les avis de M. James Clarck et de M. Lebeau, les enfants du roi Léopold iraient souvent à Ostende se promener et jouer sur les dunes.

Enfin les médecins expérimentés trouvent tant d'analogie entre les maladies que nous venons de parcourir, et comprennent si bien les résultats obtenus ou à attendre de la médication marine, que je trouve dans la lettre du docteur Dugas, que j'ai plusieurs fois invoquée, divers faits rapidement indiqués, et comme condensés dans la même idée. Aussi, maintenant que nous avons montré ce qu'ont de commun ces maladies, même dans leurs indications et contre-indications, pour le différent mode de traitement à employer, nous ne pouvons résister au désir de terminer par ces lignes de notre excellent confrère : « Que d'enfants scrofuleux j'ai envoyés aux bains de mer? Tous ceux chez lesquels l'expression de la maladie n'était encore que dans le tissu glandulaire ont parfaitement guéri ; les maladies profondes des os ont été plus rebelles, notamment sur une jeune tille de Sisteron , qui, après trois

ans de traitement pour une affection de l'articulation tibiotarsienne, a dû subir l'amputation de la jambe.

« Deux jeunes enfants, frère et sœur, de Pertuis, avec des accidents scrofuleux graves aux pieds et à la main, avec sortie de fragments osseux , ont guéri par plusieurs années de médication, et le jeune M..., qui marchait avec des béquilles à la suite d'une double affection des genoux avec abcès et affection des ligaments, etc. , est aujourd'hui un des plus robustes marins de l'escadre. 11 a pris des bains de mer, des bains de sable, et a voyagé sous toutes les latitudes. La phthisie, avant son début, quand on la craint, qu'on la soupçonne, peut être arrêtée, et bien des praticiens de Marseille ont des guérisons à produire qu'ils comptent dans les grandes familles commerçantes de notre ville; mais la prudence du médecin doit toujours être en garde. J'ai vu deux fois la phthisie galopante survenir et enlever les malades en très-peu de juins. Il faut alors agir dans l'enfance; dans l'adolescence, il y a beaucoup à redouter; nous avons observé ici la pneumorrhagie avec rupture des poumons et des suites sur-aiguës. »

Mais on a parlé de phthisie galopante. Est-ce une espèce particulière de cette maladie spéciale à l'air de la mer ? Je ne le pense pas, si je compare mes observations faites dans le nord de la France et celles que je fais dans le midi. Dans le nord, la phthisie suit une marche non interrompue ; rien ne l'arrête dans ses évolutions, et elle arrive dans ses plus extrêmes degrés, preuve évidente qu'elle est là dans sa véritable patrie. L'examen nécroscopique m'a toujours montré les plus graves désordres, souvent des cavernes telles, qu'elles représentaient des sortes de taupinières à différents compartiments, communiquant tous entre eux. Dans le midi, au contraire, je n'ai rien vu de semblable ; le plus souvent, des tubercules peu développés, mais nombreux et rapprochés, autour desquels se trouvaient toujours des altérations phlegmasiques plus ou moins récentes. Ainsi, pour moi, la phthisie galolopante n'est qu'une inflammation subite et rapide du tissu pulmonaire autour des tubercules.

Est-ce à dire alors que ni l'air de la mer ni la température

du midi de la France ne conviennent à ces maladies? non, sans doute! Mais , comme l'indiquent les paroles que j'ai reproduites, il faut choisir le moment de la maladie, son origine la plus initiale, et enfin , comme l'attestent les faits connus , il faut préférer les voyages sur mer au séjour sur le littoral.

Cette double circonstance des heureux effets de l'air de la mer et du danger de la chaleur du midi dans certaines conditions de la maladie, tendent à la même conclusion; car, outre la pureté plus parfaite de l'air de la pleine mer , la température y est toujours un peu fraîche, et cela à tel point, que des voyageurs m'ont assuré avoir eu à se prémunir du froid , même en traversant la ligne équatoriale. Ce froid sans doute doit être salutaire par la condensation de l'air qu'il entraîne et l'accomplissement de la respiration qu'il facilite, comme par la tonicité qu'il détermine dans la contractilité de la fibre, sous l'influence de laquelle doivent se faire à la fois les éliminations et les nouvelles assimilations. D'autant qu'un tel froid ne saurait être dangereux , n'étant ni trop variable ni chargé d'humidité carbonée ; motifs et raisons qui ne dispenseront, cependant jamais, les praticiens de choisir l'opportunité d'un tel traitement, qui, pour être fructueux, doit arriver à ce moment où les transformations fibrineu ses puissent être utilisées à l'accroissement musculaire, et qui, certainement, manquerait son but, s'il était employé, alors que les mouvements physiologiques tendent à la décomposition de l'organisme, pour soutenir , par un dernier effort , l'action des principaux organes.

Cependant, je dois dire que nulle part le principe de Celse, melius medicamentum. anceps quam nullum , ne saurait avoir une plus juste application , d'autant que j'en trouve la preuve dans un fait que j'ai chaque jour sous les yeux : c'est un malheureux cordonnier périssant, dans son obscur atelier, de phthisie , maladie à laquelle il avait vu succomber toute sa famille. Lui-même était arrivé à ce dernier degré dont j'ai parlé plus haut , de telle manière que je fus obligé de lui pratiquer une saignée pour obvier à une inflammation ambiante et consécutive qui allait l'entraîner, lorsque cette médication,

ayant dissipé cet épiphénomène pathologique , la maladie reprit lentement son cours et permit alors au malade de mettre à profit une observation qu'il avait tirée de sa propre expérience : c'est qu'il ne toussait pas en piochant son champ. Il résolut donc, sans que rien pût l'en détourner, de quitter son échoppe pour la bêche. En effet, voilà six ans de cela, et , contre toute apparence, ce pauvre émacié traîne, depuis, une existence exempte de douleurs et môme passable. N'est-ce pas là un de ces enseignements dont on ne tire pas assez parti, et surtout, dans ce fait, n'y a-t-il pas l'indice formel d'un résultat complet , si on eût pu s'y prendre à l'avance et mettre à profit les meilleures conditions hygiéniques ?

Mais, comme nous n'en finirions pas si nous voulions poursuivre ces considérations, nous nous arrêterons dans l'espoir que nous aurons déjà fait comprendre, non-seulement, les résultats obtenus par la médication marine dans les cachexies, mais encore, les principales médications qui doivent diriger les différents modes de traitements dans leurs diverses conditions pathologiques ; principes d'autant plus certains et plus faciles a saisir dans leurs rapports, que nous les avons amenés à des points de indications humorales, qui désignent eux-mêmes aussi l'importance qu'il y a de poursuivre la médication marine, jusque dans ses dernières conséquences physiologiques, pour déterminer une régénération et pour la fixer.

Nous voici donc arrivé à parler des résultats régénérateurs de l'eau marine dans les maladies cutanées. Malheureusement je ne puis regarder comme tels les faits qui se trouvent à la disposition de l'expérience générale. Ceux que donnent Kussel, le docteur Guigou et les miens aussi , n'attestent que de l'action topique de l'eau de mer, qui peut bien dissiper pour un temps nombre de maladies de la peau, mais ne saurait changer définitivement l'idiosyncrasie de chaque malade, et par conséquent détruire la racine originaire du mal.

Toutefois, si la pratique directe de l'eau de mer ne m'a rien appris à ce sujet , l'expérience générale de ces maladies parle si haut pour moi, que j'ai cru de mon devoir d'exprimer les

pressentiments les plus logiques de mon observation pour combler, en attendant, le vide que je trouvais dans la science. De cette manière, peut-être, j'éveillerai l'attention des praticiens sur ce sujet, tout en ayant confiance que les faits qu'ils apporteront ne feront que s'ajouter à l'expérience générale , à laquelle je reste ici fidèle moi-même.

D'ailleurs, au chapitre suivant, où la nature d'une des propositions de l'Académie de Marseille, dont cet ouvrage n'est que la réponse , nous a particulièrement conduit à traiter de la contre-indication de l'eau de mer, non pas sur telle ou telle maladie , ce que tout le monde connaît, mais sur telle ou telle condition organico-hu morale du sujet , nous trouverons de nouvelles preuves à l'appui de la manière de voir que nous allons émettre; car nous verrons mieux encore comment tout s'accorde et tout se tient par les mêmes anneaux dans la thérapeutique de l'eau marine. Raisons nouvelles qui, tout en confirmant ce que nous avons déjà dit, garantiront les simples prévisions que nous indiquons ici , tout en s'accordant pour faire de la médication marine une thérapeutique toujours plus rationnelle et mieux définie.

C'est ainsi qu'il ressortira toujours mieux , ce principe auquel les faits nous ont depuis longtemps conduit , qu'on ne peut détruire une dyscrasie qu'en détruisant la prédominance organo-humorale sous laquelle ou avec laquelle elle est née. En effet, tout atteste que ce n'est que par des éliminations possibles et suffisantes, et à force de régénérations nouvelles, qu'on peut entraîner un principe morbide tellement inhérent à la constitution , qu'il est souvent héréditaire et toujours d'autant plus rebelle qu'il existe depuis plus longtemps dans l'économie. (Voy. notre Dogmatisme pratique sur les maladies dartreuses, Bulletin de thérapeutique 1849, en broch. in-8°, chez M. Labé, à Paris.)

Or, comme des éliminations de matériaux, d'autant plus nécessaires à la vie qu'ils sont moins prédominants, pourraient compromettre les moteurs principaux de l'existence ; tandis que la nature ne peut vouloir une telle anomalie, que les vices morbides à éliminer soient indispensables à la con-

DES RÉSULTATS DE L'EAU DE MER. 2oi

servation de l'être, sommes-nous autorisé, en nous appuyant déjà sur tout ce qui précède , à établir :

1° Que les eaux de mer, comme régénérateur profond des conditions organico-humorales, ne sauraient guère convenir qu'aux maladies de la peau qui se lient à une constitution séreuse ou albumineuse , et dans ce nombre nous trouvons généralement toutes les maladies sécrétantes ;

2° Qu'au contraire, les maladies sèches de la peau, s'adaptant à des constitutions ordinairement fibrineuses, ne sauraient y trouver qu'un modificateur topique et un danger réel, si l'on poussait plus loin une action éliminatrice et régénératrice , qui ne ferait qu'augmenter la prédominance organohumorale déjà existante.

D'ailleurs, de deux choses l'une : ou il faut renoncer à trouver la raison des merveilleux effets de l'eau de mer dans les maladies que nous avons étudiées plus haut , ou il faut, par conclusion forcée, arriver à cette dernière conséquence.

Mais on doit si positivement y arriver, que les dernières maladies dont il vient d'être question ne parviennent à guérir que par un long usage de bains fortement relâchants , tels que les bains chauds et les bains de vapeur prolongés, joints aux altérants delà fibrine les plus énergiques, comme le mercure et l'arsenic.

C'est par des raisons toutes pareilles que les eaux thermales sulfureuses, alcalines, triomphent particulièrement des dartres sèches; car ces eaux finissent toujours par débiliter aux yeux de l'observateur, qui ne confond pas les actions primitives d'une médication avec les définitives. Et, d'ailleurs, la débilitation est tellement nécessaire, que, dans certains cas, celle des eaux devient insuffisante et exige encore l'action adjuvante d'un régime alimentaire sédatif. Bien évidemment donc c'est en obtenant le relâchement de la fibre , quelquefois à un degré extrême, que l'on parvient à ouvrir toutes les sécrétions, et surtout à éliminer cette surabondance de sels azotés toujours liés, comme l'attestent toutes les observations, à quelque point de vue qu'on se place, avec une constitution fibrineuse.

C'est dans de telles constitutions, en effet, que les sueurs

sont les plus odoriférantes, que les urines déposent le plus d'urates et d'acide urique, etc. C'est dans ces mêmes constitutions que le sang est plus riche en globules, etc.

Or, que peut faire en pareilles circonstances le traitement marin ? Ou il ne peut rien dans les autres conditions physiologico- pathologiques inverses, ou il ne pourrait qu'aggraver celles-ci.

Faute d'expérience particulière dans la science, il faut si bien écouter la générale , que dans les constitutions fibrineuses il n'y a pas moyen, je crois, d'éliminer suffisamment la fibrine par les sécrétions intestinales. Il ne nous reste que de lui fournir moins d'éléments de régénération, tandis qu'en poussant vers les urines ou les sueurs , on élimine beaucoup de sels et d'acides, qui finissent par atteindre la fibrine, Thématosine, et par suite les globules. Or, il faut tellement i changer la condition plastique du sang, diminuer la fibrine et les globules, et avec eux les sels qui s'y joignent, que mon ami le docteur Vulfranc Gerdy cite un homme affecté d'une dartre qui disparut entièrement à la suite d'une hydropisie survenue. (Ouv. cité.) Ces raisons deviennent principes, parce qu'elles émanent de faits nombreux et divers. Aussi nous paraissent-elles bien plus importantes que des observations particulières que chaque médication peut invoquer.

D'ailleurs nos faits généraux remontant jusqu'aux radications pathologiques, embrassant la prédominance particulière des constitutions , expliquent ainsi au praticien les rapports de la maladie et du tempérament , avec lequel nous sommes toujours obligé de compter lorsqu'il s'agit d'applications thérapeutiques. De plus, n'est-ce pas par la discussion des faits jusque dans leur origine, que Ton peut utiliser cette grande vérité exprimée par Celse : « La même chose n'arrivant pas de la même manière, souvent pour guérir une maladie il suffit d'en connaître la cause. » (Introduct.)

Or, pour nous, cette cause est la radication de la maladie, et si nous avons montré que les maladies cachectiques dont nous avons traité tirent leur source originelle d'un abaissement de la contractilité générale , produisant une viciation

DES RESULTATS DE L'EÀl" DK MER. 253

humorale , ou d'une viciation humorale amenant cet abaissement organique, en donnant les moyens d'atteindre l'une et l'autre par les eaux de mer, en traçant leur contre-indication, nous avons véritablement fourni à la pratique de plus solides appuis qu'avec des histoires de guérisons particulières, puisque d'autres médications auraient toujours pu, par le même moyen, disputer aux eaux de mer cette prééminence.

En montrant, au contraire, comment ces maladies dépendaient d'une altération organo-plastique, et comment les eaux de mer obviaient à cette altération, nous sommes parvenu jusqu'aux derniers termes du problème ; en même temps, qu'en insistant sur les mouvements organiques particuliers à déterminer, nous avons touché jusqu'aux principes qui doivent diriger les détails de la pratique.

Pareillement, en montrant que les eaux de mer parviennent à corriger les viciations radicales des maladies scrofuleuses, tuberculeuses et rachitiques, etc. , en redonuant de la force aux organes élaborateurs, ou en modifiant les tluides par la régénération de la fibrine et des sels azotés, avons-nous suffisamment montré que l'élément morbide de ces maladies consistait uniquement dans le défaut de ces principes constituants de l'hématose ! Mais, là s'arrêtent nos prétentions.

Seulement, comme, en nous aidant de toutes les ressources de la science, nous sommes parvenu à ce résultat : qu'en régénérant de tels éléments de l'hématose nous détruisons le mal, il s'ensuit que nous pouvons conclure avec toute assurance, que la régénération de l'hématose, telle que nous l'indiquons , entraine la disparition du principe morbide qui échappe encore individuellement à nos moyens d'investigation, et qui y échappera peut-être toujours, si, comme tous les faits que nous avons produits le témoignent , la radication pathologique dépend du mauvais mélange des matériaux du sang, ainsi que déjà le voulait Hippocrate.

Mais, tandis qu Hippocrate se contentait de l'idée doctrinale, nous, appuyant cette idée par les observations les plus positives, les plus nombreuses et surtout les plus diverses, nous arrivons à expliquer de plus le mécanisme des phéno-

mènes par des faits que l'intelligence peut suivre et que la pratique peut mettre à profit, jusque dans les mouvements organiques qu'il est au pouvoir du médecin de provoquer et de diriger.

Des résultats thérapeutiques obtenus par les eaux thermales en général et surtout par les eaux salines et sulfureuses.

Comment allons-nous sortir de ce chaos où l'intérêt individuel, l'enthousiasme personnel, la mode, sont venus mêler leurs embarras aux nombreuses difficultés de la véritable expérience médicale?

On a pris toutes les voies pour y parvenir. C'est ainsi que, partant d'un principe ou des faits, on est toujours arrivé à des idées trop exclusives ou incomplètes , parce que le principe était trop restreint ou les faits trop particuliers. D'ailleurs, les faits eux-mêmes n'ont rien produit, soit parce qu'ils étaient incomplets , en ce sens , qu'on ne peut pas déclarer un insuccès, lorsque le malade ne s'est pas' entièrement soumis à toutes les exigences d'un traitement, soit parce qu'on ne peut proclamer un succès véritable, propre à telles eaux , lorsqu'on n'a pas des observations parallèles sur les autres eaux. Dans ce cas rien n'atteste suffisamment la supériorité réelle d'une source particulière.

Il est résulté de ces circonstances dans lesquelles on a place l'observation que : les tableaux statistiques qu'on a élevés à grand'peine n'ont donné aucun résultat, et que la science, restée dans l'embarras d'une expérience sans principe, a laissé la pratique flottante entre les incertitudes des vues individuelles, de la pratique toujours limitée, exclusive, sinon fascinée de chaque médecin inspecteur. Ces paroles sont si justes que M. G. Astrié, quia donné les tableaux comparés des maladies traitées à diverses stations sulfureuses, salines et alcalines, de la manière la plus complète possible, n'est arrivé qu'à des résultats qui, de son propre aveu, « n'ont qu'une valeur très-générale, dont on ne peut tirer aucune conclusion

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précise.... » (Voyez ces tableaux, de la Médication sulfureuse thermale, Paris, 1852). Telle est la pensée de M. Astrié à cet égard qu'il écrit, p. 78 de son ouvrage : « Nous dirons presque de cet assemblage innombrable d'observations , ce qu'Ésope disait du plat de langues qu'il servait à ses maîtres : elles sont bonnes ou mauvaises suivant le langage qu'on leur prête. »

Que faut-il donc faire, lorsque, au milieu d'un besoin si universellement senti d'une doctrine générale, M. Astrié, malgré tous les faits précieux qu'il apporte à la question, malgré les lumineuses indications qu'il en tire, s'écrie : « une interprétation rationnelle et doctrinale peut seule jeter un peu de clarté dans ce chaos , dans cette mêlée confuse, et restituer aux choses observées leur valeur, leur signification véritables?» (Ibid. )

Pour réaliser cette pensée , il faut, non-seulement mettre à profit les idées de M. Ferrus exprimées plus haut , mais encore partir résolument de cette grande vérité de Chateaubriand que : tout arrive par les idées, même les faits qui ne servent à celles-ci que d'enveloppe. Seulement pour cela, il fallait être placé de manière telle que les faits les plus contraires pussent venir se réfléchir dans la même intelligence, et que là, à force d'observations différentes, mais parallèles, les idées enserrées dans les faits fussent contraintes d'en tirer les principes résultants.

Ma position médicale, entre les eaux de mer à Marseille, les eaux thermales salines et sulfureuses de Greoulx , de Digne, ces mêmes eaux froides de Manosque , de Saint-Martin , de Renacas, de Pusclat et mes différentes expérimentations hydrothérapiques à l'hôpital de Manosque, me parut favorable pour arriver à la conclusion cherchée, puisque je pouvais observer chaque chose sous ses principaux points de vue, et cela sans intérêt personnel sur l'un d'eux. Les progrès de la physiologie, et les encouragements de la société de Médecine de Marseille aidant, j'ai poursuivi ma tâche, et plus j'ai avancé dans la question, plus mes convictions ont été assurées; tandis que j'ai cru toujours mieux prouver ce que je soutenais

25(i HYDROTHÉRAPIE GÉNÉRALE,

Loul d'abord devant l'Académie de Marseille : que mes conclusions devaient être d'autant plus vraies qu'elles sortaient plus directement de l'observation parallèle , et qu'elles sou«= tenaient mieux l'épreuve de l'expérience générale.

Mais, comme je l'ai montré dans le cours de ce travail, la première chose à faire était de suivre le conseil donné par M. le professeur Aglanda : de s'attacher à distinguer l'action directe, primitive, physiologique, d'avec ce qui appartient à l'action secon daire, réfléchie ou curative ; besoin tellement impérieux que tous les praticiens conviennent de la justesse de cette idée exprimée par M. Pâtissier : « qu'il faut bien moins s'informer de la bonté des eaux minérales à ceux qui les prennent qu'à ceux qui les ont prises. »

Après de telles idées, qui sont plus que des faits, puisqu'elles ont été amenées par la conséquence des faits les plus nombreux et les mieux comparés, on doit être étonné, non-seulement de ce qu'on n'a pas distingué les effets des eaux en primitifs et en secondaires, mais de ce qu'on les a confondus ou, pour mieux dire, de ce qu'on a conclu aux phénomènes secondaires sur quelques accidents des effets primitifs; car, pour nous, il n'y a qu'une sorte de véritables effets physiologiques, ce sont ceux qui entraînent les résultats thérapeutiques.

Ainsi, de ce que M. Léon Marchant voit aux eaux thermales surgir la fièvre et s'animer une plaie, il en conclut à l'excitation, sans réfléchir, si de tels effets sont la règle ou l'accident, si par le mode d'administration ou le régime adjuvant on n'aurait pu éviter ces particularités. L'observation clinique nous a montré bien souvent des faits pareils à ceux-ci.

M. X..., d'une complexion pléthorique, fibrineuse, se rend aux eaux de Greoulx pour une affection rhumatismale de l'articulation coxo- fémorale, avec roideur, demi-ankylose de l'articulation, amaigrissement du membre , etc. Il veut presser son rétablissement et obtenir tout l'effet possible des eaux dans le plus court espace de temps. Pour cela, il outre les conseils qu'il a reçus; il prend des bains, des douches sur la partie malade, et des boissons, tout en se livrant à son appé-

DES RÉSULTATS DE L'EAU DE MER. ïol

lit ordinaire. La douleur, ia tension de l'articulation malade augmentent, la fièvre arrive et M. X... quitte les eaux plus malade qu'il n'y était allé. Cependant, peu à peu, par le repos et l'abstinence sans doute obligée , l'excitation circulatoire tombe, les sécrétions intestinales, urinaires et cutanées s'établissent, et le malade, après quelques mois, déclare être mieux qu'il n'avait été depuis longtemps. Il retourne aux eaux Tan d'après, observe mieux les règles hygiéniques et en retire un résultat complet.

Madame V..., petite de stature, d'un embonpoint d'autant plus prononcé qu'elle est d'une constitution albumineuse, se rend aux eaux de Greoulx pour une hydrarthrose du genou qui avait résisté à divers moyens, sangsues, vésicatoires, frictions, compression. Je lui donne pour conseil formel de s'abstenir de douches sur la partie, de prendre des bains et de la boisson pour exciter les selles, les urines et les sueurs, et, pour parvenir à ce but, d'observer rigoureusement un régime alimentaire qui devra consister en légumes herbacés et un peu de viandes rôties, en s'arrètant beaucoup sur son appétit. Les sécrétions intestinales, rénales, et ensuite cutanées s'établirent insensiblement et sans obstacles, l'épanchement de l'articulation se résorba peu à peu, et madame V... quitta deux mois après Greoulx avec son articulation tout à fait libre. De retour chez elle, madame V... continua son régime alimentaire pendant quelque temps. Aussi les sécrétions indiquées persévérèrent, et madame V... n'a plus rien ressenti depuis.

Que conclure de ces deux observations? D'abord, bien évidemment, que Chateaubriand a exprimé une grande vérité en disant que les faits naissent des idées. En effet, est-ce que les résultats de ces deux observations ne sont pas précisément différents par les idées qui les ont dirigés. Ensuite, on peut y voir cette conséquence prédominante, que le résultat n'en est pas moins arrivé par les mêmes effets physiologiques, puisque la résolution de l'une et de l'autre maladie n'a vraiment commencé, que lorsque tout l'organisme a pu être dans des conditions telles que les diacryses ont pu s'effectuer. Or l'observation suivante nous montrera mieux encore, que ces dia-

cryses sont bien les véritables effets physiologiques que nous cherchons.

M. F..., avocat; frêle, maladif, d'un tempérament albumineux, est pris d'un rhumatisme sub-aigu , avec épanchement successif dans chaque genou, mais sans fièvre, d'abord. J'emploie des applications froides sur les genoux pendant que le malade mange , se lève, comme d'habitude. Aucune amélioration , bientôt au contraire changement de l'épanchement d'un genou à l'autre, et ensuite propagation du mal dans les articulations coxo-fémorale et tibio-astragalienne, avec un peu de fièvre le soir. Je prescrivis alors le séjour au lit , à peine quelques bouillons d'herbes, puis la diète et des boissons nitrées. Les épanchements dans les articulations de la hanche et du pied se dissipèrent , mais les deux genoux se trouvèrent de nouveau pris, et à la fois. J'insiste sur la diète, les diurétiques et les purgatifs, mais sans résultat. Alors , tout en continuant ces moyens généraux devant favoriser les diacryses, je fais reprendre des applications froides sur les genoux , notamment des lotions qu'on pratique soir et matin, en mettant une cuvette d'eau froide sous le creux poplité et puisant dedans pour arroser immédiatement les parties malades. Dans ces conditions générales de l'économie, l'engorgement arthrodial disparut en quelques jours, et le malade entra entièrement en convalescence ; ce qui ne m'empêcha pas de l'astreindre pendant quelque temps à un régime alimentaire composé de légumes herbacés, de fruits et de viandes rôties, avec des purgatifs de temps à autre. Cependant il conservait encore quelque roideur dans les articulations, parfois quelques douleurs erratiques, et le malade, qui est d'ailleurs un homme d'une intelligence d'élite, et qui suivait parfaitement les motifs de mon traitement et les raisons du mouvement physiologique que je voulais susciter, me demanda d'aller aux eaux de Greoulx, pour provoquer, par ce moyen, une diacryse générale qui pût soutenir la déviation humorale que nous avions obtenue, et éliminer les derniers principes du mal, tout en rendant à la fibre organique générale un niveau égal de contraetilité, en sollicitant son ressort

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par l'action du calorique. J'applaudis à cette idée, et tous les ressentiments de la maladie se dissipèrent si complètement en trois semaines aux eaux de Greoulx, que M. F... n'a pas ressenti, depuis trois ans, le moindre indice de son mal et se porte à merveille.

Cette observation ne démontre-t-elle pas deux choses : que les applications froides peuvent ne rien produire tant que l'organisme ne se trouve pas dans une condition d'exaltation sécrétoire telle, que le mouvement d'absorption puisse être favorisé ? et d'autre part , que le mouvement excréteur, déterminé par la diète, les diurétiques , les purgatifs, n'est pas toujours suffisant pour déterminer la résorption de l'épancbement? D'où ressort ce principe, qu'il ne suffit pas habituellement de disposer certains organes ou appareils à tel résultat médicateur, mais qu'il faut encore que l'intelligence du praticien embrasse tous les phénomènes organiques et fonctionnels , locaux et généraux, pour seconder le rôle de chacun dans le consensus organo-plaslique de notre machine vivante. C'est ainsi que les faits bruts représentés par les chiffres n'exprimeront jamais rien en thérapeutique, et que l'analyse phénoménale , rationnelle et générale seule pourra tout indiquer en faisant tout comprendre.

En effet , analysons bien les trois observations qui précèdent, et nous verrons que les résultats obtenus ne sont que les conséquences des mouvements naturels réveillés de l'organisme; je dis réveillés, et non pas excités, parce qu'en médecine on n'a pas voulu seulement rattacher à ce mot l'idée de provoquer une fonction, mais lui donner une force et une énergie particulières , et ce n'est pas là ce que l'on trouve toujours dans les phénomènes que l'on observe aux eaux thermales.

Si c'est bien aux eaux que l'on peut se faire l'idée d'une maladie par Y action augmentée ou diminuée de certaines parties de l'organisme , comme le disait déjà Bordeu (OEuvres complètes, édition de Richerand , t. II, p. 812), on ne peut admettre, à moins de pratiques particulières qui rentrent dans les modes divers d'administration et qui ne peuvent

être mises au compte de leur action propre, qu'elles puissent relever un organe ou une l'onction et en abaisser d'autres d'une manière absolue. Cet effet a lieu cependant, mais par un phénomène très-général d'équilibration. Le calorique introduit distend d'abord les liquides, et ceux-ci distendus forcent les solides. De là , la plénitude du pouls , la vitesse de la circulation, et, par cet effet, le niveau déterminé dans toute la machine et tous ses mouvements , puisque le sang dans sa rapidité circulatoire égale, pénétrant partout, relève également tous les organes et active de la même manière toutes les fonctions.

Mais est-ce là l'effet entier des eaux thermales? n'en est-ce pas, au contraire, que le prélude? Cette fièvre n'est-elle pas , comme le disait encore Bordeu, « qu'un effort excrétoire des organes qui , ici , comme dans toute maladie , tend à détruire la cause du mal? » (Ibid. , p. 926.) Or, l'action médicatrice réelle est si manifestement dans les excrétions déterminées, que cette fièvre n'est nullement nécessaire pour que ces dernières s'effectuent.

En effet, chez notre premier malade, qu'a-t-il fallu pour arriver à cette exaltation de l'organisme? qu'il ingérât des aliments en trop grande quantité, qu'il retint le calorique dont il s'imbibait inconsidérément ; cause d'excitation suffisante à laquelle venaient s'ajouter les principes médicamenteux de l'eau qu'il ne pouvait rendre par les excrétions. Mais pourquoi alors les excrétions ne s'effectuent-elles pas? Par des faits d'observation très-générale.

Le premier, c'est qu'il est prouvé, autant qu'il est possible de l'être, qu'on ne peut dans certains cas solliciter en même temps dans notre organisme un mouvement de décomposition et de recomposition. C'est seulement dans les cas d'abaissement de la plasticité que l'on peut éliminer les sucs séreux et pousser à la régénération fibrineuse. Hors ces circonstances , il est manifeste * depuis les premiers temps de la médecine, que les malades qui ne mangent pas guérissent beaucoup plus tôt et plus facilement ; et que le mal recommence, lorsque , dans une maladie aiguë ou trop active on

permet de la nourriture, la maladie n'étant pas entièrement résolue.

Le second , c'est que dans toute maladie fébrile plus vous trouverez le pouls dur, plein, les capillaires injectés, moins vous observerez d'excrétions ; tandis que , lorsque le pouls est revenu sur lui-même, vous observerez ces excrétions. C'est ainsi que les diarrhées , les diurèses , les sueurs critiques ou les mucosités nasales , n'apparaissent que vers la fin des maladies. Quel est le praticien qui après des saignées suffisantes n'a pas observé des diaphorèses qui jugent la maladie?

Toutes ces raisons expliquent comment vous découvrirez toujours aux eaux la cause de la fièvre, de la poussée, de l'exaltation de la phlegmasie que vous cherchez à éteindre , dans une administration précipitée des eaux ou dans un régime alimentaire nullement en rapport avec l'action diacritique décomposante de ces eaux.

D'ailleurs , la contre - épreuve de cette vérité se trouve toujours dans le fait lui-même, ainsi que celui que nous produisons en est un exemple frappant. En effet , précisément par cette fièvre , par l'abstinence forcée qu'elle détermine . le malade est obligé de rester dans une condition fonctionnelle inverse à celle dans laquelle il était. Il perd par les excrétions insensibles, plus qu'il ne peut gagner par les élaborations. Alors les vaisseaux se vident, la contractilité des tissus revient peu à peu , finit même par réagir sur ces mêmes liquides. Dès cet instant, ceux-ci sont poussés vers les émonctoires sécréteurs que l'on peut regarder comme la surface exhalante de tous nos vaisseaux , et dans l'accomplissement de ce mécanisme organique et de cette atténuation plastique, non-seulement l'hypérémie locale se dissipe, mais la résolution entière peut même s'effectuer par ce retour d'autant plus complet et général de la contractilité organique, qu'elle avait été plus violemment forcée par le calorique. Retour de la contractilité de la fibre, ou action secondaire qui peut être aussi bien en rapport avec l'effet primitif que l'est, en physique, l'angle de réflexion avec l'angle d'incidence. Aussi est-ce dans ces phénomènes complexes , sur les-

quels préside cette force de la vie et le ressort de l'organisme, qu'il faut aller chercher l'explication de tant de guérisons survenues après l'administration des eaux thermales, comme le témoigne la phrase déjà citée de M. Pâtissier : « Il faut bien moins s'informer de la bonté des eaux minérales à ceux qui les prennent qu'à ceux qui les ont prises. >»

Mais alors faut-il s'abandonner purement et simplement à l'action telle quelle de ces eaux, puisque avec elle la nature arrive par des voies différentes au même but? non ; car nous voyons précisément par ces mêmes observations que lorsque le médecin dirige cette action , on arrive plus certainement , plus sûrement au résultat. L'essentiel pour le médecin est donc de bien comprendre le mécanisme physiologique, par lequel s'effectuent toutes ces conséquences. Or voyez ces deux observations d'hydrarthrose , ne guérissent-elles pas toutes deux le plus directement possible , parce que l'organisme est mis dans des conditions telles, qu'il ne peut que perdre des matériaux?... Tandis que, dans l'une d'elles, cette perte , ce vide éprouvé dans les vaisseaux est suffisant, avec le mouvement physiologique général déterminé, pour favoriser la résolution locale par la contractilité réveillée ; dans l'autre , il reste insuffisant , et il faut faire intervenir les réfrigérants topiques. Mais alors ils ont tout leur effet , parce que la condition organo-plastique générale était mieux disposée pour le mouvement de résolution. Il suffit de réveiller la contractilité locale pour utiliser aussitôt les autres dispositions organiques générales.

Par toutes ces actions, s'adressant directement à nos fonctions physiologiques dont l'activité réveillée devient médicatrice, nous sommes tout à fait en droit de conclure , comme nous l'avons fait tant de fois ailleurs , que les eaux froides ordinaires, minérales et thermales, peuvent être sans doute des leviers d'une force différente , mais imprimant dans l'organisme des mouvements déterminés, ne variant guère que de degrés ou par la direction du mouvement organique imprimé, suivant qu'elles sont froides ou chaudes. Aussi reste-t-il évident, après ces faits primordiaux se rattachant directement

à la thermalité ou à la température froide, que leurs autres effets dépendent uniquement de leur mode d'administration et des idées plus ou moins justes que peut avoir le médecin sur le trouble organique et l'équilibration médicatrice ordinaire. C'est ce qui explique comment la principale puissance de toutes ces causes réside plus dans l'intelligence du médecin qui les dirige que dans leur minéralisation; ce qui ne contrarie toutefois nullement la conclusion de M. G. Astrié, lorsqu'il a dit : « Avec de bonnes eaux et un bon médecin, tout va au mieux. » (Oiw. cit. , p. 326.)

Maintenant, revenons à nos observations analytiques , et, en rappelant notre premier fait, disons que, rigoureusement , on peut admettre par lui ce qu'on avait entendu par excitation. Mais si nous demandons ce qu'est l'excitation , non-seulement on ne nous répond pas grand'chose , mais encore il ne nous reste dans l'esprit aucune idée du phénomène, et bien moins encore l'explication du véritable mouvement organique qui s'effectue dans l'économie. Si au contraire nous examinons le fait en lui-même , nous lui reconnaissons une complexité de circonstances qui se divisent de suite en deux capitales : la dilatation des liquides par le calorique développé ou communiqué ; la dilatation des solides, soit par l'action directe du calorique , soit par l'action physique de l'augmentation du volume des liquides. Grand fait physiologique qui, poussé à un certain degré d'une manière soutenue, arrête l'action de l'organisme dont il trouble le jeu , en retenant les liquides dans les capillaires , et les empêchant par là de se porter vers les émonctoires sécréteurs. Il est vrai que dans ces conditions, par cette turgescence capillaire, il se prépare bien des mouvements organoplastiques qui tous aboutissent à la décomposition, ainsi que le prouvent l'observation de tant de lièvres et la coclion des anciens, phénomène d'ailleurs prouvé par notre même fait , puisque les sécrétions se montrèrent après et comme conséquence. Mais la question n'est pas toute là; il s'agit de savoir si l'on ne peut pas arriver plus directement au but cherché , si de telles commotions ne peuvent [as dépasser le dt ssein

qu'on avait eu , et c'est précisément ce qu'indiquent complètement les trois observations que nous avons choisies.

L'essentiel donc , c'est que l'on reconnaisse bien pour évidents les phénomènes dont nous traitons. Or ils le sont, nonseulement par toutes les observations directes et variées qui précèdent, mais par la contre-épreuve même de ces faits. Je veux parler de l'état colliquatif si opposé à la turgescence pléthorique dont il était question. Dans cette condition organique , où, pour parler comme Bordeu , la fibre ne saurait avoir perdu de sa forme essentielle, mais est seulement réduite à son plus simple degré d'expression , et, revenue par conséquent sur elle-même, sinon par énergie, du moins par retrait, tend toujours à pousser vers les émonctoires le peu de liquides qui la baignent. S'il en est ainsi, pourquoi ne pas voir encore dans cette contractilité toujours agissante dans un but essentiel quoique exagéré, la cause primordiale de ces diarrhées irrémédiables que nous observons à la fin de toutes les maladies cachectiques , lors même qu'il n'y a aucune lésion intestinale? Les hypersécrétions intestinales déterminées par la contractilité périphérique exagérée du bain froid , la terminaison par inanition observée par M. Chossat l'attestent , ainsi que ces phénomènes si constants en pratique : que ce n'est que lorsque l'amaigrissement se prononce dans les maladies fébriles qu'on voit survenir les excrétions critiques.

Le fait est donc bien évident : l'expansion des liquides, et l'extension des solides , poussées dans une certaine limite , sont vraiment la cause manifeste de ces conditions organiques, qu'on a appelées excitation. Aussi n'est-il plus possible de conserver ce nom, et faut-il le remplacer par celui de pléthore de calorique. La chose est si certaine que plusieurs ordres d'observations la prouvent.

Ces effets ne sont pas la conséquence absolue , comme on a voulu le faire croire , des principes chimiques des eaux , puisqu'on les observe chez des individus qui n'ont fait que se baigner, ou ceux qui ont pris des bains de vapeur, de simples fumigations,

)ls ne s'observent jamais chez les malades qui prennent

même à l'intérieur des eaux minérales, sulfureuses, ou marines froides, tandis que les meilleurs moyens pour y remédier lorsqu'ils ont été produits par la thermalité , c'est la saignée qui diminue le volume des liquides, ou les affusions froides qui soustraient le calorique en excès. Ce dernier fait est bien évident par l'effet des irrigations après la sudation sèche ou humide dans les pratiques hydrothérapiques.

Alors, dira-t-on, les principes minéralisateurs ne sont donc pour rien dans la question médicatrice des eaux ? Je ne dis pas cela ; trop de faits témoignent que les principes minéraux provoquent telle ou telle sécrétion pour ne pas reconnaître cette action aux eaux minérales ; aussi, est-il évident que tel principe minéralisateur agira plutôt sur tel organe sécréteur que sur tel autre ; seulement, nous disons que cette particularité d'action n'est nullement indépendante de la température du liquide.

De même donc, comme le dit M. Alibert Constant (ovvr. cit. , p. 28), « que les remèdes ne pénètrent pas dans nos organes s'ils ne sont dissous, de même ils ne sont pas éliminés si l'eau ne les accompagne pas ; >» pareillement, la fraîcheur et la thermalité, par le mouvement organique qu'elles déterminent, peuvent modifier entièrement leur mode d'action, et cela de telle sorte que les résultats obtenus des eaux minérales sont essentiellement dépendants de leur température.

En effet, les eaux thermo-salines et sulfuriquées ou sulfureuses de Digne et de Gréoulx purgent et surtout font suer, tandis que les eaux froides de Gaude à Manosque, de Saint- Martin de Renacas, de Pusclat, plus salines et plus soufrées, amènent des superpurgations intestinales et rénales, et ne font suer ni pendant ni après le traitement. La température domine donc les effets diacritiques des diverses substances médicamenteuses des eaux minérales.

C'est au point que si nous consultons les malades, ils ne nous diront pas que telle eau est plus forte parce qu'elle contient plus de sel, mais parce qu'elle est plus chaude. Dans nos pays, les eaux de Digne, à peu près également salines, moins sulfureuses que celles de Gréoulx, mais plus chaudes,

sont réputées tellement plus fortes, qu'il est proverbialement admis, que si elles ne guérissent pas, elles estropient.

Eh bien! l'observation vulgaire se trouve parfaitement d'accord avec les conséquences de la science ; car, si l'on éprouve plus de difficulté à saisir la véritable indication des eaux de Digne que des eaux de Gréoulx; si l'on peut user toujours impunément des eaux du Maine à Aix , cela ne tientil pas à ce que les plus grands effets physiologiques de ces eaux sont dus à la thermalité? D'ailleurs, ceci est si juste que si une eau fortement minéralisée peut convenir d'une manière plus efficace , dans tous les cas où il faut amener des éliminations spéciales pour déterminer des régénérations constitutionnelles, il doit rester démontré que, toutes les fois qu'il ne s'agit que d'une action décomposante, des eaux faibles doivent être préférées ; parce que, par la grande quantité du liquide ingéré, on peut solliciter plus d'organes sécréteurs, en même temps que, par la thermalité, on peut diriger les éliminations à la peau , et déterminer ainsi plus directement et plus insensiblement des excrétions azotées.

C'est si réellement là le mérite des eaux faiblement minéralisées que l'eau pure réclame aussi une grande part de succès, tandis que les eaux minérales faibles conviennent généralement à toutes les maladies qui peuvent reconnaître encore un certain degré inflammatoire , que nous caractériserions plus volontiers par dyscrasie fibrineuse. C'est par les mêmes raisons que les eaux fortement minérales conviennent dans tous les cas où il* y a abaissement de la plasticité fibrineuse , et qu'on les redoute toujours dans une maladie, dite phlegmasique, parce qu'il est souvent fort difficile d'en saisir l'indication, relativement aux dispositions constitutionnelles. C'est ainsi qu'une eau fortement thermale, comme celle de Digne, et pareillement minéralisée, deviendrait d'autant plus difficile à manier en thérapeutique, parce qu'elle réclamerait plus particulièrement des cas spéciaux que le diagnostic du médecin devrait embrasser entièrement dans leurs états pathologiques locaux, comme dans leurs conditions constitutionnelles.

Toutefois, au milieu de toutes ces difficultés d'application sur lesquelles nous nous sommes plu d'éveiller l'attention des praticiens, sommes-nous encore heureux de pouvoir établir en principe : que leur principale différence consistait dans la température, différence capitale, puisque, par elle, nous obtenons un mouvement organique centrifuge si elle est thermale et centripète si elle est froide, et cela qu'elles soient administrées à l'intérieur ou à l'extérieur. Ce fait nous est rigoureusement démontré par les eaux salines, sulfureuses et thermales de Gréoulx, dont les effets s'irradient surtout vers la peau, et par les eaux toutes pareilles, mais froides, de Saint- Martin de Renacas, qui, de même que l'eau de mer, portent spécialement sur le tube intestinal. Mouvements centrifuge et centripète sur lesquels il n'y a pas de doute possible ; car ils sont prouvés par les observations cliniques que je viens de relater. Le mouvement centripète par le froid l'est manifestement par les faits et les expérimentations que j'ai rapportés, puisqu'on a observé, à la suite, des diarrhées, des extravasations sanguines, la distension, la rupture des vaisseaux intérieurs. Sous l'influence du chaud, c'est l'inverse : les expériences de M. Magendie ont pu faire constater à l'autopsie : « que le poumon , le cœur et les gros vaisseaux sont vides de sang; tout ce liquide s'est porté à la périphérie du corps, où il s'est extravasé. Les mêmes remarques ont été notées chez l'homme , et, lors de la catastrophe du chemin de fer de Versailles, on n'eut que trop l'occasion de constater sur les victimes cette similitude d'effets du calorique. » (Constantin James, ouvr. cit., p. 470.)

La question de la minéralisation des eaux salines et sulfureuses se trouve donc aussi simpliûée qu'elle peut l'être, puisqu'il est prouvé qu'elle est absolument soumise à la thermalité. Dès lors , le véritable problème consiste à donner au médecin des principes fixes pour obtenir par ces eaux tels ou tels mouvements organiques, devant dévier telle affection, ou modifier telle constitution, par l'action de tels organes sécréteurs.

Seulement, dira-t-on , est-ce tout, n'ont-elles pas une ac-

tion chimique sur les éléments de nos fluides ? Ici la science est pleine d'obscurité, et nous l'avons élucidée, autant qu'il était possible, dans un de nos chapitres précédents. Par conséquent, nous n'y reviendrons pas ; nous ferons remarquer cependant que cette question , qu'on a tant rebattue, est aujourd'hui par l'ensemble des faits et de nos nouvelles considérations, moins importante que jamais, puisque nous avons suffisamment prouvé que nos éléments plastiques étaient modifiés réellement et différemment, par les divers genres de sécrétions que nous déterminons au moyen de la température, tandis que nous pourrions soutenir encore qu'ils le sont également par une pareille différence dans les élaborations.

Nous avons rigoureusement prouvé ce dernier fait pour les eaux froides et l'eau de mer. Aussi ne pourrait-il être téméraire de soutenir que des mouvements organiques inverses doivent donner des résultats diamétralement opposés! En effet, il ne saurait paraître étrange à personne que, par la thermalité, l'action du système lymphatique pouvant être arrêtée, sinon tout à fait détournée de son mouvement fonctionnel, celui-ci dût au moins cesser ses transformations fibrineuses. Mais comme les faits directs manquent ici à la science, nous ne voulons pas puiser seulement dans la force de la logique nos motifs et nos raisons. Nous laisserons donc au temps de prouver cette particularité de la diversité de nos conséquences organiques et fonctionnelles, étant parfaitement suffisant de démontrer que la thermalité pousse à la peau , c'est-à-dire à la sécrétion la plus hyposthénisante , puisqu'elle peut atteindre plus directement et plus efficacement les principes azotés de nos matériaux constitutionnels.

Bornons-nous donc à bien établir en pratique l'action de cette thermalité, et pour cela nous apporterons des faits à la question, en faisant remarquer toutefois que, tandis que le froid favorise, comme nous Pavons montré, l'oxygénation du sang , la chaleur y met obstacle, ainsi que nous l'avons prouvé par tant d'observations. Mais M. Magendie a achevé la démonstration : « Ouvrez l'artère d'un animal, soumis au calorique, quand il est sur le point de périr. Le sang qui s'échappe est

noir, comme le sang d'une veine, et ne rougit point au contact de l'air ; de plus il a perdu sa coagulabilité. » (Constantin James, ibid., p. 462.) D'après de tels laits, n'avons-nous pas toute sorte de droits de soutenir que la thermalité est décomposante? Comment prouvera-t-on qu'un sang noir et fluide soit tonique excitant et réparateur? Mais revenons à nos observations cliniques.

Un confrère, il y a vingt ans, m'amena une de ses parentes, affectée d'une dartre squammeuse humide générale (eczéma de Willan), qu'il conduisait aux eaux de Gréoulx. Je ne pus partager son opinion , et lui fis entrevoir le danger qu'il encourait. Toutefois, étant parti avec confiance dans cette idée, il voulut poursuivre, se réservant de ramener de suite sa parente , si les eaux thermales paraissaient contrarier sa maladie. On poussa donc jusqu'à Gréouïx, où la malade prit quelques bains ; mais aussitôt l'inflammation de la peau prit une telle intensité qu'on fut obligé d'y renoncer, et de ramener la malade, qui succomba quelque temps après, tant cette inflammation générale du tégument avivée, avait porté de troubles dans les diverses fonctions organiques.

Cette observation qui, jointe aux suivantes, doit fixer la pratique, relativement aux eaux thermales ou froides, pour les maladies sécrétantes delà peau, comme nous l'ont prouvé, depuis, bien des faits, serait encore curieuse un pratique, si, par d'autres observations analogues , on pouvait constater que l'exacerbation du mal proviendrait de cette circonstance : que, tout le tégument étant malade, les excrétions, poussées vers la peau, n'ont pu se faire, et que c'est à cette cause, autant qu'à l'innervation troublée par une hypérémie si générale qu'on doit attribuer les perturbations fonctionnelles qui ont amené la mort. Ce qui prouve du moins qu'en cas semblable, on doit beaucoup plus compter sur les excrétions intestinales et rénales , c'est le cas que voici :

Une femme de vingt-six ans, grande , à formes arrondies , «i peau blanche, comme transparente, pommettes rosées, yeux bleu clair, à grandes pupilles, c'est-à-dire avec tous les caractères de la constitution albumineuse, était affectée, de-

puis trois ans, d'une mélitagre flavescente (impétigo de Willan), qui lui couvrait la face et les mains. Elle vint me consulter sur le genre d'eau minérale qui pourrait le mieux lui convenir, et je lui prescrivis les eaux salines sulfureuses de Saint-Martin de Renacas en boisson seulement , un régime herbacé et des viandes rôties. Sous l'influence de cette médication des selles journalières de six à huit, quelquefois jusqu'à dix et douze, et plus, amenèrent, en quinze jours, des changements très-marqués sur la malade. La dartre cessa de sécréter de nouveau, les croûtes se séchèrent et tombaient, tandis que la malade avait tellement maigri que ses robes ne pouvaient plus tenir sur elle, comme elle le disait, et comme on pouvait s'en apercevoir. Alors, sacrifiant encore à l'ancienne pratique , je voulus essayer de nouveau quelques lotions rapides de cette même eau saline, sulfureuse, froide ; mais presque aussitôt la sécrétion pathologique reparut , ainsi qu'une hypérémie plus prononcée et plus étendue dans les parties malades de la peau. Je fis de suite cesser ces lotions pour m'en tenir aux boissons seulement qui, continuées pendant deux mois sans beaucoup de repos, finirent par amener les plus favorables changements dans la dartre et la constitution. Je résolus même de m'abstenir de lotions à l'eau froide simple, parce que j'avais pu remarquer que lorsqu'elles ne sont pas suffisamment continuées, elles déterminent une réaction qui avive l'hypérémie; tandis qu'une trop grande macération, en diminuant la contractilité de la peau, a de pareilles conséquences. Il n'y a que des affusions assez répétées qui m'ont parues être exemptes de ces divers inconvénients. Malheureusement , tous les malades ne peuvent pas se prêter, dans la pratique ordinaire, à ces soins minutieux et renouvelés, et souvent je me vois contraint de me priver d'une telle action dérivative ou résolutive.

Cependant, après deux mois de ce traitement interne seul, continué sans de bien longs repos , l'hypérémie laissait à peine quelques traces, et sauf certains points où l'on pouvait distinguer avec peine quelques petits grains de croûtes, la couleur

presque normale de la peau était revenue , et , au lieu de croûtes , on ne voyait plus que quelques furfures qui se renouvelèrent à de longs intervalles.

Outre ces changements dans le mode pathologique de la maladie qui témoignent d'une grande amélioration dans le mal , ainsi que de l'analogie de ces maladies dartreuses , puisqu'elles semblent revenir à une expression morbide plus simple , la constitution avait gagné en ce sens que, sans continuer à maigrir, la malade était restée dans les dernières conditions, mais avec des muscles plus prononcés, dont on distinguait les saillies sous la peau. D'ailleurs , la force ne manquait pas à la malade , car elle pouvait faire de longues courses à pied pour aller et venir de la source qui se trouve dans un pays très-abrupte et très-montagneux. Ce fut dans cet état que je lui conseillai de quitter son traitement pour le reprendre l'année prochaine.

Dans le courant de l'hiver, la malade ressentit quelques recrudescences de son mal. Elle vit par-ci par-là divers fendillements de l'épiderme, à travers lesquels sortait de la sérosité, mais non de la matière albuminoïde, melliforme, primitive. Aussi elle reprit son traitement l'été passé, et après un mois et demi de l'usage intérieur des eaux indiquées, par les superpurgations intestinales et rénales toujours abondantes qu'elles provoquèrent, il ne resta plus trace de l'afiection. Voilà plus d'un an de cela, et, avec sa peau parfaitement guérie, cette femme a toujours conservé la même condition constitutionnelle que nous avons indiquée.

Les détails de cette observation qui prouvent que les maladies dartreuses varient plus, comme le disait Lorry, de degré que de nature, attestent encore, ce que nous déduisions il y a vingt ans, dans notre Histoire de l'inflammation dartreuse (Thèse inaug., Paris, 1833), de l'anatomie pathologique, que les formes de ces maladies dépendent surtout de la constitution. Nous voyons, en effet, ici, par la contreépreuve, c'est-à-dire par les résultats thérapeutiques, que c'est en attaquant cette constitution que nous détruisons la radicule du mal, tandis que, en utilisant ces mouvements

organiques, qui pourraient porter les fluides sur l'organe malade, nous aidons non-seulement la résolution de la maladie, en poussant ces fluides dans une direction opposée, mais encore nous favorisons les modifications constitutionnelles, à la suite du genre de sécrétions activées par ce même mou vement organique.

C'est ainsi que se trouve toujours mieux prouvée cette grande vérité générale , que tout se tient dans notre organisme par les rapports les plus étroits , et dans les détails desquels il ne faut pas hésiter de pénétrer pour assurer la pratique.

C'est ainsi que les faits cités et ceux que nous produirons encore, attestent non-seulement que les maladies qui naissent d'une constitution albumineuse attaquent de préférence les organes de la périphérie, les ganglions lymphatiques extérieurs, les os et les articulations des membres, la peau, plutôt que les organes splanchniques. En effet, parcourez les salles de scrofuleux de l'hôpital Saint-Louis de Paris, résumez toutes les observations possibles, et vous verrez que les maladies de cette nature qui affectent les organes intérieurs ne sont que l'exception ou les derniers termes des phases du mal.

Or, ces observations tenant aux conditions de la constitution générale, ne prouveraient-elles pas ici, par le plus d'efficacité des eaux froides que des thermales, qu'il s'agit toujours de l'état fonctionnel du système lymphatique et de la régénération fibrineuse, que l'on active en déterminant un mouvement organique de la périphérie au centre? Ce grand fait physiologique si important pour la pratique et qui sera toujours plus saillant, ne Tesi-il pas encore par cette nouvelle circonstance de l'accord des phénomènes symptomatiques et étiologiques, comme par la puissance médicatrice , résolutive , excitée à la suite de la modification constitutionnelle, dans la dernière observation? Tout concourt au même but, le genre de sécrétions, le mouvement circulatoire contraire au siège du mal , les élaborations provoquées! Aussi ne peut-on invoquer contre ce fait les effets

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obtenus par le9 eaux thermales sur les dartres sèches; car ici d'ordinaire, il n'y a d'analogue que le siège du mal. L'impressionnabilité est entièrement différente ; elle ne saurait redouter une certaine stimulation; tandis que les mouvements organiques, qui peuvent déterminer une modification constitutionnelle correctrice, réclament la direction inverse. C'est ce que va prouver l'observation suivante, que l'histoire de l'hydrothérapie thermale pourrait tant multiplier.

Il y a trois ans , M. ***, des environs de Marseille, fut dirigé par M. le docteur Cauvière aux eaux de Gréoulx pour une dartre furfuracée arrondie qui siégeait sur les bourses (psoriasis de Willan). Ce monsieur, fort, robuste, musculeux, d'une figure à teint animé, après avoir usé pendant trois semaines des bains salins et sulfureux thermaux, vint me consulter, se plaignant de ne retirer aucun bénéfice de cette médication. J'en compris facilement la cause, puisque son traitement se bornait au mode balnéaire, tandis qu'il usait comme d'habitude du plaisir de la table. Je lui prescrivis en lui en montrant l'importance : 1° de continuer les bains et de boire de l'eau minérale thermale, successivement et à dose croissante ; 2° de s'abstenir de vin, de s'arrêter beaucoup sur son appétit et de choisir parmi ses aliments de préférence le lait, les légumes herbacés et les fruits; 3° en même ternes qu'il chercherait à faciliter les sueurs en demeurant au lit, après le bain, assez longtemps pour boire, surtout à ce moment, de l'eau minérale; 4° enfin, par beaucoup d'exercice l'après-midi.

Cette pratique atteignit le résultat cherché. Après quelques purgations produites par la première impression mè.licamenteuse, la direction fonctionnelle se portant à la peau et au rein, les sueurs et les urines devinrent fort abondantes, et lorsque, après une vingtaine de jours, le malade vint m'annoncer qu'il quittait les eaux, je fus frappé de son teint plus calme, d'une diminution sensible dans son embonpoint, circonstance dont il. était d'autant plus satisfait qu'il éprouvait un bien-être organique général, qu'il désignait par un senti-

ment de légèreté physique et morale qu'il n'avait pas ressenti depuis longtemps. Je lui conseillai, à sa rentrée chez lui, de continuer avec persévérance le même régime alimentaire et de faire beaucoup d'exercice ; tandis que, comme sa dartre, qu'il croyait guérie, présentait encore quelques nuances rosées, je lui prescrivis divers topiques locaux qu'il pourrait mettre en usage jusqu'à disparition complète; disparition qui aura dû effectivement avoir lieu, car ce malade était très-désireux de se débarrasser de son mal, et je n'ai plus entendu parler de lui.

En voilà assez pour prouver que les eaux minérales sulfureuses de même nature, doivent particulièrement leurs vertus diacritiques cutanées à la thermalité ; que les froides comme l'eau de mer portent sur le tube intestinal et les reins, circonstances diverses d'action que l'on peut utiliser, et suivant les conditions constitutionnelles, et suivant la forme des maladies; que d'ailleurs ces conditions générales et locales dépendant les unes des autres, s'accommoderont toujours entre elles, si le praticien a pu parfaitement distinguer les véritables rapports qui les lient. C'est ainsi que se trouve expliqué, toujours par le mécanisme organique et les conséquences fonctionnelles, ce qu'on avait voulu exprimer par les mots toujours vides d'une expression suffisante : l'excitation et la révulsion.

Maintenant donc, que les faits eux-mêmes expriment comment s'opèrent ces modifications constitutionnelles par les sécrétions, que nous pouvons voir le rôle que jouent les organes élaborateurs dans l'impulsion différente qui peut leur être donnée par les eaux thermales ou froides, nous passerons à une autre démonstration pour garantir encore ces mêmes observations. Je veux parler des résultats définitifs obtenus par l'action définitive aussi de ces eaux, action tonique par Timpressionnalité portée sur la contractilité à la suite des sécrétions albumioeuses intestinales et des transformations fibrineuses que déterminent les eaux froides, action relâchante et hyposthénisante par l'abaissement de la contractilité, après les éliminations azotées, qui s'effectuent par les

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taux thermales au moyen des sécrétions de la peau et des reins.

Relâchement de la libre et abaissement des liquides qu'avait parfaitement aperçus Bordeu, bien qu'il se perdît encore dans les actions primitives et secondaires des eaux; car après avoir donné différentes propriétés apéritives à chacune des eaux d'Aquitaine, il finit par conclure qu'elles sont toutes relâchantes, fait qu'il ne confondait pas avec leurs effets excréteurs, puisqu'il n'en parle qu'après les propriétés éliminatrices de ces eaux, et qu'ensuite il disserte sur le strictum et le laxum de la fibre (ouv. cit., p. 917). D'ailleurs il avait pu constater « par une foule d'expériences, dit-il, que les maladies aiguës, môme les très-aiguës, peuvent être guéries par nos eaux. » (Ibid., p. 928.)

A propos d'un malade qui se trouva fort mal des eaux thermales, Bordeu dit encore : « J'avais pourtant expressément observé qu'on devait s'abstenir des eaux de Bagnères dans toute disposition au marasme. » (Ibid. , p. 923). Quelle observation générale et particulière peut être plus nettement exprimée, plus explicite, pour assurer de l'action hyposthénisante ou décomposante des eaux thermales?

Les eaux de Bagnères! Remarquez que les eaux de Bagnères-de-Luchon si fortement sulfureuses, celles de Bagnères-de-Bigorre si fortement salines, atteignent toutes deux cinquante degrés centigrades. Aussi, si M. Léon Marchant dit qu'elles sont excitantes, il le peut à bon droit en ne considérant que les effets primitifs dus surtout au calorique. Mais pour nous qui apprécions principalement l'action définitive organoplastique, n'avons-nous pas le droit de dire dans ce sens complexe, qu'elles sont relâchantes et hyposthénisantes, et M. Léon Marchant même nous en fournit la preuve, car il dit : « ces eaux conviennent surtout aux rhumatismes et aux dartres » (ouv. cit., p. 144), maladies qui s'allient d'ordinaire aux constitutions les plus fibrineuses ou les plus azotées.

Or, qu'on n'invoque pas contre ces faits les excitations fébriles survenues! On sait maintenant d'où elles dépendent le plus souvent, et comment on peut les prévenir, Cepen-

dant, les eaux dont il est question, nous l'avouons sans peine, doivent y exposer plus que d'autres. Etant plus chaudes et plus minéralisées, elles entraînent cette difficulté d'application dont nous avons traité plus haut, et qui peut se résumer ainsi : à des eaux particulièrement thermales et minéralisées, il faut des malades aussi très-particuliers. « Les eaux de Bagnères-de-Luchon sont si minéralisées qu'on ne peut guère les administrer à l'intérieur à plus de trois verres dans la journée (L. Marchant, ibid, p. 144), et qu'il suffit de soulever un des couvercles des puisards pour retirer des masses considérables de soufre sublimé. » (Constantin James, ouv. cit., p. 98.)

Quant aux eaux de Bagnères-de-Bigorre, auxquelles s'adresse peut-être plus particulièrement le fait de Bordeu, elles paraissent si réellement, parleurs qualités thermales et salines, seconder le mouvement organique centrifuge sur lequel nous insistons, ainsi que. l'atténuation de la plasticité des liquides par les sécrétions urinaires et cutanées, que ce résultat est étayé de la manière la plus expressive par une observation générale que M. Marchant relate ainsi : « On prescrit ces eaux sans hésitation contre les maladies de l'appareil hépatique. Si le foie est dans un état de souffrance par une sorte de congestion sanguine, c'est alors qu'elles sont jugées les plus utiles. » {Ouv. cit., p. 157.)

Enfin, tout concourt si positivement au résultat de décomposition organo-plastique que nous indiquons, que des faits d'un genre différent viennent l'attester comme pour le garantir par une contre-épreuve.

« Le gardien des étuves de Néron (près de Pouzzoles), est un petit vieillard dont l'aspect fait mal. Son excessive maigreur, sa peau sèche et racornie, sa respiration sifflante, n'indiquent que trop le pénible métier qu'il exerce journellement. En effet, sa seule industrie est de traverser une atmosphère embrasée pour aller puiser à la source un seau d'eau, dans lequel les visiteurs s'amusent ensuite à plonger des œufs qui deviennent durs en moins de cinq minutes. » (Constantin James, ouv, cit., p. 454.)

« Dans le scorbut, les eaux hydro-sulfuriquées, les vapeurs tièdes imprégnées de gaz sulfhydrique, les bains tempérés, ne font qu'augmenter l'altération du sang et favoriser la cachexie hémorrhagique qui s'y rattache. J'ai vu dans la pratique de mon grand'père, à Ax, deux cas de stomatite scorbutique avec ulcérations saignantes de la bouche provoquée chez des militaires par l'usage prolongé des eaux. » (G. Astrié, ouv. cit. , p. 108.)

Dans la chlorose qui, comme nous l'avons vu, manque de matériaux azotés du sang, les eaux thermales sulfureuses n'ont seulement jamais rien produit à notre connaissance, mais nous ne trouvons dans les auteurs que des assertions vagues dictées par la manie de conseiller toutes les eaux contre les maladies lentes ou passives. Cependant on peut distinguer la vérité sous la transparence d'une phrase de M. G. Astrié, ainsi exprimée : « Dans le traitement des anémies, on préférera parmi les eaux sulfureuses celles des Pyrénées, et parmi celles-ci les sources douces et ferro-manganésiennes d'Ax ; les sulfurées faihlrs de Luchon, de Vernet , des eaux-chaudes, de Cauterets, de Vinca, de la Preste, de Moligt, etc. Dans les cas légers, l'on pourra choisir presque indifféremment toute eau froide ou chaude qui réunira de bonnes conditions hygiéniques, car ers dernières ont ici la part la plus large dans les bons e/Jr/s des eaux. » {Ibid, p. 219.) Réunissez ces deux faits de choisir les eaux sulfureuses les plus faibles, et surtout de bonnes conditions hygiéniques indépendantes de la nature des eaux, et vous trouverez qu'en somme, M. Astrié arrive à notre conclusion.

Les faits sont si éloquents, que M. Astrié conclut comme nous, non-seulement pour la chlorose, mais pour la scrofule, maladies dont nous avons fait remarquer les analogies radicales dans la plasticité de l'hématose. Ici même, cet auteur, dans un mouvement de franchise qui l'honore, arrive, par l'observation , à toutes nos conséquences organo-plastiques, car il dit : « Le traitement des scrofules par les eaux, est en général long, et demande une longue saison, et souvent plusieurs saisons. On se trouve bien d'alterner, dans les

cas rebelles, les bains de mer avec les eaux sulfureuses.... Les eaux sulfureuses ne guérissent pas directement les scrofules comme les dartres; elles modifient heureusement l'ensemble de l'organisme, et mettent la maladie en voie de guérison; tel est le résultat vrai, qui me paraît basé sur l'ensemble des faits.

« C'est ce qui explique en partie cette remarque, qui n'avait pas échappé à Bordeu : « Je ne sais par quelle fatalité je n'ai vu que rarement des tumeurs et des glandes que nos eaux aient parfaitement fondues et résoutes. » (G. Astrïé, bid.y p. 162.) N'est-ce pas là la preuve clinique de tout ce que nous avons soutenu à propos des mouvements organiques et des conséquences plastiques, déterminées par les eaux froides dans les maladies strumeuses qui siègent surtout à la périphérie, et tous ces faits contraires, mais concordants, n'arrivent-ils pas à nos principes concluants au sujet des eaux de mer et des eaux froides, comme des eaux thermales salines et sulfureuses? Il nous semble que nous ne pouvons pousser plus loin la démonstration, sans nous exposer à devenir fatigant.

Mais, maintenant, comment comprendre ces guérisons de plaies anciennes, de fistules, d'ulcérations, par les eaux thermales, sulfureuses, guérisons qui semblent être d'autant plus particulièrement dues aux eaux les plus thermales, dans les Pyrénées, Bagnères et dans nos Alpes, Digne? Comment expliquer ce fait autrement que par l'activité organique locale réveillée?

L'observation directe des phénomènes efface entièrement cette dernière hypothèse ; car, en nous restreignant dans le fait, nous trouvons ceci : que les sécrétions de l'ulcère diminuent à mesure que celles des divers organes excréteurs augmentent. Dès lors , qu'y a-t-il d'étonnant de comprendre la cicatrisation d'un ulcère par ces phénomènes, toujours organo-plastiques? M. G. Astrié, ne reconnaît-il pas que rien n'est plus propre que les eaux thermales sulfureuses à rompre les habitudes fluxionnairesl (Ibid., p. 251.)

M. Durand-Fardcl ne considère pas les choses ifférem-

ment, puisqu'il cite ces paroles de Bordeu, sur lesquelles il s'étaye : « Mais c'est que , dans certains ulcères, il est souvent moins essentiel de songer à la partie affectée qu'aux autres sécrétions qui sont oisives; aussi n'est-il pas étonnant devoir des récidives et des rechutes fâcheuses, quand on ne s'attache qu'à des remèdes locaux qui n'opèrent pas sur toute la machine. » (Bordeu.) « Remplacez ce mot, ulcères, ajoute M. Durand-Fardel, par celui, d'engorgement du foie ou de la rate, écoutez encore le passage suivant : « Ce remède, pris inté- « rieurement, travaille peu à peu, agit sur les humeurs, heurte « à toutes les portes, dégage tous les secrétoires, » (Bordeu ) et vous trouverez dans ces quelques lignes toute la théorie des eaux minérales. » (Durand- Fardel , des Eaux de Vichy, p. 39.)

Toute la théorie des eaux minérales, c'est trop dire, car les diverses sécrétions et diverses absorptions, suscitées par les mouvemens organiques que déterminent surtout les eaux froides et thermales, ne sont appréciées ni par leur action sur la maladie ni par leur action sur la constitution de qui la première dépend, comme l'admet explicitement M. Dura'nd- Fardel à la suite de Bordeu.

Or, Bordeu comprenait l'importance de ces mouvements, car il a non-seulement souvent parlé du mouvement centrifuge et centripète, mais il dit , après avoir longtemps discuté sur la modification que les eaux peuvent faire subir aux liquides : « C'est donc principalement à observer divers mouvements du corps qu'il faut que le médecin s'applique. * {Œuvres de Bordeu, ouv. cit., p. 928.)

Bordeu avait si fort raison, que, dans la circonstance, plusieurs autres faits, différents de ceux relatifs aux eaux minérales, attestent qu'en modifiant la constitution, ou en détournant le mouvement organique, on guérit des ulcères comme des maladies.

Un médecin de mes amis portait une ulcération au voile du palais qu'on avait jugée syphilitique et sur laquelle tous les traitemens généraux spécifiques , les topiques modificateurs tels que Je r itrate acide de mercure, conseillés par Cul-

lerier, Boyer etDupuytren, étaient restés sans effet. Le malade voulut essayer de la diète sèche que je lui conseillais, seulement, comme il avait beaucoup usé de traitements mercuriels, il fut convenu qu'il supprimerait les mercuriaux commandés par la diète dite arabique, et qu'il essayerait à peu près le cura famis de la manière suivante : pour toute nourriture des galettes dures, des figues, des raisins secs, des amandes torréfiées et, pour boisson, une décoction de salsepareille. Dès que l'amaigrissement se fut prononcé, les sécrétions cutanées devinrent plus évidentes et les urines manifestement plus chargées. Dès lors, aussi, la cicatrisation marcha toujours en rapport de ces phénomènes organo-plastiques et, au bout de deux mois, elle était complète et définitive.

N'est-ce pas là un résultat produit par les modifications survenues dans la constitution élémentaire des liquides, soit par le manque de matériaux fournis aux élaborations , soit par le mouvement organique dérivatif et dépuratif se portant sur d'autres sécrétoires restés oisifs. Et de cet ensemble de phénomènes n'est-il pas résulté moins de liquides sur l'ulcère et plus de contractilité générale par le retour de la fibre sur la diminution des liquides, d'où l'effectuation de la cicatrisation ou soit de la résolution. Le mécanisme physiologique des eaux minérales n'est pas différent. C'est pourquoi l'on peut parfaitement conclure avec Hippocrate que cette action est variée mais toujours une, Natura est una et non una. En voici une des preuves les plus physiques.

Depuis vingt-cinq ans, je vois M. le professeur Gerdy traiter par la position élevée différents ulcères et diverses inflammations, et le succès couronne toujours mieux cette pratique que j'ai utilisée dans bien des cas. C'est ainsi que j'ai remarqué, il y a vingt-trois ansàl'hôpital Saint-Louis, dans la salle de ce chirurgien , une inflammation rhumatismale de la main , qui résistait à tous les moyens, céder en quelques jours à la suspension du membre. Aujourd'hui encore tous les élèves peuvent voir à l'hôpital de la Charité, comme je l'ai vu dernièrement, des ulcères des jambes guérir à merveille par la seule portion très-élevée. Certes , dans de tels faits ne trouve-t-cm

pas la démonstration complète de tout ce que nous avons avancé sur l'importance des mouvements organiques, de la dérivation des fluides relativement à l'habitude fluxionnaire? En éloignant les fluides d'un ulcère comme d'une tumeur, ne comprend-on pas le retour delà contractilité organique et, par cette tonicité fibrillaire, naturellement rendue, la cicatrisation ou la résolution qu'aident surtout les modifications constitutionnelles des fluides.

Il devra donc rester évident que les mouvements organiques que nous avons signalés, doivent d'autant mieux être distingués et appréciés qu'ils ont cette double conséquence, de pouvoir servir de dérivation à la lésion pathologique et de modificateur à la dyscrasie constitutionnelle, par le genre divers des sécrétions qu'ils peuvent provoquer. D'où il suit, que si nous avons été vrais dans nos observations relatives aux eaux froides et thermales, nous avons donné à la pratique hydrothérapique une assurance qu'elle n'avait jamais eue, en démontrant que l'action de chacune de ces deux grandes classes d'eaux modifiait diversement la constitution et concourait ainsi doublement à la résolution des maladies.

Il n'y a donc pas plus deux actions hydrothérapiques qu'il n'y a deux médecines. Il n'y a que des modes différents qu'il s'agit de rattacher aux lois physiologiques générales. Aussi, pour les eaux , ces modes se résument à deux principaux : suivant que le mouvement organique est dirigé en dehors ou en dedans, il provoque l'action terminale, modificatrice et révulsive de tel secrétoire ou de tel autre. Par l'eau froide, l'action commence sur les solides extérieurs et vient se terminer sur les sécrétions intérieures; par l'eau chaude, elle débute sur les liquides en général et vient aboutir, au moyen de l'expansion des solides , aux excrétions cutanées. D'où il suit que par le plus ou le moins de calorique, par le genre de minéralisation aidant , on peut modifier les sécrétions et les élaborations, suivant qu'on dirige le mouvement organique et fluxionnaire sur le tégument interne ou externe. L'un entraîne au-dehors des éléments albumineux et carbonés, l'autre, des éléments fibrineux et azotés , ce qui répond aux be-

soins complexes de deux grandes classes de maladies qu'on désigne, depuis longtemps et toujours, par sthéniques et asthéniques.

Les eaux chaudes salines et sulfureuses s'adressent directement aux premières, puisqu'elles diminuent la tonicité fibrillaire et en même temps les élaborations et la plasticité des liquides, en enlevant à ces derniers, par les sécrétions effectuées, les matériaux les plus animalisés.

Les eaux froides répondent aux secondes parce qu'elles tonifient la fibre, excitent les élaborations, pendant qu'elles forcent les éliminations des matériaux les moins animalisés.

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