‹ Hygiáene de la boucheChapitre 3 sur 13 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DE LA SECONDE DENTITION , ET DES PRÉ- CAUTIONS QU'ELLE NÉCESSITE POUR SEF- FECTUER RÉGULIÈREMENT.

S. i.er

Phénomènes de la seconde Dentition , ou de la chute des Dents temporaires et de leur remplacement.

L'enfant ne conserve pas longtemps

les vingt dents dont sa bouche s'est garnie successivement depuis le septième mois environ de sa naissance jusqu'à trois ans; car à peine là sortie des quatre grosses molaires , dont l'apparition complète le phénomène de la première dentition , est-elle achevée , que la nature se prépare au travail par lequel s'effectueront la chute et le remplacement des vingt premières. Mais on voit que, fidèle au système admirable de prévoyance sur lequel sont réglées toutes ses œuvres, elle a jugé convenable de donner à l'enfant de nouvelles dents avant de le priver de celles du premier âge; car les quatre premières grosses molaires sont permanentes, comme on peut le voir en consultant le tableau de la première dentition , où elles sont indiquées comme faisant la troisième époque de la sortie des dents qu'on nomme improprement dents de lait.

C'est ordinairement vers l'âge de

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sept à huit ans que commence la mue ou le remplacement des dents temporaires. Les deux dents de devant, que nous avons nommées incisives moyennes, tombent d'abord à la mâchoire inférieure, pour être immédiatement remplacées par deux nouvelles. Ensuite tombent les incisives moyennes supérieures , dont deux autres ne tardent pas à venir occuper la place.

Les incisives latérales inférieures suivent celles-ci, et sont bientôt aussi suivies à leur tour par les incisives latérales de la mâchoire supérieure.

Lorsque ces dents sont sorties, il y a un repos plus ou moins long; souvent même un intervalle de deux ou trois ans. Puis , vers l'âge de dix , douze et même treize ans , les premières petites molaires de l'une et l'autre mâchoire remplacent les premières petites molaires de lait, et bientôt les deuxièmes du même ordre viennent chasser et remplacer, également à chaque ma-

choire, leurs analogues qui ne sont que temporaires. Enfin, en dernier lieu les quatre canines ou oeillères viennent à leur tour déterminer la chute et occuper la place des primitives ou temporaires du même nom.

Cette dernière circonstance est à noter, car on dit généralement que la chute et le remplacement des dents de lait s'opèrent dans le même ordre que celui qu'elles ont suivi pour leur sortie. Mais l'éruption des canines ayant lieu le plus ordinairement après celle des petites molaires , fait une exception qu'il importe de connaître , quoique très-peu de dentistes l'aient remarquée : j'ai dit le plus ordinairement , car il arrive assez souvent que les canines tombent et sont remplacées dans la temps qui sépare la chute des deux petites molaires , quelquefois même avant la sortie de ces deux dernières.

A peine le remplacement des dents primitives ou temporaires est- il ache-

vé, que les deuxièmes grosses molaires ou mâchelières se font jour, ce qui a lieu le plus communément vers l'âge de douze à quatorze ans.

Telle est la marche que suit ordinairement l'éruption des vingt -huit dents dont sont pourvus les enfans qui touchent à l'âge de la puberté ; mais elle présente assez souvent des irrégularités ; et se montre, quant aux résultats qu'elle peut avoir sur la santé, tout-à-fait indépendante de celle qu'a suivie la sortie des dents de lait.

Parmi ces irrégularités , les plus fréquentes sont : le remplacement total des dents temporaires d'un côté de la mâchoire avant la chute de celles du côté opposé , la sortie des deuxièmes grosses molaires avant le remplacement des dents temporaires.

Enfin ce n'est guère , terme moyen , que de vingt à vingt-cinq ans que la sortie des quatre troisièmes grosses molaires, vulgairement nommées dents

de sagesse , vient compléter le nombre total de trente-deux dents dont l'homme est ordinairement pourvu quand il entre dans l'âge viril. Il n'est pas rare néanmoins que la sortie de ces dernières soit retardée, puisqu'on voit quelques personnes qui ne les ont eues qu'à cinquante, soixante ans, même plus tard , et quelquefois pas du tout. Pour suivre l'ordre que j'ai adopté à l'égard de l'exposé des divers temps de la sortie des premières dents , j'ai jugé convenable de placer ici un tableau synoptique représentant les différentes époques auxquelles les dents sont remplacées.

/De 8 à 10 ans les incisives moyennes. ^ \ De q à 1 1 — les incisives latérales. A \ De ioà 12 — les ires petites molaires. 2 / De io à i3 — les canines.

\ De 12 à i4 — les 2raes petites molaires.

<s» e De i3 à 17 ans les 2mes grosses molaires. 'i§* < De 20 à 25 — les 3mes grosses molaires % ( ou dents de sagesse»

Terminons ce qui a rapport aux différens temps du développement des dents en faisant observer que cet acte de l'organisme est susceptible d'offrir un grand nombre d'irrégularités , non seulement pour Tordre de leur sortie, mais encore pour leur nombre total ; c'est ainsi qu'on a rencontré plusieurs personnes qui n'avaient que vingt-huit, même vingt-quatre dents, tandis que chez quelques autres on en a vu jusqu'à trente-six.

J'aurais pu, à l'exemple de la plupart des dentistes qui ont écrit sur le développement des dents , faire étalage d'érudition en citant les nombreux écarts auxquels la nature est sujette à l'égard des dents ; mais, mu par le désir d'être utile plus que par l'envie de piquer la curiosité , j'ai tout sacrifié à la crainte de détourner l'attention des choses dont la connaissance seule est indispensable pour les personnes qui sont chargées de sur-*

veiller les enfans dans cet instant quelquefois si pénible de la vie.

Méthode simple et naturelle rie rendre régulière la sortie des secondes Dents , et de prévenir ou combattre les accidens qui peuvent l'accompagner.

La sortie des dents de remplacement , dents permanentes ou secondaires, est en général moins pénible que celle des dents temporaires , ou primitives; mais dans un très-grand nombre de cas , chez les enfans de la ville et particulièrement chez ceux des classes opulentes, elle est accompagnée d'accidens semblables à ceux que détermine l'éruption des dents de lait.

Cette malheureuse prérogative des enfans élevés dans le sein des grandes villes est l'infaillible résultat de l'état d'excitation dans lequel , malgré les plus sages avis , on persiste à tenir leur

cerveau , dans un moment qui devrait être exclusivement consacré au développement de leurs forces physiques.

Dans cette circonstance, en effet, le cerveau , constamment excité par l'usage intempestif qu'on fait de ses fonctions, devient un centre d'irritation , toujours prêt à rompre cet état d'équilibre parfait qui constitue la santé, et ne demande que la plus légère cause pour passer à l'état de maladie , et pour forcer toute l'économie à partager ses souffrances.

Chez les enfans de la campagne , au contraire , ou chez tous ceux qui dans les villes appartiennent aux classes inférieures de la société, une habitude soutenue de s'exercer en plein air et d'affronter, légèrement vêtus , l'intempérie des saisons, donne à la nature les forces nécessaires à l'accomplissement de ses fonctions, et, en les préservant d'une constitution nerveuse exaltée , les rend moins sensibles à la douleur.

Quelle que soit néanmoins la constitution d'un enfant , la partie de la gencive qui environne la dent qui va être remplacée, est presque toujours légèrement enflammée ; une légère irritation , accompagnée d'un peu de douleur , s'y développe long - temps même avant sa chute, et il n'est pas rare non plus d'y voir quelques petits abcès se former.

C'est surtout lorsque les petites molaires de remplacement s'ossifient, ce qui arrive de quatre à cinq ans , que les enfans éprouvent un état de mal-aise et d'indisposition générale , qu'on ne peut véritablement attribuer qu'à l'effort de la nature qui travaille au remplacement des dents temporaires.

Ils ressentent dans les mâchoires une démangeaison sourde qui n'est pas assez forte pour occasionner une véritable douleur , mais qui suffit néanmoins pour les inquiéter et les

plonger dans un état de tristesse bien apparente.

11 arrive même assez souvent que quelques dents de lait et particulièrement les molaires , se carient , et qu'il se forme sur la gencive des fluxions et même des ulcérations peu inquiétantes ; il est vrai , mais toujours douloureuses.

L'irritation que le travail de la deuxième dentition détermine sur les gencives ne se borne pas toujours à la bouche , car dans bien des cas il suffit de la cause la plus légère , souvent même d'une cause inappréciable, pour que cette irritation se propage dans les parties environnantes ; de là des maux d'yeux , de gorge ou d'oreilles , des éruptions croûteuses vers la tête et des dartres farineuses sur la figure , des migraines et des névralgies faciales.

Ces difFérens accidens sont presque toujours accompagnés d'un trouble de la digestion , auquel prédispose

d'ailleurs l'obstacle que l'ébranlement et la chute des dents de lait apportent à une complète mastication.

Enfin, il est très-fréquent aussi de voir le cou des enfans, dont les dents se remplacent, offrir une plus ou moins grande quantité de glandes engorgées, qui occasionnent dans tout l'espace qu'elles occupent un sentiment de gêne qui produit ce qu'on nomme vulgairement torticolis.

Ces glandes du cou surviennent particulièrement chez les enfans qu'un tempérament mou ou lymphatique prédispose aux maladies scrophuleuses , et elles persistent d'autant plus dans cet état d'engorgement inflammatoire , que cette prédisposition est plus marquée.

Quant aux convulsions , elles sont assurément moins fréquentes que pendant le travail de la première dentition, et ne surviennent guère que lorsque la chute et le remplacement de plusieurs

dents s'opèrent en même temps. L'observation prouve aussi qu'elles affectent plus souvent les enfans du sexe féminin que les jeunes garçons ; il n'est même pas sans exemple qu'elles soient survenues chez des personnes adultes à y époque de la sortie des dents de sagesse s sans qu'on ait pu les attribuer à aucune autre cause.

Tels sont les accidens que le médecin dégagé de préventions, et fidèle observateur de la marche de la nature , peut véritablement attribuer à la sortie des dents secondaires. La plupart des autres maladies qu'on se plaît à croire qu'elle occasionne n'ont avec elle autre chose de commun que de se développer au moment où elle s'effectue.

Que les parens se pénètrent bien de cette vérité ; tous les dentistes qui la combattent avec force doivent .passer à leurs yeux pour des hommes qui cherchent à faire ressortir outre

mesure l'importance de leur ministère. Ah ! la vie des enfans n'est -elle donc pas entourée d'assez d'écueils , sans qu'on cherche encore à exagérer le nombre déjà si grand des maladies qui peuvent les assaillir.

C'est donc en procurant de bonne heure aux enfans une constitution saine et vigoureuse , qu'on peut espérer de leur faire franchir sans accidens le moment où s'opère chez eux le phénomène de la deuxième dentition.

Cette précaution devient surtout indispensable pour les enfans nés de parens nerveux , et eux-mêmes d'un tempérament irritable. C'est particulièrement pour eux que dès l'âge de trois ou quatre ans deviennent indispensables l'exercice , les bains froids , une nourriture sagement réglée, l'habitude d'avoir la tête constamment découverte , et enfin une renonciation presque entière, de la part de leurs parens, à ces soins minutieux et à ces

prévenances continuelles qui les rendent aussi exigeans qu'incapables de supporter la moindre peine et d affronter la plus légère douleur.

Néanmoins aux approches du remplacement des dents primitives , il est toujours prudent de chercher à détourner et à combattre l'irritation dont la bouche est alors le siège , car elle est susceptible de se propager facilement et d'occasionner des congestions sanguines vers le cerveau.

Ainsi, si la tuméfaction des gencives est considérable, indépendamment de l'emploi des gargarismes émolliens , comme ceux faits avec une infusion de fleurs de mauves , de feuilles de ronces , etc. , miellées ; des cataplasmes placés sous la mâchoire , et de l'application de trois ou quatre sangsues audessous de chaque oreille, on pourra faire , avec la pointe d'une lancette , quelques légères scarifications ou mouchetures sur la gencive gorgée de sang,

donner des lavemens émolliens au malade , lui faire prendre un bain de pied salé, et le mettre à une diète sévère et à l'usage des boissons relâchantes.

Lorsque les douleurs locales et l'état d'excitation générale résistent à ces différens moyens, auxquels on peut joindre une saignée générale et de légers caïmans , il ne faut point hésiter à faire enlever les dents dont le remplacement s'opère, quelque peu disposées qu'elles semblent être à vouloir s'ébranler. Je pourrais citer plusieurs cas où j'ai fait de ces extractions avec le plus grand succès possible , si les ouvrages consacrés à l'art dentaire n'avaient pas appuyé leur nécessité sur un nombre suffisant d'exemples.

Quant aux accidens qui surviennent lors de la pousse des dents mâchelières ou molaires qui ne sont pas renouvelées , comme on a beaucoup plus de raisons pour les attribuer à

la résistance des gencives , que ceux qui se déclarent au moment de la première dentition, il est prudent d'en venir le plus promptement possible à l'incision de la gencive. Quelque obligation que j'aie contractée de ne parler que d'après des faits généraux qui ressortent d'une série d'observations , je dois néanmoins dire , pour appuyer cette assertion , que j'ai tout récemment par ce moyen, chez une jeune dame dont une dent de sagesse voulait paraître, arrêté le développement d'une affection nerveuse dont des migraines continues, des douleurs faciales et le resserrement spasmodique des muscles du cou étaient l'effroyable prélude.

Cette incision est peu douloureuse , puisque la tension qu'elle ocsionne sur la gencive finit par engourdir cette partie , au point d'en suspendre la sensibilité , et , faite par la pointe acérée d'un instrument fort

tranchant conduit par une main habile et exercée , elle n'expose à aucun danger.

Manière de diriger l'arrangement des Dents secondaires > et circonstances dans lesquelles il convient d'enlever celles qu elles doivent remplacer.

Prévenir les maladies qui peuvent compliquer la sortie des dents et combattre convenablement ces maladies quand elles se déclarent, ne sont pas les seules choses que doit avoir en vue une mère ou toute personne qui se charge de l'éducation physique des enfans.

Le développement régulier ou l'arrangement symétrique des dents , quand on ne le considérerait même que sous le rapport de l'agrément qu'il procure à la physionomie, serait déjà d'une assez grande importance pour réclamer la plus sérieuse attention , et

011 ne saurait blâmer trop ouvertement l'indifférence que quelques mères apportent à cet égard : elles surtout auxquelles une expérience journalière apprend jusqu'à quel point la beauté , ou les principaux avantages extérieurs qui la constituent, peut contribuer non - seulement à l'embellissement , mais directement même au bonheur de la vie.

Quels sont donc les moyens propres à favoriser cet arrangement symétrique des dents secondaires? consistent-ils dans l'arrachement précoce des dents temporaires, comme l'ont prétendu, et le soutiennent encore plusieurs dentistes, ou bien dans la conservation des premières dents jusqu'à leur chute naturelle?

C'est une question qui peut être envisagée sous plus d'un point de vue , et dont la réponse doit varier autant que les circonstances dans lesquelles elle est faite peuvent différer

elles-mêmes. Tous les dentistes qui ont voulu la résoudre de prime-abord se sont exposés à des réfutations qui ont fait douter de leur talent , et tous ceux qui ont voulu se conformer trop à la lettre aux principes généraux qu'ils ont émis , ont commis des erreurs qu'ils eussent évitées en se dégageant un peu des règles. Aussi les personnes étrangères à l'art doivent-elles se montrer très-circonspectes dans la détermination qu'elles peuvent prendre à cet égard , et il est peu de cas où l'intervention d'un dentiste , mais d'un dentiste instruit et prudent , ne soit pour le moins deux ou trois fois nécessaire.

La principale attention qu'il convient d'avoir à l'époque du remplacement des dents de lait , c'est d'en faire l'enlèvement en temps convenable.

Souvent elles ne tombent qu'avec difficulté , et leur présence devient une cause mécanique qui empêche celles

qui doivent les remplacer, de se développer convenablement, et les oblige même à prendre une direction vicieuse, ou un accroissement irrégulier.

Dans ce cas il ne faut point hésiter à les enlever , car en différant trop on expose un enfant à des difformités , qu'il est toujours moins facile de corriger que de prévenir. La crainte que manifestent beaucoup de dentistes , d'enlever avec la dent de lait le germe de la dent de remplacement, est toutà-fait chimérique; car dès l'âge de quatre ans et demi ou cinq ans , ce germe est entièrement ossifié et ne touche plus à la dent temporaire dont la racine commence à disparaître.

Cependant il ne faut jamais trop se presser d'ôter des dents de lait, et il ne convient de le faire que quand on a des raisons valables ; car quand on en enlève plusieurs de suite sans qu'elles soient ébranlées , les secondes ne s'arrangent pas si bien , parce

qu'elles trouvent plus de place qu'il ne leur en faut; ce qui n'arrive pas quand on les ôte à mesure qu'elles se renouvellent. Alors ne prenant exactement que la place qu'elles doivent occuper , elles adoptent un ordre symétrique qui relève encore l'éclat de la plus jolie figure , et donne même de la grâce à la physionomie la plus ingrate.

Rendons cette vérité bien sensible par un exemple. Chez un enfant de sept ans , on ôte les quatre incisives ; elles sont remplacées , mais celles qui viennent étant plus larges que celles qui sont tombées , forcent bientôt les canines de lait a se déjeter, et les disposent à s'ébranler plus vite. Dans ces entrefaites , les petites molaires sont enlevées , celles qui doivent les remplacer ne trouvant plus dans la canine la résistance latérale qu'elle devrait leur offrir , s'avancent librement sur le devant, et envahissent

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infailliblement sa place ; de telle sorte que la canine de remplacement manquant d'espace, se placera en dedans ou en dehors du cercle dentaire , et constituera ce qu'on nomme communément une sur dent.

La difformité qui résulte d'une surdent est donc très-souvent le résultat du système perturbateur malheureusement adopté par un grand nombre de dentistes , parmi lesquels on compte même des praticiens distingués , que le désir d'opérer porte quelquefois à sacrifier des dents temporaires sous le plus léger prétexte. Elle est trèsfrequente chez les jeunes filles qui ont passé la plus grande partie de leur jeunesse dans les pensionnats.

La raison de la position défavorable dans laquelle se trouvent ces jeunes filles , est fort simple. Dans ces maisons , de deux choses' l'une : ou bien on abandonne entièrement à la nature le soin de l'arrangement des

dents, et alors les jeunes filles courent les chances attachées à l'exécution d'une fonction que tout contrarie et que rien ne seconde ; ou bien un dentiste est chargé de faire tous les six mois et quelquefois même tous les ans l'examen de la bouche de toutes les pensionnaires. Alors, soit qu'il cède à l'envie de prendre acte positif de sa visite, ou mieux, soit qu'il juge que l'extraction de quelques dents temporaires deviendra nécessaire avant le temps fixé pour sa visite subséquente, il sera toujours trop disposé à opérer, et cette détermination, prise sur une nécessité seulement probable, mais non absolue , doit avoir pour les jeunes filles des inconvéniens que leurs parens eussent évités en consultant le médecin dentiste , non pas plus souvent, mais en temps convenable pour chacune d'elles.

Enfin une des principales raisons qui doivent engager à ne pas trop se

hâter d'extraire les dents temporaires , c'est que leur présence contribue efficacement à favoriser l'agrandissement de la mâchoire , ou du cercle alvéolaire qui, à cet âge, est encore beaucoup audessous de ses dimensions naturelles ; circonstance importante que la plupart des dentistes ne prennent pas en considération , et qui seule suffirait pour faire sentir le danger de toute précipitation qu'on mettrait à cet égard.

Au reste, il ne faut pas attacher une trop grande importance à une légère déviation des secondes dents, occasionnée par un défaut de place ; car on voit très-souvent ces dents se ranger d'elles-mêmes à mesure que le cercle formé par le bord de la mâchoire s'agrandit. Ici , comme dans une foule de circonstances , la nature, comme une mère attentive et sage , opère seule et s'empresse elle-même de réparer ses torts ; que de fois même ne

la voit-on pas s'efforcer de rétablir un ordre que d'imprudentes tentatives ou de fausses manœuvres ont accidentellement troublé.

Quant aux moyens d'extraire les dents de lait , ils sont toujours faciles. Quand cette opération est nécessaire, ces dents sont sans racines et presque toujours chancelantes , et leur extraction n'exige que le plus léger effort. Un fii suffit ordinairement à cet effet, et ce moyen , ainsi que quelques autres aussi simples, n'offre rien d'effrayant et sauve par conséquent aux enfans la crainte de la douleur. Si ces moyens ne suffisent pas, il faut nécessairement avoir recours à un homme de l'art , et éviter par là l'inconvénient qui pourrait résulter d'une dent de lait cariée ou enclavée par les autres dont elle occupe la place.

Une chose qu'il n'est pas rare de voir non plus , c'est que les secondes dents acquièrent une largeur dispropor-

tionnée à la mâchoire ; d'où il résulte que ne pouvant se placer convenablement, elles se serrent d'abord les unes contre les autres, et ne tardent pas à affecter une mauvaise direction , dont le résultat le moins défavorable, et malheureusement le plus rare , est l'expulsion d'une dent hors de la ligne tracée par le bord delà mâchoire. Ainsi serrées , les dents n'ont pas le seul inconvénient de se repousser mutuellement en différens sens et de frapper désagréablement la vue; mais ne pouvant se nettoyer facilement, elles s'altèrent avec la plus grande promptitude, comme on le verra dans le chapitre que nous consacrerons aux soins journaliers que réclame la propreté de la bouche.

Il n'existe véritablement qu'un seul moyen de remédier aux inconvéniens d'une denture trop serrée : ce moyen est extrême, il est vrai , mais si on réfléchit à l'importance des avantages

qu'il procure, on n'hésite point à s'y soumettre ; c'est l'extraction d'une dent, qui est le plus ordinairement la première petite molaire. Veut-on se soustraire à la douleur qu'occasionne nécessairement l'extraction d'une dent qui a toute sa solidité , il faut l'ébranler insensiblement, et il suffit pour cela d'un gros û\ passé autour du collet de la dent et tenu serré pendant plusieurs jours. L'opération faite, on voit insensiblement la place de la dent sacrifiée, être occupée par les voisines et disparaître en tout ou en très-grande partie. Si d'ailleurs ces dernières tardaient trop à se placer convenablement , on peut les attirer par un gros fil de soie , dont le dentiste le moins habile peut très-bien combiner l'action.

Cependant si chaque dent n'était qu'un peu trop large , on pourrait , avant de chercher à attirer celles qui sont les plus déviées de la rangée commune , passer une lime très-fine

entre plusieurs d'entre elles ; on obtiendra par ce moyen un quart ou même une moitié de dent , ce qui suffit ordinairement pour que toutes occupent leur place naturelle. Mais , je le répète, dans les cas très-fréquens où les dents seraient d'une extrême largeur , il vaudrait infiniment mieux en sacrifier une que de les entamer toutes. Cette détermination serait d'autant plus sage, que la mâchoire offrirait un défaut de conformation.

Au reste , ce n'est qu'après avoir reconnu la nécessité d'une extraction de dent hors de ligne, qu'on en vient à elle, et on peut avancer que le plus tard possible est toujours le meilleur.

Quelque réitérées que soient les instances des personnes chargées du soin des enfans qui sont dans cette position, la prudence veut toujours qu'on ne mette aucune précipitation à s'y rendre.

Quelque soin qu'on ait pris de sur-

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veiller de bonne heure l'arrangement des dents secondaires , il arrive néanmoins assez souvent que quelques unes d'entre elles persistent à se développer dans une mauvaise direction , et présentent même quelquefois des irrégularités fort bizarres. C'est ainsi qu'on voit dans quelques cas le bord latéral d'une dent regarder les lèvres; dans d'autres la face antérieure est devenue postérieure. On en voit aussi qui sortent très-haut sur les gencives , ou bien très-profondément sur le palais.

Parmi ces irrégularités , une des plus fréquentes est sans contredit la saillie en avant d'une dent quelconque, ou la tendance qu'a son extrémité à se porter vers le fond de la bouche. J'en ai rencontré une foule d'exemples,, et j'ai constamment vu avec la plus vive satisfaction que la plupart des dentistes avaient jusqu'ici beaucoup trop exagéré les difficultés de leur redressement. Faisons ressor-

tir l'efficacité de nos soins, mais ne refroidissons pas le zèle de tant de personnes qui sont dans la nécessité d'avoir recours à nous.

L'art du dentiste offre donc une multitude de ressources pour obvier à ces difFérens inconvéniens ; mais il est évident qu'il faut avoir recours à ces ressources le plus promptement possible , car les difficultés qu'on éprouve à corriger la direction vicieuse d'une dent augmentent nécessairement d'autant plus qu'elle acquiert davantage de solidité. Telle est même l'étendue du pouvoir de notre art à ce sujet , que par la simple évulsion d'une ou de plusieurs dents en temps opportun , on est parvenu à annuler les suites de cette disposition si défectueuse par laquelle la mâchoire inférieure vient faire saillie au-devant de la supérieure.

Les personnes dans la famille desquelles cette coupe de la moitié inférieure de la figure , qu'on désigne

vulgairement sous le nom de menton de galoche j serait très-prononcée et semblerait être héréditaire , agiraient sagement en soumettant de bonne heure leurs enfans à l'examen d'un dentiste instruit; car par cela même qu'il est prouvé pour nous, que par la direction que nous donnons au remplacement des dents de lait, nous pouvons favoriser l'agrandissement de la mâchoire , il reste évidemment démontré que ce n'est pas parler avec trop de prévention de notre art, que d'avancer que par des manœuvres dirigées en sens opposé et appropriées au cas , nous pouvons favoriser le rétrécissement de cette partie , ou du moins nous opposer à son entier développement, et ce que le raisonnement indique à cet égard, l'expérience l'a déjà plus d'une fois démontré.

Les moyens propres à ramener une dent à sa place naturelle sont de deux sortes : les uns ont une action lente ,

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continue et incapable d'occasionner la moindre douleur; les autres agissent au contraire d'une manière prompte, mais douloureuse , et seraient par cela même plus rarement employés aujourd'hui , si d'un autre côté ils n'avaient pas des inconvéniens dont sont exempts les premiers.

La description de ces deux ordres de moyens appartient à la chirurgie et non à l'hygiène dentaire , et on conçoit d'ailleurs que leur application et leur combinaison doivent varier suivant une foule de circonstances , et que leur bon effet résulte uniquement de la perspicacité et de l'adresse du dentiste^ auxquelles aucune description ne saurait suppléer, quelque correcte et minutieuse qu'elle fût. Mais comme la persévérance que mettent beaucoup de personnes à douter de l'efficacité des premiers de ces deux moyens ne saurait avoir que de tristes résultats, il n'est pas inutile que je rappelle ici qu'une

dent qu'on cherche à redresser ne re* présente pas une force inerte qu'on doit surmonter, mais seulement une force active dont on veut changer la direction , en modifier le mode d'ac-

croissement.

Qu'on réfléchisse d'ailleurs à la facilité avec laquelle les plus résistantes de nos parties cèdent à l'action de la puissance la plus légère, mais longtemps continuée 9 et on reconnaîtra qu'un dentiste adroit peut avancer, sans crainte d'être démenti , qu'il est peu de cas dans lesquels un fil conduit habilement , et secondé par quelques autres moyens appropriés à la circonstance , et par conséquent d'une nature infiniment variable , ne lui suffise pour redresser une dent, quelque déjetée qu'elle soit. Ne voit-on pas tous les jours des membres arqués être insensiblement ramenés à leur rectitude primitive ?

Pourquoi penserait-on que les dents

fussent les seules de nos parties qui soient tellement fixées ; qu'elles ne pussent changer la direction que quelques circonstances accidentelles les ont forcées de prendre ?

Les soins qu'exige l'arrangement des dents ou mieux l'entretien de la bouche chez les enfans , ne sont donc pour la plupart que d'une facile exécution , puisqu'ils consistent le plus ordinairement à observer la marche qu'affecte la nature , et à détruire les obstacles qui pourraient la forcer à dévier de son ordre habituel , en s'opposant à son entier développement.

Cette considération devrait être un mobile assez puissant pour l'emporter sur l'insouciance que témoignent à cet égard tant de parens , dont les uns affectent de méconnaître totalement la nécessité de ces soins , tandis que les autres les confient à des domestiques dont le zèle ne suffit jamais pour garantir les enfans des atteintes du mal:

aussi ne saurait-on trop se récrier contre celte confiance déplacée. Les mères , les mères seules, peuvent prendre assez d'intérêt à leurs enfans pour remplir cette tâche indispensable. J'appelle ici leur sollicitude et j'invoque leur tendresse: que jalouses de se montrer en tout dignes du nom si doux de mères et d'épouses, elles donnent seulement à l'entretien de la bouche de leurs enfans quelques minutes des heures qu'elles emploient à l'arrangement de leur chevelure, et bientôt nous cesserons d'être affligés du pénible spectacle que nous offre un si grand nombre d'enfans dont les bouches portent l'empreinte d'une destruction qui ne devrait être que le triste résultat du poids des années.

Je ne pense pas que pour se dispenser des soins dont je cherche à faire sentir l'importance, on puisse alléguer l'exemple de quelques personnes dont les dents sont dans le plus bel ordre,

sans que jamais dans leur enfance on y ait fait la plus légère attention. Je conviens de la possibilité de la chose ; mais de semblables exemples sont beaucoup plus rares qu'on le dit communément et qu'on affecte généralement de le croire ; et pour un très - petit nombre de personnes chez qui la nature a tout fait , combien n'en voit-on pas d'autres, parmi les femmes surtout, qui doivent à l'obstination qu'ont apportée leurs parens à dédaigner les soins d'un dentiste ou à négliger ses conseils , le désagrément d'avoir des dents si difformes et si mal en ordre , qu'elles n'osent rire ouvertement ni presque parler en compagnie?

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