CHAPITRE UI
Application des règles générales de l'hygiène ou des lois de la santé a la conservation des dents.
Des alimens gui conviennent à la conservation des dents et des différentes parties de la bouc lie.
Il en est des dents et de la bouche toute entière, comme de toutes les autres parties qui composent notre corps , leur conservation dans l'état de santé parfaite repose sur deux ordres de conditions : les unes de ces conditions sont générales , c'est-à-dire , ne regardent la bouche que parce qu'elle est soumise aux lois fondamentales qui régissent l'économie toute entière; les autres sont particulières, c'est-àdire ne s'appliquent exclusivement
qu'aux dents. Les premières , comme on le voit , constituent le régime de \ie proprement dit ; les autres ne forment que des précautions locales.
C'est de l'exposé de ces deux ordres de conditions que nous allons nous occuper présentement , et , en suivant l'ordre fixé par leur importance relative, nous commencerons nécessairement par les premières ; mais dans la crainte d'empiéter trop ouvertement dans le domaine de l'hygiène générale, nous nous bornerons toutefois à leur égard à quelques règles générales , en choisissant de préférence celles qui sont plus particulièrement applicables à la conservation des dents.
Le choix des alimens est sans contredit la première et la plus indispensable des précautions que doit prendre toute personne qui attache du prix à sa santé , et par suite à la conservation de ses dents. Mais s'il n'est aucune vérité qui soit moins suscep-
tible de contestations que celle-là , il n'en est malheureusement aucune aussi dont on s'empresse moins de subir les conséquences. Tel est même le peu d'attention qu'on apporte en général à cet égard , qu'on peut avancer, sans crainte d'être contredit, que la moitié pour le moins des maladies qui traversent le cours de la vie humaine, sont l'effet immédiat de l'oubli des principes sur lesquels devrait être réglé tout ce qui a rapport à la nourriture.
Cette assertion irrécusable s'applique particulièrement aux personnes qui forment les deux extrémités opposées de la société des grandes villes ; car si dans les rangs inférieurs la nourriture n'y est qu'une suite interminable d'excès , n'est-il pas juste aussi de reconnaître que cette variété indéfinie, ou ce bizarre assemblage de mets qui se disputent le pouvoir d'exciter le palais des opu-
lens, n'est rien moins que de l'intempérance , et doit porter à la santé des coups aussi funestes que les excès eux-mêmes.
La constitution particulière de chaque personne est la règle principale qui doitdécider du choix des alimens dont elle doit plus particulièrement faire usage. Cette constitution n'étant autre chose que ce qu'on nomme communément tempérament , et le tempérament désignant une manière d'être particulière du corps , qui est déjà par elle-même une prédisposition à l'état de maladie, il est évident que les meilleurs alimens pour chacun, seront ceux qui tendront à modérer les effets naturels de son tempérament, ou à affaiblir la tendance qu'il a de dégénérer en maladie.
Ainsi , les personnes dont la fibre est lâche , la peau blanche , les facultés intellectuelles lentes , doivent choisir de préférence leurs alimens dans la
classe de ceux qui ont une action excitante sur l'économie , tels que les viandes , le vin pris modérément. Les personnes , au contraire, chez lesquelles le sang est en abondance , la susceptibilité nerveuse vive et les déterminations morales promptes , doivent se nourrir plus particulièrement d'alimens tirés du règne végétal , et choisir pour leur boisson habituelle , celles où le principe alcoholique domine le moins ; et ainsi de suite pour les autres tempéramens.
Rechercher dans la qualité particulière de chaque aliment, l'influence qu'il peut avoir en premier résultat sur l'entretien de la santé, et par suite sur la conservation des dents, serait, comme on le voit, une tâche qui nous éloignerait évidemment de notre sujet.
Aussi devons-nous nous borner à tenir compte ici de l'action que certains alimens exercent sur l'état des dents, dans le moment où ils sont soumis à l'acte de la mastication.
On peut dire en général à cet égard , que les substances animales sont moins favorables à la conservation des dents , que les substances végétales , et il n'est pas difficile de trouver l'explication positive de ce fait d'observation dans la difficulté qu'on éprouve à extraire d'entre les dents le résidu fibreux des viandes rôties , ou à enlever l'enduit glulineux de celles qui sont préparées à l'ébullition.
Les viandes fumées ou salées , prises comme nourriture habituelle, sont particulièrement celles, dont l'action nuisible sur les dents est la plus marquée. C'est à leur usage prolongé que les personnes qui font sur mer des voyages de long cours, sont redevables de cette terrible affection désignée sous le nom de scorbut, et dont le saignement continuel des gencives et le déchaussement des dents sont le premier symptôme.
Au nombre des substances qu'on re-
garde généralement comme très-contraires aux dents , sont toutes celles qui contiennent du sucre. Cette prévention est-elle réellement fondée , ou ne serait-elle que le résultat de quelques préjugés? C'est une question qu'il est d'abord difficile de trancher ; car si d'un côté on objecte que les Nègres employés dans la préparation du sucre ont les dents très-blanches , et que quelques individus ont conservé leurs dents fort longtems , quoiqu'ils fissent un très-grand usage de sucre ( 1 ) ; d'un autre côté aussi on répond que bien que le sucre ne renferme aucun acide susceptible d'altérer les dents , il ne leur estpas moins préjudiciable parses qualités physiques. En effet, mangé seul et en substance , il agit très-évidemment comme toutes les poudres
(i) Le duc de Beaufort avait, à plus de soixante-dix ans , conservé toutes ses dents , quoiqu'il mangeât plus d'une livre de sucre par jour.
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provenant des sels durs , et finit par détruire l'émail à la manière de la craie, de la lime; pris en sirop ou à l'état de confiture , il s'agglutine sur les dents, les soustrait momentanément à l'action de l'air et les force ainsi à devenir le centre habituel d'une fluxion inflammatoire, qui est souvent le triste prélude de la carie.
Ainsi , sans admettre la qualité essentiellement nuisible qu'on attribue généralement au sucre, ou bien aux mets qui le récèlent, qualité en faveur de laquelle l'analyse chimique ne dépose rien., quelle que soit d'ailleurs l'opinion de plusieurs dentistes ; il n'est pas moins certain qu'on a de fortes raisons pour conseiller aux personnes qui attachent du prix à la blancheur et à la bonté de leurs dents , d'être modérées dans son usage. On a même plus que des raisons à alléguer à cet égard, car le rôle que joue le sucre dans les poudres dentifrices ,
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montre évidemment qu'il est capable d'user à la longue l'émail des dents , et l'espèce d'agacement qu'il procure chez beaucoup de personnes , justifie le second des deux reproches que j'ai pensé qu'on peut lui faire.
Certes on aurait donc plus de motifs qu'il n'en faut pour détourner les enfans de l'attrait qu'ont pour eux toutes les substances dans la composition des-^ quelles entre le sucre, si d'un autre côté son usage fréquent n'avait pas des dangers pour la santé , à cause de la vive excitation qu'il détermine dans toute l'économie , ou en un mot s'il n'était pas éminemment échauffant.
Les fruits verts, et en général toutes les substances acides, solides ou liquides, sont extrêmement nuisibles auxdents. Les jeunes filles ne sauraient croire combien leur est préjudiciable l'avidité avec laquelle elles recherchent les boissons acidulés et les fruits verts ;
si la crainte d'altérer leur santé ne les retient pas , qu'elles cèdent du moins aux dangers qu'elles font courir à leurs dents, en sacrifiant à un goût aussi bizarre.
L'usage des liqueurs aîcoholiques est aussi très-nuisible aux dents , et en supposant même que leur action chimique fût nulle , elles ont toujours l'inconvénient de mettre les gencives et les diverses parties de la bouche dans un état constant d'irritation , dont les effets se font ressentir sur les dents. L'observation a également prouvé que les eaux de puits contribuent promptement à altérer l'émail des dents , et ce que la connaissance de la composition de ces eaux fait pressentir , l'examen de la bouche des personnes qui en font usage le démontre; aussi est-il peu de personnes dans les villes où l'emploi de l'eau de rivière est impossible, qui n'aient perdu la
plus grande partie de leurs dents avant la quarantième année.
La nature directe des alimens n'est
pas la seule chose à considérer dans le choix qu'on doit faire d'eux , relativement à la conservation des dents ; la forme et la température sous lesquelles ils sont présentés à la bouche , exigent aussi quelque attention.
C'est ainsi qu'on devrait se faire de très-bonne heure l'habitude de ne jamais essayer de casser avec les dents aucune espèce de noyaux , des amandes , noix , etc. : conseil banal , il est vrai , mais dont on ne sent toute l'importance que quand le mal que son oubli a occasionné est irréparable.
Quant à la précaution relative à la température des alimens , elle consiste à éviter les deux extrêmes. Trop chauds , ils occasionnent des inflammations de la membrane qui tapisse toute la bouche et obscurcissent nécessairement le sens du goût, en me-
me tems qu'ils disposent les gencives à un saignement continuel, et tiennent les vaisseaux et les nerfs que contient la cavité des dents dans une éréthisme constant que la plus légère cause fait passer à l'état d'inflammation. Trop froids , ils forcent le sang à quitter brusquement la bouche, irritent les nerfs dentaires , et disposent à ces douleurs odonlalgiques qu'on rencontre assez fréquemment sans que la dent offre la plus légère trace d'altération.
C'est surtout le changement brusque de mets de température opposée, qui est préjudiciable; la sensibilité des dents , excitée tout à coup en sens contraire , se détériore promptement, et le tissu de la dent en souffre. Cette réflexion trouve naturellement son application à l'habitude qu'on a généralement de boire froid immédiatement après le potage. Un vieil adage dit que cet usage n'est nuisible qu'au méde-
cin ; mais la raison et l'expérience prouvent qu'il est éminemment favorable au dentiste.
De l'influence que les vicissitudes atmosphériques et les vêtemens exercent sur le développement des maladies de la bouche et des dents.
Après les alimens , l'air et les vêtemens qui servent à nous garantir de ses injures, sont assurément les objets doiit la conservation des dents exige le plus qu'on fasse un examen attentif. Malheureusement à cet égard la voix de la vérité a été jusqu'ici, et sera peut-être long-tems encore impuissante contre l'empire fatal des préjugés, et l'ascendant bizarre que la mode exerce si tyranniquement sur les femmes. Car c'est en vain qu'une foule d'hommes véritablement philanthropes ont conjuré le sexe aimable pour
lequel j'écris particulièrement de n'adopter que des manières de se vêtir , qui n'altérassent ni sa santé, ni sa beauté ; la raison n'a été entendue que quand il a fallu chercher auprès délie un remède ou quelque soulagement aux douleurs que le caprice de la mode avait occasionnées.
Dans une matière où ont échoué tant de voix éloquentes, je n'ai pas la prétention d'être écouté ; mais pour remplir entièrement la tâche que je me suis imposée , je dois reproduire ici les dangers auxquels on expose en général sa santé et en particulier ses dents, quand on néglige les précautions en vertu desquelles on peut se soustraire à l'action pernicieuse que l'air dans quelques circonstances est susceptible d'exercer sur novis.
La première des précautions qu'on doit prendre àl'égard del'air, c'est de se défendre également contreune chaleur extrême et contre un très-grand froid ;
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mais surtout d'éviter de passer brusquement d'une température extrême à une température opposée.
Après les poumons, les dents sont sans contredit les organes qui sont le plus exposés à ressentir les suites funestes des nombreuses imprudences qu'on commet journellement à cet égard ; car elles sont d'autant plus accessibles à toute impression forte, que leur sensibilité est toujours maintenue à un juste degré par la douce chaleur et l'humidité que l'air contracte en traversant la bouche dans l'acte de la respiration.
C'est surtout le passage brusque du chaud au froid, qui est le plus pernicieux aux dents. Elles sont susceptibles sous l'influence de cette cause de s'altérer de deux manières différentes ; tantôt directement , tantôt indirectement. Directement, par la vive stimulation que le froid fait éprouver aux vaisseaux sanguins et aux nerfs
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que contient la membrane renfermée dans le canal dentaire. Indirectement, parla suppression brusque de la transpiration de quelque partie du corps \ qui, quelle que soit d'ailleurs l'explication médicale qu'on donne du fait , se porte sur la membrane qui tapisse la bouche , et delà sur les dents , en donnant naissance à ces gonflemens inflammatoires de toute l'épaisseur des parois de la bouche, généralement désignés sous le nom de fluxions.
Les femmes doivent à la finesse naturelle de leur peau, à leur extrême sensibilité et à l'état de susceptibilité particulière où les place chaque mois l'évacuation sanguine à laquelle elles sont sujettes, le triste avantage d'être plus facilement accessibles que les hommes aux effets de tout changement brusque de température. Malheureusement la vie sédentaire et par fois tout-à-fait monotone à la-
quelle nos institutions sociales les assujettissent , n'est propre qu'à augmenter encore en elles cette fâcheuse disposition à contracter des catarrhes , des fluxions , des maux de gorge , et cette foule d'indispositions , légères en apparence , mais dont la répétition entraîne dans beaucoup de cas la perte de leurs dents.
Le meilleur moyen de se prémunir d'avance contre les effets nuisibles des vicissitudes de l'atmosphère, serait de contracter de bonne heure l'habitude de ne se couvrir que modérément, et de prendre en plein air un exercice qui, en favorisant le développement harmonique de toutes les parties du corps , donnât à chacune d'elles la force de réagir contre toutes les causes qui tendent à troubler leur action.
Malheureusement le plan essentiellement vicieux d'éducation, adopté pour les jeunes filles , tend à un résultat en tout point différent de celui où abou-
tirait l'habitude dont je viens de faire ressortir les avantages; et le médecin à cet égard est réduit ou à former des vœux stériles, ou à se borner à. donner des conseils dont l'application est purement de circonstance.
Aussitôt que la température de l'air éprouve quelque changement, les femmes doivent donc avoir le soin de se couvrir convenablement. Ont-elles à marcher sur un soî humide? Qu'elles prennent des chaussures propres à garantir leurs pieds de toute humidité.
Quittent- elles pendant l'hiver un salon dont la température est très -élevée?
qu'elles tâchent, au moyen d'un mouchoir approché de la bouche, de soustraire leurs dents à la première impression de l'air.
La précipitation avec laquelle la plupart des jeunes personnes sortent des bals ou des réunions de nuit, qui ont ordinairement lieu dans le moment le plus rigoureux de l'hiver, est éminem-
ment funeste à un très-grand nombre d'entre elles; car, enivrées du plaisir d'avoir fixé les regards , et de l'idée si délicieuse et si naturelle pour une jeune fille d'avoir mérité et reçu quelques complimens flatteurs , elles oublient presque toujours dans ce moment ce que la prudence indique de faire. Cet à une mère à rappeler dans cet instant à sa fille les précautions que la nécessité exige d'elle; ce que l'amour maternel la porte à faire dans ce cas, l'intérêt personnel suffirait seul pour le commander ; car une mère, en recevant de toutes parts le juste tribut d'hommages qu'on s'est empressé de payer à la beauté de sa fille , ne contracte-t-elle pas évidemment l'obligation sacrée de veiller elle-même à la conservation de ses charmes.
Peut-être même est-il très-convenable que j'avertisse ici les mères de l'imprudence que commettent quelques jeunes filles qui , pour se pro-
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curer le plaisir d'une promenade ou d'un bal, cherchent à se débarrasser de l'incommodité à laquelle elles sont assujetties chaque mois , en plongeant leurs pieds ou leurs mains dans l'eau froide. Tous les médecins qui ont écrit sur les maladies des femmes , ont signalé les accidens auxquels une telle imprudence pouvait donner lieu , mais il n'est point indifférent que j'en parle ici , puisque des fluxions continuelles et la perte des dents en sont les suites les plus fréquentes et malheureusement les moins redoutables. Combien de fois en effet n'a-t-on pas vu des jeunes femmes acheter , au prix d'une fluxion de poitrine mortelle, l'espoir qu'elles ont eu d'entraver en vain la marche de la nature , et le désir de se soustraire momentanément au joug de quelques réserves qu'elle leur impose.
Les femmes doivent aussi se préserver du dangereux écueil où les entrai-
ne si souvent le désir de se vêtir d'étoffes légères au renouvellement de la belle saison, et de rester longtemps exposées à l'humidité que les arbres entretiennent sur la plupart de nos promenades et que la couche légère de sable dont leur sol est recouvert n'est pas propre à dissiper. Ce conseil s'adresse particulièrement à celles qui seraient enceintes ou dans le moment de leur éruption périodique, et devrait être d'autant plus strictement suivi, qu'elles auraient une disposition à contracter des rhumes et qu'elles seraient sujettes à des douleurs de dents. Un usage trop fréquent des éventails, en arrêtant à chaque instant la transpiration , peut aussi avoir une part active dans le développement des différentes maladies des précieux organes dont la conservation nous occupe. La plus légère réflexion suffit pour faire sentir la réalité de l'inconvénient que j attribue à l'action de l'éventail , car
s'exerçant sur la figure , son effet doit se faire particulièrement sentir sur les différentes parties qui composent la bouche.
Au nombre des objets qui font partie de la toilette des femmes, et qui portent une atteinte fort préjudiciable aux dents , on peut mettre les fards et un grand nombre d'eaux spiritueuses dont on fait un usage assez fréquent.
Presque tous ces cosmétiques contiennent des substances minérales qui sont de véritables poisons. C'est ainsi que dans les fards il entre ordinairement de l'antimoine, du bitume, de l'oxyde de plomb , tandis que les eaux spiritueuses , comme les eaux de Ninon , des Sultanes, à la Duchesse, à la Maréchale , contiennent fréquemment du muriate siiroxygéné de mercure , ou du muriate de plomb. Les unes de ces substances agissent directement sur les dents auxquelles elles sont portées par les vaisseaux lymphatiques qui de la
j)eau vont se ramifier sur la membrane qui tapisse toute la bouche ; les autres agissent à la manière de tous les astringens , dont l'effet est de tendre à forcer le sang d'une partie à refluer sur les organes voisins (1).
Par un heureux retour aux usages consacrés par la raison et le bon goût, l'emploi de la plupart de ces préparations dangereuses est aujourd'hui presque entièrement tombé en désuétude.
Mais les femmes qui par leur position seraient obligées d'en faire usage, et qui pourtant tiennent à conserver leurs dents , ne devraient se servir que de
(i) Si on veut se convaincre de l'action pernicieuse qu'ont sur les dents toutes les substances dans la composition desquelles entre le mercure , il suffit de voir l'état affreux de détérioration où est la bouche de tous les individus qui sont employés au rétamage des glaces ou au sécrétage des peaux. Ces malheureux traînent leurs jours dans une langueur continuelle , dont le premier effet est la perte totale de leurs dents.
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cosmétiques qui ne renfermassent aucuns sels ou oxydes métalliques : ceux qui sont composés de substances végétales , comme le carthame , le sceau de Salomon, et les différens bois de teinture , ne sont pas sans inconvénient pour la peau , mais leur action semble moins pernicieuse aux dents ; aussi méritent-ils la préférence.
Enfin, une habitude qu'ont la plupart des femmes en s'occupant de l'ajustement de leurs vêtemens , c'est de porter constamment des épingles ou des aiguilles à leur bouche et de se servir de leurs dents pour couper du fil , de la soie, etc. Ces corps durs altèrent à la longue l'émail des dents, et ce qui ne laisse aucun doute à cet égard , c'est que toutes les femmes qui par état se livrent habituellement à des ouvrages d'aiguille , ont une perte de substance vers les dents qui répondent à la commissure des lèvres (1).
(i) La même chose s'observe sur les hommes
Le conseil que je donne aux femmes de s'abstenir entièrement de cette habitude trop commune , ne pourrait donc paraître minutieux qu'aux personnes qui jugent trop légèrement et qui ignorent qu'en fait de maladies, les causes les plus simples peuvent conduire à de funestes résultats. La nécessité ne nous force-t-elle donc pas assez souvent à nous écarter de la route du bien , sans que nous négligions encore quelques précautions qu'il est en notre pouvoir d'opposer à l'atteinte du mal ?
Enfin pour compléter l'examen de l'influence défavorable et môme éminemment pernicieuse, que l'air dans quelques positions particulières de la
qui ont l'habitude de fumer du tabac dans des pipes de terre. Quelques-uns même ont les incisives latérales et les canines tellement usés , qu'ils sont obligés de placer leurs pipes du côté oppose à celui où ils les plaçaient habituellement.
vie peut exercer sur les dents, il me resterait à considérer la conservation de la bouche dans ses rapports avec certaines professions. Mais il est facile de pressentir que les recherches et les réflexions que pourrait me suggérer ce sujet, m'entraîneraient dans une foule de considérations physico-chimiques plus propres à figurer dans un ouvrage uniquement réservé aux médecins s que dans un livre plus spécialement destiné aux personnes étrangères à l'art et jalouses de conserver leurs dents.
D'ailleurs , pourquoi charger de sinistres couleurs le tableau déjà si sombre des causes qui peuvent exercer sur la bouche ou sur les dents une influence dévastatrice? La plupart des individus qui se livrent à des professions insalubres , ordinairement placés entre les premiers besoins de la vie et l'amour de leur santé , subissent le joug rigoureux
de la nécessité , et mes conseils y quelque sages et prudens qu'ils fussent, ne sauraient les garantir des peines attachées à leur position. Tout ce que nous pouvons faire à cet égard , c'est de gémir, avec tous les hommes véritablement amis de l'humanité , en voyant à quel prix nous achetons quelquefois les douceurs de la vie sociale , et à combien de milliers d'individus les plus faibles de nos jouissances coûtent journellement la vie.
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