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CHAPITRE IV

DES RÈGLES SUIVANT LESQUELLES DOIVENT ETRE DIRIGÉS LES SOINS PARTICULIERS QUEXIGE LA PROPRETÉ DES DENTS.

Des soins journaliers qu'exige l'entretien des dents ; et de la nécessité de faire sentir de bonne heure leur importance aux jeunes gens.

Qlelque heureux résultat que puisse avoir sur la conservation des dents le soin qu'on aura pris de ne choisir que des alimens convenables , et de soustraire sa bouche à l'action de tout air qui n'aurait pas les qualités requises , l'espoir de conserver longtemps ces précieux organes serait encore chimérique , si on dédaignait de se soumettre à certaines précautions locales dont nous avons déjà établi

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plus d'une fois ailleurs l'indispensable nécessité.

Ces précautions forment ce qu'on nomme communément les soins de propreté de la bouche. Elles semblent en général d'une exécution si simple et si facile, que quelques personnes pourraient penser au premier abord que je devrais m'en tenir ici à faire ressortir leur nécessité et passer légèrement sur leur description. Mais je suis tellement convaincu que parmi les personnes qui tiennent le plus à la bonté et à la blancheur de leurs dents , il n'en est qu'un très-petit nombre qui ne commette de fréquentes erreurs dans les règles suivant lesquelles doit être dirigé tout ce qui constitue ces soins journaliers, que je me fais un devoir de n'omettre aucun des détails , même les plus minutieux , que leur examen réclame.

Le premier de tous les soins journaliers qu'exige la conservation des dents.

c'est de se rincer la bouche immédiatement en sortant du lit et avec de l'eau à une température de 8 à 10 degrés, Cette précaution n'est point à négliger , car il est évident que si on se sert de suite d'une brosse ou de tout autre corps , on promène sur les dents et sur les gencives , les mucosités dont la bouche s'est enduite pendant la nuit , et qu'on parvient ainsi plus difficilement au but qu'on se propose.

L'eau pure suffit ordinairement à cet effet, mais les personnes dont l'haleine serait forte , ou qui auraient les gencives blafardes et molles, feront bien d'y ajouter quelques gouttes d'une eau-de-vie légère ou d'une eau de Cologne préparée par un pharmacien habile, et non pas de celle qui recèle quelques substances nuisibles comme on ne l'achète que trop souvent chez les personnes étrangères à l'art du parfumeur.

On fait ensuite usage d'une poudre

dentifrice quelconque, dont on frotte légèrement dans tous les sens avec un corps humide , doux et flexible , non- seulement les dents, mais encore les gencives. Mais sur quel corps faut-il appliquer cette poudre? Fautil donner la préférence à une brosse , à une éponge fine ou bien même au doigt muni d'un morceau de drap? L'usage s'est à cet égard entièrement prononcé en faveur de la brosse, et Fauchard , l'Hippocrate de la médecine dentaire, reviendrait assurément de l'opinion défavorable qu'il avait des brosses de crin, envoyant avec quelle facilité on peut aujourd'hui s'en procurer d'une extrême finesse.

L'éponge, dont Fauchard préconise les avantages , a d'ailleurs l'inconvénient de produire en passant sur les dents une sensation fort désagréable, surtout pour les personnes qui, à la suite de quelque accident ou de quelque opération, ont des dents privées

d'une partie de leur émail. Ensuite la brosse à l'avantage de pouvoir être dirigée sur les côtés des dents et de les frotter ainsi dans tous les sens; tandis que les éponges fixées sur un corps résistant, ne frottent que sur le milieu des dents, et n'agissent en aucune façon sur le point par lequel elles se touchent, et où il est pourtant le plus nécessaire d'agir. L'éponge peut , à la vérité, être employée libre , c'est-àdire , sans être fixée sur aucun corps qui lui serve de soutien ; mais alors les doigts ne pouvant l'introduire profondément dans la bouche , elle ne nettoie que les dents de devant, et ne remplit par conséquent que la moitié de l'indication qu'on cherche à remplir.

On se sert encore, pour nettoyer les dents, de différentes racines taillées en pinceaux par l'une de leurs extrémités. Ces racines sont ordinairement celles de réglisse, de luzerne ou

de guimauve , qu'on fait bouillir à plusieurs eaux et dont on ne se sert qu'après les avoir teintes et aromatisées. Si elles ont sur les brosses l'avantage d'être plus douces , elles ont aussi l'inconvénient d'être difficiles à conserver; car placées dans un lieu sec, elles se durcissent trop; exposées à Thumidité, elles se moisissent. Leur usage est aujourd'hui généralement abandonné , et on ne les trouve guère que dans quelques anciennes officines.

Quant à la nature de la poudre dentrifice dont on devrait faire usage, on peut consulter à cet égard le cinquième chapitre de cet ouvrage , qui est uniquement consacré à la préparation des diverses substances pharmaceutiques employées pour les dents , et destiné à mettre les personnes qui attachent du prix à leur conservation dans le cas d'éviter les pièges que tant de charlatans tendent et à l'espérance et à la crédulité.

Quelques personnes, pour se soustraire aux dangers qui accompagnent si souvent l'emploi des poudres dentifrices , se servent de poudre de tabac ou de suie. Ces substances n'ont pas seulement l'inconvénient d'une extrême malpropreté , et de laisser à la bouche un goût fort désagréable ; mais leur emploi habituel donne aux dents une teinte jaune qu'il est presque impossible par la suite de faire disparaître; une poussière très-fine de charbon leur serait infiniment préférable.

Après avoir frotté ses dents plus en dehors qu'en dedans où elles sont moins susceptibles de retenir des matières étrangères et de se couvrir de tartre , on doit se rincer la bouche à plusieurs reprises pour enlever le limon que la poudre dentrifice aura déposé sur les dents. On peut se servir à cet effet d'une eau tiède pure , mais il est préférable d'aromatiser cette eau par quelques gouttes d'eau de Cologne

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ou d'un élixir dans la composition duquel n'entreront que des substances balsamiques.

Le jus de citron, le suc d'oseille, l'acide muriatique , dont quelques personnes se servent , même d'après les avis de certains dentistes, doivent être sévèrement proscrits ou employés avec la plus grande circonspection ; car ces différons acides ne blanchissent les dents que pour la première fois qu'on les emploie , et leur usage continu finit par les jaunir, puisqu'ils détruisent insensiblement leur émail et les privent parla de l'éclat que leur donne la texture serrée de cette enveloppe extérieure qui est la partie la plus solide de la dent.

Indépendamment de la précaution qu'on aura prise de choisir une brosse dont la force sera proportionnée à la sensibilité des gencives et à l'épaisseur etla dureté de l'émail , on doit observer de la tenir très -propre, de manière

qu'après avoir été lavée , elle ne puisse donner aucune teinte à l'eau claire. Il n'est pas indifférent non plus de renouveler cette brosse dès qu'elle commence à s'user, parce que, si dès le moment où on s'en est servi pour la première fois , elle a un degré de mollesse convenable, elle devient nécessairement trop résistante à mesure que les crins qui la forment perdent de leur longueur.

Chaque fois qu'on cesse de manger , il est indispensable de se servir d'un cure-dent pour enlever les particules alimentaires qui se sont insinuées entre les dents , et dont le séjour favorise la formation du tartre et prédispose à Ja carie. Les meilleurs cure -dents sont ceux de plume ; il ne faut jamais se servir de ceux de métal et encore moins d'aiguilles, d'épingles «t autres corps semblables. Le choix des plumes dont on fait les cure-dents n'est pas indifférent : celles qui .sont

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préparées pour écrire sont ordinaire* ment trop résistantes ; aussi vaut-il mieux n'en employer que d'une grosseur moyenne , et plutôt celles qui sont un peu opaques que celles qui sont transparentes.

En Italie , par exemple , et dans quelques autres pays , on se sert communément de cure-dents faits avec un bois flexible , et en même temps serré; ils ont cet avantage sur ceux de plume , que leur pointe n'est jamais aussi acérée , et qu'ils exposent moins à blesser les gencives. De petites lames de baleine ou d'écaillé , effilées et taillées en pointe , peuvent aussi remplacer sans inconvénient les cure-dents de plume.

Dans quelques pays on est dans l'habitude d'offrir aux convives, après le repas , de l'eau tiède pour se rincer la bouche ; cette prévenance est fort louable, La forme élégante de quelques coupes consacrées à cet usage,

et trouvées dans les fouilles d'Herculanum et de Pompéï atteste évidemment que les anciens Romains attachaient à cet objet une grande importance.

Je m'étonne qu'en France , où l'on se pique de porter à l'extrême tout ce qui peut contribuer au bonheur de la vie., on soit si long- temps à adopter généralement ce soin de propreté dont la nécessité est incontestable. Un usage, marqué comme celui-ci au coin de l'utilité , compenserait de ce qu'a de fatigant le cérémonial d'un grand dîner, et ferait oublier certaines pratiques que le luxe et l'étiquette ont mal à propos introduites dans le grand monde. Si les hommes croient pouvoir s'en dispenser, les femmes ont tort de s'en abstenir , car les particules alimentaires qui restent fixées sur les dents masquent le poli de l'émail et allèrent l'éclat de la plus belle voix. Cette précaution , qm est

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nécessaire à toutes , est particulièrement indispensable pour celles qui se proposent de chanter ou de faire les honneurs de la conversation.

Enfin, il n'est pas inutile non plus de faire soi-même , au moins une fois par semaine, l'inspection de sa bouche ; j'entends par-là se placer devant un miroir pour regarder toutes ses dents les unes après les autres , passer le cure-dent entre toutes , et même les frapper doucement avec un corps dur pour juger si l'on éprouve quelque sensation désagréable qui proviendrait d'une carie naissante et dont l'œil n'aurait pu s'apercevoir. On peut se servir avec avantage dans ce cas du petit miroir à bouche, dont l'extrême mobilité permet de porter la vue sur toutes les parties des dents : l'importance de ce petit meuble est telle même, qu'il devrait avoir sa place marquée sur la toilette de toutes les dames.

Tels sont les soins de propreté ou mieux les précautions journalières que réclame la conservation des dents ; ils sont simples , comme on voit , et d une facile exécution ; et s'ils paraissent assujettissans, c'est qu'en général on ne sent que trop tard l'importance des avantages qu'ils procurent ; tandis que si on en prenait de très-bonne heure l'habitude, on y ferait à peine attention et on s'y livrerait comme à tant d'autres occupations journalières auxquelles on se livre, pour ainsi dire , à son insu.

C'est surtout aux jeunes filles qu'il emporte de faire contracter de bonne heure cette précieuse habitude ; et si les conseils ne suffisent pas, il est pour se faire écouter d'elles , un moyen presqu'infaillible v c'est de piquer leur amour-propre, et de leur montrer jusqu'à quel point toute négligence apportée dans les soins que réclament leurs dents , peut éloigner pour elles

ce moment après lequel elles soupirent , même dès l'âge le plus tendre.

Il est facile de voir que je veux parler ici du mariage.

Ainsi, sans trop exciter en elles le désir déplaire, désir dont l'excès seul constitue la coquetterie , on doit leur montrer cependant que si nous attachons un grand prix aux qualités morales des femmes , leurs agrémens extérieurs n'en sont pas moins les plus précieux apanages de leur sexe , et l'objet éternel des hommages du nôtre.

Pour leur prouver que ces agrémens ne sauraient être parfaits sans de belles dents , chaque fois qu'une mère dans la société rencontrera une femme dont la bouche porterait l'empreinte de quelque négligence , qu'en la désignant à sa fille elle laisse échapper cette phrase si persuasive :

voilà une femme aimable ; mais elle •serait en même temps jolie et ai-

mable, si elle avait d'autres dents.

Je doute qu'il y ait une seule demoiselle qui ne cherchât, par des soins de propreté ou par de légers secours de l'art du dentiste, à éviter cette observation qui est de tous les temps , de tous les lieux , et qui sort souvent de la bouche même de ceux qui sont privés de l'avantage d'avoir de belles dents; tant est désagréable la première impression que produit sur nous la vue du mauvais état de cette partie si remarquable de la figure.

D'ailleurs pourquoi prendre des détours quand il s'agit de proclamer une vérité que personne ne conteste : un sexe fait pour plaire ne doit rien négliger de ce qui peut lui fournir les moyens d'arriver à ce but. Aux yeux même d'une austère philosophie la négligence est plus blâmable que l'excès contraire. Pour ne pas sortir de notre sujet , combien de demoiselles ne seraient pas restées telles, si leur abord

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rebutant n'avait pas éloigné ceux que leur fortune aurait engagés à solliciter leur main ! Combien de femmes doivent l'éloignement de leurs époux aux ravages que la négligence a faits à leur bouche, et à l'haleine désagréable qui accompagne presque toujours des dents rongées par la carie.

Si j'insiste ici sur la nécessité d'habituer de bonne heure les jeunes demoiselles à regarder comme indispensables les soins que demande la propreté de leurs dents, je ne prétends pas dire que les jeunes gens de l'autre sexe doivent s'abstenir de ces soins.

Tel est même mon avisa cet égard, que je cherche vainement à comprendre comment un père peut confier l'éducation de son fils à un étranger, sans lui recommander expressément de l'habituer à donner à la propreté de ses dents la môme attention qu'il accorde à celle de sa figure ou de ses mains.

Prendre de sa personne des soins trop minutieux serait assurément une chose ridicule de la part d'un homme ; mais pousser le dédain de soi-même jusqu'à négliger une pratique que la décence seule réclame , serait une conduite plus ridicule encore.

C'est ce qu'il ne faut cesser de représenter aux jeunes gens ; quelle que soit la position de la société dans laquelle ils se trouveront placés, ils applaudiront aux vues qui auront dicté de semblables conseils , et se féliciteront de les avoir suivis.

Lancés dans la carrière du barreau ou de la littérature, ils exprimeront leurs pensées avec autant de force que de netteté , et modulant à volonté les inflexions de leur voix , ils parleront plus directement au cœur de leur auditoire et entraîneront son esprit.

Médecins , ils ne fatigueront pas la susceptibilité d'un malade par cette odeur désagréable qui s'exhale de la

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bouche de tant de personnes. Hommes du monde, enfin, ils n'offriront pas le contraste choquant d'une mise recherchée et d'une bouche ravagée par la carie , dont le spectacle est d'autant plus fatiguant, que celui qui l'offre est moins indispensable dans la société.

Réfutation de l'opinion qui fait regarder comme dangereux l'emploi de la lime pour raccourcir des dents qui sont trop longues et séparer celles qui sont trop serrées.

Dans le dernier paragraphe du deuxième chapitre , j'ai fait sentir combien il était nécessaire de surveiller la deuxième dentition pour procurer aux enfans une denture régulière, et j'ai montré qu'aussitôt que les secondes dents affectaient une direction

vicieuse , iï fallait avoir recours au chirurgien-dentiste , afin qu'il prévînt de bonne heure toute difformité de la bouche , par quelques-unes des nombreuses ressources que possède son art.

Tout ce que j'ai dit à ce sujet , ne s'applique donc qu'aux dents considérées sous le point de vue de leur direction, ou mieux sous le rapport de la place que chacune d'elles doit occuper ; mais elles peuvent encore offrir plusieurs autres irrégularités dans leur développement : deux des plus fréquentes sont la longueur disproportionnée de quelqu'une d'entr'elles , et le rapprochement trop intime de plusieurs ou de toutes.

La première de ces deux irrégularités n'a pas le seul inconvénient d'être dTun aspect fort désagréable, mais la dent qui la présente , heurtant sans cesse la dent correspondante de l'autre mâchoire, la gêne, l'ébranlé et en déter-

mine la perte, après avoir occasioné de très-fortes douleurs, et forcé le sujet à ne mâcher qu'incomplètement ses alimens. L'autre est une des conditions que l'observation journalière prouve être défavorables à la conservation des dents, et elle s'écarte des règles, peut-être de convention , il est vrai, sur lesquelles nous jugeons de la beauté des dents qui, à nos yeux, offrent quelque chose d'infiniment plus gracieux quand elles laissent entr'elles un léger écartement.

L'art du dentiste est loin de rester spectateur tranquille des inconvéniens qui peuvent résulter de ces deux défauts de régularité dans l'arrangement des dents ; mais une prévention défavorable pour les moyens qu'il emploie à cet effet, éloigne encore beaucoup de personnes des bienfaits de leur application opportune. Ces moyens sont, dans le premier cas , la section de la dent exubérante en longueur; dans

le second, l'isolement des dents trop serrées.

La lime est le principal des instrumens que nous employons pour remplir ces deux indications. Au nom seul de cet instrument 9 et à l'idée de son application sur des dents saines, j'entends un grand nombre de personnes me faire cette objection, qu'en limant une dent, on la prive de son émail , et on en décide la carie.

Sans doute, l'émail est nécessaire à la conservation de la dent, puisqu'il la protège contre l'atteinte des alimens, du froid,, du chaud, et en général contre toutes les causes capables d'exercer une action pernicieuse contre la substance même de l'os; mais cette écorce extérieure, qu'on me permette l'expression, pour être utile, est loin pourtant d'être d'une nécessité aussi absolue qu'on se l'est généralement imaginé; et une dent qui en est dépourvue peut très-bien néan*

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moins ne pas être atteinte parla carie.

L'état d'intégrité parfaite dans lequel restent , soit les dents qui se sont rompues dans une chute, soit celles sur lesquelles on a détruit avec la lime, la rugine ou le burin , quelques parties affectées d'une, carie provenant de causes extérieures, prouve toute la vérité de cette assertion. Si, pour la sanctionner, il fallait quelque explication , il serait facile de prouver que la chose doit être ainsi, puisque là où il y a ablation d'émail , il se fait une espèce de cicatrisation qui donne à cette partie de la dent., un degré de dureté de beaucoup supérieur à tout le reste de la substance osseuse.

Ainsi donc, l'expérience se joint au raisonnement, pour prouver que la lime , entre les mains d'un dentiste adroit et prudent , n'expose jamais aux dangers qu'on lui suppose. Sans doute, on peut l'employer dans des circonstances où elle n'aura aucun ré-

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sultat favorable, mais elle n'entraîne jamais la perte des dents : et si un semblable accident survenait à la suite de son emploi , il faudrait en rechercher la cause ailleurs, et rester convaincu qu'il serait survenu sans qu'on se fût servi d'elle. Toute opinion contraire à cette idée est une erreur, un préjugé nuisible dans une foule de circonstances, et que pour cela même, on ne saurait trop combattre , puisqu'il expose une foule de personnes à perdre plusieurs dents , dont une opération aussi simple que peu douloureuse leur eût assuré la conservation.

Si l'expérience et une explication plausible , démontrent non-seulement que l'action de la lime n'a pas sur les dents les dangers qu'on lui suppose, mais qu'une dent légèrement limée sur quelques points, n'est guère plus sujette à la carie, que quand elle est entièrement recouverte de son émail, il n'en est

point ainsi de l'opinion généralement accréditée 5 qui fait regarder les dents trop serrées , comme se trouvant dans une position infiniment plus défavorable à leur conservation , que celles qui laissent entr'elles un léger écartement. Ici , du moins d'après les ouvrages écrits sur la science dentaire , on ne peut alléguer, jusqu'à présent que l'autorité de l'expérience ; car l'explication qu'on en a donnée dans ces derniers temps (1) , en disant que la carie survenait par l'obstacle que le rapprochement des dents apportait au cours des fluides qui circulent dans l'émail, est tout aussi sujette à contestation que celle qui consiste à regarder la carie comme le résultat d'une décomposition , d'une putréfaction qui , des matières alimentaires et autres, retenues dans les interstices

(i) Delabarre , Traité de la seconde Dentition > page i57.

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dentaires, se communique à la dent elle-même.

En effet , s'il est juste d'objecter à cette dernière explication , 1 .° que tant qu'une partie est vivante , elle est inaccessible à la putréfaction; 2.0 que la putréfaction n'est autre chose que le changement d'état d'un corps dont les élémens constitutifs reprennent leur liberté primitive, mais n'ont aucune tendance à communiquer un état semblable aux parties environnantes, puisque ces élémens sont , pour la plupart, nécessaires à l'entretien de la vie ; on peut prouver aussi que ce n'est pas la gêne qu'éprouvent les fluides de l'émail, quidétermine lacarie des dents très-serrées ; et cette preuve , on la trouve dans le moyen même qu'on propose pour prévenir cet accident.

Ce moyen est la séparation des dents ; mais cette séparation n'a lieu que par une perte de substance dans toute la longueur du bord de la dent, qui

certainement oppose au libre cours des fluides de 1 email , un obstacle bien plus grand que la compression.

D'ailleurs , la comparaison qu'on croit pouvoir établir entre deux dents serrées l'une contre l'autre et deux branches d'arbres dans la même position , dépose elle-même contre cette explication : car la gêne que les vaisseaux de ces branches éprouvent , les force seulement à changer de direction et à former un bourrelet vers le point de contact , et si elles s'ulcèrent , cet accident ne peut être attribué quV la présence de quelque insecte rongeur qui s'est fixé entre les deux branches.

Cette discussion aurait sans doute trouvé plus naturellement sa place dans un ouvrage consacré à la physiologie des dents, que dans un traité de l'Hygiène de la Bouche; mais j'ai jugé utile de l'aborder, pour prouver que toutes les fois que les médecins

qui se livrent plus spécialement à tel ou tel point de la pathologie, voudront expliquer les phénomènes auxquels sont soumis les organes dont la conservation les occupe particulièrement , autrement que par les lois communes, ils s'exposeront à d'éternelles erreurs, et rapprocheront les limites de leur art, au lieu de les éloigner.

]N'est-il donc pas plus simple, pour expliquer la fréquence de la carie sur les dents trop serrées , de dire : plus les dents sont rapprochées , plus il est difficile de les nettoyer; or les matières étrangères, alimentaires ou autres, séjournent entr'elles , ramolissent à la longue l'émail , et déterminent sur la substance osseuse elle-même , une inflammation dont la carie qui est l'ulcération des os , est la terminaison ordinaire. Ce qui facilite encore cette inflammation , c'est que les personnes qui ont les dents trop serrées , sont continuellement obligées de les tour-

menter , au moyen de corps durs , comme des épingles ou des aiguilles , pour en extraire les particules alimentaires qui se logent dans leurs interstices. Enfin , quand la carie affecte des dents très- rapprochées, on ne s'en aperçoit alors que tard , et lorsqu'elle a déjà fait de grands progrès ; ce qui n'arrive pas chez les personnes dont les dents sont dans une circonstance opposée. Terminons par des propositions générales dégagées de toute explication scientifique , et par cela même d'une facile explication.

i.° La séparation des dents n'est pas un moyen infaillible d'empêcher leur envahissement par la carie ; mais permettant de les nettoyer plus facilement, elle contribue a éloigner les causes sous l'influence desquelles cet accident se développe le plus communément.

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