‹ Hygiáene de la boucheChapitre 6 sur 13 · Les légères secousses que l'action · texte numérisé non relu

Les légères secousses que l'action

de la lime exerce sur les dents , n'ont sur ces dernières aucun résultat défavorable.

5.° L'isolement des dents, considéré comme une opération de simple précaution, doit toujours être ajourné jusqu'à seize, dix-huit ou vingt ans, parce que ce n'est guère qu'à cet âge que le cercle formé par l'une ou l'autre mâchoire , ayant atteint tout son développement, on doit perdre l'espoir de voir les dents qui sont trop serrées les unes contre les autres ^ se ranger par les seules forces de la nature; d'ailleurs, avant cet âge, l'émail n'a point encore acquis une épaisseur suffisante pour qu'on n'ait pas lieu de craindre qu'on ne mette à nu la substance osseuse de la dent qui pourrait se carier d'autant plus promptement qu'elle jouit alors d une extrême sensibilité.

De semblables raisons me semblent suffisantes pour engager toutes les

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personnes qui auraient les dents tellement serrées, que quelques-unes s'avançassent sur les autres , ou que toutes fussent jointes au point de ne pas permettre l'introduction d'un cure-dent de plume très-mince , à soumettre leur bouche à l'examen d'un dentiste , et à suivre les conseils que la prudence exigera qu'il leur donne à cet égard.

S ni-

De la nécessité de confier à un Dentiste le soin d'enlever le tartre qui s'amasse sur les dents. Erreurs et préjugés sur l'action des instrumens d'acier dont il se sert à cet effet.

Si on se soumettait de bonne heure aux soins journaliers que réclame la propreté de la bouche, et qu'on s'en acquittât régulièrement , tant que les dents ne prendraient point part à quelque affection interne, ou n'éprou-

verait aucun accident extérieur, on aurait droit d'espérer les conserver jusqu'à un âge avancé dans leur état de blancheur naturelle.

Mais pour une personne qui sent combien la bonté des dents intéresse la santé et ajoute de grâce à la physionomie, ou chez laquelle une éducation sagement dirigée a réduit en habitude, les soins sur lesquels repose la conservation d'organes aussi utiles, vingt autres les abandonnent communément au gré de la nature, sans faire la moindre attention aux nombreux inconvéniens qui suivent ou accompagnent leur perte : quelques-unes même se piquent de négliger leurs dents, et bravant les douleurs que cette négligence entraîne toujours, n'ont recours au dentiste que pour réclamer de son art des secours qu'il n'est plus en son pouvoir de leur donner, parce qu'elles les ont réclamés trop tard, et que, dans cette circon-

stance comme ailleurs , les meilleurs remèdes n'ont jamais le résultat avantageux qu'on eût obtenu par de simples précautions prises à temps.

Ce qu'une coupable insouciance a fait faire à ces personnes , d'autres le font par suite de l'erreur la plus grossière qui leur fait attribuer la durée et la blancheur des dents au peu de soin qu'on en prend ; préjugé fatal qui leur empêche de voir que si quelques individus doivent à la force de leur constitution et à la conformation de leurs dents, l'heureux privilège d'être exempts de tout soin , il en est une foule d'autres aussi qui ne parviennent à les conserver que par une attention au défaut de laquelle ils en eussent infailliblement été privés avant leur trentième année.

Mais ne cherchons pas à réfuter ici le raisonnement vicieux sur lequel quelques personnes se fondent pour ne donner aucun soin à leur bouche ;

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je suis trop disposé à ne voir dans ce raisonnement qu'une excuse ridicule , qu'un voile dont on cherche à couvrir sa négligence , ou mieux sa malpropreté.

Le résultat le plus fréquent et le plus prompt que puisse produire sur les dents l'insouciance , ou une confiance calculée dans les forces conservatrices de la nature , est la formation du tartre, espèce de substance pierreuse qui se dépose sur les dents sous la forme de couches variables dans leur couleur et leur densité, non moins que dans leur épaisseur.

Quelle est la nature intime du tartre, ou mieux d'où provient-il? Il n'est assurément aucune personne étrangère à la médecine , qui en adressant cette question à un dentiste , n'attendît de lui une réponse positive. Malheure qsement , quelque brillant que paraisse, et que soit en effet l'état actuel

de la science, cette réponse pourrait bien n'être encore qu'une pure hypothèse.

Plusieurs physiologistes et quelques dentistes modernes ont regardé le tartre, les uns comme étant fourni par des glandes qui environnent les dents, les autres comme étant le résultat d'une exhalaison terreuse et maladive de la membrane muqueuse qui tapisse les gencives. Mais l'impossibilité où ont été les premiers de démontrer rigoureusement les prétendues glandes dentaires ; les seconds , de prouver que le tartre ne s'amassait qu'autour des dents des personnes dont les gencives étaient malades , nous forcent encore à avoir recours aujourd'hui à cette explication généralement admise, que le tartre est un dépôt de la salive, dont les sels terreux se trouvent précipités par un agent chimique, et dér posés à mesure sur les dents où ils

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s'attachent par le moyen du mucus de la bouche (1).

Quoi qu'il en soit de l'origine du tartre, cette substance calcaire s'amasse principalement autour des dents incisives et canines inférieures, et se remarque bien plus fréquemment chez les personnes déjà avancées en âge, que chez les jeunes gens; tantôt il se présente sous la forme d'un limon très-abondant , tantôt au contraire il constitue un corps très-dur et d'un gris noirâtre ; d'autres fois , il s'amasse en croûtes épaisses jaunes. Je ne sais si mon observation m'a trompé , mais

(i) il me semble que M. Delabarre s'appuie à tort de l'opinion de Gariot , en lui faisant dire que le tartre vient des gencives ; car Gariot dit aussi positivement , dans son Traité des Maladies de la bouche , page 267, « que le tartre recouvre rarement les dents de devant de la mâchoire supérieure , parce que la salive ne pouvant pas séjourner dans cet endroit , y dépose peu de substance tartareuse. »

je crois avoir toujours remarqué que le premier affectait particulièrement les personnes d'un tempérament lymphatique, comme le sont la plupart des femmes, le second celles d'une constitution nerveuse, le troisième, celles d'un tempérament bilieux.

Ce que tous les dentistes ont observé , c'est que le tartre est toujours bien plus abondant chez les individus d'une constitution détériorée, et se trouve en rapport direct avec la quantité de la salive : aussi les hommes qui fument en ont-ils constamment les dents recouvertes ; on en a vu quelques-uns chez qui le tartre formait une couche épaisse qui recouvrait plus de la moitié de chaque dent , et les réunissait toutes en une seule masse. C'est sans doute à cette cause qu'il faut rapporter les nombreux exemples que plusieurs auteurs anciens ont cités , d'individus qui n'avaient qu'une seule dent occupant toute la mâchoire.

S'il est difficile d'expliquer , d'une manière certaine , la formation du tartre , on n'a du moins aucun doute sur le mal qu'il fait aux dents autour desquelles il s'amasse , et à la partie des gencives qui leur correspond.

Soustrayant la portion de la dent qu'il recouvre à l'action de l'air , il en ramollit l'émail , en favorise la disparition; et quand il se trouve ainsi en contact avec la substance osseuse ellemême , il l'irrite , l'enflamme et y détermine une carie dont les ravages sont alors d'autant plus rapides, que la dénudation de l'os est plus grande.

S'insinuant entre le collet de la dent et sa gencive, il détruit l'adhérence qui les unit intimement , et force la dent à devenir chancelante et à céder au plus léger effort. Joignons à cela une odeur fétide et un aspect hideux , et nous aurons le tableau exact de la triste position dans laquelle se placent toutes les personnes qui, pour

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se soustraire à quelques précautions , abandonnent leur bouche à la merci de ce corps destructeur.

Garantir les dents de l'action pernicieuse du tartre en prévenant sa formation , c'est le résultat des précautions dont l'exposé nous a occupés jusqu'ici; mais l'enlever quand il s'est formé, constitue une série de soins dont l'exécution, sans être très-difficile , doit néanmoins toujours être abandonnée à la main exercée d'un dentiste. Heureuses les personnes qui en viennent de bonne heure à cette sage détermination , car elles s'évitent par-là bien des douleurs, et sauvent leurs dents d'une perte certaine !

Cependant, confier à un dentiste le nettoyement de sa bouche , mais surtout l'enlèvement du tartre , est une chose dont la nécessité ne semble pas suffisamment établie aux yeux de beaucoup de personnes ; bien plus , il en est même qui

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regardent comme très-dangereux les instrumens dont nous nous servons à cet effet, et cela pour deux raisons : la première , parce que l'acier, suivant eux, altère les dents en détruisant leur émail ; la seconde , parce que Faction des instrumens appliqués sur elles , les ébranle , rompt les adhérences qui les unissent à la cavité osseuse dans laquelle elles se trouvent logées , et détermine leur chute.

Pour montrer combien ces deux allégations sont dénuées de fondement , et prouver que les personnes qui leur ajoutent quelque foi, sacrifient à la plus grossière erreur , et subissent le joug du plus ridicule préjugé, il ne faudrait qu'attester l'expérience , et invoquer le témoignage de ceux qui tous les jours, ont recours aux dentistes pour cet objet. Mais, pour ce qui a rapport à la première imputation , n'est-il donc pas évident que l'acier, conduit par une main adroite , n'en-

lève uniquement que le tartre, etn'intéresse jamais la dent sur laquelle il ne fait que glisser quand elle est débarrassée de la croûte calcaire qui l'enveloppe.

Quant à l'ébranlement que l'.on redoute, le plus simple raisonnement en démontre l'impossibilité. En supposant même que quelques dentistes maladroits exerçassent, pour nettoyer les dents , des mouvemens capables de les ébranler, si les gencives et les alvéoles , ou la gaîne osseuse qui loge la dent , ne sont pas entièrement détruites, deux jours suffiront pour qu'elles reprennent toute leur solidité ; ce qui le provive, c'est que tous les jours, on luxe des dents pour rompre leurs nerfs, et on en extirpe même entièrement qu'on remet immédiatement en place : cependant les premières se consolident de suite , et reprennent toute leur consistance; les secondes acquièrent dans les alvéoles une telle solidité, que

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plusieurs médecins croient pouvoir soutenir qu'elles y reprennent vie (1).

Une autre erreur non moins préjudiciable, et que partage pourtant un très-grand nombre de personnes , c'est

(i) Les personnes qui partagent cette opinion sont évidemment dans l'erreur. Une dent arrachée , et remise de suite en place , n'y est maintenue que par le resserrement de l'alvéole et l'accroissement de la gencive. Toutes les preuves qu'on a cherché à donner du contraire sont sans fondement. La douleur que les personnes qui portent ces dents croient éprouver dans elles , a son siège dans l'alvéole ou dans les papilles du nerf dentaire qui a été rompu. Quant à la douleur qui résulte de la percussion de ces dents par un corps solide , elle résulte de l'ébranlement communiqué aux parties voisines. Enfin , si à leur évulsion on a trouvé quelques traces de vaisseaux sanguins dans leur intérieur 7 on peut affirmer que ces vaisseaux sont étrangers à la dent , et résultent d'une sorte de végétation de la membrane qui tapisse l'alvéole , et qui s'est insinuée dans le canal dentaire.

de croire que dès que l'on a une fois confié à un dentiste le nettoyement de sa bouche, on ne saurait dorénavant sa passer de lui, parce qu'alors les dents se couvrent beaucoup plus vite de tartre qu'auparavant; mais il n'en est point ainsi, car, si après cette petite opération, on était exact à s'acquitter des soins que leur propreté réclame, on les conserverait très-longtemps exemptes de tartre, et on se soustrairait , par ce moyen , à l'emploi des instrumens d'acier que redoutent la plupart de ceux qui , par leur négligence, en rendent l'application indispensable.

Il n'est donc rien de plus contraire à la conservation des dents et à la propreté de la bouche, que les raisonnemens vicieux sur lesquels on établit l'éîoignement qu'on apporte en général à se faire nettoyer les dents par un homme de l'art : le tartre seul est à redouter, et on craint d'ébranler les dents en le faisant enlever.

Ce sont-là les erreurs dont les charlatans savent foire leur profit. Il n'est pas de moyens qu'ils n'emploient pour les répandre et leur donner du poids, pas d'artifice auquel ils n'aient recours pour mettre quelques nouveaux impôts sur la crédulité publique.

L'un prétend avoir découvert une poudre dont les propriétés sont telles, qu'elle rend inutile tout le ministère des dentistes ; l'autre prône un élixir dont la vertu est d'emporter le tartre , et même de prévenir pour toujours sa formation , et de garantir les dents de l'atteinte pernicieuse des instrumens d'acier. 11 en est même qui portent l'audace jusqu'à soutenir qu'ils ont inventé un opiat qui a la propriété de faire renaître l'émail , de régénérer les gencives, de raffermir les dents chancelantes.

Ce qu'il y a de curieux surtout, c'est qu'il n'est pas un de ces charlatans qui ne prétende et ne soutienne effron-

tément que le remède dont il est l'inventeur est une composition innocente, dans laquelle il n'entre que des substances végétales. Interrogeons toutes les personnes qui ont eu la faiblesse de se laisser entraîner par ces promesses captieuses, et toutes nous diront que le seul résultat qu'elles aient obtenu de l'emploi de ces substances merveilleuses ., c'est d'avoir souffert pendant tout le temps qu'elles en ont fait usage , et d'avoir aggravé le mal contre lequel elles espéraient trouver un remède.

Mais , sans parler d'autre chose que du tartre, n'est-il pas ridicule de croire qu'une simple poudre , ou une composition végétale, sous quelque forme qu'on veuille la préparer , et quelque nom bizarre qu'on lui donne, pourra le détruire , quand on voit que cette incrustation pierreuse ne cède qu'avec force à l'action des instrumens d'acier, et résiste même au mordant des acides concentrés.

Quant à la propriété qu'on pourrait attribuer à quelques-unes de ces compositions, de prévenir la formation du tartre, elle est aussi chimérique que la première. Pour obtenir un semblable résultat, il ne faudrait employer que des substances simples , mais avant tout, se soumettre sans restriction aux soins de propreté que j'ai prescrits ailleurs.

lime semble que de semblables explications sur le mode d'action des instrumens d'acier, sont tout-à-fait propres à vaincre l'éloignement qu'on montre quelquefois pour confier le nettoiement de sa bouche à un Dentiste, et doivent prémunir les personnes même les plus crédules contre l'abus que fait journellement de leur confiance cette foule de charlatans et d'empyriques , dont Paris fourmille si abondamment.

Quelque vertu qu'aient une poudre et un élixir quelconque, pour la propreté de la bouche , sans l'enlèvement

préalable de la couche de tartre qui recouvre les dents de quelques personnes, ils n'auront aucun résultat avantageux , et nuiront au contraire , d'autant plus que leur emploi inspirera plus de sécurité et que le nom de leur auteur sera plus digne de confiance.

Cependant, quoique l'opération qui a "pour objet d'enlever le tartre des dents ne présente rien de très-difficile, elle demanda néanmoins beaucoup d'habitude pour être faite avec la promptitude et la légèreté convenables ; aussi n'est-il pas indifférent d'en confier indistinctement l'exécution à tout homme qui se dit Dentiste; car sans exposer à de grands dangers , elle peut devenir pénible et fatigante, si on oublie de la faire dans les conditions requises, et si on néglige de prendre à son égard toutes les précautions convenables.

Quelques personnes qui ont les dents et les gencives très -sensibles,

éprouvent pendant les deux ou mêm e les trois jours qui suivent cette petite opération une espèce d'agacement et même une douleur dans les dents.

Cet accident est loin de déposer contre l'opération en elle-même, seulement il indique la nécessité de quelques précautions. Ces précautions consistent pour ces personnes , de même que pour toutes celles qui ne feraient nettoyer leur bouche que longtemps après la formation du tartre , à soustraire autant que possible pendant deux ou trois jours leurs dents à l'action de l'air, à éviter les alimens durs , les boissons froides et surtout toutes les substances acides.

Peut-être même, quand il n'y a pas urgence, serait-il nécessaire de choisir pour faire nettoyer ses dents un moment ou l'air semblât devoir conserver pendant quelque temps une température uniforme. Aussi l'été est-il la saison la plus favorable ; et pour la même

raison le milieu du jour convient mieux que le matin ou le soir.

Quand les dents sont abondamment chargées de tartre , il est très-prudent de ne pas exiger que le dentiste les nettoie complètement dans une seule séance, et cela principalement pendant les froides saisons. Il est toujours plus convenable d'y revenir à plusieurs reprises , en laissant quelques jours d'intervalle. En effet, si on enlève d'une seule fois la grande couche de tartre que recouvrait les dents , ces parties privées tout d'un coup de cette espèce d'enveloppe à laquelle elles s'étaient , pour ainsi dire , accoutumées, acquièrent une grande sensibilité , et il peut survenir une fluxion , ou des maux de dents , surtout dans les saisons froides et pendant les temps humides.

11 est même des personnes pour lesquelles l'enlèvement du tartre, fait avec toute la dextérité possible, est

une opération douloureuse qui peut quelquefois occasionner des accidens graves. Ces personnes doivent se contenter de ne faire enlever que la partie de tartre qui touche aux gencives, mais sans exiger qu'on gratte la surface des dents pour chercher à leur procurer une blancheur qui ne s'obtient souvent qu'au préjudice de leur solidité. Au reste , ce sont là des précautions qui regardent tout-à-fait l'opérateur, et dont l'oubli peut compromettre son honneur et sa réputation.

Les personnes que leur fortune met à même de ne rien négliger de ce qui peut prévenir quelque désagrément, feraient bien d'appeler chez elles-mêmes le Dentiste ; elles éviteraient par là la sensation parfois pénible que la première impression de l'air peut exercer sur la bouche. Cette précaution s'adresse particulièrement aux personnes qui font un usage public de la parole,

et auxquelles il est peut-être encore prudent de conseiller de faire nettoyer leurs dents quelques jours avant l'époque où elles devront parler en public. L'émail, tout-à-coup débarrassé des substances étrangères qui le recouvraient , conserve assez souvent pendant un et deux jours un état de rugosité qui nuit à l'éclat de la parole en diminuant la netteté delà réflexion que les dents font éprouver aux vibrations aériennes qui constituent la voix.

Enfin quelques soins qu'on apporte à nettoyer les dents , il arrive quelquefois qu'elles conservent une teinte jaunâtre qui leur est souvent naturelle. On conçoit combien il serait imprudent d'exiger du dentiste qu'il les grattât trop fortement , dans l'intention de leur donner plus d'éclat et de blancheur j parce que non-seulement dans bien des cas on ne réussirait pas à procurer de tels avantages 9 mais on

ne chercherait toujours à les obtenu qu'aux dépens de l'émail qu'il est toujours très- important de conserver. L'émail offre plusieurs nuances dans «a couleur, et on a généralement observé que les dents les plus blanches , et surtout celles qui sont d'un blanc pâteux, ne sont pas les meilleures ; elles sont toujours plus sujettes à se rompre ou à se carier que les autres. C'est du moins l'avis de tous les Dentistes qui ont écrit sur leur art en médecins observateurs.

S iv.

De la nécessité de consulter le Dentiste aussitôt que les dents offrent quelque altération^ et du danger des extractions de dents faites inconsidérément.

Tous les soins qu'on peut prendre , soit de favoriser l'éruption des dents , soit de régulariser leur arrangement >9 et toute l'importance qu'on peut at-

tacher aux précautions journalières que leur propreté réclame, ne sont pas toujours des garans certains de leur conservation dans l'état de santé parfaite. Une foule d'accidens peuvent contrebalancer les bons effets de ces soins, et même en annuler entièrement les résultats; car, bien que les dents soient extrêmement compactes, néanmoins , elles sont plus susceptibles de maladies que toutes les autres parties à l'ordre desquelles elles appartiennent, c'est-à-dire , que les autres os.

La principale des raisons qui rendent les dents plus accessibles aux maladies que les autres os , c'est qu'elles sont les seules qui ne soient pas recouvertes par les chairs ; d'où il résulte nécessairement qu'elles reçoivent une foule d'impressions diverses, qui peuvent leur devenir d'autant plus nuisibles , que la partie de l'émail qui s'est formée pendant le cours d'une

maladie quelconque, ne doit certainement pas avoir tout le degré de solidité désirable.

Ensuite , par cela même que les dents sont des corps très-durs, et qu'elles ne jouissent que d'une faible vitalité, le plus léger trouble dans la manière dont elles se nourrissent ou dont elles vivent , détermine dans leur tissu des altérations profondes , et d'autant plus durables que ce dernier jouit d'une plus grande délicatesse, Aussi, conservent- elles très-long-temps , et le plus ordinairement même pendant toute la vie , les traces des grandes altérations qu'elles ont éprouvées.

La couleur des dents est en général un indice qui peut servir à mesurer l'espoir qu'on doit avoir de les conserver longtemps. Quelque différence que l'âge , le sexe , le tempérament et un grand nombre de circonstances particulières puissent apporter à cette couleur, on peut néanmoins regarder comme une

chose attestée par l'expérience , comme un fait que l'observation journalière confirme , que les meilleures sont celles qui sont d'un blanc opaque ou laiteux, non pas pâteux , mais éclatant et tirant néanmoins un peu sur le jaune.

On les remarque chez tous les individus dont toutes les fonctions se remplissent avec facilité, dont le sang contient dans d'égales proportions ou de justes rapports les parties qui entrent dans sa composition ; dont , en un mot, la constitution est bonne ; viennent ensuite celles qui sont d'un blanc jaune , qu'on trouve ordinairement chez les personnes qui ont habituellement le sang très - rouge , ce qu'on reconnaît à la couleur foncée des lèvres et à la rougeur des gencives.

Ces dents sont quelquefois très-dures et très-bonnes , mais elles sont susceptibles de se couvrir d'un tartre épais et sec , qui conspire évidemment contre elles.

Enfin, le blanc bleu ou azuré, semble être la couleur la plus défavorable; les dents qui en sont pourvues, sont très-impression ables , tandis que celles qui sont d'un blanc opaque ou laiteux, et qui en prenant de lage passent au blanc jaune, le sont très-peu. Ces dernières , quand aucune lésion extérieure n'est venue altérer leur tissu, existent encore long-temps, même après la destruction par vieillesse, des personnes qui les portent; ce sont celles qu'ont eues la plupart des individus qui ont offert des exemples d'une extrême longévité.

Après la couleur des dents, leur forme et surtout leur volume peuvent aider à prévoir jusqu'à quel point elles sont susceptibles de s'altérer. Plus elles sont volumineuses , plus la portion de substance osseuse l'emporte sur la quantité d'émail qui la recouvre , et plus cette dernière est mince , plus aussi la dent a de facilité à s'altérer,

Ce qui ne laisse aucun doute à cet égard, c'est que les altérations des dents sont beaucoup plus fréquentes dans les petits enfoncemens qui se remarquent à la surface des molaires, qu'au bord tranchant des incisives , et sur les côtés par lesquels elles se touchent, que sur leur surface.

Les personnes dont les dents , quoique bonnes et d'un bel éclat, présentent différentes nuances entremêlées d'un blanc plus mat, ont eu pendant la formation de l'émail, des alternatives de bonne et de mauvaise santé.

Ces dents trompent ordinairement par leur fausse apparence de solidité ; elles se conservent saines jusqu'à quinze ou dix-huit ans ; mais à cette époque , elles s'altèrent et se perdent successivement . si la constitution muqueuse c'est-à-dire molle ou lymphatique de l'individu , ne cède pas à la secousse que la puberté imprime ordinairement à toute l'économie. *,

Ainsi donc pour porter un jugement sur la durée des dents d'une personne dont la bouche est saine , il est prudent d'avoir égard aux maladies qu'elle peut avoir éprouvées pendant le temps où la nature chez elle était occupée du développement des dents. Rarement les individus qui , pendant leur enfance , ont été affectés d'affections scrophuleuses ou rachitiques , ont-elles le bonheur de toucher à l'âge mûr sans que leur bouche ait déjà supporté de nombreuses pertes.

Quoi qu'il en soit des conditions sous l'influence desquelles les dents ont acquis une disposition à se détériorer, elles s'altèrent de deux manières différentes"; ou bien , elles reçoivent l'effort d'une cause destructive qui agit directement sur elles, telle que les coups, les chutes, et en générai tout ce que nous avons désigné comme leur étant nuisible ; ou bien elles prennent part à un état vicieux de la cou-

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stitution générale ; mais surtout aux altérations des organes avec lesquels elles ont , soit une analogie de texture, comme tout le système osseux , soit des rapports de fonctions, comme les différentes parties qui concourent à l'acte de la digestion.

La terminaison la plus ordinaire des maladies des dents est une érosion de leur substance , qu'on nomme carie. La dent , après avoir occasionné des douleurs plus ou moins fortes, souvent même sans douleur, offre d'abord sur un point quelconque de sa substance une tache brune qui répond à une perte de l'émail ; bientôt la place occupée par cette tache offre une légère excavation noirâtre qui cherche ainsi à s'étendre de proche en proche, et à envahir la totalité de la dent, qui peut être profondément cariée sans déterminer de bien fortes douleurs, mais s'altère rarement sans que dès le commencement elle soit très-

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sensible à l'impression de la chaleur et à celle du froid. D'autres fois au contraire la dent s'altère à l'intérieur , et la carie ne se montre au dehors qu'après avoir insensiblement détruit la substance osseuse et occasionné la rupture de la portion démail qui recouvre le point altéré.

Une chose bien digne de remarque , et sur laquelle une foule de Dentistes ont longuement disserté , c'est que la carie affecte très-souvent les dents qui se correspondent à la même mâchoire. Parmi les Dentistes qui ont cherché à expliquer cette coïncidence d'altération , aucun ne me semble l'avoir expliquée physiologiquement , car le plus simple raisonnement suffit pour démontrer que les vaisseaux sanguins ou lymphatiques y sont tout aussi étrangers que les filets nerveux.

En effet, s'il en était ainsi, une partie quelconque du corps serait rarement malade sans que celle du côté oppo-

se le fût également , puisqu'il existe entre elles les mêmes rapports qu'entre les dents correspondantes.

Voici comment la chose a lieu : les deux dents correspondantes de la même mâchoire se suivent toujours dans leur éruption , et chacun des différens temps de leur développement : or, si dans une de ces époques le sujet éprouve une maladie quelconque qui soit partagée par le système osseux en général, ou par les dents en particulier , ces deux dents conserveront toutes les deux au même degré la susceptibilité qui les rendra accessibles à l'action des différentes causes qui pourront par la suite agir défavorablement sur elles. La conséquence , qu'on doit tirer de ce fait , relativement à la santé , c'est qu'aussitôt qu'on s'aperçoit qu'une dent se carie, on doit surveiller attentivement celle du côté opposé.

La distinction à établir entre la ca-

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rie ou toute autre maladie des dents , dépendant d'une cause générale ou intérieure, et celle qui résulte d'une cause particulière ou extérieure , est donc de la plus haute importance.

Consulté aussitôt que quelque douleur ou que la plus légère trace d'altération se manifeste, le Dentiste pourra porter à cet égard un jugement certain. Si l'altération n'est que le résultat d'une cause fortuite , il la bornera par quelques moyens aussi simples que peu douloureux. Si , au contraire , elle tient à une cause générale , il indiquera le régime propre à s'opposer à ses suites ultérieures ; et si le mal résiste, il saura du moins le borner à la dent malade, en préservant les voisines de l'envahissement de l'agent destructeur.

Que de ressources n'a-t-il pas en effet , pour arriver à de semblables résultats , en supposant même qu'on eût dédaigné ses conseils , dans les cir-

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constances si nombreuses où de vagues douleurs annonçaient qu'une inflammation de quelque partie voisine tendait à s'emparer de la dent. Tantôt il enlèvera avec la rugine , le burin ou la lime , un point noirâtre qui forme le centre d'une carie dont la dent la plus saine peut tout-à-coup se trouver atteinte; tantôt, armé d'un stilet échauffé à un degré convenable , il ira détruire le filet nerveux dont l'irritation détermine ces douleurs atroces auxquelles aucunes autres ne sauraient être comparées.

D'autres fois enfin , introduisant dans l'excavation d'une dent cariée, quelques parcelles de métal , il soustraira la pulpe dentaire ou le ganglion nerveux à l'action de l'air et des alimens , et bornant ainsi les progrès du mal , il fera cesser toute douleur et rendra la dent à ses usages ordinaires. A ce sujet, il est important que je dise ici que la manière de plomber les

dents est entièrement différente aujourd'hui de ce qu'elle était il y a quelques années ; alors on employait à cet effet du plomb et de l'or en feuille , qu'on introduisait dans l'ouverture de la dent, au moyen d'un stilet. Aujourd'hui on se sert d'un métal dur, mais que l'approche d'un fer échauffé à une faible température metpromptement en fusion , et qui se répand de suite , sans occasionner la moindre douleur dans tous les détours de la cavité. Cette nouvelle méthode a sur la première l'immense avantage , 1 .° de boucher plus exactement l'ouverture de la dent cariée; 2. Représenter àl'extérieur une surface dure et polie; 5.° de ne donner aucune odeur à la bouche; ^.° enfin de s'exécuter avec une extrême promptitude et de ne pas occasionner la moindre douleur, la fusion du métal se faisant à une température telle , que si quelque parcelle lans ce moment s'échappe de la ca-

vite de la dent , les parties voisines ne courent pas le moindre danger d'être brûlées , puisque la personne qui subit cette opération ne s'en apercevrait même aucunement.

Par ces moyens et une foule d'autres, on évitera la douleur des opérations qu'exige l'extraction des dents, et ce qui est plus important encore , on évitera la perte de celles qui avoisinent la dent malade. Arrêtons -nous à cette idée , et en examinant un instant , soit les rapports mutuels qui existent entre les dents et la structure des cavités osseuses qui les reçoivent , soit le soutien réciproque que les dents se fournissent entr'elles , nous resterons bientôt persuadés que la grande solidité des dents dépend essentiellement de la conservation de leur ensemble.

En effet , en enlevant une dent, on est très-souvent exposé à briser plus ou moins la cloison osseuse qui forme

la cavité destinée à la recevoir ; et cet accident , la disposition particulière de la racine de certaine dent , le rend quelquefois tout-à-fait indépendant de l'adresse de l'opérateur. Etablissant nécessairement par ce moyen un point de faiblesse dans l'arcade maxillaire, il arrive, par Tenet du choc des mâchoires dans l'acte de la mastication , que toutes les dents se pressant plus ou moins vers ce point de faiblesse , sont exposées à perdre cette solidité précieuse dont elles jouissent dans leur état naturel.

Un tel inconvénient est bien propre à faire regarder l'enlèvement d'une dent comme un moyen dont les suites peuvent devenir assez graves pour que l'homme sensé ne doive se décider à s'y soumettre , que quand il a vainement essayé plusieurs moyens, et que quand il est sûr de n'acheter sa conservation qu'au prix d'interminables souffrances ou d'une gêne dans le travail de la mastication.

Sans doute on rencontre journellement des personnes qui ont des dents assez solides , quoiqu'il leur en manque une ou même plusieurs ; mais cela ne détruit en rien le principe en vertu duquel on peut prouver que les dents sont destinées à se soutenir mutuellement, et il est bien certain que si on multiplie ces extractions sur la même bouche , elle perdra bientôt toutes celles qui lui restent.

Quand on voit avec quelle facilité une foule de personnes, pour quelques douleurs passagères , se font extraire une dent, et avec quelle froide insouciance certains Dentistes acceptent la proposition , on cesse d'être surpris de voir un si petit nombre d'individus parvenir à un âge un peu avancé sans que leur bouche soit dépourvue de plus de la moitié de ses dents.

Quel sentiment pénible n éprouvet-on pas envoyant que , dans un siècle

où chacun se flatte des pas immenses quenous avons faits vers le bien , l'autorité permet encore à une foule d'hommes aussi maladroits qu'ignorans , sans titre et sans aveu , de venir insulter sur les places publiques à la douleur du peuple , et de se faire un jeu des ravages que l'aveuglement et la crédulité leur permettent d'exercer sur des bouches , dont quelques opérations simples et peu douloureuses eussent conservé les précieux ornemens ?

Examinez les trophées sanglans dont ces charlatans ont l'impudeur de se décorer , et vous reconnaîtrez que parmi le millier de dents qu'ils se flattent d'avoir arrachées , ils tirent bien plus vanité de celles dont l'extraction a été difficile , que de celles dont la conservation eût été impossible sans cette douloureuse opération.

S'il est pénible de voir avec quelle légèreté certains Dentistes arrachent

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des dents, sans examiner s'il est possible de les conserver, combien n'est-il pas douloureux aussi de voir des personnes porter la négligence jusqu'à ignorer si elles ont quelques dents gâtées , parce qu'elles n'ont jamais daigné regarder jusqu'au fond de leur bouche. Quand les douleurs surviennent, on fait alors pour les faire cesser, ce que le zèle officieux de quelques amis peut proposer. Si la douleur se passe d'ellemême pendant l'usage de quelquesuns de ces remèdes que possèdent tant de personnes , comme des recettes merveilleuses , on crie au miracle et on s'applaudit d'avoir évité de consulter un homme de l'art.

Si la douleur au contraire continue , malgré ces remèdes violens et plus souvent dangereux qu'utiles ; on aime mieux supposer qu'on a mal employé le remède que de douter un seul instant de son efficacité , et on se décide à se rendre chez un Dentiste auquel on dit

DE LA BOUCHE. l()i

tout simplement : Je souffre beaucoup des dents , et je pense que je pourrais bien en avoir une de gâtée. Le Dentiste regarde , et voit avec douleur très-souvent plusieurs dents entièrement détruites par la carie , et pour lesquelles il n'existe plus d'autre remède que l'extraction.

De la nécessité de remplacer les dents extraites par des dents artificielles , et des précautions auxquelles ces dernières assujettissent.

Un Dentiste expérimenté et adroit peut trouver une foule de ressources pour conserver long-temps des dents déjà attaquées par la carie, et les rendre encore propres à remplir leur principale fonction , qui est la trituration des alimens. Celte vérité est incontestable, et je crois l'avoir suffisam-

ment démontrée dans le dernier paragraphe, en même temps que j'ai prouvé combien était blâmable la précipitation avec laquelle certains Dentistes sacrifient des dents pour le plus léger motif; mais il faut avouer que notre art a des bornes aussi à cet égard , et que dans un grand nombre de circonstances l'extraction d'une dent est le seul moyen de calmer les douleurs quelquefois si affreuses qu'elle peut occasionner.

La douleur , fût-elle même nulle , la carie est souvent par elle-même un motif suffisant qui exige le sacrifice d'une dent, La carie , en effet , augmente continuellement la sécrétion des fluides qui humectent la bouche ; cette salive ., mêlée à la matière putrescible qui s'échappe des cavités des dents cariées, acquiert des propriétés irritantes qui ne peuvent manquer d'exercer sur l'estomac une action éminemment pernicieuse : Faite-

ration de ce liquide et le défaut d'une mastication convenable donnent lieu à de mauvaises digestions , et prédisposent nécessairement à toutes les maladies qui se rattachent au trouble des fonctions si importantes de cet organe régénérateur.

Ajoutons à cela l'hiconvénient si grand qui résulte de l'odeur repoussante que donne toujours une dent cariée, quelque soin qu'on ait de sa bouche , et nous verrons qu'il est plus d'une circonstance où il devient indispensable de sacrifier une dent , quoiqu'elle n'occasionnât aucune douleur.

L'homme d'ailleurs se voit insensiblement dépérir , et les dents sont presque toujours les premières parties de lui-même dont il a à déplorer la perte : la nature, si prévoyante pour la conservation des êtres qu'elle a formés, ne semble-t-elle pas dans cette circonstance en contradiction

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avec elle - même , en nous privant d'organes dont la nécessité croît en raison directe de l'affaiblissement des voies digestives. Mais telle est la marche qu'elle suit pour accomplir ses éternels décrets , que , si elle a voulu que l'apparition des dents fût le prélude de l'accroissement de l'homme , elle a voulu aussi que leur chute fût le signal de sa fin prochaine.

Quelle que soit la cause qui a déterminé la chute d'une dent, sa perte est toujours accompagnée de grands inconvéniens ; la digestion souffre , la prononciation est inexacte, et la physionomie perd de sa grâce et de sa régularité. Mais si notre art est forcé dans une foule de circonstances d'exercer sur les bouches quelques mutilations, il peut du moins s'enorgueillir d'effacer jusqu'à l'ombre même des inconvéniens qu'elles entraînent après elles ; car il est juste de reconnaître qu il est le seul qui possède l'avantage si pré-

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cieux de remplacer une partie de nous-mêmes par une autre partie parfaitement semblable à celle que les maladies ou un long usage ont altérée ou détruite. Ne pouvons-nous même pas dire à cet égard , que nous avons en quelque sorte égalé la nature, puisque très-souvent nos dents se carient et déterminent les plus vives souffrances, tandis que les dents artificielles , exemptes de maladies et de douleurs , sont ordinairement plus belles et remplissent les mêmes fonctions.

Cette partie si importante de notre art a dû fixer de bonne heure l'attention des hommes; car, quelque soit le peuple dont nous consultons l'histoire ancienne ou moderne , nous sommes presque sûrs d'y rencontrer des preuves évidentes des tentatives qu'il a faites pour réparer les premiers outrages que le temps fait à notre corps. Les auteurs qui ont dé-

ig6 HYGIÈNE

crit les mœurs delà Grèce antique (r)V ne nous apprennent-ils pas que dans le siècle brillant d'Anaxagore et de Périclès , les jeunes filles remplaçaient les dents qu'elles avaient perdues ; et aux traits acérés qu'Horace , Perse, Juvénal et plusieurs autres poètes satyriques latins ont lancés contre les dames romaines qui employaient du fard et des dents artificielles, nous pouvons juger du fréquent usage qu'elles devaient en faire.

Il est bien probable que long-temps même avant cette époque reculée, ces objets destinés à remplir un double but d'agrément et d'utilité étaient connus dans d'autres empires., et aujourd'hui il n'est pas une nation , si peu avancée dans les beaux-arts qu'elle puisse être , qui ne possède des hommes fabriquant des dents artificielles propres à remplacer exactement les naturelles.

(i) Voyage du jeune Anachar^is ea Grèce,

DE LA TîOUCHE. î 97

Lorsque les dents artificielles sont parfaitement bien exécutées etassujetties d'une manière convenable „ et qu'on a vaincu cette première gène qu'occasionne quelquefois leur présence , non-seulement elles imitent les dents naturelles au point de tromper l'œil le plus pénétrant etle plus exercé, mais elles rendent absolument les mêmes services que ces dernières.

Comme elles , elles servent à broyer les alimens , à retenir la salive , et à procurer à la voix une articulation distincte et facile.

Toutes les personnes qui ont eu le malheur de perdre de bonne heure leurs dents, et surtout celles de devant, sentent l'avantage de la ressource précieuse que notre art présente à cet égard. Avoir recours à nous dans de telles circonstances , est même d'une nécessité indispensable pour tous les hommes que leur état oblige de paraître et de parler en public , et surtout

pour les femmes , qui ont constamment raison de se montrer jalouses de conserver le plus long-temps possible les attributs de la beauté , et chez qui l'absence de quelques-unes des dents de devant occasionne une difformité aussi incommode qu'apparente.

Cette précaution pour les femmes , est loin d'être un objet de pure coquetterie ; car indépendamment des avantages physiques qu'elles doivent infailliblement en retirer , il n'est pas une position de la vie, dans laquelle elles n'auront occasion de s'applaudir de s'être soumises à ces moyens si simples de conserver à la voix cet accent harmonieux qui est un charme durable , et de détruire l'impression pénible que laisse l'aspect de Ja vieillesse et de précoces infirmités.

Ah! Mesdames; si je n'étais arrêté par la crainte d'être soupçonné de plaider autant les intérêts démon art, que la

cause de la vérité, qu'il me serait facile de prouver qu'il n'est pas un homme , qui n'aime à retrouver dans une épouse tendrement chérie, quelque chose qui , au défaut delà réalité , lui rappelle les trésors dune bouche qu'il a tant aimée. Si on savait par quels ressorts secrets les affections des hommes se déterminent , on ne douterait pas que la simple apparence de quelques charmes, pût exercer une profonde influence sur leurs idées , en dépit d'eux-mêmes et de la raison. En vain le plus sensé voudrait se soustraire à la puissance de quelques attraits, fussent-ils même factices , l'idée seule de la beauté le subjugue , tandis qu'une idée contraire l'entraîne et l'éloigné malgré lui.

On se sert de plusieurs substances pour la fabrication des dents artificielles ; tantôt on emploie des dents humaines , d'autres fois des dents ou défenses de plusieurs grands animaux

tant terrestres qu'amphibies ; telles que les dents d'hippopotame ou cheval marin, celles de l'éléphant qui forment l'ivoire, celles de marse ou vache marine , et de phoque ou veau marin. On s'est encore servi quelquefois des dents de bœuf; enfin , on a composé une pâte minérale dont l'emploi a résisté aux attaques qu'on a mal à propos dirigées contre elle. Aujourd'hui on accorde généralement la préférence aux dents humaines , à celles de cheval marin et à la pâte minérale.

Les personnes qui sont dans la nécessité d'avoir recours à des dents artificielles doivent entièrement abandonner au Dentiste qu'elles auront honoré de leur confiance, le soin de déterminer lui-même la substance avec laquelle ces dents doivent de préférence être fabriquées. Car telle qui convient dans un cas, pourrait ne pas convenir dans un autre.

En général , quand il est nécessaire

de construire un dentier complet ou une portion de dentier , on se sert de la dent d'hippopotame, qui est plus blanche, plus compacte., jaunit moins vite, et résiste beaucoup plus longtemps à l'action de la salive , que celles des autres animaux ; mais comme sa couleur de même que celle de l'ivoire, est souvent nuancée de stries ou taches d'un blanc plus opaque que celui des parties qui les environnent, on lui préfère , dans un très-grand nombre de circonstances , la pâte minérale.

Cette dernière substance , non-seulement est très-dure , et n'a pas l'inconvénient de se corrompre , puisqu'elle n'est autre chose qu'une espèce de porcelaine ; mais on peut avant la cuisson , la modeler exactement sur la forme des gencives sur lesquelles elle doit être fixée , et donner aux pièces qu'elle compose , tant pour les dents que pour les gencives , la couleur qui doit les rendre en tout semblables

aux parties naturelles à côté desquelles elles doivent être ajustées.

Dans le cas , au contraire , où il ne s'agit que de remplacer une dent de devant, incisive ou canine, les dents humaines conviennent parfaitement.

Mais je renoncerais pour toujours à me déclarer le partisan des dents humaines , si j'avais quelque soupçon qu'on pût penser que je ne désavoue pas hautement cette coût u me harbare, qui consiste à extraire au prix de quelque argent , une dent à un malheureux , pour la replanter immédiatement dans une autre bouche.

Je m'étonne que chez une nation aussi civilisée que la nôtre , la loi ne proscrive pas ce trafic odieux , dont les femmes du bon ton , dans le siècle dernier, se faisaient un jeu d'offrir le ridicule et atroce spectacle. Aujourd'hui, un acte semblable serait à peine supporté de la part d'une courtisanne, et les femmes de la bonne société , ont

toutes le cœur assez droit , pour éprouver un sentiment pénible à la vue d'un malheureux , qui achète un peu d'or en se laissant mutiler.

Lorsqu'on n'a qu'une seule dent à faire remplacer, on doit presque toujours donner la préférence à une dent naturelle \ qu'on aura le soin , bien entendu , de choisir saine , belle , et surtout semblable à celle dont elle est destinée à occuper la place. Quelques personnes refusent de se servir d'une dent qui a appartenu à un autre individu , craignant qu'elle ne puisse transmettre quelque maladie dont ce dernier aurait pu être atteint, Cette crainte est chimérique, et le raisonnement sur lequel elle s'appuie est un véritable préjugé. Lorsqu'une dent a été desséchée , nettoyée et préparée convenablement , elle ne conserve absolument rien de celui qui l'a fournie, et son emploi ne saurait offrir le moindre inconvénient.

Si c'est au Dentiste à fixer lui-même la substance dont les dents artificielles et les dentiers doivent être de préférence fabriqués, c'est aux personnes qui doivent en faire usage, à se soumettre avec patience, aux essais qu'il est obligé de répéter plusieurs fois , pour en assurer la confection et l'ajustement. C'est souvent à cause du peu de docilité qu'elles ont apportée à permettre de prendre d'exactes mesures , que quelques personnes renoncent à faire usage de ces pièces artificielles.

Enfin , pour retirer de ces différentes pièces tout l'avantage qu'on peut en attendre , dans l'articulation des sons et le broiement des alimens , il ne suffît pas qu'elles soient bien faites et parfaitement ajustées ; mais il faut encore que ceux qui les portent se soient habitués à leur présence. Le temps , un peu de patience et une adresse particulière peuvent seuls vaincre les difficultés qu'on éprouve

d'abord à les employer. Si quelques jours suffisent pour qu'on puisse parfaitement manger avec une ou plusieurs dents artificielles, il serait injuste d'espérer qu'un temps aussi court suffira pour des dentiers complets ; car ce n'est guères qu'au bout de trois mois , et même quelquefois plus longtemps encore, qu'on parvient à les retenir parfaitement dans la bouche , et à remplir tous les besoins auxquels on les destine.

Il est encore, pour pouvoir porter sans inconvénient des pièces artificielles , une condition indispensable , c'est que les différentes parties de la bouche soient dans un état de santé parfaite, surtout que les gencives soient dures et vermeilles , nullement saignantes ou douloureuses ; sans cette condition ces pièces ne tardent pas à occasionner des fluxions , et leur présence devient tellement incommode qu'on ne peut la supporter.

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C'est principalement pour les dents à pivots, qui doivent rester à demeure sur les racines encore solides sur lesquelles on les fixe ordinairement, qu'il est essentiel d'être assuré de l'état de la bouche, car la présence de ces corps étrangers, quelque adroitement placés qu'ils soient, entretient dans ce cas une douleur qui souvent exige leur prompt enlèvement.

Néanmoins si la douleur n'était que très-faible , mais qu'il survînt une fluxion qui se terminât par un petit dépôt à la gencive qui avoisine la dent artificielle , il ne faudrait pas craindre que cet accident passager mît dans l'impossibilité de supporter la présence de cette dent; car une fois que par des gargarismcs émolliens , et autres moyens appropriés à la circonstance, la fluxion aura cessé , la racine qui porte le pivot reprendra insensiblement sa solidité, les petits abcès qui, quelquefois, sont de-

venus fistulcux se tariront, et la dent rendra les mômes services que celle qu'elle a remplacée.

Si c'est au Dentiste à reconnaître l'état de la bouche sur laquelle il est appelé à ajuster quelques pièces artificielles , c'est à la personne qui réclame ses soins à lui fournir, par l'exposé des accidens sous l'influence desquels elle a perdu les dents qu'elle veut faire remplacer, un indice certain qui réglera la détermination qu'il pourra prendre à cet égard. Par ce moyen le premier s'évitera le désagrément de faire une opération inutile, et dont l'insuccès ne peut que compromettre son art; la seconde éludera l'inconvénient d'avoir aggravé , par l'irritation que ces pièces déterminent toujours au moment de leur application, une disposition maladive que des soins, quelquefois bien légers, ou un simple retard , auraient pu faire disparaître.

C'est particulièrement chez les personnes délicates , de constitution catarrhale , comme le sont la plupart des femmes qui ont constamment habité le centre des grandes villes, ou qui ont été affaiblies par quelques maladies de longue durée, qu'il est fréquent de rencontrer des gencives molles , facilement saignantes , un peu gonflées , par fois même fongueuses.

Cette disposition est tantôt le résultat d'une affection locale , tantôt l'expression d'une altération générale de l'économie. Dans le premier cas , elle cède facilement à l'usage de l'un des élixirs dont nous avons donné la composition dans le dernier paragraphe du chapitre suivant , et employés en gargarismes ; dans le second , elle ne peut être combattue avantageusement que par une nourriture fortifiante sagement réglée , l'exercice en plein air et le séjour à la campagne , par tous les moyens enfin propres , soit à rele-

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ver l'énergie de l'ensemble de la constitution , soit à rétablir l'équilibre détruit entre les fonctions.

Enfin les personnes qui portent des dents et toute autre pièce artificielle, doivent bien se persuader qu'elles ne sont point exemptes des soins de propreté auxquels doivent s'assujettir tous ceux qui tiennent à la fraîcheur de leur bouche, et surtout ceux qui n'ont pas une très-bonne denture.

Ces différentes pièces, quelle que soit la matière qui les compose , réclament une très-grande propreté ; au défaut de cette propreté , elles perdent en très-peu de temps leur éclat, se ternissent , et môme elles ne tardent pas à se couvrir de tartre , à se corroder ou se détériorer complètement , à ne plus imiter les dents qu'elles doivent remplacer ou celles qui les avoisinent, et à entretenir dans la bouche une très-mauvaise odeur ; aussi est-il indispensable de les enlever souvent

pour les nettoyer et les faire réparer , et même entièrement renouveler au bout d'un certain temps.

Cette précaution regarde plus spécialement les personnes dont les digestions sont habituellement difficiles et accompagnées d'échappement de gaz par la bouche , et dont la salive est dans les conditions requises pour fournir une grande quantité de tartre.

Quelque avantageuses que soient les dents artificielles faites en pâte minérale , elles ne dispensent jamais de ces soins de propreté.

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