NEVROSES OU MALADIES NERVEUSES DE L’ESTOMAC OU DES INTESTINS
Cette malheureuse affection que l’on désigne sous les noms de gastralgie , — gastro-entéralgie , est, de toutes les maladies qui affligent l’espèce humaine, la plus affreuse, la plus longue. Hélas! plus de joies, plus de repos dans ce monde pour le pauvre gastralgique; ses journées sont comptées par la souffrance, et des nuits sans sommeil, il redoute la longueur. Pas un instant de repos ; il souffre toujours !... des gazs ! qu’il cherche à rendre avec des efforts inouïs, se renouvellent sans cesse, lui ballonnent le ventre et, remontant dans la poitrine, lui occasionnent des palpitations terribles, des étouffements, des lypothymies. Il a faim et n’ose manger ; car, à chaque digestion, ce sont de nouvelles douleurs... Il s'isole de la société, vit seul, marche seul, triste et morose, presque toujours courbaturé. Quand la nuit vient, il voudrait déjà être au lendemain, parce que dans ses continuelles insomnies, ses pensées s’assombrissent de plus en plus ; il désespère de voir une fin à ses maux, et le désespoir le conduit à l’hypochondrie, quelquefois au suicide.
La médecine a reconnu son impuissance à combattre cette terrible maladie ; elle essaie, par ses ordonnances, de procurer du soulagement. Le seul moyen de guérison, lorsqu’elle est possible, se trouve dans l’hygiène alimentaire, dans un régime constant, et duquel on ne peut jamais s’écarter impunément. Cette alimentation, ce régime, nous allons essayer de le tracer.
Les névroses du tube digestif, gastralgie, quand l’estomac est seul affecté ; gastro-entéralgie , lorsque l’estomac et les intestins sont atteints à la fois, s’offrent sous mille formes, sous mille nuances diverses ; c’est pourquoi il est impossible de les soumettre au même traitement. Il faut, comme dans les irritations chroniques, procéder par tâtonnements et chercher le genre d’alimentation qui convient le mieux à telle forme, à telle nuance, et s’y arrêter jusqu’au moment où l’estomac demande une autre alimentation.
Mais, il est un point qui est commun à toutes les nuances, à toutes les formes. Ce point essentiel c’est le régime réduit , ce qui veut dire diminuer une certaine quantité de nourriture que l’appétit permettrait de prendre encore. Un gastralgique, par exemple, qui mangeait autrefois 2,500 grammes d’aliments dans sa journée, devra diminuer sa ration de 1,000 grammes, et la réduire à 1,500. Cette diminution a pour but de rendre à l’estomac son travail plus léger, et par conséquent, la digestion plus facile ; il doit
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vivre de peu et se contenter de peu, s’il veut guérir. Cette prescription est d’autant plus dure que beaucoup de gastralgiques sont dévorés par la faim ; malheur à eux , s’ils ne sont pas raisonnables, s’ils mangent trop! ce qui a lieu assez fréquemment. Alors, ils ne tardent pas à éprouver toutes les souffrances d’une digestion des plus pénibles : gaz incessants, éructations, borborygmes, nausées, vomissements, palpitations, anxiété, cardialgie intolérable, etc., etc. Oh ! il est cent fois préférable de rester sur sa faim, que d’être en proie à ce cortège d’atroces souffrances.
Pour les gastralgiques qui ne dorment que fort peu et se lèvent très-matin, deux repas pas jour seraient insuffisants; ils pourront en faire trois et quelquefois quatre. Le premier, très-léger, de six à sept heures du matin, se composant tout simplement soit d’un potage ou de deux œufs à la coque, avec une biscote; soit d’une tasse de chocolat, de café, si ces aliments passent bien; soit enfin, de toute autre substance qui puisse permettre à l’estomac, sans le fatiguer, d’attendre le déjeuner ou second repas, à dix heures.
Le déjeuner se composera d’un plat de viande, d’un plat de légumes, d’un entremets sucré et d’un fruit de la saison arrivé à parfaite maturité, tel que poire fondante, pêche aqueuse, prunes de reine-claude. Point de pommes ni aucun fruit à chair ferme et cas-
santé. Si les fruits crus dont nous venons de parler n aLaient pas à l’estomac, ce qui arrive assez souvent, il serait nécessaire de les faire cuire et de les réduire en compote. Pour boisson, du bon vin vieux de Bordeaux ou de Bourgogne allongé d’eau. Mais, surtout ! l’application du régime réduit.
Le dîner, de quatre à cinq heures; un plat de viande rôtie, filet de bœuf ou bifteck, un plat de légumes au choix de la personne ; et, si la faim n’est pas un peu calmée, on pourra lui permettre une mauviette rôtie, ou un quartier de pigeon, ou la moitié d’une grive, d’une caille pas trop grasse; ou une aile de perdrix, de poulet, ou, enfin, une légère portion de filet de lièvre. Pour dessert, une marmelade de fruits. Même boisson qu'au déjeuner. Selon les habitudes antérieures du malade, la quantité d’eau à ajouter au vin sera ou plus forte ou moindre. — Ici, toujours l’application du régime réduit. Quant au pain, il faut le choisir léger, bien cuit et plutôt de la veille que du jour; la quantité, à chaque repas, doit en être modérée. Pour les gastralgique, squi ont besoin de quatre repas, — le dernier qui doit se taire, de huit à neuf heures du soir, sera une simple collation et aussi légère que possible.
Ajoutons , comme corollaire indispensable , que dans le cas où la digestion d’un repas a été longue, difficile ou pénible, le repas suivant doit être rigoureusement supprimé, sous peine d'un dérangement
fâcheux, d’un trouble plus ou moins difficile à combattre; tandis que cette simple suppression suffit presque toujours pour ramener la fonction digestive à sa régularité première.
Les personnes affectées de névroses gastro-intestinales sont généralement très-maigres ; on leur conseille de manger, malgré les souffrances qui surviennent à la suite de chaque repas, parce que la nutrition ne se faisant que très-imparfaitement chez elles, le défaut d’aliments suffisants les jetteraient dans la consomption et elles s’éteindraient, pour ainsi dire, d'inanition. C’est pour ces motifs que leur alimentation doit être tonique et substantielle , sans être excitante; il est de toute urgence qu’elles se nourrissent, afin de réparer autant que possible les pertes énormes qu’elles font et par les mouvements accélérés de la respiration, pendant les crises de palpitation, et par la quantité considérable de gaz qu elles rendent, piovenant de l’estomac ou des intestins. Ce sont ces pertes qui causent leur maigreur. Un des phénomènes constants des névroses gastro-intestinales, est la constipation opiniâtre qui les accompagne. Or, pour ne pas abuser des lavements et des purg’atifs, ainsi que le font beaucoup de ces malades, il est cent fois préférable de joindre à son alimentation un plat de lég-umes ayant des propriétés relâchantes : les épinards, dans cette circonstance, produisent de très-bons effets. Lorsqu’on est fatigué des épinards, on peut les
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remplacer par de la laitue, de la romaine cuite ou tout autre légume herbacé , également cuit ; on obtient ainsi la liberté du ventre, qui est chose trèsimportante.
C’est particulièrement dans la maladie qui nous occupe que la variété des aliments devient quelquefois-une nécessité; l’estomac se dégoûte facilement des memes mets qu’on lui offre très-fréquemment, et il les digère mal ; le seul remède à cet état de choses est de changer, de varier les substances alimentaires. Les exemples du déjeuner et du dîner , que nous avons donnés plus haut, n’impliquent pas qu’on doive s y astreindre ; on doit les considérer comme un simple modèle sur lequel on peut se guider pour le choix. Du reste, on fera bien de consulter le chapitre de cet ouvrage concernant la digestibilité des aliments et leur classification , où l’on trouvera des éclaircissements à cet égard.
Nous le répéterons encore, en terminant ce chapitre, les personnes affligées de névroses gastra-intestinales ne parviendront à s’en débarrasser qu’en persévérant dans le régime tonique et substantiel exempt d’excitation. C’est pour les préserver de cette excitation, qui retentit toujours sur les nerfs, qu’on leur défend les venaisons, les viandes de haut goût, fortement épicées, les mets indigestes, les boissons alcooliques et tout ce qui peut porter une fâcheuse influence sur leur système nerveux, déjà si impres-
sionnable.Et, comme auxiliaire indispensable du régime alimentaire, on leur recommande aussi d’éviter toutes les influences morales pénibles ou violentes qui retentissent nécessairement sur le physique : les accès de colère, lajalousie, l’envie, la frayeur et toutes les passions tristes. Elles devront également éviter la contention d’esprit, les travaux intellectuels longtemps soutenus ; car, ainsi qu’un repos prolongé leur serait désavantageux, de même trop de fatigue de corps ou d’esprit leur deviendrait nuisible !
N’oublions pas de dire que le succès du régime alimentaire dépend beaucoup de la quiétude du cœur et de l’ame. Il faut s’occuper des choses agréables ; fuir la solitude et l’ennui ; se procurer de douces distractions ; faire une promenade après le repas, sans jamais la pousser jusqu’à la fatigue ; éviter soigneusesement les vicissitudes atmosphériques, la grande fraîcheur des matinées et l’humidité pénétrante du soir ; enfin, mener la vie calme et régulière qu’exige l’excessive impressionnabilité des personnes affectées de maladies nerveuses.
Le lecteur nous pardonnera la longueur de ce dernier article, en considération de son importance pour les personnes atteintes de névroses du tube digestif.