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CHAPITRE VIII

PRECEPTES D’HYGIÈNE SPECIALE, ET RÉCAPITULATION DES PRECEDENTS CHAPITRES

l Ier

Quoique cet ouvrage soit spécialement écrit sur la question alimentaire, nous terminerons néanmoins cette première partie par quelques préceptes d’hygiène particulière applicable aux convalescents, aux sujets malingres, débiles, souffreteux et aux vieillards. L’observation de ces préceptes est de toute rigueur pour les personnes sur le retour de l’âge qui veulent se prémunir contre les infirmités et jouir d’une verte vieillesse.

1° Régularité en toutes choses : pour l’heure et la durée du sommeil; pour l’heure du coucher et du lever; pour l’heure et le nombre des repas; pour le temps du repos et du travail.

2° Faire un bon choix des aliments qui convien-

nent le mieux à l’estomac, et veiller à ce qu’ils soient de bonne qualité et simplement préparés.

3° Manger lentement, afin d’opérer la mastication complète des aliments solides, et ne les avaler que lorsqu’ils sont suffisamment broyés et imprégnés de salive ; car la trituration complète des aliments est une condition essentielle de facile et prompte digestion. Les vieillards édentés doivent mâcher et remâcher leurs aliments; mieux vaudrait, pour eux, user de dents artificielles, si leur mastication était par trop incomplète ; ou, enfin, ne manger que des hachis de viande, des purées, des potages, des gelées et autres mets qui n’exigent pas la trituration dentaire.

4° Ne jamais manger au delà des forces digestives, et, ce qui est beaucoup plus sage, se retirer de table avec une légère appétence, parce que l’estomac du vieillard ou du convalescent n’a plus son énergie première. S’il est trop plein, ses muscles n’ont plus assez de force pour agir sur le bol alimentaire ; le suc gastrique n’est pas assez abondant pour le réduire en chyme. Il résulte de cette double insuffisance une digestion laborieuse, quelquefois une indigestion!. .. Et, nous l’avons déjà répété plusieurs fois, les indigestions, chez les convalescents, occasionnent des rechutes très-graves ; chez les vieillards, elles sont toujours fâcheuses, et parfois mortelles 1... Or, la prudence exige du vieillard qu’il

se tienne en garde contre les excès dans le boire et le manger.

5° S’il arrivait que son estomac fût fatigué par plusieurs digestions difficiles, il devrait aussitôt se mettre au régime réduit , pour donner quelques jours de repos aux organes de la digestion. Pendant ce temps, il devra se contenter de bouillons, de fécules et d’œufs frais. Dès que l’estomac sera rentré dans ses fonctions normales, il pourra reprendre son régime ordinaire. Mais si, contre toute prudence, il continuait à fatiguer son estomac par la même dose d’aliments, les fonctions digestives s’altéreraient de jour en jour et ne fourniraient plus qu’un chyle mal élaboré; la nutrition serait bientôt insuffisante à réparer les pertes, les forces s’épuiseraient et laisseraient le vieillard exposé à l’invasion d’une grave maladie.

Lorsque les choses en sont arrivées à ce point, le moribond est forcé de se mettre au régime ; mais il est trop tard... Le mal a fait de rapides progrès; il lutte contre la force vitale d’un corps qui s’affaiblit déplus en plus, et sa victoire amène la mort !... C’est ainsi que s’éteignent la plupart des vieillards qui ont l'imprudence de se livrer aux excès de table comme au temps où ils étaient jeunes. Nous sommes loin de défendre aux personnes âgées les plaisirs de la table, les seuls qui leur restent; seulement, nous leur conseillons d’en user avec la plus grande modéra-

tion; parce que les libations qu’ils pouvaient faire impunément autrefois, leur seraient funestes aujourd’hui.

6° Pendant Page mûr et la première vieillesse, deux repas suffisent généralement aux personnes bien portantes. Le septuagénaire, à plus forte raison l’octogénaire , ont besoin de manger trois et même quatre fois par jour, parce que leur estomac ne peut que digérer de petites quantités à la fois.

EXEMPLE d’un REGIME FAVORABLE A LA SANTE ET AU MOYEN DUQUEL LE SEXAGENAIRE PEUT ESPERER UNE HEUREUSE LON- GEVITE.

Deux repas suffisent , par jour , au sexagénaire dont les voies digestives sont en bon état.

Le déjeuner — se fait de neuf à dix heures et se compose d’un plat de viande rôtie, une côtelette, par exemple, et d’un plat de légumes herbacés. Pour dessert, un fruit de la saison et, à son défaut, une compote de fruits bien sucrée. Le tout de première qualité.

Le dîner — de cinq à six heures. — Un plat de viande rôtie ou cuite dans son jus; un plat de légumes; et, pour dessert, un fruit, une compote, une gelée de fruits. Un peu de fromage frais, si l'on a

l’habitude d’en manger. Pour boisson : du vin vieux, coupé de deux tiers d’eau. Les ragoûts épicés, les fromages forts, les sucreries et pâtisseries indigestes, etc., doivent être proscrites de ce régime.

Il va sans dire que les mets composant ce régime peuvent être variés chaque jour, afin d’éloigner le dégoût et d’exciter, au contraire, l’appétit.

Tant que l’estomac et les intestins fonctionnent bien, le vieillard peut suivre, sans inconvénient, ses habitudes alimentaires ; mais à la première manifestation de fatigue de l’estomac ou de manque d’appétit, qu’il se garde bien de chercher dans une stimulation factice l’activité digestive. La stimulation par les spiritueux ou les purgatifs, ainsi qu’on le fait généralement, est un moyen toujours dangereux.

Lorsque, par une cause quelconque, l’appétit diminue ou fait défaut, il n’y a d’autre chose à faire que de supprimer un des repas et de diminuer la quantité des aliments; si l’appétit ne reparaissait pas après deux jours de cette diminution, il faudrait garder la diète, c'est le seul moyen de prévenir une maladie qui couve sourdement.

1° Maintenir l’activité des fonctions digestives par un exercice journalier, selon les forces du sujet. La promenade à pied, en voiture; les distractions avec des amis; enfin, tout ce qui peut récréer les sens et égayer l’esprit.

2° Ne pas négliger les soins de propreté : le chan-

g-ement fréquent de linge, les bains tièdes, les frictions, surtout le massage (1) , sont des plus favorables à la santé d’un vieillard, par la raison que sa peau, devenue sèche, n’est plus, comme autrefois, traversée par une circulation riche en sang’ artériel.

Les frictions et le massag’e ont la propriété d’exciter, de stimuler cette circulation et de rappeler à la peau cette vitalité qui lui manque.

3° Chaque saison a ses plaisirs, dit le proverbe. C’est vrai ; mais, aussi, chaque saison a ses inconvénients, ses dangers pour les personnes âgées , et contre lesquels il est sage de se précautionner.

Les vieillards doivent se vêtir chaudement l'hiver et se prémunir contre le froid des pieds, chose trèsimportante ; car le froid de ces organes peut occasionner plusieurs affections, telles que l’irritation de la muqueuse nasale, la bronchite, la colique, etc.; il exaspère les catarrhes et pourrait amener une congestion cérébrale si l’on n’y prenait garde. Les chaussons fourrés, les bas de laine et, surtout, le lavage des pieds tous les jours, puis le brossage avec une brosse rude, sont les meilleurs moyens de ramener la chaleur à ces parties. On ne doit jamais se mettre au lit avec les pieds froids ; les personnes sujettes à

(1) Voyez, dans notre Hygiène des baigneurs , l’kistoire du .Vassage chez les Orientaux et les bienfaits qu’on en tire. — 1 vol., prix : 2 fr. 50 c. Chez Dcntu, Palais-Royal, Paris.

cet inconvénient devront mettre, avant de se coucher, de g-ros chaussons de laine (1).

Le gilet, les caleçons et les ceintures de flanelle leur sont d’un grand secours et deviennent même une nécessité.

Nous avons déjà dit que les appartements des vieillards devaient offrir une température de quinze à vingt degrés, qui est la plus favorable; au-dessus, elle serait trop chaude et au-dessous trop froide. Lorsque le sexagénaire veut sortir de son appartement chauffé à vingt degrés, pour vaquer à ses affaires, il doit, avant de passer dans un milieu plus froid, ouvrir une croisée pour laisser entrer l’air extérieur et refroidir un peu la pièce. Cette précaution est essentielle, parce qu’il serait imprudent, à son âge, de passer subitement d’un endroit chaud au froid glacial de la rue.

Le printemps sourit au vieillard qui vient d’échapper aux tristesses de l’hiver; la verdure et les fleurs réjouissent sa vue et réveillent son esprit; tout renaît sur la terre... il croit aussi renaître. Et si quelques infirmités trop douloureuses ne compriment les élans de son cœur, il se trouve heureux! La température printanière ramollit sa peau , raréfie les fluides et les pousse du centre à la circonférence. Il

(1) Voyez, ii ce sujet, l'Hygiène des Pieds et des Mains, ouvrage des plus utiles.

respire plus librement ; sa peau, desséchée par les rigueurs de l’hiver, se couvre d’une douce moiteur; l’oxygène, plus abondamment répandu dans l’atmosphère, stimule modérément son organisation entière et facilite le jeu de toutes les fonctions. Il croit rajeunir... Mais, à côté des bienfaits du printemps, surgissent, hélas ! les congestions organiques, les bronchites, les pneumonies, les hémorrhagies, les irritations intestinales, etc., etc. C’est au régime hygiénique à combattre les ennemis qui le menacent.

Pendant cinq mois entiers, retenu prisonnier près de son foyer, le vieillard veut sortir aujourd’hui, le soleil est si beau, l’air si tiède; il veut, comme autrefois, aller se promener dans la prairie émaillée, pour respirer ses mille parfums... C’est dans ces premières journées du printemps qu’il doit user de prudence et de précautions pour ne pas être victime d’un refroidissement, d'une transpiration arrêtée. Il ne doit faire sa première sortie qu’au milieu du jour et rester prisonnier le matin et le soir; car ces époques de la journée sont fraîches et humides en avril, et pourraient lui être funestes. Une très-bonne précaution à prendre serait d’imiter les peuples d 0rient, qui endossent leur manteau le matin, le quittent vers le milieu du jour et le reprennent le soir. De cette manière, on se garantit des vicissitudes atmosphériques du printemps.

C’est surtout pendant les chaleurs de l’été qu’il

faut redouter les refroidissements, les suppressions de transpiration, ordinairement funestes aux vieillards, parce qu’ils n’ont plus la force de réaction nécessaire. Nous leur recommandons d’éviter les courants d’air, les endrois frais et marécageux; et, lorsqu’ils se reposeront à l’ombre, pendant les ardeurs du midi, ils auront grand soin de fuir les lieux humides. S'ils se trouvent fatigués, ils pourront faire la méridienne, ce repos ne peut que leur être favorable.

4° RÉGIME HYGIÉNIQUE DU VIEILLARD DEBILE. — Chez les vieillards malingres, débiles, l’énergie du cœur est considérablement ralentie, et la circulation chasse, avec peine, le sang aux extrémités. Les centres nerveux fournissent une innervation insuffisante et promptement dissipée ; la nutrition et la calorification languissent de jour en jour; les digestions sont très-lentes et ne peuvent s’effectuer que sur une petite quantité d’aliments. Pour suppléer à la chaleur diminuée du corps, il faut recourir à des vêtements, à des boissons toniques, à l’habitation dans un appartement maintenu à une chaleur uniforme pendant la saison d’hiver, saison bien souvent funeste aux organisations tombées dans la débilité.

La santé chancelante du vieillard cacochyme est subordonnée à la mesure exacte des aliments, en quantité et en qualité, consommés à chaque repas.

La contractilité de l’estomac , devenu très-faible, ne réagit qu’insufflsamment sur le bol alimentaire;’ vodà pourquoi il leur faut une alimentation stimulante, sous un petit volume. Cette dernière condition est essentielle ; car une trop grande quantité d aliments distendrait l’estomac, qui n'aurait plus la foi ce de se contracter, et une terrible indigestion en résulterait. Nous disons terrible, parce qu’à cet âge et dans 1 état de débilité, les indigestions sont mortelles.

Les vieillards débiles doivent faire trois repas et quelquefois quatre par jour, selon les besoins qu'ils ressentent. La quantité d’aliments nécessaires à la nutrition étant répartie à des intervalles de quatre et cinq heures, l’estomac 11e se trouve point surchargé et la digestion s’opère sans accident. Chaque repas se compose d’un petit nombre de mets de première qualité. — Au déjeuner, de sept à huit heures du matin, un potage au gras et des fruits cuits; ou, si l’on en a l’habitude, une tasse de café au lait. — A midi, un plat de viande tendre ou du poisson à chair facile à digérer. — A cinq heures, encore un potage et un plat de viande, plus une légère purée de légumes. — Le soir, si la faim se fait sentir, 011 prend une tasse de thé avec une biscote de Bruxelles ou quelques fruits cuits et bien sucrés.

A chaque repas, un peu de vin vieux pur ou étendu d’eau, selon l’habitude.

Tel est le régime alimentaire que doit suivre le septuagénaire débile, s’il veut prolonger sa carrière. Dès qu'on s’aperçoit que l’estomac est fatigué, il devient nécessaire de supprimer un ou deux repas. Une journée de repos rend un peu de force à cet organe et le met en état de remplir sa fonction le lendemain.

Nous terminerons cette première partie par quelques considérations sur l’état moral de l’individu, qui contribue puissamment à prolonger son existence.

La sécurité de l’âme, le calme des sens et la paix du cœur sont des conditions essentielles de longé- ■\ité, parce qu elles maintiennent dans une parfaite harmonie le jeu de toutes les fonctions. Les passions violentes, au contraire, surexcitent le système nerveux, le montent à un degré morbide et précipitent les fonctions en rapport avec le cerveau. Par cette surexcitation momentanée, elles usent la machine et hâtent sa décrépitude.

Pour obtenir la sérénité de l’âme et la paix du cœur, sans lesquelles la longévité est impossible, il faut que 1 homme s’étudie de bonne heure à combattre ses passions, à vaincre ses mauvais penchants et à régler ses désirs; il devra aussi, en toutes choses, associer la tempérance- à la modération. C’est en agissante la sorte qu’il parviendra à maintenir l'harmonie entre ses facultés physiques et morales.

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L’homme doit considérer l’existence en philosophe et se résigner aux nécessités du milieu où il vit; c’est le seul moyen d’échapper aux chagrins dévorants qu’amènent les déceptions. Il doit, enfin, s’appliquer à développer en lui les sentiments d’humanité, de bienveillance et de générosité qui, plus tard, répriment l’égoïsme dont s’entoure la vieillesse. Car, il faut le dire, la vieillesse est égoïste; c’est là un des défauts qui nuisent à la considération et au respect qu’on lui doit.

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