‹ Hygiène alimentaireChapitre 74 sur 155 · ROLE DU CHOCOLAT DANS L’ALIMENTATION · texte numérisé non relu

ROLE DU CHOCOLAT DANS L’ALIMENTATION

Le chocolat, par sa composition élémentaire de cacao et de sucre, est un aliment respiratoire, c’est-àdire propre à entretenir la chaleur vitale. En raison de la matière grasse du cacao, il concourt aussi à nourrir le tissu graisseux du corps; enfin, les substances azotées qu’on y a découvert, servent naturellement à entretenir les tissus fibreux en réparant leurs pertes ; d’où l’on peut conclure que le chocolat fabriqué avec des matières de premier choix est un aliment complet.

On a beaucoup écrit et beaucoup discuté sur les propriétés du chocolat et sur les tempéraments auxquels il est favorable ou défavorable ; et, il faut le dire, ces doctes écrits, ces savantes discussions, n’ont encore abouti à rien de bien positif.

Les hommes de l’art ne s’accordent pas entre eux au sujet des qualités digestibles du chocolat et sur son rôle dans l’alimentation. Les uns disent qu’il est lourd ; les autres prétendent, au contraire, qu'il est léger. — Ceux-ci le proscrivent du régime des sanguins et des bilieux ; ceux-là l’ordonnent aux personnes de ces tempéraments, comme appartenant à l’alimentation douce. — Plusieurs conseillent le chocolat de santé aux convalescents; — un plus grand nombre pensent que c’est un aliment trop lourd pour

des personnes qui relèvent de maladie. Enfin, les opinions de ces Messieurs sout tellement divergentes et contradictoires, qu’après avoir lu leurs écrits, on ne sait plus qui écouter, qui croire. On reste indécis, sans oser prendre une détermination pour ou contre. Que faire donc, en pareille circonstance ; se ranger du côté de l’expérience. En effet, le temps et l’expérience, ces deux grands maîtres, ont démontré et démontrent tous les jours, que le bon chocolat bien fabriqué et bien préparé est un aliment aussi agréable que salutaire ; qu’il nourrit et se digère bien; qu'il est très-favorable aux personnes de cabinet, aux écrivains et à tous ceux qui se livrent aux travaux intellectuels ; qu’il convient aussi bien en voyage qu’à la maison ; que les estomacs les plus faibles s’en accommodent très-bien, et qu’il est enfin la dernière ressource dans les affections du pylore. Si l'expérience proclame si haut les bienfaits du chocolat, il nous semble peu sage de proscrire cet aliment à une foule de personnes parce qu’elles sont de tel ou tel tempérament. — Pourquoi défendezvous de déjeuner au chocolat à mon frère 1 demandait une dame à son médecin. — Parce qu’il est d’un tempérament bilieux, lui répondit le docteur, et que le chocolat ne convient pas à ce tempérament. — C’est, hélas ! un bien malheureux tempérament que celui-là, repartit la dame ; car figurez-vous, docteur, qu’on lui défend le café, les fruits, les fécules,

le lait, le vin, le gibier, les omelettes, les pâtisseries, gâteaux, sucreries confitures, liqueurs, etc., etc., de telle sorte que, s’il écoutait les gens de l’art, il ne mangerait que du pain et ne boirait que de l’eau; mais, comme il se porte à merveille, il mange tout ce qui lui fait plaisir, même le chocolat que vous lui défendez et que son estomac n’a jamais refusé de digérer.

Là-dessus, le docteur fronça le sourcil, salua la dame et ne revint plus.

Certainement il est dès personnes qui ne digèrent pas bien le chocolat, comme on en trouve qui ne peuvent digérer les choux, les navets, les câpres, etc., cela signifie que chaque estomac possède un instinct qui lui est 'propre; et, si l’on veut lui ingérer ce que son instinct repousse, il le rejetera, ou la digestion sera laborieuse, pénible et fatigante. C’est donc à chaque individu à s’observer, à consulter cet instinct, afin de le respecter et de s’abstenir de tout ce qui peut lui être antipathique. Ce n’est point parce qu’on est bilieux que le lait, le chocolat, les fruits mûrs, les confitures, sucreries, etc., doivent être proscrits de votre nourriture ; c’est lorsque ces substances répugnent à votre estomac et que la digestion s’en opère difficilement. Quand l’estomac les reçoit et les digère bien, vous auriez tort de vous en priver; savourez-les, et ne tenez aucun compte des graves défenses de. nos systématiques. Parce qu’un

bilieux aura mal digéré une lasse de chocolat, il faudra défendre ce délicieux aliment à tous les bilieux qui existent II ! C’est un paradoxe à exciter votre hilarité, n’est-ce pas? Eh bien ! lisez tous les ouvrages qui traitent des aliments, tous les traités de bromatologie, d’hygiène, et les dictionnaires de santé, lisez, et vous verrez si ce que j’avance n’est pas l’exacte vérité.

Mais, revenons aux propriétés du chocolat; cet aliment n’étant qu’un oleo-saccharum (un composé de matières grasses et de sucre), il est peu de substances qui, à volume égal, contiennent plus de parties alimentaires, ce qui fait qu’il se digère et s’animalise presque en entier.

Les personnes qui dig'èrent mal le chocolat, devraient d’abord s’informer si le chocolat dont elles font usage est de bonne qualité et bien fabriqué, parce que le mauvais chocolat, celui, par exemple, dans lequel on a fait entrer des farines de fèves, de lentilles non décortiquées, doit nécessairement être de pénible digestion. Tandis que le chocolat non falsifie, le chocolat fait avec du bon cacao, se digère aussi facilement que les mets les plus légers; nous citerons, à ce sujet, l’observation de Brillat-Savarin.

« Quand on a bien et copieusement déjeuné, ditil, si l’on avale sur le tout une tasse de bon chocolat, on aura parfaitement digéré trois heures après, et

l’on dînera quand même... Par zèle pour la science, et à force d’éloquence, j’ai fait tenter cette expérience à beaucoup de dames craintives qui assuraient qu’elles auraient une indigestion... Elles s’en sont trouvées à merveille et n’ont pas manqué de glorifier le professeur. »

L’auteur du Traite des plantes usuelles, le docteur Roques, a écrit les lignes suivantes en faveur du chocolat :

« Le chocolat est digestif pour beaucoup d’estomac ; préparé au lait ou à l’eau, c’est un aliment de facile digestion. Pris le matin, à jeun, le chocolat est un aliment aussi sain que délicieux, surtout lorsqu’il est légèrement parfumé de vanille. L’homme de lettres, le savant, l’artiste , ceux qui se livrent aux travaux de l’esprit, s’en trouvent à merveille, et l’organe de la pensée n’aura pas à s’émouvoir du trouble de l’estomac. Les personnes nerveuses, sujettes à des spasmes, qui ne peuvent s’accommoder d’une alimentation chaude et stimulante, se trouvent très-bien de l’usage du chocolat, parce qu'il les soutient, les restaure sans laisser la moindre trace d’irritation dans les organes digestifs. Cette boisson alimentaire est aussi très-favorable aux sanguins et aux bilieux! . . . »

Voilà, enfin un auteur qui le permet aux bilieux.

Page 1