DE L'EXONÉRATION OU DEFECATION
La défécation, ou expulsion du résidu alimentaire impropre à la nutrition, est une des plus importantes fonctions de notre économie ; sa régularité se lie étroitement à la santé. L’expulsion des matières fécales s’opère généralement une fois par vingt-quatre heures. Il y a de nombreuses exceptions à cette règle générale : on rencontre des personnes dont les selles n’ont lieu qu'une fois tous les deux ou trois jours ; tandis que d'autres vont deux et trois fois chaque jour, sans aucune altération de la santé.
La régularité de la fonction exonératrice dépend d’une foule de circonstances : du régime, de la nature des aliments et des boissons ; de la veille et du sommeil, de l’exercice modéré, et surtout de l’habitude d’aller chaque jour à la garde-robe.
Chez les vieillards, la défécation s’opère assez souvent avec difficulté, particulièrement chez les bilieux. Beaucoup sont affectés de constipation opiniâtre, et, chaque fois qu’ils se présentent à la selle, ce sont des efforts qui n’amènent qu’un faible résultat.
Les causes de la constipation se rencontrent dans l’abus des aliments féculents, du thé, du café, du chocolat, des vins astringents, des spiritueux, etc. La chaleur atmosphérique, les sueurs abondantes, l’exercice du cheval, le repos au lit trop prolongé, la vie sédentaire et assise, etc., etc., prédisposent à la constipation. Les moyens à opposer à cette incommodité sont le régime contraire à celui qui la produit : beaucoup de légumes aqueux, des fruits sucrés, des viandes blanches, la bouillie de maïs, des boissons délayantes et légèrement laxatives; certains fruits cuits, la compote de pruneaux surtout; le pain de seigle, si l’estomac le digère bien. Le matin, une ou deux tasses de petit-lait; quelques cuillerées d’huile fraîche d’amandes douces ; les frictions sur le ventre, etc., etc.; enfin, le pouvoir de l’habitude, c’est-à-dire se présenter chaque jour, à heure fixe, à la garde-robe, qu’on en éprouve ou non le besoin.
Dans les constipations opiniâtres, la ressource ordinaire est le lavement. Lnsering'ue a été foit a\antageusement remplacée par le clyso-pompe. Il est des personnes qui prennent un et quelquefois deux
lavements par jour, elles ont tort; il ne faut jamais abuser d’un moyen utile, car l’abus finit par le rendre stérile ; on ne doit user de ce remède que de temps à autre, si on veut lui conserver son efficacité.
Enfin, on a recours aux laxatifs les plus doux, tels que l’eau de pruneaux, de tamarins, d’épinards, la manne, la casse, l’huile de ricin, le miel, etc.; mais,, ici, l’abus est encore plus nuisible ;, il ne faut avoir recours aux purgatifs qu’à la dernière extrémité.
S’il m’est permis de donner mon avis, moi, gas-? tralgique, affecté, depuis plusieurs années, d’une constipation des plus opiniâtres, de gaz et de borborygmes incessants; moi, qui ai essayé tous les moyens connus, tous les carminatifs les plus vantés pour pallier cette triste infirmité, je dirai que les lavements émollients soulagent d’abord et finissent par ne plus rien produire ; on les rend tels qu’on les a pris, et, à la longue, ils plongent le gros intestin dans une atonie des plus fâcheuses, Selon nous, les purgatifs sont plus dangereux qu’utiles, parce qu'ils excitent l’intestin, et que cette excitation souvent renouvelée, a pour résultat une constipation encore plus opiniâtre. Nous croyons donc donner un excellent conseil aux personnes affectées de constipation constante, en leur signalant l’inutilité des remèdes, depuis la moutarde blanche jusqu’aux pilqles écossaises, contre cette infirmité, et leurs effets pernicieux dans une foule de circonstances.
La seule médication à opposer à la constipation, le seul moyen pour la combattre et en triompher, se trouve dans le régime alimentaire. Voici, en quelques lignes, le régime qui nous a le mieux réussi : Le matin, en se levant, boire un bouillon composé de moitié bouillon gras dégraissé et moitié eau d’épinards, ou substituer l’eau de pruneaux à celle d’épinards. On peut aussi alterner avec le petit-lait, surtout à la campagne. A déjeuner, peu de viande et beaucoup de légumes aqueux : la laitue pilée, les épinards, le potiron au lait; les haricots verts, quand c’est la saison. A dîner, viande blanche et poisson léger; légumes frais, compote de pruneaux pour dessert. Les œufs à la coque sont aussi très-bons. Un mets qui m’a toujours réussi, au déjeuner, est un potage ainsi composé :
Un tiers de farine de maïs ;
Un tiers d’épinards I . ,
TT , . cuits et passés a la passoire.
Un tiers de potiron )
Mélanger le tout, ajouter du beurre et quantité suffisante de lait pour le faire bouillir. Après un ou deux bouillons, ajouter du sucre et un peu de sel ; laisser fondre, puis retirer du feu. Alors on bat un jaune d’œuf avec une cuillerée de fleurs d’oranger, et l’on verse dans le potage en remuant vivement pour lier le tout. Ce potage est excellent et possède une vertu légèrement laxative, non pas comme irritant, puisqu’il est adoucissant, mais il doit, sans
doute, cette propriété à la combinaison chimique qui résulte du mélange des trois substances.
Le même mets, pris tous les jours, finirait nonseulement par fatiguer, mais par perdre ses propriétés. Il est donc nécessaire de varier autant que possible son alimentation et de chercher un autre potage qui possède des propriétés analogues.
Yoici encore une sorte de potage possédant de précieuses vertus laxatives :
Farine de mais.
Panade faite avec un petit pain au lait.
Épinards passés à la passoire et réduits en purée.
Potiron, également en purée.
Mettez dans une casserole ces quatre substances, avec sel, beurre et lait, quantité suffisante, et faites chauffer doucement sans bouillir. Retirez du feu et ajoutez deux ou trois cuillerées de confitures, soit de pruneaux, soit de pommes ou toute autre ; aromatisez, si vous le jugez convenable, avec l’eau de fleurs d’oranger.
Ce potage est excellent et manque rarement son efFet. (Voyez d’autres préparations à l'article potages et purées de cet ouvrage). Sous l’influence de ce régime végéto-animal, la liberté du ventre ne tarde pas à venir; le tube digestif, resté intact de toute drogue, de toute substance dite héroïque, mais par
le fait narcotique ou irritante, le tube digestif a toutes chances de guérison ; mais il faut de la constance dans ce régime; ce ne sont pas des jours, des semaines, ce sont des mois entiers. La moindre infraction, le plus petit excès peut occasionner une rechute qui détruit en un moment tous les bénéfices qu’on avait retirés de ce régime.
Quant aux gaz, aux borborygmes, aux flatuosités qui se développent dans le tube intestinal, ils dépendent soit de la constipation ou d’une mauvaise digestion, soit d’une maladie nerveuse delà membrane muqueuse gastro-intestinale. C’est le réseau nerveux de cette membrane qui est atteint, et jusqu’ici la médecine a fait de vains efforts pour combattre cette triste affection. Une foule de substances ont été préconisées contre elle : la menthe, l’angélique, la fleur d’oranger, l’anis, la mélisse et autres analogues réputés comme d’excellents carminatifs; ces stimulants ont le double inconvénient de ne pas chasser les vents, d’irriter la membrane muqueuse et de multiplier les gaz plutôt que de les expulser. Dans toute maladie, c’est la cause qu'il faut attaquer et non l’effet. Or, ici, les gaz et borborygmes ne sont que des effets. Le régime alimentaire et une hygiène spéciale sont les seuls moyens efficaces contre les névroses gastro-intestinales; l’expérience a prouvé que les drogues, loin d’être de quelque utilité dans ces maladies, ne faisaient que les exaspérer.