‹ Hygiène Alimentaire du Nourrisson: Pendant le Séjour de la Mère à la MaternitéChapitre 10 sur 21 · fe NS arun · texte numérisé non relu

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— A8 — pour nourrir leur enfant; 9,4 0/0 n’en avaient qu'en quantité médiocre; et 4,2 n’en avaient pas du tout par malformation du mamelon, où un autre état pathologique. Donc en milieu hospitalier (l'expérience fut faite à la Clinique Tarnier) 96 0/0 des femmes peuvent nourrir leurs enfants.

En Allemagne, Nordheim, de Münich trouve 642 mères sur 1.000 n'ayant pas nourri; mais 1/3 seulement pour une raison autre que « ignorance et indifférence ».

A Londres, Blacker conclut de ses observations que le fait de n’avoir pas de lait est pour une femme absolument exceptionnel.

Au surplus, un lait peut être insuffisant au début, mais ilarrive après quelque temps à être sécrété en quantité nécessaire. La fonction crée l'organe : la succion provoque la sécrétion lactée. II y a une sorte de perfomance de la glande mammaire qui s'effectue avec son fonctionnement.

« Combien ai-je vu de mères, dit Porak, mauvaises nourrices au début, devenir des nourrices suffisantes, excellentes même avec le temps ».

À la Société d'Obstétrique de Paris fut présenté, le 20 décembre 1900, par le docteur Perret, l'observation d’une femme dont l'enfant nourri artificiellement était atteint de troubles digestifs. Cette femme était accouchée depuis trois semaines ; ses seins étaient flasques et vides de lait. Pourtant en les exprimant on en retirait quelques gouttelettes. On ta fit téter au début par un enfant vigoureux ; à la fin de la première journée on n'obünt que 5 grammes de lait, le lendemain 30, puis 35 et la courbe devint définitivement ascendante. Le 20 dé-

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cembre cette femme donnait 960 grammes, dont 605 à son enfant. La qualité du lait était sûrement suffisante puisque l'enfant prit régulièrement du poids tous les jours en proportion normale.

Budin dit qu’à la Maternité des débiles, 14 nourrices donnaient le sein à 50 enfants. En prenant, à l’aide de pesées, la quantité de lait fournie par chaque femme en 24 heures, on obtenait une moyenne de 2330 grammes de lait d: composition normale.

Keiffer pense qu'ilreste dans le sein beaucoup de lobules ne rentrant en sécrétion que sous l'influence de la succion.

Müller signale ce fait, dans ses voyages au Tonkin, que les indigènes qui n'ont pas de lait se font téter par un enfant vigoureux Jusqu'à ce qu'elles en aient. Il dit

que même de toutes jeunes filles en font autant pour se

donner lillusion de la maternité.

C'est qu'en effet, la succion est capable de provoquer la sécrétion lactée, même chez une femme vierge. Chaussier cite l'observation d’une jeune fille de sa connaissance, qui allaitait un enfant. Baudelocque a présenté à l’Académie de Chirurgie, le 7 octobre 1783, une petite fille de 8 ans qui donnait le sein à un enfant de quelques mois, allaité par sa mère (1).

(1) On a même cité des cbservations d'hommes qui étaient devenus capables d’allaiter un enfant : le professeur Hall de Maryland a présenté un nègre de 55 ans qui avait allaité tous les enfants de ses maitres.

MM. Hervé et de Lanoy, rapportent dans « Voyage dans les Glaces » qu'un jeune Chippewan, ayant perdu sa femme de suites de couches, allaitait lui-même son enfant.

Humbold parle d’un homme de 34 ans qui nourrissait son enfant, EUGENE

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Il résulte de cet ensemble de faits, qu'une sécrétion lactée, médiocre au début, devient plus abondante, par l'exercice ; ce qui ajoute encore au nombre des femmes qui peuvent allaiter elles-mêmes leurs enfants.

Les seules raisons physiques qui soient un véritable empêchement, sont : état cachectique, absence de mamelon aux deux seins, cardiopathies avancées, atrophie de la glande, lait manifestement impropre au nourrisson; et la tuberculose en évolution.

Le grand obstacle à l'allaitement, c'est dans la classe aisée, la mauvaise volonté ; et dans la classse ouvrière, celle que nous avons toujours en vue dans nos Maternités : l'ignorance etles difficultés sociales de l'existence.

Au premier motif, nous opposons l'éducation de la mère pendant son séjour dans la Maternité, en lui montrant les excellents résultats de l'allaitement au sein et en l’exigeant d'elle.

Quant au second motif, il est de toute autre nature et considéré, par la plupart des auteurs, comme très difficile à éluder. Les travaux auxquels l'ouvrière est obligée de se livrer pour parer aux nécessités de la vie, sont souvent pour elle un empêchement à l'allaitement maternel. Outre les dérangements fréquents occasionnés dans la Journée, l'enfant est encore un sujet de fatigue la nuit, quand il est mal dirigé et allaité irrégulièrement : la mère est obligée de tenir son enfant dans ses bras et de le promener toute la nuit, pour permettre au père fatigué par son labeur de reposer.

Cela devient une existence presque impossible pour les parents, une raison de plus d'abandonner l’allaitement maternel et de laisser l'enfant entre d’autres

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mains. Oril y a moyen de remédier en partie à cet état de choses ; et nous montrerons, dans la snite de ce Wavail, qu'un enfant qui suit une hygiène alimentaire sérieusement réglée, doit laisser reposer ses parents toute la nuit ; qu’en outre il n'a pas besoin d'être allaité continuellement, durant le jour, et peut laisser au moins 3 heures de répit, eutre chaque tétée, à la mère.

L'allaitement maternel n’est pas seulement une chose possible, il est encore dans l'intérêt et de la mère et de l'enfant.

Fréquemment, des jeunes filles se marient avec des troubles rattachés à la chloro-anémie, qui devenues mères, voient, pendant le temps où elles nourrissent, leurs échanges nutritifs s'améliorer: l'appétit augmenter et l’état général devenir excellent. L’allaitement régularise les phénomènes de l’état puerpéral ; il retarde l’ovulation trop hâtive et la fécondation qui peut en être la conséquence — il écarte la disposition aux hémorragies utérines quand elle existe. Pendant tout le temps du nourrissage, la femme ne cherche pas à reconquérir sa faille, à se serrer: ce qui facilite l’involution utérine ; empêche les versions et les flexions de l'utérus de se produire ; évite le refoulement des viscères dans le bas-ventre et les terribles pesanteurs qui en résultent.

A son tour, l'enfant trouve dans le lait maternel, l’aliment le plus proprice à son développement et le plus apte à ménager son tube digestif fragile. « Le lait de femme pris au sein, dit Pimard, constitue la seule nourriture normale du nouveau-né ; la seule qui, par sa composition, soit suffisante et sans dangers. » Et c'est plus particulièrement le lait de la mère qui est réservé à

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l'enfant et non pas le lait d’une femme quelconque. Comme le fait remarquer Desormeaux, on voit constamment des femmes faire de leurs propres enfants de très beaux élèves ; et n’en faire que de fort chétifs des enfants qu'on leur confie, sur la bonne apparence de leur nourrisson.

Raulin (1) écrivait en 4770, au sujet des Jeunes enfants : « Tout autre lait que celui de leur mère les fait dégénérer ou les expose à des accidents dangereux. » Il est probable que l'estomac du nourrisson possède des diastases spécialement aptes à la digestion du lait maternel, à l'exclusion des autres laits. En tout cas, non seulement le lait de chaque femme présente une légère variation de composition, mais surtout il augmente de quantité et de richesse nutritive avec les Jours qui suivent l'accouchement. Il s'adapte aux besoins de l’enfant et à la puissance digestive de son suc gastrique ; à tel effet, qu'à un énfant de 8 jours est nécessaire le lait d’une femme qui est mère depuis 8 jours ; un lait plus ancien provoquera le plus souvent des troubles digestifs quelquefois sérieux. Il Y à là une harmonie entre le lait de la mère et l'estomac de l'enfant, que la nature a ménagée : on ne devrait même pas songer à la détruire.

Un auteur du xvr° siècle, Jacques Guillemeau déclare que : « Le plus expédient serait que l'enfant fût nourri de sa mère propre, plutôt que d'une étrangère; pour que le lait, qui n’est que le sang blanchi duquel il a été fait et nourri neuf mois au ventre de sa mère, lui sera toujours plûs familier que celui d’une autre femme. »

(1) Raulin. Conservation des enfants, 1770.

rompre.

Il semble d'ailleurs que l'enfant ait besoin de puiser là un complément d'hérédité en quelque sorte. Une croyance ancienne était que le lait peut transmettre à l'enfant les défauts et les qualités de la nourrice. Exemple ce distique connu de Sennert :

Sugimus ingenium matris cum lacte ; cuique Morum temperiem dant alimenta suam.

« Nous suçons avec le lait l'esprit de notre mère; les aliments donnent à chacun leurs qualités. » On est actuellement revenu de cette idée qui n’est nullement prouvée.

Au reste il est facile de se rendre compte de l’importance et de l'utilité qu'a pour le nourrisson l'allaitement maternel, en considérant que la mortalité est toujours moins élevée chez l'enfant nourri par sa mère que chez les enfants soumis à tout autre mode d'alimentation. En 1852 Gübler (1) disait que sur 4 enfants 3 avaient chance de survivre avec l'allaitement maternel; un seul avec l'allaitement artificiel. On peut presque à coup sûr affirmer qu'une multipare qui a perdu ses enfants antérieurs ne les à pas nourris, et c'est la cause de leur mort. Nour avons souvent interrogé des femmes à ce sujet, à la Clinique; et malheureusement nous avons constaté à peu près toujours la réalité de ce fait.

A Paris, d'après Villemin, la mortalité est de 19 0/0 chez les enfants nourris par leur mère; de 43 0/0 pour tous les autres modes d'allaitement.

« Sur les 20,000 nourrissons que Paris envoie Lous les ans en province, 15,000 meurent dans leur pre-

(4) Gübler, Union médicale, janvier 1852,

ae mière année, et en appliquant proportionnellement ce chiffre à toutes les grandes villes, on peut mesurer l'étendue du mal! (Latapie). »

A la Clinique Baudelocque, M"* Dluska trouve qu'il y a 40 0/0 de morts parmi les enfants nourris par leur mère; et 45,7 0/0 parmi les autres.

A Münich la mortalité est de 11 0/0 chez les premiers de 89 0/0 chez les seconds.

A Strasbourg, Stoltz indique 19 0/0 et 87 0/0.

En Russie, l'usage veut que lx mère reste les six premiers mois après ses couches sans sortir, afin de pouvoir consacrer tous ses soins à son enfant; pendant cette période de temps, la mortalité n’est que de 6 0/0 (1). |

En Finlande, en Islande, en Suède, Norwège, au Danemark où la règle est l'allaitement maternel, la mortalité varie entre 10 et 13 0/0 chez les enfants de la première année.

Dans une statistique, Budin déclare avoir eu dans son service 191 cas de mort par entérite dans un laps de temps de 36 jours. Sur ce nombre 168 enfants n'étaient pas nourris par leur mère.

Toutes ces observations amènent bien à se rendre à cette idée de Pinard : « Le lait de la mère appartient à son enfant. » L’en priver c'est d'avance le sacrifier.

Or en parcourant les différentes époques, on peut voir que l'allaitement maternel a été décroissant peu à peu; et alors que toute femelle suffit à nourrir son petit, seule la femme a souvent refusé cet acte naturel.

(1) Russow.— Vergleichende Beobachtung-Jahrbuch fur Kinderheilkunde, 1881. ;

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Chez les Grecs l'allaitement maternel était le seul admis. C’est ainsi qu'à Sparte, les lois de Lycurgue faisaient un devoir absolu à chaque mère d’allaiter elle-même son enfant. À Athènes, une femme qui ne nourrissait pas son enfant était vouée à la déconsidération de tout le monde et notée d’infamie.

Les premiers temps de Rome ne connurent également que l'allaitement maternel, encore que le fondateur de la fameuse cité fût le nourrisson d’une louve. Ce n’est que plus tard que le luxe entrant dansles mœurs romaines, les matrones refusèrent de nourrir leurs enfants. Quintilien déjà se plaint de cet état de choses; il regrette de voir s'évanouir les habitudes sacrées léguées par les ancêtres.

Chez les Germains les femmes allaitaient elles-mêmes leurs enfants, ainsi que nous apprennent les auteurs latins. C’était même pour la mère un subterfuge que de donner à téter à son enfant dès les premiers moments de sa naissance; car dès qu'il avait avalé du lait, si peu cela fût-il, Le père n'avait plus le droit de l'empêcher de vivre.

Galien (131 à 210 de l'ère chrétienne) dans son ouvrage « De Sanitate luenda » prône pour ses contemporains l'allaitement au sein de la mère.

Chez les Arabes, Avicenne (980 à 1037) avait obtenu, grâce à sa grande autorité, que la mère nourrisse son enfant.

En France, ce fut à partir du quatorzième siècle que les femmes cessèrent l'allaitement. « Les femmes ont perdu l'habitude de l'allaitement maternel pour diverses raisons, dit René de Gros dans le « Jardin des Nobles »; la première, pour ce que ce n’est pas la coutume de

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