‹ Hygiène Alimentaire du Nourrisson: Pendant le Séjour de la Mère à la MaternitéChapitre 12 sur 21 · CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI

Nécessité d’une règlementation dans l'alimentation du nouveau-né.

Si l'allaitement naturel au sein est déjà une sérieuse garantie pour la santé de l'enfant et une chance de plus de le sauvegarder des entérites et de tout trouble digestif, il faut ajouter que l’on ne peut compter d’une façon certaine sur ces résultats qu'à condition d'établir un régime alimentaire étroitement astreint à une règle.

Quoi qu'on puisse en penser, l'instinct n’apprend pas grand'chose en cette matière; 1l doit être sous la dépendance et sous la direction d’une expérience longuement acquise et raisonnée. « Aucun enfant n'est devenu malade pour avoir tété d’une manière réguhière; beaucoup le sont devenus pour avoir été mis au sein sans aucune règle que le caprice exprimé par leurs cris » (Marfan).

Il ne faut pas perdre de vue que l’on s'adresse à un organisme à peine achevé. Au moment de la naissance, : c'est pour ainsi dire brutalement que le tube digestif entre en fonction. Jusqu'alors, la veine ombilicale apportait des matériaux déjà élaborés. Cette brusque mise en Jeu de son rôle est un motif de son peu de résistance.

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On peut prévoir, donc éviter les dangers qui menacent le tube digestif du nourrisson, rien qu'en considérant la structure anatomique et la contenance de l'estomac. C’est un organe excessivement mince et peu résistant : la tunique musculaire qui, plus tard donnera sa force et sa tonicité, est ici presque absente,

st ]ui ou du moins tellement réduite que sa contraction est à peu près insignifiante. D'ailleurs, n'ayant besoin que d'un aliment liquide dont l'écoulement est encore favorisé par la disposition verticale de l'estomac, le tube digestif du nourrisson n'aurait que faire de muscles puissants. Ce manque de tonicité de la poche stomacale permet donc facilement sa dilatation sous l’influence d’un fardeau trop lourd ou agissant d’une façon continue. Et cette dilatation va former une disposition acquise qui ne pourra revenir que très difficilement sur elle-même, en raison même du défaut de contractilité des parois.

De plus, la capacité de l'estomac est, chez le nourrisson, très restreinte : d’après Marfan, elle mesurerait 40 à 50 ce. à la naissance, pour atteindre 60 à 70 ce. après un mois. Benecke donne comme capacité, à la naissance, 35 à 40 cc. Or, ces chiffres résultent d’autopsies et il est à croire que pendant l'existence ils sont plus faibles, les tissus étant en résolution totale après la mort.

Il faut conclure de tout ceci que l'estomac du nouveau-né est un organe excessivement fragile, qu'il est digne de toutes sortes de précautions ; par conséquent, qu'il faut régler la quantité d'aliments à y introduire et le moment où ils doivent être donnés. À quoi bon admi-

AE nistrer une quantité de lait supérieure à la capacité de la poche stomacale: le contenu ne peut pas être supérieur au contenant. Outre l'effort que cela ferait supporter à l'estomac, le surplus serait inévitablement rejeté au dehors, donc inutile. Et puis, l'élaboration digestive qui rend assimilable l'aliment ne s'effectue pas quand l’estomac est trop rempli. Une partie du lait devient alors la proie des microbes vivant normalement dans le tube digestif, ce qui donne lieu à des fermentations anormales.

D'une façon générale, le nourrisson prend plus de nourriture qu’il n'en a besoin; évidemment, il a droit à plus d'aliments que l'adulte, puisqu'il a à subvenir, en outre de son entretien, à son accroissement; de plus, il à une déperdition de calorique plus grande que l'adulte, puisque sa surface spécifique est plus grande que celle de ce dernier. Mais on peut tenir compte de tout cela en réduisant encore la quantité d'aliments qu'on donne souvent au nourrisson.

Budin déclare que l'enfant n’a besoin que de 100 grammes au plus de lait pur par kilogramme de son poids, soit 300 grammes en vingt-quatre heures pour un enfant de 3,000 grammes. « Ce chiffre paraît peu considérable, cependant, si, à un enfant qui pèse 7 kilogrammes, on donne 700 grammes de lait, cela correspondrait, pour un adulte de 70 kilogrammes, à 7 litres ». Un enfant de 4 kilogrammes qui prend 1 litre de lait absorbe autant qu'un adulte de 80 kilogrammes qui prendrait 20 litres.

Or, Budin vit un nouveau-né de quelques jours auquel on donnait 800 grammes de lait. C’est irrai-

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sonné, excessif, et pourtant ce qui arrive le plus souvent.

Budin et Planchon réprouvent cette suralimentation du nouveau-né (1). Ils ont obtenu, à la consultation gratuite, grâce à leurs multiples et expresses recommandations, de ne faire donner que le moins de lait possible aux enfants : sur 712 enfants observés, ils n’eurent aucun cas d’entérite. « Il vaut mieux, ajoutentils, que l'alimentation soit un peu insuffisante. En effet, si l'enfant ne prend pas assez, il peut ne pas s’accroître, il peut même diminuer de poids, mais il n'aura pas de troubles digestifs. » On n’a qu'à augmenter la quantité de lait d’un peu, pour voir repartir la courbe ascendante de poids. Il est donc très facile de remédier à un manque d'alimentation; il est souvent trop tard pour arrêter une entérite longuement préparée par une suralimentation exagérée.

La suralimentation du nourrisson est produite de deux facons: tétées trop abondantes ; tétées trop rapprochées. Les premières surdistendent le tube digestif : ce sont des tétées trop prolongées, pendant lesquelles le nourrisson prend du lait autant qu’il en veut, jusqu’à ce qu'il en ait assez. Les secondes ne laissent pas un moment de répit au tube gastro-imtestinal et le forcent pour ainsi dire à un fonctionnement incessant. Ce sont presque toujours les cris du petit être qui sont pour la mère une incitation à lui donner le sein. Incapable de résister à ces plaintes de leur enfant, elles préfèrent lui céder, quittes à risquer quelque grave danger pour sa

(1) Budin et Planchon (Bulletin médical, 6 janvier 1904).

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santé. Il est un préjugé invétéré, qu'on ne pourra Jamais arracher de l’idée des femmes, à savoir : que l'enfant qui crie réclame du lait parce qu'il a faim. Or rien n'est moins exact : les cris sont en rapport avec un état de souffrances, de coliques, de diarrhées ; 1ls sont souvent uniquement causés par le froid, par un malaise produit par des langes souillés, de fausses positions dans le maillot, ete., etc. Fonssagrives va jusqu'à prétendre que l'enfant crie pour exercer ses organes vocaux, de même qu'il exerce ses membres en les remuant.

Ce qu'il y à de certain, c'est que l'enfant qui meurt de faim ne crie pas; le suralimeènté crie beaucoup. Et c’est ici un cercle vicieux pour la mère : car plusil crie, plus facilement elle lui cède; or, plus il prend de lait, plus ilest apte à crier du fait du mauvais état de son tube digestif produit par cet excès de nourriture.

Raulin (4) dit: « On ne doit jamais chercher à apaiser les douleurs qui inquiètent les enfants, de quelque nature qu'elles soient, en leur donnant de la nourriture. C'est perpétuer les causes de leurs souffrances le plus souvent. »

On à cité l'observation de femmes, qui sont heureusement l'exception, pour lesquelles c'était un besoin constant de donner le sein, même quand l'enfant ne manifestait aucun désir de téter. Ilse produit chez elles, au niveau des mamelles, à la simple vue de leur enfant, un phénomène nerveux bizarre, comparable à cette sécrélion des glandes digestives à la vue de certains mets savoureux : « L'eau en vient à la bouche. » W+Y aurait

(4) Raulin, loc. cit.

cn. : de même des femmes chez lesquelles ce phénomène nerveux s'exagérant, deviendrait une cause de volupté particulière.

La nécessité d’une règlementation sérieuse de l'allaitement du nourrisson se comprend encore bien plus quand on compare les effets déplorables que cause le manque d'hygiène, avec les résultats avantageux d’une alimentation régulièrement suivie.

Déjà en 1770 Raulin (1) écrivait, en parlant des enfants en bas-âge : « Leurs maladies viennent toujours de réplétion et de surabondance d’humeurs. » Ce qu’il y à de certain, c'est que le nourrisson qui tète trop longtemps, où qui absorbe du lait continuellement, sans heures régulières, sans aucune mesure préalablement établie, finit toujours par présenter un état général peu satisfaisant.

Il faut bien savoir que malgré ce mauvais régime, Fenfant est, dans une première période, en état excellent, il peut augmenter de poids même d’une façon démesurée : c’est la période de résistance du tube digestif. Mais bientôt arrive un moment où les troubles se produisent : l'enfant n'a plus de sommeil, il passe la nuit entière à crier et à remuer; 1l faudrait êfre continuellement à le bercer pour le calmer un peu.

Puis arrive une troisième période où le dérèglement est manifeste et se traduit par des troubles encore plus marqués. Les téguments sont flasques, dépressibles : les fontanelles béantes pendant de longs mois ; la peau est souvent le siège d’éruptions ; le ventre est proémi-

(4) Raulin, loc. cit.

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