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II, — EFFETS DES CLIMATS TROPICAUX SUR L'ORGANISME DES EUROPÉENS

I. Action sur l'organisme sain des Européens. — Les effets du climat tropical sur les Européens comprennent trois facteurs principaux, suivant Davidson :

Une haute température longtemps prolongée;

Le paludisme ;

Les grandes variations diurnes à cerlaines époques;

Au début, dès son arrivée dans les pays chauds, l'Européen est en proie à une période d'activité et d'excilation, qui cesse plus ou moins vite et fait place à une sorte de langueur. Son organisme vient de subir un certain nombre de modifications physiologiques.

Température corporelle. — Crombie a bien mis en évidence l'influence d'une température élevée prolongée pendant longtemps, et il a montré que la température moyenne du corps des Européens résidant au Bengale était supérieure de quelques dixièmes de degré à celle vivant sous des climats tempérés.

Mais cette différence ne tarde pas à s’effacer au bout de quelque temps, et la température des individus de race blanche vivant aux colonies est égale, puis inférieure au bout de quelque temps, à celle des Européens vivant dans les climats tempérés.

Respiration. — Aux pays chauds, en général, la respiration devient plus profonde et plus rapide : 21 à 22 respirations par minute au lieu de 18. La capacité pulmonaire augmente également (4175 cenmètres cubes au lieu de 3950). L'air chaud étant plus raréfié, la respiration est plus fréquente chez les Européens. Quand on arrive dans les pays chauds au moment de la saison sèche, la respiration est plus ample et plus fréquente; le blanc éprouve alors une sensation de bien-être qui contraste singulièrement avec la sensation angoissante qui étreint l'individu quand il arrive dans les pays humides. Le coefficient respiratoire (consommation d'O et production de CO?) est le même sous les tropiques qu'en Europe (Eigkmann).

Circulation. — La plupart des auteurs sont d'accord pour admeltre que, dès l'arrivée, le cœur bat plus vite ; après un certain temps, la tension vasculaire diminue, il se produit un abaissement de tension qui prédispose peut-être aux engorgements viscéraux si fréquents chez les nouveaux venus. Le nombre des pulsations augmente, suivant les cas, de 3 à 8 par minute. L'ampleur de la pulsation est plus grande.

Fonctions digestives. — On peut dire, sans exagération, que l'acclimatement relève presque uniquement de l'intégrité des fonctions digestives. Chez le nouvel arrivé, l'appétit est d'abord surexcité,

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mais, au bout de quelque temps, l'Européen est voué presque fatalement à la dyspepsie gastro-intestinale, surtout s’il conserve intégralement le régime auquel il était accoutumé en Europe, s’il continue à user de vin, de viande et de liqueurs. Il s'ensuit un travail plus considérable des voies digestives, une constipation souvent opiniâtre, accompagnée de névralgies, de migraines, de vertige, de neurasthénie. Après un certain temps, l'appétit est moins prononcé, et il faut alors recourir aux épices, aux condiments qui ne tardent pas à compromeltre le bon fonctionnement du foie. La dyspepsie stomacale s observe fréquemment avec de la flatulence après le repas, du pyrosis et la sensation de barre épigastrique.

L'usage exclusif des conserves n'amène que trop fréquemment ce même état dyspepsique.

La persistance de ces troubles digestifs influe sur le caractère qu'il rend hypocondriaque ou plus souvent irritable à l'excès. L'entéro-colite muco-membraneuse des pays chauds (sprue avec constipation de Manson) en est aussi fréquemment le corollaire.

Foie. — Les multiples et importantes fonctions du foie montrent le rôle considérable qui est dévolu à cet organe dans le maintien de l'équilibre vital. La cellule hépatique fabrique la bile de toutes pièces; car on ne trouve pas préformés dans le sang les divers éléments qui la constituent. Elle transforme en glycogène les matières amylacées et même les matières albuminoïdes; elle joue un rôle des plus importants dans la formation de l'urée, elle détruit en partie ou neutralise les poisons venus du dehors et ceux qui proviennent des fermentations digestives. De plus, le foie agit sur les graisses alimentaires ; il joue un rôle considérable dans l'hématopoièse fœtale ainsi que dans la destruction des globules rouges à l’état normal. Or dans les pays chauds, et dès le début, le foie est soumis à une augmentation de travail physiologique de par les excès de nourriture auxquels se livre trop souvent le nouvel immigré. Les toxines de la digestion, l'engorgement vasculaire provoqué par l'abondance des boissons ingérées donnent aux cellules hépatiques une hyperactivité qui, au bout d'un certain temps, pourra compromettre le bon fonctionnement de la glande hépatique. Mourson, par une série d'analyses et de dosages d'urée, a montré que la sécrétion de cette substance azotée était augmentée sous l'influence prolongée d'une température élevée.

Reins. — Les fonctions des reins sont de celles dont l'intégrité est des plus importantes dans les zones intertropicales. |

L'excrétion de l'urine dépend de trois facteurs : la pression sanguine, la variation de la composition du sang, enfin l'influence du système nerveux. “ox

Or, dans les pays chauds, la pression sanguine se trouve diminuée; le sang étant épaissi par la perte d'eau, les urines seront plus rares.

Elles sont diminuées (1141 et 1 232 centimètres cubes en moyenne au lieu de 1550 et 1 800). D'après Rattran et Treille, cette diminution peut aller jusqu'à 900 etmème 750 grammes, La densité est augmentée. Ces changements résultent du balancement entre l'augmentation de la perspiration cutanée et l'excrétion rénale.

Peau. — La perspiration cutanée est extrêmement augmentée dans les pays chauds; au lieu de perdre 1 000 ou 1200 grammes d'eau par la sueur comme dans les pays tempérés, l'Européen en élimine environ 2 kilogrammes par jour. Cette perspiration est

en outre augmentée par l'ingestion de boissons abondantes, et natu-

rellement elle amène un affaiblissement de l'individu et peut même contribuer à l'anémier quand les sueurs abondantes se prolongent.

Ainsi qu'on l'observe chez les habitants de régions où la chaleur règne toute l’année, comme Aden et Djibouti, ces sueurs prolongées amènent des éruptions, au nombre desquelles il faut citer au premier rang la bourbouille ou gale bédouine (lichen-tropicus), qui par le prurit incessant qu'elle détermine, surtout chez les enfants, les femmes et les individus à peau fine, fatigue particulièrement les nouveaux venus el les nerveux.

Menstruation. — La menstruation est une des fonctions physiologiques les plus perturbées dans les zones intertropicales. Les règles s'y montrent d'une façon précoce. Les filles européennes nées aux Indes ou avant vécu longtemps aux Indes sont réglées un an avant les filles anglaises. D'autre part, la grossesse et les accouchements sont fréquemment troublés par des accidents plus où moins graves. Dans les pays chauds, les fausses couches, les avortements sont très fréquents en général chez les blanches. Il y a une tendance notable aux hémorragies puerpérales.

Lactation. — La sécrétion lactée est diminuée, si bien que les nourrissons de race blanche ne peuvent presque jamais être nourris

à la mamelle par leur mère exclusivement. Les animaux montrent

également cet affaiblissement dans la lactation, et l’on voit rarement une vache donner plus de 3 litres de lait par jour.

Système nerveux. — On ne sait rien de précis sur ce qui se passe dans le système nerveux des Européens, sinon qu'il est fortement influencé. En général, à une excitation marquée dès le début succède une dépression, un alanguissement se traduisant par de l'apathie et de la paresse intellectuelle. Il n'est même pas rare de <onslater des états psychiques particuliers que l’on désigne sous différents noms (soudanile, par exemple), perversions mentales qui sont caractérisées par de fréquents accès de colère.

Nutrition. — Le poids du corps, après un certain temps de séjour, diminue sous l'influence de sudations constantes, d'une digestion

plus lente, du ralentissement de la circulation et dela diminution du {travail pulmonaire.

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Telles sont les modifications physiologiques que détermine le séjour des Européens dans les climats torrides. Ces modifications s observent aussi chez les individus de race noire ou de race jaune.

Acclimatement. — Lorsqu'on transplante un individu d'une zone quelconque de la sphère terrestre dans une autre zone de climat tout à fait différent, son organisme soutient une sorte de lutte et subit une accommodation au nouveau climat auquel il est soumis; lorsque cette accommodation se fait, l'individu est dit acclimaté.

L'homme et les animaux supérieurs ont une propriété que ne possèdent pas les plantes et les animaux à sang froid, celle de résister à des variations de température extrêmement élevées, sans que, cependant, la température de leur corps se modifie. Les chauffeurs, dans la mer Rouge, les étuvistes des sucreries, et même certains ouvriers dans les boulangeries, peuvent résister, à condition qu'il s'agisse de chaleur sèche, à des températures excessives que, dans certains cas, on a vu monter dans les fournils jusqu'à 118°.

De même, au-dessous de 0°, l'homme peut supporter des froids énormes ; dans la Sibérie orientale, au point le plus froid du globe, on observe, en effet, une température de — 62.

La température moyenne, au mois de juillet, dans la Death Valley (vallée de la Mort, en Californie) est de 38°,9 ; au mois de janvier, la même température moyenne, à Werschojansk, est de — 51°,2.

Si donc l’homme et les animaux supérieurs peuvent vivre dans des températures semblables, cela tient au bon fonctionnement de leur appareil régulateur de la température.

Comment se fait-il que les hommes possèdent une température supérieure, en général, au milieu ambiant ?

L'homme et les animaux à sang chaud produisent de la chaleur, comme une cheminée produit du feu, c’est-à-dire en brûlant du combustible. Ce combustible est représenté par les aliments, qui, brûlés après leur passage dans l'estomac et l'intestin, apportent au sang l'oxygène dont il a besoin. L'oxygène nécessaire à la combustion est absorbé par le sang dans les poumons, au moyen de la respiration, dans le réseau capillaire qui court sous l’endothélum pulmonaire, jusque dans les plus fines ramifications des vésicules pulmonaires.

Les produits formés dans l'organisme s’éliminent soit à l'état gazeux par les poumons, soit à l'état liquide par les reins, soit à l'état de matières non utilisées par l'intestin.

A côté de cette source de chaleur constituée par la combustion des aliments, s'ajoute le travail des glandes et des muscles, qui est moins important. j

À la chaleur produite doit correspondre une dépense de chaleur, sans quoi la température serait bien vite trop élevée. Cette dépense se fait par deux exutoires, les poumons et la peau.

Les poumons, sauf exception, absorbent un air relativement frais et rejettent, dans l'atmosphère, de l’air chaud : la chaleur nécessaire à l'élévation de température de l’'haleine étant cédée par le corps.

L'évaporation de la sueur est une autre cause de refroidissement.

La régulalion, c'est-à-dire le mode de fonctionnement de cet équilibre de température, se fait au centre thermique, situé dans le cerveau, d'où partent des filets nerveux qui se dirigent vers les appareils régulateurs de la chaleur. Dès que la température du corps, c'est-à-dire la température du sang, est supérieure à la normale, le sang exerce une action irrilative sur le centre thermique ; celui-ci, au moyen des filets nerveux, excite à son tour la peau et les poumons à une activité plus grande. Les poumons travaillent plus vite, enlèvent plus de chaleur au corps : les vaisseaux de la peau se dilatent, la perspiration augmente ; l'équilibre de température du sang se rétablit.

Au contraire, s’il fait plus froid, le centre de régulation thermique ralentira les mouvements respiratoires et la perspiration.

Cette régulation de la température se fait si exactement, les appareils régulateurs remplissent si bien leur rôle que, dans les tropiques, malgré les sautes de chaleur, les différences de température sanguine sont à peine appréciables ; en ce qui concerne la différence de température chez les Européens, Crombie, dont nous avons parlé, a démontré, par des mensurations nombreuses, consciencieuses, qu'au Bengale cette différence n’était pas supérieure à un dixième de degré.

De même, dans l’activité du cœur et des poumons, on n’observe que de très petites différences; une augmentation, au début, puis ensuite, un retour à une activité normale, dès que l’acclimatement a produit ses effets (Plehn).

Donc, à ce point de vue, l'homme est à peu près dans les mêmes conditions sous les tropiques que dans les climats tempérés ; mais il

est d’autres raisons qui font que l'équilibre de sa santé ne tardera

pas, au bout de peu de temps, à se troubler.

Facultés d'acclimatement des différentes races. — Race noire. — La race noire est, en général, celle qui vit le mieux entre les tropiques, el Darwin attribuait la présence exclusive de cette race sur le continentafricain à l'immunité, relative d’ailleurs, qu'elle présente vis-à-vis du paludisme et delafièvre jaune. Cependant la race noire est susceplible de contracter de nombreuses affections, en particulier des affections des voies respiratoires ; chez elle, les refroidissements sont cause de bien des affections et en particulier des infections à pneumocoques (Marchoux). En outre, l'alcoolisme, partout où il s'est développé, et il se développe presque partout d'une façon constante aux colonies, a créé des besoins nouveaux aux nègres et a amené,

avec la tuberculose, son cortège de misères physiologiques, comme dans les pays de race blanche.

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