‹ hygiene colonialeChapitre 12 sur 251 · TEST A · texte numérisé non relu

TEST A

L'influence, à cet égard, de la propagande islamique est un des obstacles les plus efficaces aux causes de mortalité par tuberculose à la côte occidentale d'Afrique; elle est d'autant plus bienfaisante que les indigènes de cette côte où avait lieu jadis la traite, les Sénégalais, les Haoussas, les Dahoméens sont des races de choix.

Race jaune. — La race jaune est moins résistante que la race noire. La mortalité des Chinois transplantés a été, dans certains points du globe, considérable; on connait la mortalité effrayante qu'ont occasionnée les travaux de terrassement exécutés à Panama et ceux du chemin de fer du Congo belge. Les coolies indiens dont les Anglais font une si grande consommation dans l'ile Maurice, qui sont aussi exportés à la Réunion et à Madagascar, présentent une grande mortalité. Les Annamites déportés à l'île de la Réunion ont disparu. Il faut d’ailleurs tenir largement compte, dans la plus ou moins grande résistance de telle ou telle race dans tel ou tel climat, des conditions matérielles (alimentation, habitation et soins matériels et moraux) auxquelles se trouvent soumis les travailleurs indigènes.

Race blanche. — Les individus du sud de l'Europe, les Grecs, les Maltais, les Siciliens, les Espagnols, les Portugais s'acclimatent plus facilement que ceux de l'Europe centrale ou septentrionale. Cela tient à la chaleur du climat de leurs patries et aussi à la sobriété de ces méridionaux. Ils résistent mieux à l’action du soleil, mais cette supériorité disparaît devant les maladies.

A sobriété égale, toute différence s'efface. Au Haut-Sénégal aussi bien qu'au Congo belge, aucune différence n'a été constatée entre les Français du midi ou les Italiens, d'une part, et les Belges ou les Scandinaves. « De nombreux ouvriers italiens ont été engagés pour travailler aux chemins de fer du Congo: ils n'ont pas mieux résisté au climat que les Belges, ils ont plutôt moins bien résisté, beaucoup d’entre eux s'astreignant à un régime alimentaire trop débilitant. D'autre part, beaucoup de Scandinaves (Danois, Suédois, Norvégiens) ont été engagés par l'État, spécialement pour le service de la marine, tant dans l'estuaire du Congo que sur le haut fleuve ; ils ont, en général, très bien résisté, sauf quelques sujets d'un lymphatisme exagéré. »

Conditions physiologiques exigibles pour le séjour dans les pays chauds. — Age. — Le premier facteur dont il faut tenir compte est l’âge de l'individu qui veut s’expatrier. Les jeunes gens qui s'expatrient trop tôt sont en général condamnés à un rapatriement plusrapide ; ce n'est qu'à partir de vingt-cinq ans que les risques CHE nuent sensiblement. C'est une question dont on n'a pas tenu assez de compte lors de la conquête de l'Algérie, et la jeunesse . soldats a causé une mortalité effrayante dans les rangs du corps d occupation : c'est seulement en 1842 qu'on se décida à ne plus y envoyer de jeunes soldats. L'âge le plus favorable est compris entre vingt-cinq et

trente-cinq ans. L'Européen offre alors le maximum de résistance.

Les enfants sont, dans l'immense majorité des cas, surtout dans les pays insalubres, qui sont les plus nombreux, voués fatalement x la mort (148 p. 1000 au Bengale); ceux qui ont été transplantés pendant la première enfance, ou ceux qui sont nés dans les colonies ne peuvent être sauvés que par une nourrice indigène et encore avec de grandes difficultés. Au-dessus de cinq ans, la mortalité est moins considérable ; mais elle est encore de beaucoup supérieure à la moyenne des pays tempérés. Les enfants appartenant aux classes aisées auront donc seuls quelque chance de croître et de jouir d’une bonne santé aux colonies.

Sexe. — S'il s'agit d'un individu du sexe féminin, il faut tenir compte de ce fait, que deux fonctions se font mal chez la femme blanche vivant sous les tropiques. La menstruation, en particulier, est extrêmement troublée; d’abord, elle s'établit plus tôt chez les blanches nées aux colonies ou arrivées avant l’époque de a puberté; ensuite, la régularité des règles est une exception : les règles arrivent mal, il se produit souvent des ménorragies. Les grossesses sont souvent interrompues par des avortements ou des fausses couches. Enfin, lorsque la parturition est menée à terme, l'accouchement se fait avec toutes sortes de difficultés; les hémorragies puerpérales sont fréquentes; la lactation, presque toujours mauvaise, oblige à recourir aux nourrices indigènes. Comme pour les enfants, plus la condition sociale de la femme est élevée, c'est-à-dire plus la femme aura de bien-être, plus grandes seront ses chances de vivre en bonne santé dans les climats chauds. Ce fait a été constaté par de nombreuses statistiques aux Indes anglaises et néerlandaises.

Tempérament. — Les individus obèses, ceux qui sont d’un tempérament lymphatique, à peau blanche et fine, transpirant facilement, résisteront moins que d’autres aux effets débilitants des pays chauds.

À ce sujet, il ne faut pas croire, comme le faisaient les fonctionnaires allemands il y à quinze ans, au début de leur colonisation africaine, qu'un système musculaire très développé soit nécessaire pour l'individu qui veut aller aux colonies; au contraire, ce sont souvent les individus minces et secs, sans tissu adipeux, de taille moyenne, qui résisteront mieux que ceux qui sont de stature élevée et taillés en hercules ; les sujets bruns résisteront mieux que les blonds (Plehn).

Le périmètre horacique devra dépasser la moitié de la taille, avec un minimum de 0,78.

Contre-indications. — Pour vivre et prospérer aux colonies, il faut que tous les organes soient en parfait état.

Il existe un certain nombre de maladies qui contre-indiquent formellement le départ aux colonies.

1° SUJETS N'AYANT JAMAIS ÉTÉ AUX COLONIES. — Ce sont d'abord

toutes les lares antérieures. Au premier rang, il faut placer les néphrites ; un albuminurique partant aux colonies est presque fatalement condamné à mort, dans un laps de temps plus ou moins long. En effet, par suite de la diminution de sécrétion des urines que nous avons signalée, le rein se congestionne, et comme le régime lacté est des plus difficiles à suivre, il en résulte toutes sortes d'inconvénients et de dangers. Le lait conservé, le régime déchloruré surtout pourront, il est vrai, pallier au danger de la situation, mais dans une mesure insuffisante.

Toutes les maladies du foie constituent une contre-indication formelle pour un départ aux colonies. Un individu rentré des pays chauds avec un gros foie devra rester en Europe jusqu'à complète cessation des symptômes hépatiques.

Nous devons aussi faire une place à partau diabète. Les diabétiques courent dans les climats intertropicaux les plus grands dangers, d'abord parce que le régime nécessaire ne peul être suivi dans toute sa rigueur, et, en outre, à cause de la fréquence des complications que l’on observe. Aussi l'administration du Congo belge refuse-t-elle à juste titre tous les candidats qui veulent s’expatrier et qui présentent la moindre trace de sucre dans les urines.

Les maladies chroniques de l'estomac et de l'intestin, les dyspepsies rebelles, la gastrite chronique, les diarrhées, l’entéro-colite muco-membraneuse seront aussi une contre-indication formelle.

Il en est de même des tares cardiaques. Les conditions défectueuses de fonctionnement du cœur, en particulier les maladies mitrales, plutôt que les maladies aortiques, constituent une contre-indication à l’expatriement ; en particulier on sait qu’il existe une forme d'insolation se manifestant par des phénomènes cardiaques, spécialement chez les gens prédisposés par une cardiopathie antérieure.

De même, les tuberculeux, non plus que les tuberculisables, les gens atteints de tuberculoses fermées ou de tuberculoses ouvertes, ne doivent pas s’expatrier ; de plus, le séjour aux colonies ne donne pas l’immunité vis-à-vis de la tuberculose, au contraire.

La syphilis datant de moins de quatre ans et traitée ou datant de plus de quatre ans et nou traitée est une cause de rejet. Elle guérit souvent, il est vrai, ou s'améliore en passant des pays froids aux climats chauds ; au contraire, elle s'aggrave quand on revient des pays chauds aux pays froids. Il en est de même de la blennorragie ; dans cette affection on peut voir surgir des complications fréquentes au cours delongs et fatigants voyages, en particulier sur mer, surtout chez les arthritiques blennorragiques. Il est donc de toute nécessité, pour partir, d'attendre la guérison de ces maladies.

L'alcoolisme chronique et la morphinomanie constituent de formelles contre-indications à l’expatriation ; la morphinomanie, que l'on observe souvent parmi les fonctionnaires et les médecins coloniaux,

mettant l'individu dans un état de moindre résistance. Quant aux alcooliques, ils sont guetlés par la congestion du foie, la dyspepsie et un état nerveux tel qu'il les rendra inaptes à tout travail.

En somme, pour donner un certificat permettant à un individu de s'expatrier pour la première fois, il faut que ce sujet ne présente aucune tare, surtout de lare rénale ou cardiaque ; son urine ne doit contenir ni albumine, ni sucre: le cœur doit être intact; les poumons indemnes de toute lésion tuberculeuse ; enfin, le sujet ne doit être alteint d'aucune maladie chronique.

920 SUJETS AYANT DÉJA ÉTÉ AUX COLONIES. — Voyons maintenant le cas d'un individu qui a déjà été aux colonies, et qui désire y retourner. Supposons qu'il ait été impaludé; le cas est, ici, particulièrement délicat el complexe. Théoriquement, tout Européen ayant déjà été atteint d'un accès de paludisme et sujet encore à des récidives, ou alleint de lésions organiques, devrait être éliminé, car on sait qu'une première atteinte prédispose à de nouveaux accès. Pratiquement, il est impossible d'appliquer cette règle, car le nombre de colons ou de fonctionnaires qui ont séjourné quelques années aux colanies et qui n'ont jamais eu un accès de fièvre constituent l'exception. Le velo devra donc être absolu pour ceux-là seulement qui ont des lésions organiques importantes, telles que des altérations du foie, une grosse rale où une anémie marquée.

Des poussées congestives du côté du foie sans paludisme antérieur ne sont pas, de même, une contre-indication formelle à un nouveau départ aux colonies. Ici l'abstinence absolue de boissons alcooliques, un régime d’où seront bannis les mets trop azotés et les condiments, les épices, seront la règle pour ceux dont le foie a déjà été touché.

De même pour la dysenterie. Tout individu atteint de dysenterie chronique ou de diarrhée rebelle ne devrait plus quitter son pays natal; mais, comme pour le paludisme, comme pour la congestion

du foie, un dysentérique bien guéri peut retourner aux pays chauds

sans pour cela courir au-devant de la mort. Des précautions minutieuses seront indispensables chez tous ces individus touchés antérieurement.

Epoque de départ. — L'époque du départ pour un individu reconnu apte à partir pour les colonies est une chose très importante ; l'essentiel est de ne pas arriver pendant l'hivernage, pendant la saison des pluies.

I faut, en effet, arriver dans la colonie pendant la saison sèche; elle donne l'image d'un été parisien aggravé, quelquefois même d'un été modérément chaud, eu égard aux conditions dans lesquelles on vit. Grâce à une appropriation du vêtement à la température, on souffre moins en général de la chaleur que nous n’en souffrons dans les étés parisiens très chauds, vêtus de drap même léger et de vêlements plus ou moins serrés.

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En outre, le changement d'hygiène, de vie, nécessaire aux colonies, est moins pénible pendant cette saison. Nous faisons remarquer, d’ailleurs, que le nouvel arrivant devra se familiariser avec le soleil, surtout s'en méfier ; on pourra ainsi ne lui payer qu'un léger tribut, un embarras gastrique a calore. Enfin, en arrivant pendant la saison sèche, le futur colonial a moins de chance de contracter la dysenterie et les accès pernicieux.

Lorsqu'on se rend au tropique du Cancer, il faut y arriver en novembre et en décembre; dans le tropique du Capricorne, en mai ou commencement de juin.

Pour les colonies visitées par le pot au noir, l'époque d'arrivée varie avec le passage de cet écran nuageux ; à Cayenne, par exemple, on devra arriver en février.

Dans ces régions équatoriales, même pendant les saisons sèches, l'air est presque toujours humide, c'est ce qui les rend surtout pénibles à habiter et même insalubres.

En fait, et pour nous résumer, il faut arriver dans le meilleur état de santé possible, au meilleur moment possible, suivre la meilleure hygiène possible :nousreviendrons d'ailleurs plus amplement sur cette dernière prescription. Il faut enfin passer le moins possible de saisons de pluies dans la colonie, car, même dans les pays non paludéens, la saison des pluies comporte de nombreuses conditions d’insalubrité.

II. Causes de mortalité. — Le climat des pays chauds exerce presque toujours une influence plus ou moins marquée sur la santé des Européens, et la colonisation, depuis le xvr° siècle, s’est toujours heurtée aux mêmes obstacles : le climat et les maladies endémiques décimant les Européens, à quelque pays qu'ils appartinssent.

Les notions nouvelles, que, depuis quatre ou cinq ans seulement, nous possédons sur l’étiologie des maladies exotiques, effaceront sans doute ces obstacles, mais, les maladies évitables, dans les pays chauds, continueront, longtemps encore, à faire des victimes.

Les causes de mortalité dans les pays tropicaux tiennent à deux ordres de facteurs : 1° le climat proprement dit; 2° les endémies. spéciales aux pays tropicaux.

Le climat tropical, avec ses alternatives de chaleur excessive et d'humidité, le soleil, la luminosité, l'influence des vents et des changements de saison, la tension électrique, après avoir exercé une action excitante tout d’abord sur l'organisme du nouvel arrivé, ne tardent pas à le déprimer, en même temps qu'il se produit un ralentissement des échanges nutritifs et respiratoires et une diminution et une perturbation des fonctions digestives. |

L'organisme en état de moindre résistance ouvre désormais la porte aux infections. Beaucoup de ces maladies ne sont pas absolument spéciales aux pays chauds. Ce sont surtout deux d’entre elles, le paludisme et la dysenterie, qui constituent l'obstacle majeur à

la colonisation des pays tropicaux, bien plus même que les trois grandes maladies pestilentielles, la fièvre jaune, la peste, le choléra. S'il n'y avait plus de malaria ni de dysenterie (et ce sont deux maladies évitables), la morbidité et la mortalité des Européens aux colonies baisseraient dans une proportion incroyable. Cesont eneffet ces deux maladies, dont la distribution géographique est immense, qui, sur toute Ja surface du globe, entre les tropiques, peuplent les hôpitaux et nécessitent le plus de rapatriements.

Les causes de mortalité dans les pays chauds ne tiennent pas seulement aux maladies exotiques. Presque toutes les affections des pays tempérés s'y trouvent réunies. Il est particulièrement deux maladies infectieuses que la race blanche a importées aux pays chauds : ce sont la fièvre Lyphoïde et la tuberculose.

Fièvre typhoïde. — La fièvre typhoïde tropicale a été niée longtemps et a été ignorée par des médecins de grande valeur. Pour eux, le paludisme dominait toute la pathologie tropicale, et si, à l’autopsie, on rencontrait sur le cadavre des ulcérations de l'iléon, on disait tout simplement que c'étaient là des complications dela fièvre paludéenne.

Actuellement, il n'en est plus ainsi; on sait que la fièvre typhoïde existe sur toute la surface du globe, où elle a été importée par les Européens. Elle est souvent fatale à ces derniers, aussi bien qu'aux indigènes.

Il est donc important que le futur médecin qui doit exercer aux colonies songe à chaque instant à la fièvre typhoïde.

Les médecins anglais ont remarqué qu'aux Indes, les jeunes soldats et les colons n'étaient pas frappés aussitôt après leur arrivée, mais seulement après deux ou trois ans de séjour. Est-ce là une conséquence de l'acclimatement? Nous l'ignorons, mais il est certain que, plus le séjour est prolongé, plus l'individu a de chances de contracter la fièvre typhoïde.

Il est également sûr, que dans les endroits où règne la fièvre typhoïde, où son existence est bien prouvée par les cas que présentent les Européens, les indigènes montrent une certaine immunité. Dans l'Extrême-Orient, dans les villes chinoises, il existe une saleté effroyable dont on ne saurait se faire aucune idée; les rues étroites ne sont jamais balayées ; les égouts, quand il y en a, ou bien sont à ciel ouvert, où bien recouverts de dalles à travers les jouées desquelles on aperçoit la matière noire puante de l'égout. De plus, la perméabilité de ces égouts cause l'infection du sol et de la nappe d’eau de laquelle on tire l'eau d'alimentation.

C'est sur un sol ainsi infecté que sont construites les maisons chinoises. En outre, l'hygiène intérieure est déplorable ; les selles de la nuit sont mises dans des baquets, les urines vidées dans des jarres qui attendent dans la maison le passage du marchand d'engrais, lequel les vend aux jardiniers.

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