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ACTION COMBINÉE DU CLIMAT ET DU MILIEU

ACCLIMATEMENT. — L'achion duclimatse fait sentir non seulementsurles Européens nouvellementarrivés, mais aussisur ceux, d’ailleurs peu nombreux, qui font souche dans le pays. La race blanche, par acclimalalion dans la zone tropicale, acquiert une certaine résistance, mais il n’est pas sûr qu'elle ne dégénère pas un peu. Les individus après quelques générations sont plus fluets, de taille plus courte, comme on peuts’enrendre compte dansles pays américains de la zone tropicale; peut-être même sont-ils moins résistants aux infections que leurs ancêtres. Nous ne prétendons point cependant que, dans des conditions hygiéniques spéciales, qui sont encore à déterminer, la race blanche ne puisse arriver à trouver dans la zone tropicale des conditions d'habitabilité qui lui permettent de s’y maintenir commo dans la zone tempérée. Ces conditions résident sans doute pour la plus grande part dans le défrichement et la culture qui ont assaini les pays d'Europe, autrefois aussi malsains que peuvent l'être aujourd’'hui les terres incultes du centre africain.

Les populations primitives et peu nombreuses qui peuplent ces différents pays sont loin d’être parvenues à des résultats comparables à ceux acquis par la race blanche. Néanmoins des raisons d'hygiène inconsciente ont conduit ces peuplades à s'établir dans les parues les plus saines. C’est pourquoi, si l’on regarde d'assez loin une carte de l'Afrique occidentale, 1l semble que l'orographie et les limites des bassins fluviaux y soient nettement marquées. Cependant celte carte n’est qu'un travail planigraphique. Les ombres qui simulent l'orographie sont produites par les noms des villages. Ce sont donc les plateaux qui sont les plus peuplés. C'est là aussi que le défrichement a élé poussé le plus loin. Tous ces lerrains dépourvus d'arbres sont couverts pendant l'hivernage d'immenses pâlurages au milieu desquels il est plus facile de vivre que dans la forêt. La saison sèche y intervient d'une façon plus efficace sur le desséchement des marais et sur l’abaissement du taux d'humidité de l'atmosphère.

Nous sommes évidemment très loin des conditions d'existence que pourraient créer dans ces régions la culture intensive de la terre, l'aménagement de maisons confortables et Ia réforme des mœurs locales. Il est possible qu'au jour où une civilisation aussi avancée

TRAITÉ D'HYGIÈNE, sent)

aura pénétré jusque-là, l'Afrique tropicale devienne un centre de peuplement pour la race blanche. Mais aujourd'hui l'influence du climat, combinée à celle plus importante encore du milieu, influe tellement sur l’état pathologique que la population noire elle-même n’augmente que très lentement. Nous allons ranger sous trois rubriques différentes les maladies qui relèvent de cette double influence.

1. — MALADIES QUI NE PARAISSENT PAS INOCULÉES PAR LA PIQURE D’INSECTES SUCEURS.

MALADIES A PNEUMOCOQUE. — Si les nègres adultes sont défendus par l'acclimatement contre quelques maladies, il en est d’autres, au contraire, pour lesquelles la vie continue dans les pays chauds semble leur donner une sensibilité spéciale.

Telles sont, par exemple, les maladies à pneumocoque, qui font,

durant la saison sèche, un nombre de victimes incalculable. Alors

qu'aucun Européen n'est touché, on reste au-dessous de la vérité en estimant à plus de 2000 le nombre annuel des décès par maladies à pneumocoque chez les noirs, rien qu'au Sénégal. Et il ne faut pas voir là une endémie spéciale à la région, car, loin de limiter leurs ravages à celle colonie, les affections de celle nature sont répandues dans toute l'Afrique. Il semblerait même que leur fréquence augmente à mesure qu'on se rapproche de l'équateur.

Ce sont des maladies des climats chauds. Remlinger a fait connaitre l'extrême sensibilité des indigènes de l’Afrique du Nord (Algérie, Tunisie). De même en Europe, les pays méditerranéens leur payent un lourd tribut, alors que leur rareté dans le Nord paraît devenir de plus en plus grande. Dans la moilié seplentrionale de la France, par exemple, la pneumonie est devenue beaucoup moins commune qu'elle n'élait autrefois. La pneumonie lobaire aiguë est même passée à Paris à l’élat de curiosité pathologique.

Dans le midi, et surtout en Italie, elle devient un fléau redoutable. Comment intervient le climat dans celte variation de la sensibilité ? Les habitants des pays normalement chauds savent-ils moins se défendre des refroidissements, cause occasionnelle si fréquente de la maladie? Ou bien la chaleur imprime-t-elle lentement à l'organisme une marque spéciale qui le rend plus apte à cultiver le pneumocoque ? Il nous est impossible de nous prononcer,

Si la sensibilité est augmentée par le climat, la contagion dans les pays noirs est singulièrement facilitée par les mœurs. Maison insuffisante el sale, vêlements malpropres, habitudes défectueuses, tout y concourt. Le mode d'alimentation en particulier joue un rôle primordial.

La nourriture se prépare pour toute la famille dans le même plat. La charité si grande des musulmans et de tous les noirs fait admettre

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au repas en commun aussi bien les étrangers qui passent que ceux qui le demandent. Chacun puise au plat à pleine main. Chacun nettoie sa main de la langue et des lèvres à chaque fois qu'il la porte à sa bouche. Quand on songe qu'avec de la fièvre et 40° de température des nègres sont debout et vivent de la vie ordinaire, on se rend compte de la facilité de contagion que de pareilles mœurs entraînent avec elles.

TUBERGULOSE. — Heureusement que la tuberculose est rare, car elle se mulliplierait avec une rapidité sans doute très grande par le même procédé. La tuberculose est plutôt une maladie des Européens, et elle évolue très différemment chez eux suivant la région qu'ils habitent. Dans la zone humide, elle marche avec une rapidité d'autant plus grande que l'organisme est moins résistant, et la mort par tuberculose aiguë est très fréquemment la terminaison observée. Dans les pays de plateaux, elle va plus lentement, mais la saison des pluies est dangereuse. Au contraire, dans la région désertique, elle évolue avec une lenteur remarquable. Tel officier ou fonctionnaire venu au Sénégal avec une tuberculose grave s’en retourne en France, au bout de deux ans, considérablement amélioré. La saison des pluies est trop courte pour avoir une influence marquée, et, dès que souffle le vent d'est, dès que se montre la sécheresse, Ia santé des malades à peine ébranlée redevient excellente. L'appétit reparaît, les malades reprennent de l'embonpoint, les crachats disparaissentaveclesbacilles, les lésions s'arrêtent et se cicatrisent. En somme, on observe au Sénégal ce qu'on voit couramment dans l'Égypte, qui jouit sensiblement du même climat. Il serait préférable néanmoins, plus à cause du paludisme que de l'humidité de l’hivernage, de quitter la colonie de juillet à octobre et de passer cette période aux Canaries. Le Sénégal, Saint-Louis en particulier, pourrait de la sorte devenir un véritable sanatorium. Il faudrait cependant faire subir à la ville et à ses environsd ‘importantes transformations, sur lesquelles nous avons déjà appelé l'attention.

ADÉNITE ENDÉMIQUE. — A propos de Saint-Louis, signalons de suite une petite endémie qui, sans lui être spéciale, y reparaïit tous les ans. C'est l’adénite autrefois qualifiée de paludéenne dont nous voulons parler.

Bien entendu cette adénite n'a rien à voir avec le paludisme. Pendant la saison sèche, elle affecte une allure épidémique. Les ganglions pris sont plus généralement ceux de l’aine, sans qu’il soit possible de découvrir une porte d'entrée dans les régions dont les lymphatiques convergent en ce point.

Ordinairement les ganglions suppurent, mais ils se ramollissent lentement par petits foyers successifs el immobilisent le malade longtemps. On ne trouve dans le pus qu'un staphylocoque banal.

En somme, l’étiologie de cette affection, qui amène chaque année à

l'hôpital une quarantaine de malades, est encore inconnue et mériterait d'être recherchée. Sa faible extension semble indiquer qu'elle pourrait être facilement combattue.

BOTULISME. — Très simple à éviter serait aussi le botulisme, qui se rencontre à la fois chez les indigènes et les Européens.

Chez ces derniers, les accidents se produisent après l'absorption des conserves alimentaires, dont l'usage est forcément très répandu. Alors même qu'une boîte n’est pas soufflée et parait saine à l’ouverture, elle est capable, lorsqu'elle n’est pas consommée de suite, de devenir en moins de vingt-quatre heures assez dangereuse pour provoquer de sérieux accidents. C’est ainsi que nous avons vu survenir des accidents graves de botulisme chez deux domestiques qui avaient consommé le reste d'une boîte de sardines ouverte la veille. A ce moment, plusieurs personnes en avaient mangé sans inconvénient.

Chez les noirs, ce sont les matières alimentaires altérées dont nous avons déjà parlé, qui fréquemment produisent des cas de botulisme. A certaines fêtes dans les pays musulmans, la coutume fait consommer des viandes conservées depuis plusieurs jours. Ces fêtes sont Loujours suivies d'une augmentation dans le nombre des décès.

De même, chez les Européens, la consommation de gibier faisandé pourrait être nuisible, si la fermentation putride qui, sous les tropiques, marche si vite, n'éloignait toute tentation, même pour les amateurs aux palais les plus robustes.

BÉRIBÉRI. — Le béribéri, spécial aux indigènes, est beaucoup moins commun à la côte d'Afrique qu'en Asie ou en Amérique. Uniquement observé chez les prisonniers, il affecte plus souvent la forme humide et se manifeste plutôt par des œdèmes que par des polynévrites.

D'autant plus commun que le pays est plus humide, on ne le voit dans la zone désertique que pendant la saison d'hivernage. Partout on le traite par la mise en liberté provisoire des prisonniers qui en sont atteints.

La guérison se produit vite, même dans le cas où il existe de la polynévrite.

ALCOOLISME. — Beaucoup plus tenace est la polynévrite alcoolique, qu'il faut se garder de confondre avec le béribéri. Rare dansles pays musulmans, où l'alcoolisme chez les noirs n'existe pas, elle se montre assez fréquemment dans les pays chrétiens et fétichistes, où la consommation d'alcool est au contraire très grande.

L'alcoolisme chez les blancs est malheureusement trop répandu; l'isolement dans les petits postes, la soif excitée par la température sont des causes qui provoquent de nombreuses et funestes libations.

Dans des pays où l'élévation de la température réduit considérablement la déperdition de l'organisme en calories, l'alcool n’est pas consommé.

L'intoxication qu'il provoque en est d'autant plus rapide. Aussi ne

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faut-il guère s'étonner de la fréquence des cirrhoses du foie, des cas de délirium tremens et de polynévrite alcoolique, qu'on observe sur les blancs et sur les noirs non musulmans. L'usage même modéré de l'alcool est condamnable dans des pays où l'organisme l'utilise mal ; les moindres accidents qu'il puisse entraîner sont des troubles digesüifs et leurs conséquences.

Ces fonctions, comme nous l'avons vu, ont déjà trop de raisons de se troubler. Aussi la sensibilité aux moindres intoxications est-elle accrue.

TABAGISME. — Le tabagisme, par exemple, est encore moins bien supporté en Afrique tropicale qu'en Europe et provoque souvent des accidents tels que céphalalgie, vomissement, dyspepsie, constipation, tremblements des extrémités, etc.

LÈPRE. — Si la lèpre est de tous les climats, elle est cependant plus répandue dans la zone tropicale que dans la zone tempérée. Y trouve-t-elle dans les moustiques si nombreux ses agents ordinaires de transmission, ou bien la primitivité des mœurs y facilite-t-elle la contagion? Dans l’état actuel de la science, il est impossible de se prononcer avec certitude. Tout ce qu’on peut dire, c’est que la seconde hypothèse a moins de partisans que la première, à l'appui de laquelle vient certainement ce qu'on observe en Afrique. La lèpre est loin d'y être inconnue, mais elle n’y atteint pas l'extension que pourrait faire redouter l’état primitif des mœurs des habitants.

PIAN OU FRAMBŒSIA. — Quand la maladie est directement contagieuse, elle se développe rapidement, témoin le pian qui cause quelquefois de petites épidémies. Il nous a été donné d’en observer une à la côte de Guinée. La buba, comme on l'appelle dans ces pays, du nom portugais, a sévi chez quelques enfants d'une école et dans les familles de ces enfants. La contagion, dans ce cas, a semblé se faire par contact. Cependant il se pourrait que des insectes, et en particulier des mouches, jouent là un rôle sur lequel l'avenir nous renseignera. Cette affection, qui avait déjà tant de points communs avec la syphilis, en possède encore un de plus. Castellani vient de découvrir à Ceylan, dans les lésions du pian, un spirochèle tout à fait semblable à celui que Schaudinn a vu dans les lésions syphilitiques.

Cependant il semble bien que les deux maladies soient différentes. Néanmoins, à ce sujet comme au point de vue du mode de transmission, de nouvelles recherches s'imposent.

PIED DE MADURA. — Celle curieuse affection, causée par des espèces microbiennes diverses (bactéries, streptotricées, champignons), est communiquée sans doute par les corps étrangers qui pénètrent dans le pied et qui y portent les germes. L'habitude de marcher pieds nus facilite particulièrement l'infection, qui, cependant, est peu répandue. On observe quelques cas de pied de Madura

dans la zone désertique.

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