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Les maisons sont comme les rues, Jamais on n'y voit de balais, Jamais on ny fait une réparation. Les ordures s'étalent dans tous les coins. Et pourtant, la population chinoise y prospère et augmente dans des proportions extraordinaires. Il y là, probablement, une immunilé spéciale, car les Européens, placés dans les mêmes condions, seraient plus que décimés (Manson).
Au Japon, les conditions hygiéniques sont un peu moins mauvaises. Il y a des cabinets d'aisances danslesmaisons, mais un mauvais entretien permet à l'odeur fade de ces cabinets de se répandre dans tous les appartements. Là aussi, l'Européen qui arrive contracte la fièvre typhoïde. Il en est de même dans presque toutes les vieilles colonies européennes.
La fièvre typhoïde est donc répandue sur presque toute la surface du globe, en particulier dans la Cochinchine, en Malaisie, à l'île Maurice, à la Réunion ; on la rencontre dans toute l'Afrique, surtout dans les régions côtières, au Sénégal, en Algérie. Une forme particulière à cette colonie aété décrite par le D' Crespin (d'Alger); c'est un type de fièvre typhoïde à prédominance hépatique, caractérisée par la congestion du foic, des vomissements bilieux, et fréquemment par des hémorragies intestinales. La maladie s'annonce souvent par un frisson assez intense, et celte fièvre a souvent pour conséquence des troubles psychiques.
En Australie, ou au Cap, la fièvre typhoïde est connue sous le nom de fièvre enlérique, et elle y fait des ravages considérables : on sait quel a été le nombre des décès par fièvre entérique survenus dans les hôpitaux anglais pendant la campagne du Transvaal.
Non seulement la fièvre typhoïde est très répandue, mais elle est aussi extrêmement grave. Aux Indes, elle entraîne une mortalité beaucoup plus grande qu'en Angleterre; il y meurt un malade sur trois, tandis qu'il n’en meurt qu'un sur huit en Angleterre, et un sur dix à Paris. Il en est de même aux États-Unis.
En outre, il est un fait curieux, qui mérite d’être signalé. Les mesures hygiéniques qui, en Angleterre et en Europe, en général, sont utilisées contre la fièvre typhoïde, sont inefficaces dans l'Inde. Bon nombre de soldats, qui avaient bu à des sources absolument pures, dans des campements où jamais personne n'avait été atteint de fièvre typhoïde, l'ont'contractée; de même en Australie, dans des endroits désertiques, des individus ont contracté la fièvre typhoïde. Il est probable qu'il faut voir là un exemple du saprophytisme du bacille d'Eberth ; de même que le charbon existe dans certains endroits, et qu'étant inoculé il donne naissance à une pustule maligne ou au charbon chez les animaux, il est presque certain que le bacille d'Eberth doit vivre à l’état sauvage à la surface du sol, et que l'homme l'ingérant dans certaines conditions, peut contracter la
fièvre typhoïde.
L'autorité sanitaire militaire anglaise a fait des efforts considérables contre la fièvre typhoïde, en employant aux Indes, contre la fièvre typhoïde, le vaccin de Wright. Wright, mjectant des cultures mortes, tuées par stérilisation, de bacille d'Eberth, sous la peau d'individus sains, constata que leur sérum avait une réaction agglutinante très nette, de là sa méthode de prévention et de vaccination contre la fièvre. typhoïde, qui a été et est encore employée sur une vaste échelle non sans succès.
Ainsi, la fièvre typhoïde, dans les tropiques, présente un certain degré de fréquence et une gravité plus grande que dans les pays tempérés.
Tuberculose. — La luberculose se rencontre dans tous les climats, sous toutes les latitudes, à toutes les altitudes; on l'observe en Afrique, dans les villes du nord, à Alger, à Tunis, au Caire, à Alexandrie, aussi bien qu’au Sénégal, en Guinée, au Cap; elle est fréquente aussi dans l'intérieur de l'Afrique (1).
Dans l'Est africain, cette maladie est aussi fréquente. Nous avons pu en observer un nombre assez considérable de cas pendant un an, passé dans le Choa, en Abyssinie, et chez les Gallas.
Si, de l'Afrique, nous passons à l'Amérique, nous constatons que la tuberculose y existe comme en Afrique : était-elle inconnue dans le Nouveau-Monde avant l’arrivée des Européens ?.. C’est là un problème aussi inseluble que celui de savoir si la syphilis est d'importation américaine.
Toujours est-il qu'actuellement ce fléau décime les misérables restes des peuplades indigènes, qu'une administration imprévoyante a parqués dans des territoires trop étroits, sur lesquels les Indiens ne rencontrant pas de gibier en quantité suffisante, meurent de faim.
Dans ces vastes prairies de l'Amérique du Nord, depuis la baie d'Hudson jusqu'à la Terre de Feu, en passant par l'Amérique Centrale, les Antilles, la Guyane et le Mexique, la tuberculose fait d'effrayants ravages, et il est à remarquer que partout où cette maladie fait son apparilion, — cela s'applique aussi aux autres maladies, — ses coups sont d'autant plus meurtriers que la maladie est d'importation plus récente.
En Amérique du Sud, au Brésil, la tuberculose, dont on rencontre des manifestations nombreuses, exerce de grands ravages. À Rio-de-
(1) A ce sujet, M. Gaboriau fait observer à juste tilre que, dans la Guinée fran- ‘aise en particulier, l'influence de la religion musulmane, dont les prosélytes deviennent chaque jour plus nombreux, se manifeste d'une façon très heureuse contre la marche envabissante de l'alcoolisme, et par conséquent de la tuberculose: ‘en effet, une des principales prescriptions hygiéniques du mahométisme consiste à proscrire l'alcool, ce compagnon, ce guide de la tuberculose, Malheureusement cette salutaire influence est loin d'être exercée par la religion chrétienne, car, trop souvent, à la suite des missionnaires ou malgré eux, l'alcool pénètre dans les
<ontrées avec les blancs, et l'abus qu’on en fait ne tarde pas à f. i Ë Zloppement de la tuberculose. ; À AS LE ? 1Ree
Janeiro, en particulier, la tuberculose entre pour un cinquième dans le nombre des décès : on admet en général que, sur la totalité de la mortalité humaine, la proportion ie mort par tuberculose n'est que de un septième.
Enfin, la tuberculose existe dans la même proportion à la Plata, dans l’Uruguay, au Paraguay, dans la République Argentine, le Chili et le Pérou. Nous ferons remarquer ici que, altitude et immumité ne sont pas synonymes. On croyait, autrefois, que la ville de Quito et celle de Mexico devaient à leur altitude l'absence de la tuberculose parmi les habitants ; la cause attribuée à ce phénomène tient moins à l'altitude qu'à larareté et à la dissémination de la population. En effet, à La Chaux-de-Fonds, ville de Suisse située à 1100 mètres d’altitude, la population est assez dense et les cas de tuberculose ne sont pas rares.
En fait, on peut poser comme principe que toutes les fois que, dans un pays immense, réside une population peu dense, la tuberculose est rare; nous citerons pour exemple les régions habitées par les Kabyles et les Bédouins, régions a ne n'atteignent pas de hautes altitudes.
En Océanie, la tuberculose sévit d’une façon désastreuse sur les indigènes; à Taïti, dans les Marquises, les îles Sandwich, la Nouvelle-Calédonie, les ravages du bacille tuberculeux sont immenses ; dans la Nouvelle-Calédonie, la tuberculose entre pour deux cinquièmes dans la mortalité totale.
Le continent australien, jusqu'à ces derniers temps, avait passé pour très privilégié, au point de vue de la rareté de la tuberculose, mais les statistiques récentes démentent cette opinion, en faisant voir que les grandes villes de l’est, Melbourne, Sidney, ne présentent pas, à ce point de vue, de différence notable avec les grandes villes européennes.
La Nouvelle-Zélande, qui comprenait autrefois, 1l y a un siècle, une population aborigène de 400000 Maoris, n'en compte plus aujourd'hui que 40 000 : la tuberculose et la fièvre typhoïde ont plus que décimé la contrée. De tout temps, les habitations y ont été malsaines, mais, tant que le germe de la tuberculose n'y eut pas été apporté, les conditions ataviques permettaient à la population de ne pas souffrir de cet élat de choses; une fois importé, il s'y développa très rapidement, et, par contagion directe, il a causé la mortalité effrayante que nous relatons plus haut.
Variole. — Une autre cause de mort, peut-être encore plus importante que la tuberculose parmi les populations indigènes, est la variole.
Toutes les races dites inférieures sont décimées par la variole; ce fait a une imporlance économique considérable, car l'indigène, c'est-à-dire la main-d'œuvre, est indispensable au développement
industriel, commercial et agricole dans toutes les colonies européennes.
La variole se rencontre en Asie-Mineure, en Perse, où elle est particulièrement grave, un tiers des cas se compliquant de noma, c'est-à-dire de gangrène de la bouche, de gangrène des orteils, de cécité, d'arthrite suppurée. Le Turkestan, le Thibet, les Indes sont aussi ravagés que l'Arabie. Dans tous ces pays, la vaccine rencontre des obstacles nombreux, et les indigènes pratiquent la variolisation.
En Indo-Chine, la variole est si fréquente, que les indigènes la considèrent comme une sorte de maladie nécessaire, allant même jusqu'à la diviniser sous différents noms.
Ce fléau entre dans la mortalité totale pour la proportion de 70 p. 100. Ce chiffre devient encore plus considérable, si l'on étudie la statistique de la mortalité infantile. Là, on trouve qu'elle cause un quart des décès suivant Jeanselme, deux tiers suivant Simond, directeur de l'Institut Pasteur de Saïgon, et même 90 p. 100, d'après Nogué, qui a fait porter ses études sur la mortalité dans le Cambodge.
Sur 100 adultes vivants, 95 p. 100, environ, portent les stigmates de la variole qu'ils ont acquise, soit par contagion, soit, volontairement, par variolisation; et, les indigènes ont tellement confiance dans cette médication qu'ils n'hésitent pas à y recourir, payant, pour une variolisation, une roupie, soit environ 2 fr. 50.
En 1890, un Institut vaccinogène a été fondé à Saïgon. Son direc-
teur, M. Calmette, avait primitivement recueilli une lymphe de mauvaise qualité sur des vaches ; par la suite, il obtint de très bons résultats avec de jeunes buffles, qui, habitués au climat, fournissent un vaccin mieux résistant aux températures souvent élevées dans ces pays. C'est ainsi qu’en 1898, il a pu fournir treize cent mille vaccinaüons, avec 227 bufflons. N'oublions pas de mentionner que, dans ce chiffre, un appoint considérable revient aux colonies anglaises, hollandaises, au Siam, aux Philippines, et à la côte de Chine, qui s’approvisionnent à l'Institut de Saïgon.
. En dépit de ces efforts, la variole continue à sévir dans l'Indo- Chine française, parce que la vaccination y est peu pratiquée. En effet, en Cochinchine, on rencontre 2 médecins pour 2 millions d'habitants; au Cambodge, 1 médecin pour 1 500000 habitants ; dans l’'Annam, pas un médecin pour 6 ou 7 millions d'habitants : au Tonkin, pas un médecin non plus pour 10 ou 12 millions d'habitants : enfin, au Laos français, on rencontre 3 médecins pour 3 millions d'habitants.
Ilest bien entendu que, dans les chiffres de population que nous tapportons plus haut n'entrent pas les grandes villes, les grands ports et leurs environs.
Aux Indes néerlandaises, la vaccination est obligatoire ; un édit
al
qui remonte à 1820 la recommande et l'impose. Le service y est assuré de la façon suivante :
Etant donné un territoire quelconque, autour du village où réside le médecin sanitaire, on trace une série de cercles concentriques ; ces cercies sont divisés en autant de secteurs qu'il y a de jours dans la semaine. Pendant une semaine, le médecin vaccine chaque jour les habitants d'une partie du secteur comprise entre deux des cercles concentriques ; à la fin de la semaine, il a épuisé ce premier secteur; la semaine suivante, il parcourt le second secteur, de la même façon, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il ait achevé le cycle.
Le tableau de division des territoires en cercles et en secteurs s'appelle straalkaart. L'inspection des rapports dressés par les médecins à la fin d'une période de vaccination permet de se rendre un compte exact de la situation sanitaire et, en mème temps, la division schématique des territoires ne permet pas de laisser de côté un village sans que le vaccin y ait été employé.
Dans les colonies anglaises, la vaccinationestégalement obligatoire; de plus, des peines sont édictées contre les réfractaires et les négligents ; la vaccination se pratique surtout entre deux et cinq mois, et par conséquent, ne peut manquer de donner de bons résultats; en effet, les statistiques, qui portent presque toutes sur des enfants de race noire, donnent un résultat très voisin de 100 p. 100.
La Chine est probablement le centre qui contamine les pays voisins, où la pénétration de la variole se fait par les ports: Saïgon, Bangkok, Singapour.
Le Japon, le Siam, sont souvent ravagés aussi par la variole.
En Amérique, la variole a été apportée par les Espagnols; elle sévit sur les races aborigènes, les Peaux-Rouges et les Indiens, ainsi que sur les nègres importés d'Afrique; au Chili, au Pérou, dans les Antilles, en Guyane, au Brésil, les décès par variole entrent dans une proportion importante dans la mortalité générale.
Dans l'Amérique du Nord, la Colombie britannique a vu disparaitre les Peaux-Rouges qui l'habitaient, par suite de variole, aussi bien, du reste, que de tuberculose. Enfin, le Groenland voit une grande parlie de ses habitants succomber à la variole, importée en 1751 par les Danois.
En Océanie, Taïti fut décimé, en 1892, par la variole, qui venait d'y faire son apparition, et, devant les ravages causés par le fléau, les indigènes se laissèrent vacciner quelques mois après.
Quelques iles de l'Océanie ont pu, jusqu'à présent, échapper à la variole.
L'Afrique tout entière est décimée par la variole. Toutes les colonies
françaises sont ravagées de temps à autre par des épidémies qui, ou bien causent la mort des indigènes, ou bien laissent après elles des
individus atteints de cécité, comme, du reste, c'était le cas avant
Jenner. La variole est encore grave par les néphrites et les arthrites suppurées.
La contamination s'y fait comme en Europe, c'est-à-dire par
l'intermédiaire des croûtes de pustules varioleuses ; d'autre part, il est peut-être possible que, dans les pays où existent de nombreuses espèces d'insectes, le virus de la variole soit propagé par ces insectes, ailés ou non, aussi bien que par les parasites de l’homme.
En Afrique, la variolisation est une pratique très courante, soit qu'on prenne le pus d’une variole bénigne pour l’inoculer sous la peau, soit qu'on prenne des croûtes de variole dont on bourre le nez du sujet à varioliser, soit enfin qu'on fasse porter au sujet, comme cela se fait en Perse et en Indo-Chine, les vêtements d'un malade.
Cette méthode barbare, qui peut souvent tuer le sujet, a été remplacée presque partout par la vaccination.
Le médecin colonial peut rendre les services les plus importants, en se faisant l'apôtre de la vaccination, car la variole est une maladie évitable, et les services rendus seront d'autant plus grands que les ravages causés par la variole sont plus considérables.
Insolation et coup de chaleur. — L'insolation et le coup de chaleur ont été et sont encore des causes fréquentes de morbidité et de mortalité.
Voici quels sont, brièvement résumés, les signes de l’insolation :
L'insolation présente les mêmes signes que le coup de chaleur. On prend un coup de chaleur à l'ombre, à l'abri des rayons solaires ; c’est l’action directe des rayons solaires qui détermine l'insolation.
La température excessive n’esl pas nécessaire dans le cas d’insolation ; au contraire, elle l’est dans les cas de coups de chaleur.
Distribution géographique. — C’est surtout dans la mer Rouge que l'on observe les cas les plus fréquents d'insolation. L'influence du vent s'exerce dans ces cas d'une façon remarquable. En effet, quand le bateau marche vent debout, les passagers sont rafraichis par une brise plus ou moins chaude, mais qui permet de respirer, et les cas d’insolation sont rares. Au contraire, s'il y a vent arrière, le navire marchantavec le vent, aucun effet n’est produit par le mouvement du bateau, pas même le souffle de vent que l’on ressentirail, si le navire marchait en calme plat. C'est alors que se peuvent manifester les insolations, d'une façon parfois épidémique, sur un même bateau, surtout lorsque les conditions hygiéniques, par exemple dans les transports de troupes, ne sont pas réalisées d'une façon parfaite.
Ce n'est pas seulement dans la mer Rouge, mais c'est également dans toutes les mers tropicales que l'on peut observer l'insolation et le coup de chaleur.
Certaines cuveltes de sable, dans le Sahara, en particulier à Biskra, certains endroits du désert des Somalis et des Danakils, présentent également des tempéralures excessives où les insolations sont très
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fréquentes ; à Djibouti, il y a chaque année un certain nombre de cas d’insolation parmi les Européens, surtout pendant les changements de moussons, où la chaleur est extrême.
En Asie, l'Arabie est, pour ainsi dire, la terre classique de l’insolaton ; les pèlerinages de la Mecque sont, chaque année, décimés par l'action du soleil ; il en est de même à Aden. Aux Indes, les insola- Uons sont très nombreuses, et nombre de soldats anglais ont succombé au cours d'expéditions dans ce pays.
En Amérique, le vent du sud, venant des pampas, détermine, aux Antilles, en Guyane, etc., l’insolation et le coup de chaleur.
Enfin, ces accidents s’observent également d’une façon fréquente, dans le désert du Nord australien.
Causes et prophylaxie. — La race blanche est particulièrement frappée par l’insolation et le coup de chaleur; néanmoins, il existe, chez les Européens, certaines exceptions : les Maltais, les Italiens, les Monténégrins, les Grecs, surtout, résistent mieux au soleil que les Français, les Allemands et les Anglais. Des Grecs, employés aux travaux du chemin de fer de Djibouti à Harrar, travaillaient au soleil avec, sur la tête, un simple chapeau de paille, sans inconvénient, tandis qu'un autre Européen, assez imprudent pour sortir sans casque, aurait été frappé d'insolation en quelques minutes. Les nouveaux venus sont plus sensibles que ceux qui ont déjà séjourné un certain temps; il y a là une sorte d’acclimatement.
Après la race blanche, vient la race jaune qui est cependant moins prédisposée que les Européens aux coups de soleil.
Par contre, la race noire semble être immunisée contre l'action des rayons du soleil. Les nègres circulent la tête nue, sous un soleil de plomb, qui tuerait un Européen en quelques heures.
Les professions prédisposent également à l'insolation. Les chauffeurs, les canotiers de corvée y sont plus exposés que les autres.
De même, le travail musculaire est une cause prédisposante à l'insolation. Les fatigues de toute espèce, la marche forcée chez les soldats doivent être évitées, comme étant aussi des causes favorables à l’insolation et au coup de chaleur; comme conséquence, il est nécessaire de cesser tout travail dès dix heures du matin; de même s'impose la nécessité d'employer des coolies porteurs de bagages pour les soldats. Nous verrons plus loin, comment les Anglais ont résolu à ce sujet le problème des expéditions coloniales,
Les excès, en particulier les excès alcooliques, sont une cause prédisposante à l’insolation.
L'Européen qui, après un bon repas, terminé par du champagne, sort en pleine chaleur, par exemple, à une heure de l'après-midi, même avec un casque, peut contracter une insolation tandis qu'il serait resté indemne, s’il était sorti avant d'avoir bu et mangé.
Enfin, les vêtements jouent un rôle important dans la pré-
disposition à l'insolation. Ceux qui compriment le thorax, le cou, doivent être rejetés. Lors de la conquête de l'Algérie, durant les premiers temps de l'occupation, une épidémie d'insolation se manifesta, parce que les hommes, à ce moment, portaient la cravate à double tour, en molleton bleu, cravate haute et serrée que, malgré les observations des hommes et des officiers, l'autorité supérieure ne voulut jamais laisser dédoubler. I] fallut un certain nombre d'années, avant que cet accessoire de toilette fût adapté aux nécessités du milieu.
Nous donnons, ci-dessous, un tableau dressé par Le Dantec, indiquant les températures de l'air à l’intérieur des différentes coiffures, sous un soleil ardent, le thermomètre marquant 45° au soleil :
Casque colonial......,2"0t 20e Pad oo . 350,5 Chapeau de paille de matelot............., "0e 370,5 Képisde fantassint ere cre-c rec remercie 390 Casquette marine avec COUT PATENT DEP UE 400 — SANSICOIE re crc Eee Sorel 410
La chaleur sèche se supporte plus aisément que la chaleur humide, chacun a pu l’éprouver aux bains de vapeur, où l’on supporte des températures de 90°, à condition de rester tranquille, dans l'air sec: au contraire, le bain de vapeur humide, porté à une telle température, déterminerait, au bout de quelques secondes, des brûlures au premier degré.
C’est pourquoi la chaleur humide est si pénible à supporter dans les pays équatoriaux, alors que, dans d'autres contrées, on supporte plus aisément une chaleur sèche supérieure de plusieurs degrés.
La réverbéralion où coup de lumière joue un rôle important dans la genèse de l’insolation; on peut contracter parfaitement un coup de soleil par les yeux ; le moyen préventif d'éviter ce coup de lumière est le port de lunettes légèrement teintées en jaune. |
Description clinique. — Le coup de chaleur comporte trois périodes quand il évolue d'une façon complète :
La dyspnée prémonitoire ;
L'excilation :
Le coma.
Il peut se produire dans le coup de chaleur, des prodromes nets pendant une ou deux heures ; ces prodromes sont, en général, une lassitude extrème, accompagnée de l'horreur du mouvement, de douleurs dans les membres, d'assoupissement, de céphalalgie presque constante, de soupirs, d'anorexie, de soif, d'horreur de la lumière avec, parfois, des visions colorées, de nausées, de vomissements : l'état mental est également très déprimé, avec tristesse profonde et envie de pleurer; l'irritabilité de la vessie est un bon signe quand il existe.
La dyspnée prémoniloire débute par la constriction du thorax,
suivie d'angoisse et de céphalalgie. Le facies est congestionné dans linsolation, pâle dans le coup de chaleur, mais ces phénomènes ne se présentent pas d'une façon constante. Enfin, il peut y avoir aussi des visions colorées.
Au cours de la période d'excilalion, le malade devient subitement délirant ; il a des hallucinations, le cœur bat d'une façon irrégulière, la respiration et le pouls sont précipités; la peau se dessèche et devient brûlante; la température monte jusqu'à 40° et même 41°. De plus, ces signes caractéristiques sont accompagnés quelquefois de convulsions et de soubresauts des tendons.
A l'excitation succède le coma, lorsque la température atteint 42° ou 43°; à ce moment, le cœur et le pouls sont incomptables ; les pupilles sont tantôt dilatées, tantôt rétrécies; le phénomène de Cheyne-Stokes s'observe, la respiration devient stertoreuse, avec raclage du mucus trachéal; les réflexes cornéen et rotulien sont supprimés et le malade meurt.
Si la guérison doit survenir, grâce à la médication, qui consiste en apposition de glace sur la tête, la temperature du corps diminue et le malade reprend connaissance. On peut même observer, chez un malade, plusieurs paroxysmes, suivis de retour à une température normale, ou des paroxysmes subintrants, dans lesquels la température reste toujours élevée.
Telle est la forme la plus habituelle du coup de chaleur.
Il existe, en outre, des formes anormales, portant soit sur le cœur, soit sur les poumons, soit sur le cerveau.
La forme qui porte sur le cœur est la plus fréquente. Le malade a généralement une faiblesse, puis il tombe en syncope: souvent, ces syncopes sont précédées de douleurs précordiales, surtout chez les individus qui ont une tare cardiaque, une insuffisance valvulaire, ou qui ont eu déjà le cœur touché par le rhumatisme.
La forme pulmonaire est caractérisée, dans les cas extrêmes, par une congeslion massive des poumons tout entiers, qui se transforment en une éponge sanguine; l’asphyxie détermine rapidement la mort du malade.
La forme cérébrale, dans laquelle prédominent les accidents au cerveau, comprend diverses formes : elle peut être comateuse, convulsive ou délirante ; ces termes se définissent par eux-mêmes : dans la forme comateuse, c'est l'apoplexie; dans la forme convulsive, le malade a des accès épileptiformes ; enfin, dans la forme délirante, des accès de délire aigu se manifestent.
Les symptômes délirants semblent, d'ailleurs, être en rapport avec le degré de chaleur qui a déterminé l’insolation.
Enfin, il existe une quatrième forme, importante, que l’on observe aussi fréquemment, et qui est l'embarras gastrique a calore. Cette forme a recu des noms très différents ; on l'a appelée fhermic fever,
fièvre synoque, des pays chauds, fièvre climatique, fièvre ardente de l'Inde, fièvre inflammaloire des Antilles, oca de Syrie et de Mésopolamie, fièvre éphémère de Macao.
C’est une forme qui se manifeste au début de la saison chaude, à Madagascar, sur cerlains points de la côte orientale d'Afrique où l'humidité est très grande; ce type d'embarras gastrique est un lype fébrile où la température atteint 38°,5; il y a parfois de l'hypersécrétion du foie, des vomissements bilieux, des selles colorées; souvent de la constipation. On a affaire, lorsque cet embarras gastrique fébrile présente des vomissements bilieux, à la fièvre bilieuse de la côte occidentale d'Afrique. Elle distingue cette maladie de la fièvre rémittente bilieuse par l'absence d'hématozoaires dans le sang des malades.
Au bout de trois ou quatre jours, les symptômes de cet embarras gastrique s’affaiblissent, la température redescend et le malade guérit.
Dans la forme simple, on prescrit les vomitifs, les purgatifs salins et la diète liquide ; dans la forme bilieuse, les purgatifs tels que la limonade Rogé, donnent de bons résultats.
Il y a, en outre, des formes frustes du coup de chaleur et de l'insolation dans lesquelles tout se borne à une dyspnée prémonitoire.
Enfin, il y a des formes mixtes, — ce sont les plus fréquentes, — dans lesquelles sont mélangées toutes les manifestations que nous venons de passer en revue.
IIT. Proportion de la mortalité des Européens dans les climats tropicaux. — L'hygiène et une sélection plus judicieuse des sujets qui s’expatrient ont fait beaucoup diminuer la mortalité dans les pays chauds. Les tentatives désastreuses de colonisation en masse, tentées sous Louis XIV et sous Louis XV, ont fait place à la colonisation individuelle.
Néanmoins, la mortalité des Européens dans les régions intertropicales est encore très grande. Voici un tableau qui en donne une idée :
Périodes. Décès annuels.
SÉNÉSAL NT Te Le 1819-1855 106 p. 1000 Européens. JAVA SERIE SR RL CC PELLE 1819-1828 170 — Indes /anslaises ere tree 1800-1830 84 — Cochinchine er tre 1861-1862 101 — Tonkinisneereme ARRETE 1885 256 — Algérie: 80e TM CREER 1840-1849 63 — Cameroun. PRE" so 0 Le)0T1895 112 — Afrique occidentale allemande.. 1894-1895 89 —
À Londres, Guy, il y a soixante ans, prenant pour base la London Fire Brigade, a démontré que ce corps présentait une mortalité de 7 p. 1000; en regard, il a placé la mortalité des soldats anglais au Bengale, qui atteint 63 p. 1000, proportion énorme, si l’on songe que, dans notre pays, la moyenne n’est que de 23 p-. 1000.
SALUBRITÉ DE L'HABITATION. fl A —:7
Depuis Guy, les mesures hygiéniques dues à la sollicitude constante du gouvernement anglais ont réduit sensiblement la mortalité des soldats aux Indes; cependant cette mortalité reste encore actuellement double de la mortalite militaire en Angleterre.
| Ce sont surtout les enfants des soldats qui sont frappés; la propor- Uon élait de 140 p. 1000 aux Indes, contre 58 p. 1000 en Angleterre. En somme, avec beaucoup de peine et d'efforts, les médecins mililaires anglais arrivent, dans l'Inde, à obtenir, en ce qui concerne les enfants et la puériculture, les résultats que l’on observe dans les pires conditions de misère en Angleterre, en particulier dans les faubourgs de Londres où l'on ne prend aucun soin des enfants.
Les Hollandais en assainissant Java, ont abaissé la mortalité de leurs troupes blanches de 170 p. 1000 (1819-1828) à 16 p. 1000 (1892). Au début de la conquête d'Algérie la mortalité des soldats était de 63 p. 1000 (1840-49). Elle était de 11 p. 1000 en 1889-1892. Les États- Unis (États du Sud) ont également vu à la suite de travaux d'assainissement l'insalubrité décroître et la mortalité diminuer dans des proportions considérables.
Mais la mortalité n'atteint pas seulement les blancs; elle frappe aussi les indigènes des divers pays intertropicaux que l'on transplante dans d’autres régions. Ainsi, les Africains ne s’acclimatent pas bien aux Indes; à Ceylan, où il se fait une vaste importation de main-d'œuvre africaine, les enfants noirs présentent la même mortalité que les enfants des blancs; vers l’âge de sept ans, ils commencent à maigrir, et meurent toujours avant la puberté ; c'est un phénomène qui s’observe également, lorsque l'on transplante des individus de race jaune dans les climats africains ou lorsque l’on déplace au loin des travailleurs noirs, surtout pour les employer à des terrassements.
L'habitation de l'Européen aux colonies doit être salubre et confortable. Ces deux conditions sont des plus importantes, et sont, le plus souvent, mal réalisées. Elles dépendent de plusieurs facteurs : l'emplacement, l'exposition et l'aménagement intérieur.
I. Choix d'un emplacement. — L'emplacement doit être salubre, bien exposé, et situé sur un bon terrain. C'est faute d'avoir observé ces règles, que tant de villes, bâties dans les anciennes colonies, sont insalubres. Cette remarque s'applique aussi bien aux villes établies au début de la colonisation, au xvu° siècle, ‘qu'à celles dont la fondation est encore toute récente. C'est un fait de routine, qu'il est difficile de faire cesser. À Saïgon, par exemple les paillottes en bambou ont été cause de la mort d’une
grande quantité de fonctionnaires et de soldats ; la ville de Fort-de- France est bâtie sur un marécage: la Pointe-à-Pitre est construite dans un entonnoir marécageux, ainsi que Libreville. À Majunga, à Nouméa, on a choisi, pour les bâtiments de l'administration, les endroits les plus défavorables. Si, parfois, la présence d’un centre indigène, d'un marché important, a influé sur le choix de l'emplacement : si des conditions stratégiques ont pu entrer en ligne de compte lorsqu'il s’est agi d'établir un poste, ces considérations ne doivent plus avoir la même valeur lorsqu'il s’agit d'établir une habitation privée. Le choix de l'emplacement étant une chose capitale, le colon doit choisir l'endroit le plus avantageux qu'il peut trouver. Un plateau présentant une certaine élévation, un terrain sec et bien drainé constituent de bons emplacements. Le voisinage de la mer n'est pas toujours à rechercher, malgré la bonne influence de la brise, car la mer est souvent bordée (1) de marais salants qui sont un foyer intense de paludisme. Il vaudra mieux, dans ces cas, mettre l'habitation à une certaine distance de la mer.
On prétendait, autrefois, que les vents qui avaient passé sur des marais transportaient les germes de fièvre jusqu’à une certaine distance; on en faisait même des agents de transmission de la fièvre jaune; c’est là une opinion erronée; peut-être certains vents mettentils l'organisme humain en état de moindre résistance, mais ils ne servent qu'exceptionnellement, croyons-nous, de moyens de transport aux germes des maladies infectieuses ; la notion de la propagation du paludisme par les moustiques a d’ailleurs fait justice, en ce qui concerne la malaria, de la théorie exclusive de la contagion par l'air.
Il sera bon cependant de protéger l'habitation par un rideau d'arbres, situé à une certaine distance, et de ne jamais défricher et planter qu'à une certaine distance.
On doit rechercher autant que possible, pour construire une habitation un endroit un peu élevé, car l'altitude met, dans une certaine mesure, à l'abri du paludisme. On sait qu’à 200 ou 300 mètres de hauteur, les moustiques sont bien moins abondants que dans la plaine; en outre, par suite de la diminution de tension de la vapeur d'eau, le séjour, à une certaine altitude, est plus agréable. On recherchera donc tout d'abord un emplacement élevé.
Nature du sol. — Les qualités du sol, au point de vue de l'emplacement d'une habitation, dépendent de sa constitution géolo gique; mais on recherchera surtout un sol perméable (2). C'est pour cette raison que les errains siliceux, composés de roches
(1) Au Congo, par exemple. ; (2) Dans nos colonies ouest africaines, par exemple, une constitution géologique très répandue est constituée par une couche de latérite, amas d'une limonite
sableuse et argileuse contenant une forte proportion d'oxyde de fer qui lui donne une coloration rouge brun.
compactes et imperméables, les calcaires compacts en plaleaux horizontaux, sont de mauvais terrains: les premiers ne permettent pas d'évacuer les eaux; les seconds forment des marais lorsque l’eau de pluie y séjourne. D'ailleurs les formations calcaires présentent en général des inconvénients, parce qu'elles sont souvent fissurées et que les eaux usées peuvent se répandre jusqu'à la masse souterraine. Les calcaires compacls déclives sont au contraire excellents. Les terres argileuses, très abondantes sous les tropiques, absorbent bien l’eau, mais elles la retiennent et constituent ainsi des foyers d'humidité qui favorisent l’éclosion des moustiques et les fermentations bactériennes ; elles donnent en outre des eaux médiocres, dont la qualité n'est pas comparable à celle des sources qui sortent des terrains granitiques.
En général, il n’est pas bon de construire sur un sol sablonneux, parce que ce sol absorbe, pendant le jour, la chaleur du soleil, et, la nuit, répand celte chaleur par rayonnement. C'est néanmoins le meilleur des terrains au point de vue de la filtration des eaux. Pour la raison inverse, les sous-sols argileux et compacts, les gneiss, les granits schisteux sont mauvais; enfin, les terrains silico-ferrugineux sont insalubres.
De la perméabilité du sol dépend la qualité de ia nappe d'eau profonde. Après la pluie, l'eau pénètre à travers la terre végétale, et descend, en suivant les lois de la pesanteur, vers la couche imperméable au-dessus de laquelle elle séjourne. Elle forme ainsi une première nappe d’eau qui, dans nos pays tempérés, alimente les puits. Cette nappe joue un rôle important dans l'hygiène de l'habitation, aussi bien que dans celle des agglomérations qui vivent au-dessus. Suivant la nature du sol au travers duquel elle passe, elle se purifie, ou se charge au contraire de particules organiques qui la rendent impropre aux usages de l'habitant.
La température du sol est aussi un facteur important de salubrité dans les régions intertropicales. Elle joue d’ailleurs un rôle important dans la propagation des maladies infectieuses. On sait que les épidémies de choléra et de fièvre jaune subissent une recrudescence au moment des chaleurs: celles de peste, au contraire, s'arrêtent en général. Le microbe du choléra se développe à partir du moment où la température du sol dépasse 16°; celui de la peste meurt rapidement dès que la température s'élève.
Les vallées sont en général moins chaudes que les pentes des montagnes, surtout si ces pentes sont exposées au midi, dansl'hémisphère boréal. Dans les cuvettes sablonneuses, si fréquentes en Afrique, la température du sol peut atteindre 80°; la chaleur ainsi absorbée est émise par rayonnement, el contribue encore à échauffer l'air ; au Congo belge, on a remarqué qu'au voisinage du sol, la température était de 5 à 10 degrés supérieure à celle de l'atmosphère dans les couches plus élevées.
L'élévation de température agit en activant les échanges gazeux et l'évaporation du sol, dont la perméabilité se trouve accrue. Les terres légères, les terres de couleur sombre sont des terres très absorbantes ; ilen est de même de la terre qu'on cultive; or, si beaucoup de bactéries sporulées résistent aux températures élevées, la majeure partie des microbes pathogènes est tuée. À ce point de vue encore, les terrains crayeux et siliceux, qui sont peu absorbants, sont de mauvais terrains.
Souillures du sol. — Le sol est un véritable foyer de pullulation des bactéries, qui vivent dans les souillures qu'il contient. Ces souillures sont constituées par les immondices, les eaux usées, les détritus végétaux, les cadavres d'animaux. Répandues à la surface, elles s'enfoncent à une certaine profondeur, d'autant moins vite que le sol estmoins perméable, mais sont ramenées à la surface par les plantes, les bouleversements de terrains, et surtout par les vers de terre ou par des larves d'insectes. Elles sont en grande partie Luées par la lumière solaire, la chaleur, les espèces saprophytes, mais peuvent être transportées par les vents, à de très grandes distances.
Quant à la vapeur d’eau qui s'élève du sol, elle ne contient, contrairement à une théorie ancienne, aucun microbe; l’on sait que l'évaporation n'enlève jamais aucune particule organisée à un liquide quelconque.
Assainissement du sol. — Une fois l'emplacement choisi, il faut assainir le terrain, lorsqu'il est dans des conditions défectueuses, au point de vue de l'écoulement des eaux autour des habitations.
Autrefois, l'incurie, à ce point de vue, était notoire : pour établir une maison, on déblayait le terrain, on creusait les fondations ; on élevait les murs, en se contentant de creuser tout autour de petites rigoles, pour recevoir l'eau du toit. Ces moyens étaient insuffisants. IL faut, au contraire, avoir toujours soin de drainer préalablement le sol. Cependant, si le sol est constitué par une couche profonde de sable dur, le drainage sera inutile, le sable étant le meilleur filtre des eaux pluviales ou ménagères.
Pour rendre salubre le sol sur lequel s’élèvera la maison, il se présente diverses opérations, suivant la nature du lieu : on devra faire soit le défrichement, soit le déboisement, soit l’asséchement, soit le blindage de la surface du sol, occupé par la maison.
Il peut se présenter deux cas.
En premier lieu, comme dans le Sahara ou le Soudan, il n'existe pas de végétation.
En second lieu, la surface du sol est couverte de végétation ou par une forêt. Il faudra défricher ou déboiser.
Les forêts ont pour effet d'attirer les pluies, et, d'autre part, elles facilitent l'absorption des eaux par le sol. Mais il y règne une chaleur intense et surtout une humidité qui sont très insalubres;
han
l'intérieur des forêts tropicales présente le maximum d'insalubrité, car presque toutes sont des foyers de paludisme. Il faudra donc éviter de construire l'habitation en forêt.
Défrichement.— La culture divise et draine le sol ; elle facilite les échanges du sol avec l'atmosphère et contribue à augmenter la perméabilité du sol.
Déboisement. — Le déboisement, fait d'une facon modérée, dans un pays à végétalion luxuriante, est, avec la culture, un excellent procédé d'assainissement : cependant, il faut se garder de faire des coupes rases; on devra conserver, à une certaine distance, des bouquets d'arbres destinés à former rideau, pour protéger l'habitation contre les vents insalubres.
D'ailleurs, il ne faut pas oublier que le déboisement et le défrichement sont des opérations très dangereuses; c'est, comme le disait Vallin, la première tranchée ouverte sous le feu de l'ennemi ; nous rappellerons, à ce sujet, les travaux de la route de Majunga à Antananarive, pendant lesquels le corps du génie eut 387 décès sur 600 hommes.
Asséchement. — Si le terrain sur lequel on veut s'établir est humide ou marécageux; s’il existe des marais dans le voisinage, il faudra pratiquer l’asséchement. On peut employer, pour cela, des procédés divers dont les uns, comme le boisement, suffisentpour les terrains simplement humides; d'autres, comme le drainage, l’avivement, l’asséchement, le comblement, le colmatage, conviennent aux terrains marécageux, où aux marais.
Boisement. — Dans certaines régions, le boisement bien fait, au moyen de certaines essences, pourra être d’un grand secours pour assainir un point déterminé ; il faudra employer surtout l’eucalyptus, en choisissant les différentes variétés d'eucalyptus : globulus, gigantea, glauca, amygdalina: toutes ces essences seront excellentes, grâce à l’asséchement intense qu'elles produiront. En effet, un eucalyptus absorbe dans le sol, par ses racines, une quantité d’eau cent fois plus grande que celle qui suffirait à la nourriture de l'arbre, et qui égale en poids dix fois le poids de l'arbre lui-mème.
Parmi les nombreuses régions assainies au moyen de l’eucalyptus, nous citerons la campagne romaine et l'Algérie.
D'ailleurs, l'eucalyptus peut être remplacé par d'autres essences d'arbres : on attribue, en effet, la salubrité du climat de la Nouvelle- Calédonie à un arbre qu'on appelle le naouli; de même, les bambous ont un pouvoir asséchant très marqué, grâce à l'extrème rapidité avec laquelle ils peuvent pousser sous les tropiques, rapidité qui atteint parfois 60 centimètres par vingt-quatre heures, On comprend alors quelle quantité formidable de matières siliceuses et surtout d eau peut enlever au sol une plantation de bambous sur un terrain fertile. À la Réunion, l'essence que l'on choisit pour dessécher le sol est le
filao. Enfin, le pin tournesol, le houblon, le paulownia imperialis, et, en dernier lieu, le gazonnement du sol autour de la maison sont également d'excellents moyens d'assainissement (Reynaud). Drainage (fig. 9). — Il peut se faire, lorsqu'une ville s'étend, que l'on ait affaire à des marais. À ce point de vue, il y a quelques notions importantes à connaitre en ce qui concerne l'assainissement d'une contrée marécageuse. Dans un terrain d'alluvions, le drainage n'est pas indispensable ; il le devient au contraire, si la couche d'argile est
Fig. 9. — Drainage.
a, Coupe d'une tranchée de drainage; b, drain; c, deux tubes réunis par un co!lier ; d, jonction d'un drain ordinaire avec un drain spécial.
voisine du sol, car, sans cette précaution, on s’exposerait à voir Les eaux stagner. À Dakar, par exemple, le sol est constitué par du sable argileux, ferrugineux, auquel succède une couche de roche dure, imperméable, c'est un type de sous-sol insalubre.
Le drainage est donc une condition indispensable à la salubrité d'un sol. Si l'on a choisi, pour construire la maison, le terrain en pente que nous avons recommandé, il sera facile de l'assécher, au moyen d'un fossé creusé perpendiculairement à la ligne de pente, fossé qui aboutit à un collecteur qui transporte l’eau sur la ligne du thalweg.
Si l’on n'a pas pu trouver un terrain en pente, l'asséchemeut sera plus difficile : il faudra employer des drains, c'est-à-dire des tuyaux en béton de 0",33 de diamètre en général, percés de trous. On place ces drains de 2 en 2 mètres, de manière à former une ligne continue ; les drains aboutissent à des collecteurs qui déversent l'eau enlevée au sol.
Si le drainage est indispensable en Europe, il l'est encore bien plus aux colonies. En effet, dans certains endroits, la terre végétale,
contenant beaucoup de matières organiques et des détritus nombreux susceptibles de putréfaction, peut constituer au premier chef, sous l'influence de la chaleur humide, une cause d'insalubrité.
Avivement d'un marais. — L'avivement a pour but de supprimer les parties d'un marais où d’un canal vaseux qui restent à découvert pendant un certain temps ; le cas se produit lorsque, les bords étant en pente douce, un mouvement de marée laisse à découvert de grands espaces de vase. Pour aviver le marais ainsi conslitué, il suffit de trancher verticalement les bords, d'enlever les boues, afin de transformer le marais ou le canal en un bassin à bords droits. De même, lorsque l'on se trouvera en présence de lagunes communiquant avec la mer, il faudra en ouvrir largement le goulet, et l'approfondir ; au besoin même, on barrera ce goulet par une vanne, qui, fermée au moment de la pleine mer, formera de la lagune un bassin de chasse que l'on laissera se déverser à marée basse, afin que toute l’eau qu'il contient entraine les boues qui obstruent le goulet. Le mélange d’eau douce et d’eau salée, stagnant ensemble, est toujours et partout, même en France, un foyer d'insalubrité, le paludisme y régnant souvent.
Desséchement. — Le desséchement d'un marais peut se faire de différentes facons :
Les marais peu étendus peuvent être asséchés à ciel ouvert, au moyen de canaux, mais seulement lorsque l'on peut utiliser une pente; c’est, en réalité, un drainage à ciel ouvert ; au contraire, on peut, comme on l’a fait dans la campagne romaine, percer la couche imperméable qui forme le fond du marais et envoyer l’eau dans les profondeurs du sol perméable ; enfin, on peut pomper l’eau, soit au moyen de moulins à vent, comme on l’a fait en Hollande, soit au moyen de machines à vapeur ou à pétrole.
Lorsque le fond du marais est asséché, on le draine, en le sillonnant de canaux qu'on réunit entre eux, puis, après desséchement complet, on y fait de la culture.
Comblement. — Le comblement d'un marais se définit de luimême. C'est sur des marais comblés que sont bâtis Saïgon, Haïphong, Hanoï.
Colmatage.— Enfin, il existe encore un autre moyen d’assainir un endroit marécageux, c'est de régler l'apport des fleuves dans les marais. Les fleuves tropicaux, dont les crues atteignent parfois 8 à 9 mètres, laissent, en se retirant, une couche de limon de 40 à 60 centimètres. Ce limon peut être utilisé pour combler un marais, si l'on prend soin de régler l'accès du fleuve dans toutes les cuvelles et dans les dépressions à combler.
Ces divers procédés ont été employés dans différents pays, en Algérie, dans les États-Unis du Sud, dans la campagne romaine, à Long-Island, où l'on faisait encore, l'année dernière, des travaux
d'assainissement destinés à faire disparaitre les moustiques.
Blindage.— D'une manière générale, l'habitation doit être élevée au-dessus du sol, de façon que l'air puisse facilement circuler audessous. Toutefois, sur certains sols, les sols alluvionnaires par
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