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IV. — AGGLOMERATIONS URBAINES

La malheureuse ville de Saint-Pierre, malgré un emplacement défectueux, était la ville la mieux construite des Antilles, mais construite à l'européenne. Les maisons étaient généralement vastes, bien aérées et, somme toute, assez confortables.

VOIRIE. — La ville de Fort-de-France est édifiée sur des terrains alluvionnaires. La nappe souterraine est à peine à 1 mètre du sol; aussi la ville et la banlieue sont-elles souvent inondées pendant les grandes pluies de l'hivernage.

Les rues, tirées au cordeau, sont trop étroites pour une ville coloniale. La ville est bien aérée, possède de nombreuses places ombragées d'arbres et plus ou moins bien entretenues.

Les égouts sont inconnus; leur établissement serait du reste très difficile en raison de la nature du sol. L’eau circule dans des canaux ouverts situés de chaque côté des rues, entre la chaussée et les

trottoirs. L'eau manque souvent dans ces canaux, où viennent s'ouvrir les dalots des maisons.

Les maisons sont le plus souvent en bordure sur la rue, accolées les unes aux autres: peu d’entre elles sont entre cour et jardin. Après l'incendie de 1890, les maisons, presque toutes détruites, ont été reconstruites en pierre ou en briques. Ces maisons nouvelles sont généralement confortables, mais, dépourvues de vérandas, elles n'ont rien de la maison coloniale.

Les autres agglomérations de la Martinique ne sont que des villages plus ou moins étendus, construits, comme Fort-de-France, sans que généralement on ait tenu compte des nécessités de la vie coloniale. Quelques-uns sont très misérables.

La Pointe-à-Pitre a été édifiée sur des terrains marécageux. Par sa situation dans un bas-fond, par la direction de la brise régnante, venant de terre, elle est insuffisamment ventilée, et la chaleur y est plus intolérable que dans tous les autres points de la colonie. Le choix d’un tel emplacement ne peut se justifier que par les besoins de la marine et du commerce, qui ont forcément placé leurs premiers établissements sur la seule bonne rade du pays.

Les rares égouts qui existent sont le plus souvent mal construits et manquent de la pente nécessaire.

Encore moins que Fort-de-France, la Pointe-à-Pitre présente l'aspect d’une ville coloniale. Les rues, qui se coupent en damier, n’ont pas une largeur suffisante pour permettre des plantations d'arbres.

La Basse-Terre est un gros village qui ne doit son importance qu’à la présence du gouvernement et des grandes administrations. Elle est construite, comme la Pointe-à-Pitre, sans aucune préoccupation des règles de l'hygiène et sans aucun sentiment de confort. La ville ne possède pas d'égouts, faciles à établir cependant.

Aussi bien à la Martinique qu’à la Guadeloupe et particulièrement dans cette dernière colonie, la propreté des villes laisse souvent à désirer ; les rues sont mal entretenues, les rares égouts ou les canaux d'évacuation à ciel ouvert manquent souvent d’eau. Le service des vidanges est mal fait et d’une façon irrégulière.

En résumé, l'hygiène ne semble pas beaucoup préoccuper les municipalités, et celles qui seraient disposées à s'y intéresser sont arrêtées par des difficultés budgétaires,

HABITATIONS. — Il s’en faut de beaucoup que les habitations des Antilles répondent aux nécessités du climat. Dans les villes, les maisons s'ouvrent presque toujours directement sur la rue; elles sont rarement pourvues de vérandas.

Quant aux matériaux de construction, la crainte très justifiée des tremblements de terre, succédant à celle non moins légitime des incendies, a fait successivement employer d’une façon exclusive le bois ou la maçonnerie. C’est ainsi que Fort-de-France a été alternativement construite, à plusieurs reprises, en pierre ou en bois, selon la succession des fléaux qui chaque fois avaient détruit la ville,

non sans faire de nombreuses victimes. La ville de la Pointe-à-Pitre a subi les mêmes vicissitudes.

À Fort-de-France, après l'incendie de 1890, on a imposé la construction en pierres ou briques avec armature en fer ou bois, toutes les maisons devant être séparées par des pignons très élevés, les isolant les unes des autres.

Le mode de construction à adopter pour des villes édifiées comme celles qui nous occupent sur des terrains alluvionnaires, dans des pays à tremblements de terre, doit être le fer et la brique. Les maisons ne doivent comporter qu'un seul étage, ou deux au plus. Les rez-de-chaussées devront être élevés de 50 à 75 centimètres au moins au-dessus du sol. Ce qui ne se fait presque jamais aux Antilles.

Partout les séparations et les parquets des étages et les plafonds sont en bois. Les maisons ont ainsi l'inconvénient d'être très sonores; du reste, tout autre mode de construction semble impossible aux Antilles.

Dans les villes et à la campagne, on emploie, depuis quelques années, la tôle ondulée pour les toitures. Cette innovation n'est pas heureuse, en raison du pouvoir échauffant de la tôle. Généralement les maisons sont couvertes en tuiles du pays ou en essentes (bardeaux). Les essentes, beaucoup plus légères, durent autant que la tuile et résistent mieux aux ouragans ; par contre, elles présentent le grand inconvénient de se prêter plus facilement à la propagation des incendies. Les toitures en ardoises sont inconnues.

A la campagne, l'habitation du colon aisé est généralement mieux comprise qu'en ville: elle est entourée de vérandas persiennées. Beaucoup de maisons ne comportent qu'un rez-de-chaussée et un galetas situé immédiatement sous la toiture. Les soubassements sont rarement assez élevés pour soustraire le parquet à l'action de l'humidité.

Généralement il n'est tenu aucun compte des conditions d’orientalion et de ventilation, qui demandent cependant à être étudiées aux colonies, encore plus qu’en Europe.

Enfin les water-closets, quand ils existent, laissent beaucoup à désirer. Les vidanges se font au moyen de tinettes mobiles ou de vases en terre, dits marseillais.

Quant aux habitations des classes pauvres, elles échappent à toute description : en ville ou dans les banlieues des villes et des bourgs, le bois des caisses d'emballage et le fer-blanc des touques à pétrole en sont les matériaux habituels. Elles peuvent être comparées à celles que nous voyons s'épanouir au voisinage des fortifications, et qui servent de refuge aux chiffonniers et à tous les déshérités de la vie. Nous devons ajouter que ce système de construction présente moins d'inconvénients sous le climat des Antilles que sous celui de Paris.

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