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SANATORIUMS ET CAMPS DE DISSÉMINATION

Des chaumières plus ou moins bien construites servent d’habitation aux ouvriers de la campagne.

Aux Antilles, il n'est pas encore question de construire des habitaüons à bon marché pour les ouvriers ; il y aurait cependant beaucoup à faire dans ce sens.

En résumé, l'hygiène de l'habitation laisse beaucoup à désirer dans nos colonies des Antilles, qui sont loin d'être en progrès à ce point de vue. Le contraire serait plutôt vrai.

Les grandes exploitations agricoles, usines à sucre et distilleries, sont généralement bien installées et ne sont ni mieux, ni plus mal comprises, au point de vue de l'hygiène, que les établissements similaires de la métropole.

SANATORIUMS ET CAMPS DE DISSÉMINATION. — Pendant la saison chaude, les colons aisés et les fonctionnaires se retirent dans des villas construites aux environs, ou même à une certaine distance des villes. À la Guadeloupe particulièrement et autrefois aux environs de la ville de Saint-Pierre, certaines agglomérations de ces villas forment de véritables villes de santé. Situées à des altitudes plus ou moins élevées, ces habitations, généralement assez bien comprises, permettent aux colons et aux fonctionnaires de se soustraire aux températures accablantes de l’hivernage. Les nuits, toujours fraiches, leur assurent un repos bienfaisant.

A la Martinique, pendant les périodes d’épidémies de fièvre jaune, les troupes sont généralement disséminées sur les points de l'île qui, par leur altitude, leur isolement relatif, paraissent susceptibles de donner le maximum de garantie. En tout temps la garnison bénéficie d'un sanatorium placé dans d'excellentes conditions. C'est celui du « camp Balata », situé à 438 mètres d'altitude, à 9 kilomètres du chef-lieu, avec lequel il communique par une belle route. La température moyenne y est de 22°,7. Le camp se trouve sur la même ligne isotherme que le Caire, alors que Fort-de-France est sur celle de Calcutta (1).

Balata possède une grande caserne à étage avec combles, rez-dechaussée surélevé et vérandas de 3 mètres. Cette caserne peut recevoir deux cents hommes, une infirmerie, des logements pour les officiers, etc. Le camp est alimenté d'eau de source d'excellente qualité.

Malgré l'humidité très grande qui règne à Balata, humidité inévitable aux Antilles dès que l'on atteint une certaine altitude, le choix de ce point est très heureux. La fièvre typhoïde et la dysenterie ont été constatées à Balata à la suite de certains travaux de terrassement. Par contre, on n'y a jamais constaté d'épidémie de fièvre jaune. Des cas provenant du chef-lieu y ont évolué en partie

(1) KermonGanr, Annales d'hyg. el de méd. coloniales, 1899; Sanatoria aux colonies, p. 346.

sans jamais former de foyer. Disons en passant que les moustiques et même les Siegomyia n'y sont pas rares.

Sur la même route, à une lieue plus loin et à 520 mètres d'altitude, se trouve un autre sanatorium affecté à l'artillerie. C'est le « camp de Colson », qui est loin d'être aussi confortable que Balata.

Ces camps situés au milieu des bois, dans une région très pluvieuse, sont nécessairement très humides et doivent être comme tels rejetés, comme lieux de convalescence pour les hommes atteints de certaines affections, dysenteries et maladies des voies respiratoires surtout.

Ces camps sont insuffisants pour recevoir toute la garnison en temps d'épidémie de fièvre jaune, ou simplement pendant la mauvaise saison.

La garnison de la Martinique, point d'appui de la flotte, doit forcément devenir très importante ; aussi faut-il dès maintenant songer à édifier sur les hauteurs de la colonie, autant que possible loin des agglomérations, des casernes susceptibles de recevoir toute la garnison dans des conditions suffisantes de confort.

La Guadeloupe possède un sanatorium officiel très confortable, c'est celui du « camp Jacob » situé à 6 kilomètres de la Basse-Terre, à 545 mètres d’altitude. La température moyenne annuelle y est de 21°,5, inférieure de 5° à celle de la Basse-Terre. Le camp comporte des casernes très bien construites, un hôpital de 120 litset toutes les dépendances nécessaires.

Aussi le gouverneur, les fonctionnaires et la garnison y résident-ils en tout temps. Et le camp est devenu une agglomération importante.

Il est certain que, dans ces conditions, le défaut d'isolement fait que le « camp Jacob » ne peut offrir qu'une sécurité relative en temps d'épidémie.

Le bourg du « Matoubo », à 96 mètres d'altitude au-dessus du « camp Jacob », constitue un excellent sanatorium qui a été souvent occupé en temps d'épidémie. Ce bourg est devenu un centre important et le lieu de rendez-vous des convalescents qui n’appartiennent pas à l'administration.

D'autres sanatoriums de moindre importance se sont créés sur les hauteurs du Petit-Bourg, de Sainte-Rose, à Gourbeyre, etc.

Ces sanatoriums, comme ceux de la Martinique, sont généralement très humides et doivent être rejetés pour certains convalescents. En ce qui touche la dysenterie, les altitudes élevées sont très dangereuses ; 1! est très fréquent de voir la maladie rechuter et s’accompagner d’abcès du foie. À la Martinique, diriger un convalescent de dysenterie à Balata ou sur tout autre sanatorium des pitons, c'est en quelque sorte en faire la victime de l'hépatite suppurée.

Pendant les épidémies de fièvre jaune, ces sanatoriums sont excellents en tant que camps de dissémination, mais le transport de

la garnison n'a pas toujours arrêté le développement de la maladie. I y a lieu cependant de faire une exception pour le « camp Balata », où la fièvre jaune n'a jamais sévi.

En 1879-1880, la garnison de Fort-de-France, lransportée au « Gros- Morne » (500 mètres d'altitude), a non seulement gravement souffert mais encore a contaminé la population blanche et même noire de la localité.

De graves épidémies de fièvre jaune ont été constatées au « camp Jacob ». C'est ainsi que de mars à août 1844 le typhus amaril a causé 114 cas et 33 décès parmi une garnison de 627 hommes. La maladie y a fait depuis de très nombreuses apparitions. Les moustiques et particulièrement les Slegomyia sont aussi nombreux au « camp Jacob » qu'à la Basse-Terre.

Le « Matouba » semble jouir d'une immunité relative plus grande. L'altitude de 611 mètres est inférieure de 159 mètres à celle qu'à tort ou à raison Simond et Marchoux assignent comme limite minima à l'immunité (1).

Ces réserves faites, il est certain que le « camp Jacob » et surtout le « Matouba » offrent beaucoup plus de chances de préservation contre le typhus amaril que le littoral. Cette immunité relative est le résultat non seulement de l'altitude, mais aussi des températures moyennes moins élevées, de l'éloignement des foyers épidémiques, de l'isolement relatif, du repos physique et moral. Bien des épidémies se sont développées ou du moins ont été singulièrement aggravées par des travaux pénibles de terrassement ou d'aménagement.

En ce qui touche les affections d'origine paludéenne, le séjour sur les hauteurs des Antilles donne des résultats excellents, à condition, toutefois, que les convalescents aient soin de porter des vêtements suffisamment chauds, le moindre refroidissement pouvant déterminer des accès paludéens plus ou moins graves. Les sujets anémiés, surmenés, se trouvent très bien du séjour dans ces sanatoriums.

On rencontre aux Antilles de nombreuses sources d’eaux minérales susceptibles de donner de bons résultats dans le traitement des affections tropicales, et quelques-unes de ces stations hydrominérales constituent de plus de véritables sanatoriums (2).

Industries agricoles. — Les Antilles sont avant tout des pays agricoles, et leurs seules industries importantes relèvent de l’agri-

(1) CassaGnou, La fièvre jaune sur les hauteurs de la Guadeloupe. Ann. d'hyg. el de méd. coloniales, 190%.

(2) KermorGanr, Eaux minérales des colonies françaises. Ann. d'hyg.et de méd. coloniales, 1901.

culture : fabrication du sucre de canne, distilleries de tafia, vanilleries, manipulations du café et du cacao, etc.

Les maladies conséquences de ces industries donnent lieu à peu d'observations spéciales.

Les coupeurs de cannes et tous les ouvriers des champs sont très exposés aux piqûres du « Bothrops lancéolé », serpent fer de lance, très commun à la Martinique, alors qu'il ne peut vivre à la Guadeloupe, sans que l'on ait pu trouver la raison de cette immunité spéciale.

Les mesures prises pour arriver à la destruction de ce dangereux reptile ont donné des résultats médiocres. Les ouvriers des champs sont d'autant plus exposés à leurs piqûres, souvent mortelles, qu'ils travaillent constamment pieds et jambes nus.

Le sérum de (Calmette employé à temps donne des succès certains.

Les ouvriers des usines à sucre et des distilleries ne présentent aucune maladie particulière ; ceux des distilleries font une consommation énorme de tafia, et nombre d'entre eux en boivent jusqu'à 1 litre par jour.

L'industrie de la vanille a pris une certaine extension à la Guadeloupe; les ouvriers et surtout les ouvrières qui sont employés aux différentes manipulations que nécessite la préparation de cette denrée sont victimes d'accidents plus ou moins graves connus sous le nom de Vanillisme. Certains sujets présentent une très grande susceptibilité vis-à-vis de ces accidents.

L'intoxication peut intéresser tous ou presque tous les organes. Au moment de la cueillette, les gousses contiennent une huile qui détermine une cuisson très désagréable et parfois une éruption papulo-maculeuse plus ou moins étendue, susceptible de se généraliser même sur les parties couvertes. La démangeaison produite est quelquefois le point de départ de plaies et d'ulcères d'une certaine étendue.

D'après Guérin (1), le simple séjour dans les salles de préparation suffit pour produire ces accidents, que l’on constaterait même chez les habitants des immeubles voisins des ateliers.

Toutes les muqueuses des ouvertures naturelles peuvent être atteintes, d'où des blépharites, des rhinites et des inflammations vaginales fort désagréables. Guérin aurait constaté de la rétinite, de la chorio-rétinite et même des accidents sub-glaucomateux, s'amendant facilement avec la cessation du travail. Ilse demande s'il ne faudrait pas chercher dans l'intoxication due à la vanille la cause des glaucomes vrais, très fréquents à la Guadeloupe.

(1) GuéRIN, Accidents dus à la manipulation de la vanille. Archives de médecine navale et coloniale, 1894. — DrEvon, Vanillisme. — Ann. d'hyg. et de méd. coloniales, 1899.

Les ouvriers présentent des troubles nerveux variés : hallucinations, insomnie, angoisse allant jusqu'à la syncope, palpitations et symptômes de cardiopathie grave, sans lésions organiques et des troubles gastro-intestinaux : inappétence, vomissements, coliques, diarrhée, ténesme et même quelquefois des évacuations dysentériformes.

La vanille agit comme un emménagogue puissant et mème comme aphrodisiaque, propriétés exploitées aux Antilles d'une façon courante.

Les femmes qui manient cette denrée sont, suivant l'expression consacrée, « toujours dans le sang ». Les affections utérines, allant parfois jusqu’à l'endométrite totale, sont très fréquentes chez les vamilleuses, qui arrivent parfois à un état cachectique dont elles ne peuvent se débarrasser, même en cessant de fréquenter les ateliers. Tous ces accidents ne seraient pas, comme on l'a dit, dus à des moisissures, car la vanille fraîchement préparée les détermine.

Guérin considère le vanillisme commeun véritable hydrocarburisme professionnel.

Cette industrie sidangereuse n’est l’objet d'aucune réglementation, et cependant elle nécessiterait une surveillance attentive portant sur l'emplacement des ateliers, leur aménagement etle choix du personnel.

Les ateliers devraient être établis à une certaine distance des habitations, être vastes et bien ventilés. Les filles, au moment de la puberté et les femmes en état de grossesse, devraient en être exclues ; il serait même préférable de n'employer que des hommes à la manipulation de la vanille. La durée du travail, fixée à un maximum de cinq heures, devrait être entrecoupée de repos en plein air.

Pêcheries. — Le poisson est très abondant sur les côtes des Antilles, et les pêcheurs sont nombreux. A certaines époques de l’année, la pêche du thon se pratique sur une vaste échelle. On constate chez les hommes qui se livrent à cette pêche des arthrites et des ankyloses portant sur les articulations des premières avec les deuxièmes phalanges de l’annulaire et du petit doigt, qui sont immobilisés dans le demi-flexion (1).

Cette lésion est la résultante de contusions successives produites par la ligne de pêche filée sur une très grande longueur, les doigts formant poulie, afin d'éviter que le poisson amorcé ne rompe cette ligne. Les pêcheurs des côtes de France ont la précaution de se garnir les mains de gants en toile à voile et fourrés, précaution que ne prennent pas les pêcheurs des Antilles. Il est vrai que cette petite infirmité n'empêche nullement ceux qui en sont porteurs de continuer leur rude métier et d'être des canotiers excellents

et très endurants (2).

(1) Cette lésion peut présenter de l'importance au point de vue de la levée des

inscrits maritimes.

(2) Impotence fonctionnelle chez les pêcheurs de thon aux Antilles. Ann. d'hyg.

et de méd. coloniales, 1901.

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