MALADIES VÉNÉRIENNES. — SYPHILIS
à ceux des grands hôpitaux de la métropole. Par contre, sur 834 décès constatés à l’hospice, nous comptons 241 pour tuberculose pulmonaire, 28,8 p. 100. Le chiffre des décès par rapport aux entrées pour la même affection est également très élevé, soit plus de 75 p. 100, Ces chiffres semblent indiquer que l'affection serait plus grave que dans la métropole, mais il faut tenir compte de ce fait que les tuberculeux qui entrent dans les hôpitaux civils appartiennent à la partie la plus misérable de la population et qu'ils n'entrent à l'hôpital que pour y mourir.
Cassagnou considère que la tuberculose est très fréquente à la Guadeloupe et compte pour beaucoup dans les rapatriements.
La statistique portant sur une période de dix années, pour les hôpitaux militaires, montre que la tuberculose détermine 3,10 p. 100 des entrées et 18 p. 100 des décès.
Pour une période de neuf années à l'hôpital civil de la Basse-Terre, sur 3852 entrées, on compte 199 pour tuberculose, soit 5,16 p. 100. Sur un total de 784 décès, on compte 132 pour tuberculose, soit 16,83 p. 100. Les 199 tuberculeux entrés ont fourni 132 décès, 66,3 p. 100.
Il semble résulter de ces chiffres que la tuberculose est moins fréquente et moins grave à la Guadeloupe qu'à la Martinique.
Aux Antilles, c'est pendant la saison de l’hivernage que l'affection se manifeste chez les Européens, et pendant la saison fraîche que les créoles sont plutôt atteints, ou mieux que la maladie évolue plus rapidement.
Il n'existe aux Antilles aucun sanatorium pour tuberculeux; du reste les hauteurs trop humides se prêtent fort peu à une installation de ce genre.
MALADIES VÉNÉRIENNES. — SYPHILIS. — Ces affections sont excessivement fréquentes aux Antilles et sévissent nécessairement avec plus d'intensité dans les villes que dans les campagnes. Les facteurs de propagation sont nombreux : les mœurs sont très faciles et les femmes qui se livrent à la prostitution ne sont soumises, quand elles le sont, qu'à une surveillance aussi paternelle qu'illusoire.
Fort-de-France est le port de ravitaillement des paquebots de la Compagnie générale Transatlantique qui desservent les Antilles et l'Amérique centrale, d'où un mouvement continuel de voyageurs qui importent ou exportent avec une égale facilité les maladies vénériennes et notamment la syphilis. Aussi cette affection prend-elle chaque jour un développement plus considérable. Certes les autorités sanitaires ne manquent pas d'attirer l'attention sur ce danger, mais elles se heurtent à une apathie et à un mauvais vouloir contre lesquels viennent se briser les meilleures bonnes volontés.
Peu de militaires échappent à la contagion pendant leur séjour
colonial. Kermorgant (1) estime que les maladies vénériennes fournissent aux hôpitaux de la Martinique plus de 25 p. 100 des entrées : de plus, nombre de malades sont traités dans les infirmeries ou à domicile. ;
La Guadeloupe est contaminée surtout par la Pointe-à-Pitre, centre commercial, car les affections vénériennes sont beaucoup plus rares à la Basse-Terre, qui n'a que des communications indirectes avec l'extérieur. Les troupes venant de la métropole contribuent dans une large mesure à la propagation de la syphilis. En 1893, un contingent, arrivant de France, a fourni à l'hôpital du camp Jacob 16 vénériens sur 55 malades. En 1870, un effectif de 70 soldats a fourni 82 entrées.
En résumé, la syphilis est plus fréquente dansles villes des Antilles que dans la métropole, mais il ne semble pas que l'affection y soit en général plus grave. La gravité des cas que l'on y observe tient à ce fait que la syphilis est traitée avec dédain dans les basses classes de la société, qui se préoccupent fort peu de la soigner.
On compte bien aux Antilles quelques dispensaires qui fonctionnent mal ou pas du tout. Il a existé autrefois à la Martinique un service de mœurs qui a fonctionné d'une façon parfaite et donné d’excellents résultats. Mais ce service a disparu depuis longlemps, et les autorités, pas plus à la Martinique qu’à la Guadeloupe, ne semblent disposées à organiser d’une façon convenable la police des mœurs. Ceux qui ont habité ces colonies ne peuvent, il est vrai, s'empêcher de reconnaître que cette organisation, facile à concevoir, serait, les mœurs locales aidant, d’un fonctionnement bien difficile, sinon impossible ! Mais ce qui est possible et indispensable, c'est de soumettre les troupes à des visites sanitaires très sérieuses avant leur débarquement et souvent répétées pendant leur séjour dans la colonie.
MALADIES DE LA PEAU. — LÈPRE. — Parmiles maladies de la peau qui s'observent aux Antilles, la lèpre seule mérite de nous arrêter, en raison du nombre relativement élevé de lépreux que l’on y rencontre, sans que du reste la maladie y présente un caractère spécial quelconque.
Nous n'avons aucun renseignement touchant l'époque à laquelle la lèpre s'est manifestée pour la première fois aux Antilles ; sans affirmer qu’elle n'y existait pas avant l'arrivée des Européens, il est cerlain que l'immigration africaine a dû contribuer dans une large mesure à son développement.
Le premier et le seul dénombrement de lépreux fait à la Guadeloupe (en 1728) en fit découvrir 125 dont 22 blancs, sur une population de 43000 âmes, soit 2,3 p. 1 000. Si cette proportion de lépreux n'a pas
(1) KerworGanrT, Maladies vénériennes dans les colonies. Ann. d'hyg. et de méd. coloniales, 1903.