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Fig. 60. — Carte du paludisme en Indo-Chine.

mécanisme de l’action des cultures en rizières est plus difficile à

déterminer.

La rizière, en effet, nappe d’eau dormante où se trouve noyée une

végétation qui pousse d'une façon intensive sur le fond de vase, devrait constituer, semble-t-il, un milieu de choix pour la multiplication des moustiques. Nous pensons que, d'une manière générale, leurs larves y sont détruites par les petits poissons et les iooctes carnassiers qui pullulent dans les rizières. En ce qui concerne particulièrement les larves d’Anopheles, on sait que ces larves sont carnassières et se nourrissent soit d’autres larves de moustiques, soit d’animalcules aquatiques divers. Leur développement est donc lié à une condition d'alimentation que ne remplissent pas toutes les eaux. Il est possible que cette condition fasse défaut habituellement ou à certaines saisons dans les rizières, d’où la rareté et même l'absence en ces parages des espèces qui véhiculent le paludisme. D'autre part, Ed. et Et. Sergent ont constaté que l'élevage des larves d'Anopheles est facile, à la condition d'introduire dans l’eau certaines algues. Le développement de ces algues favorisantes peut être entravé par la mise en culture des marécages. Cette question, d'un haut intérêt hygiénique, mérite d'être approfondie.

Il suffit parfois que des conditions météorologiques viennent modifier le régime hydrologique d'un territoire cultivé pour en faire un foyer paludéen. C’est ce que nous avons pu observer en Annam dans la province de Binh-Dinh, au voisinage de la mer. En 1897, un raz de marée, déterminé par la coïncidence d'un typhon avec des pluies torrentielles, amena l'inondation des plaines alluvionnaires, qui s'étendent en fer à cheval, sur une longueur d'environ 30 kilomètres, entre la baie de Qui-Nhon et les montagnes. Le sol demeura couvert par les eaux durant plusieurs semaines. Après leur retrait, des cas de paludisme se manifestèrent dans quelques villages inondés situés au pied des montagnes. De là, la fièvre se répandit très rapidement dans tous les points habités de la région inondée jusqu'au bord de la mer, affectant l'allure d'une épidémie meurtrière. I n’est pour ainsi dire pas d’habitant de cette région qui ait échappé à l'impaludation. Des villages entiers ont disparu, et l’on peut évaluer à 3000 le nombre des décès occasionnés par cette épidémie, de 1897 à 1900, sur une population rurale comptant 15000 à 20 000 habitants.

Il va de soi qu'une étendue aussi vaste qu'est la zone paludéenne indo-chinoise, telle que nous l'avons définie, ne saurait être également dangereuse en tous ses points. Dans cette zone, on peut distinguer des foyers intenses situés généralement dans la région montagneuse au voisinage des parties boisées et des régions presque salubres, petits îlots formés par les parties bien cultivées où sont installés, de longue date, des villages importants.

On peut observer toutes les formes cliniques; toutefois les formes lierce et quarte d'emblée sont l'exception. Un grand nombre de cas affectent, à leur début, le type continu avec de très légères rémittences vespérales et un état typhique plus ou moins marqué.

Après quinze à vingt-cinq jours le plus souvent, quelquefois plus tôt, la température tombe et le malade paraît guéri. Cette guérison n’est pas effective ; en général, des rechutes se produisent au bout d'un temps très variable, soit de nouveau avec un type continu, soit avec l'allure intermittente.

D'autres fois l'atteinte du début est une fièvre intermittente quotidienne, à accès séparés par une rémission nocturne bien marquée. Le type quotidien se maintient pendant quelques jours, quatre ou cinq d'ordinaire, puis il est remplacé par un autre. Les accès, alors, se manifestent à de longs intervalles réguliers de douze jours le plus souvent, parfois de vingt-huit ou trente. Parfois, les retours se produisent à des intervalles irréguliers et par séries d'accès tierces ou quotidiens.

Les accès pernicieux sont peu fréquents. On les observe surtout sur des sujets qui ont éprouvé déjà, à plusieurs reprises, des manifestations paludéennes. Quelquefois, au cours d'une première atteinte de fièvre paludéenne à type continu, les symptômes de l'accès pernicieux se manifestent brusquement, et le malade est emporté. On trouve à l'autopsie les capillaires du cerveau et la rate bourrés de corps de Laveran, de la variété caractérisée par des formes amiboïdes très petites, pourvues d'un seul grain de pigment et des rosaces, également de petites dimensions, qui fournissent six à sept mérozoïtes.

Le problème de l'unité ou de la pluralité des espèces de Hæmamæba malariæ n'est point résolu jusqu’à ce jour. Nous avons observé en Indo-Chine toutes les variétés connues que peuvent présenter, dans le sang, les formes de chaque stade du protozoaire.

Aucune période de l’année n’est absolument indemne de paludisme. Certaines saisons néanmoins sont particulièrement favorables à son éclosion. Telle est, pour chacun des climats que nous avons considérés, celle qui précède la période pluvieuse : en général, mai et juin. En outre, certaines régions voient le paludisme s’accroître au moment du retrait des eaux d'inondation. C'est le cas du Cambodge, où les eaux du Mékong rentrent dans leur lit versle mois de décembre. La période qui suit ce phénomène (janvier à mars) est la plus mauvaise de l’année.

Dans le Haut-Tonkin, les Anopheles sont particulièrement abondants pendant la saison estivale, d'avril à octobre; ils se raréfient pendant la saison fraiche. C'est aussi pendant cette dernière saison qu'on observe le moins de cas nouveaux de paludisme.

La faune anophélienne indo-chinoise est loin d'être complètement étudiée. Les recherches des médecins des troupes coloniales ont fait

-connaître quelques-unes des espèces qui y sont répandues.

On a rencontré en Cochinchine Mysomia Rossi, qui ne paraît pas servir de véhicule au paludisme, et Myzorhynchus sinensis; au Cambodge, Anopheles Martini et Anopheles Pursali; au Tonkin, An0o-

pheles pseudopictus et Myzorhynchus pseudopiclus ; en Annam, Pyretophorus jeyporensis, Myzorhynchus sinensis et Cellia Kochi.

Nous avons indiqué les aptitudes plus ou moins marquées des races indigènes à contracter le paludisme et noté que celles qui habitent les deltas et en général la zone non palustre sont les moins résistantes. Il estintéressant de constater que la raceeuropéenne estencore moins résistante que celles-ci. La comparaison des invalidations et des décès par impaludisme, d'une part, chez les troupes annamites, d'autre part, chez les troupes françaises qui occupent côte à côte les mêmes postes insalubres du Haut-Tonkin, nous a montré une infériorité notable de l'Européen vis-à-vis de l’'endémie.

Il résulte de ce qui précède qu'on est, en Indo-Chine, exposé au paludisme dès qu'on s'écarte des centres habités situés dans les régions basses cultivées.

On y est exposé d'autant plus qu'on s’aventure dans la zone paludéenne pendant les mois de mai et juin.

Mieux qu'aucune autre expérience, les campagnes militaires au Tonkin ont montré que le surmenage physique, les fatigues de toute nature, les privations et toutes les causes capablés de débiliter l'organisme, créent une prédisposition à contracter la fièvre paludéenne et, l'ayant contractée, à en éprouver plus gravement les effets.

Le microbe du paludisme étant toujours inoculé par les moustiques et le plus souvent pendant la nuit, la première condition pour se préserver de la maladie est de se mettre à l'abri des piqûres de moustiques, de s’y soustraire surtout rigoureusement pendant la nuit.

Le choix de l'emplacement de l'habitation, la fermeture de ses ouvertures au moyen de tissus ou grillages à mailles très fines, l'usage d’une moustiquaire bien faite, dépourvue d'ouvertures latérales et adaptée à la literie de manière à la clore hermétiquement, sont les moyens pratiques les plus sûrs pour éviter le paludisme.

À ces moyens, il est utile d'ajouter un certain nombre de précautions dont l'efficacité est démontrée : l'usage de la quinine à titre préventif, une alimentation variée et copieuse, un exercice physique quotidien n'allant pas jusqu'à la fatigue, la modération dans le travail, la régularité dans le sommeil et dans les repas.

Sous ces conditions, il est possible à l’homme de séjourner sans péril dans les foyers palustres.

Tout individu atteint de fièvre paludéenne doit être évacué dans une région saine; c'est, indépendamment du traitement quinique, qui doit toujours être appliqué dès le début, la condition essentielle : de sa guérison.

FIÈVRE BILIEUSE HÉMOGLOBINURIQUE. — Cette affection, très rare dans les zones cochinchinoïise et annamite, se rencontre

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