ABCÈS DU FOIE
microbienne différente et, par conséquent, de permettre de distinguer des maladies spéciales.
Dans l’état actuelde nos connaissances, la prophylaxie de la dysenterie est la même pour toutes les formes. Elle peut se résumer ainsi :
Ne boire que de l’eau bouillie et n'employer pour tous les usages domestiques que de l’eau pure ;
Ne pas consommer les végétaux crus :;
Être réglé dans ses repas et ne commettre aucun excès de table ;
Faire un usage modéré des boissons dites hygiéniques et éviter toute boisson alcoolique entre les repas ;
Éviter les refroidissements et, en particulier, protéger l'abdomen pendant la nuit au moyen de la ceinture de flanelle.
ABCÈS DU FOIE. — Il paraît aujourd’hui certain que la presque totalité des hépatites suppurées qui se manifestent en Indo-Chine sont dues à l'infection du foie par l'Amæba histolytica et surviennent comme complication de la dysenterie amibienne. Il est probable que le virus est ordinairement transporté, des ulcérations du gros intestin au foie, par l'intermédiaire de la veine porte. L'abcès, quand il est unique, siège le plus fréquemment dans le lobe droit, près de la face convexe de l'organe.
Les races indigènes offrent une faible réceptivité pour l’abcès du foie. C'est sur des Européens que s'observent presque tous les cas. Ils y sont exposés d'une façon toute particulière, dans la zone du climat cochinchinois.
Toutes les causes susceptibles de favoriser l'apparition de la dysenterie, y compris le paludisme, sont des causes prédisposantes de l’abcès du foie.
Il en est deux qui nous ont paru particulièrement importantes, ce sont le refroidissement et l'alcoolisme. Le refroidissement agit comme cause déterminante à effet rapide. L'’alcoolisme chronique crée une prédisposition particulière de l'organisme en vertu de laquelle, le jour où l'individu est atteint par la dysenterie, la complication hépatique devient pour ainsi dire fatale. Il ne s’agit pas, ici, seulement de l'alcoolisme qui résulte d'habitudes invétérées d'ivrognerie, mais, tout autant, de ce degré atténué de l’intoxication par l'alcool auquel arrive, en Cochinchine, tout individu qui use largement des boissons alcooliques et surtout, en dehors des repas, de celles dites apéritives.
Tout Européen qui, devant séjourner longuement dans la zone méridionale de l’Indo-Chine, use de boissons alcooliques autrement qu'aux repas et d'une façon très modérée, est guetté par la dysenterie et l’abcès du foie.
La prophylaxie de l'hépatite suppurée, en Indo-Chine, se confond avec celle de la dysenterie, que nous avons exposée à propos de cette affection.
DIARRHÉE CHRONIQUE DE COCHINCHINE. — La maladie décrite par Layet et d’autres auteurs sous le nom de diarrhée chronique de Cochinchine est la même que le spruw de Java et le sprue de l'Inde. II semble que son domaine soit limité aux régions chaudes de l'Extrème-Orient. Confondue avec les dysenteries par quelques auteurs, elle s’en distingue par ses symptômes aussi bien que par l’ana- Lomo-pathologie. C’est une entérite catarrhale et folliculaire chronique d'emblée. Les races indigènes y sont peu sujettes, bien qu'elles ne jouissent pas de l'immunité. Ce sont les Européens qui lui paient en Indo-Chine le plus lourd tribut. On la rencontre sur toute l'étendue de la colonie, mais elle est peu fréquente dans la zone septentrionale, très commune au contraire sous le climat cochinchinoiïs. Elle frappe de préférence les individus qui, par suite d’un long séjour, ou d'écarts de régime, ou d’excès de fatigue, ou d’atteintes de paludisme, sont anémiés et débilités; néanmoins il n’est point rare de la voir s'attaquer à de nouveaux arrivants.
On ne connaît point encore l'agent qui cause cette grave affection.
Normand, en 1876, crut pouvoir l’attribuer à l'anguillule stercorale, qui parasite fréquemment le tube digestif des diarrhéiques. Il est actuellement démontré que ce nématode n’est nullement spécial à la diarrhée tropicale.
A. Le Dantec a décrit un microbe particulier qui serait toujours abondant dans les selles au moment des paroxysmes : c’est un microbe immobile, prenantle Gram, qu’on peut distinguer des autres microbes auxquels il se trouve mêlé dant les selles, parce qu'ilcontient des granules d'amidon et par suite se colore en rouge violet parl'iode, tandis que les autres prennent une teinte jaunâtre. À. Le Dantec n’a pas réussi à cultiver ce microbe, dont la spécificité n’est pas établie.
Si l’on ne connaît pas l'agent, on sait par l'expérience que sa pénétralion dans l'organisme peut se faire par l'eau. C'est ainsi que la fillralion de l’eau potable a déterminé, dans certains postes de Cochinchine, la disparition de l'endémie. On sait aussi que, chez l'individu dont le tube digestif renferme le germe diarrhéique, la maladie peut ne pas se manifester immédiatement, que sous l'action du moindre refroidissement elle éclate dans l'organisme infecté, particulièrement quand le terrain Jui a été préparé par les causes prédisposantes mentionnées plus haut.
En l'état de la question, on peut dire que la prophylaxie est exactement celle que nous avons indiquée pour les dysenteries.
En raison de la prédisposition marquée que crée le séjour prolongé sous le climat cochinchinois, l'Européen, colon, fonctionnaire ou militaire, appelé à demeurer sous cette zone, doit, à des intervalles de deux ou trois années, s'en éloigner pour faire un séjour de quelques mois, soit en France, soit dans un sanatorium.
CHOLÉRA. — On sait par les traditions locales que le choléra est
très anciennement connu en Indo-Chine. Il n'y a pas de doute qu'il y existe à notre époque à l’état endémique. Il est difficile de préciser ses foyers, qui se manifestent en des points de la colonie situés à n'importe quelle latitude. On peut dire cependant que les épidémies ont d'ordinaire leur berceau dans les régions basses, sur les rives des fleuves. De là, le choléra rayonne en suivant les voies de communicalions terrestres ou aquatiques. Il ne se passe pas d'année sans qu'il ne visite quelques parties du territoire: tantôt ce sont des manifesta- Uons isolées, tantôt il prend une allure épidémique plus ou moins grave et occasionne une forte mortalité. On sait combien durement il éprouva nos troupes au Tonkin en 1885: sur un effectif total de 18 000 hommes disséminés dans tout le pays, il occasionna 2 837 cas et 1852 décès.
Les indigènes sont fort sensibles au choléra et lui fournissent une mortalité élevée. Une superstition annamite, qui puise évidemment son origine dans une intention prophylactique, veut que le décès des cholériques n'ait pas lieu dans la maison. Lorsque l’état du malade s'aggrave, les parents le transportent au dehors, l’abritent sous une natte et le laissent mourir sans assistance. Souvent le malade luimême, s'il est encore capable de marcher, va s'installer tout seul en plein air pour y attendre la mort. On trouve par suite de nombreux cadavres sur le bord des chemins, au voisinage des villages atteints par l'épidémie. Nous aurons à revenir sur les inconvénients graves de cette coutume.
La saison qui, dans toute l'étendue de l’Indo-Chine, est particulièrement favorable à l’éclosion du choléra, est celle qui précède l'arrivée des pluies, c’est-à-dire les mois de mars, avril et mai. À celte époque, la sécheresse coïncide avec uneélévation plusou moins considérable de température, les sources tarissent, les cours d’eau atteignent leur niveau le plus bas. C’est alors qu'on voit apparaître le choléra, surtout dans les années où cette saison se caractérise par des températures très élevées et des variations nychthémérales accusées. La chute des pluies amène sa disparition définitive ou temporaire. En ce dernier cas, la fin de la saison pluvieuse est marquée par une recrudescence, et l'état épidémique peut se prolonger jusqu'à l’année suivante, Cette persistance de l'épidémie est surtout commune lorsque la saison pluvieuse est courte et les pluies moins abondantes. Si, au contraire, il survient une période pluvieuse franche, des pluies très continues et très abondantes, le choléra a de la peine à y résister et disparait. Le lavage du sol et l'entrainement des ordures par les cours d’eau gonflés sont les conditions ordinairement nécessaires pour mettre fin à l'épidémie,
Il existe sur le Mékong, dans la région de Vientiane, au Moyen-Laos, un foyer qui se réveille presque chaque année et donne naissance à des épidémies tantôt légères, tantôt sérieuses, qui pourraient servir de
type pour l'étude de la propagalion. Les premiers cas se manifestent dans les périodes des basses eaux et des fortes chaleurs. Du lieu d'origine, le choléra se répand le long du fleuve en amont comme en aval, ce qui démontre bien que les agents du transport sont les individus qui se déplacent et non l’eau même du fleuve. En 1902, N. Bernard a observé la propagation qui s’est faite de Vientiane à Luang- Prabang, à la fois par les deux voies terrestre et fluviale qui font communiquer ces villes. Le choléra a progressé assez lentement par eau, en remontant le cours du fleuve et plus vite par terre, contaminant successivement les villages clairsemés sur la route pour arriver à Luang-Prabang le 6 juin 1902, un mois après qu'il s'était manifesté à Vientliane.
L'origine hydrique du choléra paraît bien établie en Indo-Chine : la propagation par contagion, le transport soit par les malades, soit par des individus bien portants en apparence, mais provenant d'un foyer ou ils ont contracté l'infection de leur tube digestif, ne sont pas douteux non plus. Cependant on manque de données précises sur la façon dont le microbe cholérique se transmet en général d’un organisme malade à l'individu sain.
Si les observations sont nombreuses de cas déterminés par lingestion d’eau croupie, souillée par des immondices, il faut reconnaitre que beaucoup d'atteintes, la plupart peut-être, ne relèvent pas de ce mode de contamination. On a incriminé les mouches de véhiculer les matières conltagieuses et, récemment, Montel a recueilli des faits à l'appui de ce mode de transmission.
Il n’est pas douteux qu’en Indo-Chine cette théorie s'accorde avec l'observation. La malpropreté des indigènes, la coutume de déposer les ordures en plein air, le long des chemins et à l’entour des habitations, celle d'exposer au dehors les cholériques mourants, qui souillent le sol de leurs déjections, constituent des circonstances extrêmement favorables à l'infection des mouches. Il est désirable que des expériences et des observations soient répétées pour apporter la certitude dans cette question.
Les circonstances climatologiques, qui déterminent le réveil d'un foyer, ne sont pas la raison exclusive desépidémies. I doit s'y ajouter des conditions qui mettent l’homme en état de réceptivité, c'est-à-dire qui permettent au vibrion cholérique, une fois introduit dans l'organisme, de n'y pas demeurer inoffensif à l’élat saprophytique.
Les condilions au moyen desquelles s'établit la réceptivité sont, avant tout, celles capables de produire un trouble dans les fonctions digestives. Le refroidissement, l’insolation, l'excès de fatigue, les excès alcooliques, l’ingestion de fruits, l'administration d'un simple purgalif, la diarrhée et l'embarras gastrique, quelles que soient leurs causes, peuvent faire éclater le choléra chez le porteur du vibrion spécifique.