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VARIOLE ET VACCINE

La débilité, soit constitutionnelle, soit occasionnelle et résultant du séjour prolongé dans la colonie, ou de l’âge, ou des maladies, est au premier rang des causes de réceptivité individuelle.

Les causes qui agissent sur une population entière et sur un grand nombre d'individus simullanément sont, d'une part, les conditions atmosphériques favorables aux troubles gastro-intestinaux ; d'autre part, les famines ou simplement la disette, qui, dans les régions indo-chmoises, suit les mauvaises récoltes et entraine pour l'indigène une alimentalion insuffisante et de mauvaise qualité.

La prophylaxie individuelle du choléra en Indo-Chine a pour base la bonne qualité et la régularité du régime alimentaire, l'usage de l'eau bouillie et d'une alimentation exempte de végétaux, légumes ou fruits crus, les habitudes de propreté corporelle, la protection du corps contre le refroidissement.

On doit prévenir et traiter, dèsqu'ellesse manifestent, les moindres perturbations du fonctionnement gastro-intestinal, se souvenant qu'elles constituent des causes occasionnelles du choléra.

Si l’extirpation de l'endémo-épidémie cholérique semble actuellement une utopie, on n'a qu'à voir les progrès accomplis depuis quinze années en ce qui concerne les grandes villes, les troupes et les colons, pour juger de ce que l’on peut réaliser en faveur des populations indigènes. L'amenée d'eaux potables pures dans toutes les communes, l'éducation des habitants au point de vue de l'hygiène et de

la propreté et l'application de mesures prophylactiques sont susceptibles d’enrayer le choléra dans l'avenir.

VARIOLE ET VACCINE. — Variole. — La variole a trouvé en Indo-Chine le milieu le plus propicé à ses manifestations endémo-épidémiques. Avant l'occupation française, elle occasionnait au moins les neuf dixièmes des décès infantiles sur toute l'étendue du territoire. Les recherches que nous avons faites en 1892 dans les régions du Tonkin, où la vaccine n'avait pas encore été introduite, nous ont montré que la maladie atteignait d'une manière régulière toute la population ; que, sur 100 individusexaminés vers l’âge de vingtans, 95 p. 100 portaient des marques évidentes d’une atteinte antérieure de la maladie. La variole ne se bornait pas à déterminer une effrayante mortalité, elle faisait, parmi ceux qu'elle ne tuait pas, un si grand nombre d'aveugles que beaucoup de villages possédaient à leur proximité un hameau des aveugles, où se trouvaient réunis, sous quelques paillotes misérables, tous les habitants atteints de cécité. Ces infirmes élaiententretenus aux frais de la commune, et des enfants du village, détachés auprès d'eux à tour de rôle, leur préparaïent la nourriture et leur donnaient les soins indispensables.

Il n’est pas d'époque de l’année où l'on ne puisse observer des cas de variole ; cependant les épidémies se manifestent de préférence au cours de la saison chaude de l’année; elles sont relalivement rares

de novembre à avril. La gravité de la maladie esttrès variable suivant les épidémies : nous avons pu observer au Tonkin des épidémies où la mortalité dépassait 50 p. 100 ; d’autres où elle atteignait à peine 20 p. 100. Les épidémies les plus graves nous ont paru coïncider avec des périodes de chaleur excessive.

Toutefois, une épidémie n'est pas fatalement très meurtrière, parce qu’elle évolue au cours d’une saison torride.

Pendantnotre séjour en Indo-Chine, nous avons recherché comment se propageait la variole chez les Annamites. Cette étude nous à conduit à des conclusions qui diffèrent de la manière de voir généralement adoptée.

Les Annamites ne prennent aucune précaution d'isolement vis-à-vis de leurs varioliques. Le convalescent encore couvert de croûtes sort, voyage et se met en contact avec le reste de la population dès que la fièvre ne l’oblige plus à garder le repos.

Nous avons, au début, jugé très sévèrement celte coutume; mais, en observant les faits avec l'intention de vérifier la transmission par l'intermédiaire de ces convalescents, nous sommes arrivé, non sans étonnement, à nous convaincre que leur contact avec les individus sains, en particulier avec les petits enfants éminemment sensibles à la contagion, demeurait inoffensif.

Nous avons observé que la contagion s’opérait avec la plus grande facilité chez les enfants qui séjournaient, de jour ou de nuit, dans une habitation contenant un malade sans être mis en contact avec lui.

Il suffit qu'un individu sensible séjourne pendant quelques heures dans une maison où se trouve un varioleux à la période aiguë pour contracter la variole sans avoir pénétré dans la chambre du malade, sans avoir eu contact avec aucune des personnes qui le soignent, ni avec aucun des objets qui ont pu être souillés par le malade.

D'autre part, nous avons observé, à plusieurs reprises, que la transmission s'était faite d'un varioleux à des enfants non vaccinés, habitant des maisons contiguës, pendant que ce malade était à la période fébrile. ,

Tous ces faits nous paraissent s’accorder davantage avec l'hypothèse d’un agent de transmission suceur de sang, tel que le moustique ou la puce, plutôt qu'avec celle admise communément du transport du germe, soit par les poussières contenant des fragments des croûtes desséchées de pustules varioliques, soit par le contact des mains et des effets avec le malade.

Variolisation. — Pour se protéger contre la variole grave, les indigènes ont eu recours, depuis une époque reculée, à la variolisation, qui semble leur être venue des Chinois et qui, en certaines régions telles

que le Cambodge, est encore pratiquée systématiquement. C’est en général vers l’âge de trois ou quatre ans qu'on variolisait les enfants épargnés jusque-là par la maladie. Divers procédés étaient en usage.

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