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VARIOLE ET VACCINE

Un de ces procédés, que nous avons vu appliquer au Tonkin par un guérisseur chinois ambulant, consistait à déterminer par le grattage des fosses nasales, au moyen d’un instrument quelconque, une légère épistaxis. Les fosses nasales étaient ensuite badigeonnées avec un petit Llampon imbibé de virus recueilli sur une pustule. Le plus fréquemment, on procédait comme pour la vaccination : après avoir plongé une aiguille dans la pustule variolique, l'opérateur piquait le sujet sain au voisinage de l'épaule ou encore à l'avant-bras. Le sujet choisi pour fournir le virus était en général un malade atteint de variole peu confluente, mais porteur de quelques grosses pustules.

Au bout de deux ou trois jours, l'enfant variolisé présentait de la fièvre suivie d'une éruption plus ou moins discrète; parfois une variole grave se déclarait, qui entraînait la mort.

En dépit de ses graves inconvénients, mortalité plus ou moins considérable des sujets variolisés, entretien et dissémination du foyer épidémique, la variolisation paraît avoir rendu anciennement quelques services aux indigènes ; on ne s’expliquerait pas sans cela la confiance avec laquelle ils soumettaient leurs enfants à ce mode d'immunisation, souvent payé d'un prix élevé.

Il faut reconnaître que, même dans les régions où cette pratique élait courante, elle n'enrayait pas les épidémies.

Vaccine. — Dès notre prise de possession de la Cochinchine, le service de santé se rendit compte du danger que l’endémie variolique faisait courir à nos compatriotes et de la situation grave qu'elle créait parmi les populations indigènes. L'une des préoccupations les plus importantes de chaque médecin fut de multiplier les vaccinations dans son poste. Ces efforts isolés parurent insuffisants ; aussi, en 1878, le service de santé organisa la vaccine mobile en Cochinchine. Deux médecins furent détachés d'une façon permanente à ce service et chargés chacun d’une moitié de la colonie, qu'ils devaient parcourir, de district en district, en se faisant accompagner de vaccinifères. Les administrateurs des provinces avaient mission de réunir les enfants indigènes dans chaque centre, au jour désigné pour le passage du vaccinateur. S'ils durent, dans les débuts, user de moyens de coercilion pour vaincre la résistance des Annamites, celte résistance ne fut pas de longue durée : au bout de peu d'années, la population manifesta, par son empressement, qu'elle avait saisi la haute portée des services vaccinaux. On arriva à un chiffre moyen de 100000 vaccinations par an. Bientôt le Tonkin et l'Annam imitaient la Cochinchine et organisaient la vaccination dans leurs territoires.

Ce service n'allait pas néanmoins sans de grosses difficultés. La principale provenait de la résistance des mères à permettre qu'on se servit de leurs enfants comme vaccinifères. D'autres résultaient de l'atténuation, pendant la traversée, du vaccin souche expédié pério-

diquement par l'Académie de médecine. Elles furent supprimées par la création à Saïgon, le 1° avril 1891, d'un institut vaccinogène. Le Dr Calmette, chargé d'organiser et de diriger cet établissement, utilisa d'abord la génisse pour l'obtention du vaccin. Plus tard, il lui subslitua le bufflon, qui donne en plus grande quantité un vaccin plus actif et qui est resté l'espèce de choix pour la préparation du vaccin animal de conserve, en Indo-Chine.

Dès lors le service de la vaceine put fonctionner sur toute l'étendue du territoire avec la plus grande facilité, les vaccinateurs disposant en tout temps d’'excellent vaccin.

Depuis la fondation de l'Institut Pasteur de Saigon, la moyenne des vaccinations opérées annuellement s'élève à 200 000.

Les effets du service vaccinal se traduisent, particulièrement en Cochinchine, par une énorme diminution de la mortalité infantile et une augmentation proportionnelle de la population. Des administrateurs ayant une longue carrière dans la colonie nous ont affirmé que, du fait de la vaccine, la population avait doublé en vingt années dans certaines provinces.

Le résultat cependant ne satisfait pas entièrement : la variole est jugulée sur la plus grande partie du territoire, non sur toute son étendue.

Dans tous les points qui échappent aux visites périodiquement renouvelées du médecin vaccinateur, des épidémies renaissentannuellement et font des victimes assez nombreuses.

Au Laos, au Tonkin et en Annam, il reste beaucoup à faire. D'ailleurs, si l'on songe que Ja population de l'Indo-Chine compte 18 à 19 millions d'habitants, on se rend compte que le chiffre annuel de 200 000 vaccinations est extrêmement faible. Pour réduire à un chiffre négligeable la mortalité par variole en Indo-Chine, nous avons calculé qu'il faut arriver au chiffre de 600 000 vaccinations et revaccinations par an.

Un intérêt économique et social de premier ordre s'attache à étendre à tous les habitants de l’Indo-Chine la protection contre la variole. Pour atteindre ce résultat, il suffit d'organiser dans chaque région un service de vaccine mobile calqué sur celui qui fonctionne en Cochinchine. La dépense annuelle totale, de 200 000 francs environ, qu'exigerail le fonclionnement du service de vaccine réorganisé sur tout le lerritoire, représente un sacrifice budgétaire des plus minimes, eu égard à l'importance de la suppression de la variole. A n'envisager que le point de vue économique, cette dépense correspond à un bénéfice au moins dix fois supérieur.

KI-MO. — Il existe au Laos une maladie que l’on a tour à tour confondue avec le pian et la syphilis, et à laquelle les indigènes donnent le nom de ki-mo. Cette maladie, bien étudiée par Rouffiandis et par Brengues, paraît spéciale à la population laotienne: on n’en a

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