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KI-MO

pas cité d'exemple sur les Européens ou les Chinois qui habitent le Laos. :

Le ki-mo est une maladie générale qui débute, comme la syphilis, par une ulcération primitive et dont les manifestations essentielles sont des ulcères cutanés. L'ulcération primitive succède à une élevure de la peau, rouge à la base et jaunâtre à son sommet. Ce bouton avorte quelquefois, mais en général il grandit et représente bientôt une petite tumeur hémisphérique, arrondie, de 1 à 3 centimètres de diamètre, dont la surface ulcérée, formée de végétations molles, rouges ou jaunes, laisse suinter un liquide sanieux et félide, qui se solidifie en croûtes. L'évolution de cet accident s'accompagne d'une réaction générale, fièvre, céphalalgie, douleurs osseuses. Des boutons sernblables au premier se manifestent sur diverses parties du COrps, affectant une évolution identique ; le malade les multiplie souvent par aulo-imfection en se gratlant. Jamais ils ne siègent sur les muqueuses. L'évolution de la maladie est interrompue par des rémissions dont la durée varie de quelques jours à plusieurs années, allernant avec des poussées aiguës d'une durée de deux semaines à quatre mois. Les ulcères du ki-mo ont une tendance naturelle à la guérison ; à un moment donné, ils se dessèchent, et la cicatrisation s'opère. La récidive de l’ulcère peut se manifester sur la cicatrice même.

Dans sa forme grave avec ulcères confluents, le ki-mo porte le nom de ki-mo-heng. Les cicatrices sont alors vastes el profondes comme des cicatrices vicieuses de brûlures graves. Parfois il y a nécrose des os sous-jacents.

Le ki-mo est très contagieux et se propage par contagion directe, atteignant indifféremment les deux sexes à n'importe quel âge. La contagion dans l'enfance est très commune. On voit des villages où la majorité des enfants sont atteints et où les adultes sont pour la plupart immunisés par une atteinte antérieure. Une première atteinte confère en effet l’immunité.

Brengues a vu des individus qui avaient éprouvé le ki-mo contracter la syphilis. Cette observation et l'absence de lésions des muqueuses paraissent suffisantes pour distinguer les deux affections. Il sera néanmoins utile, pour trancher définitivement la question de l'idendité des deux maladies, de rechercher l'existence du Spironema pallida dans le ki-mo (1).

Cette affection se distingue du pian par certains caractères : les ulcères ne sont pas nettement framboisés, et la maladie est plus bénigne.

Étant donné le mode de transmission par contact du ki-mo, il

(1) Castellani a reconnu l'existence d'un Spirochèle dans les lésions du pian à Ceylan. Il n'est pas démontré encore que ce Spirochèle soit identique à celui de la syphilis, ni que le pian de Ceylan soit identique au ki-mo du Laos.

parail facile à éviter pour l'Européen. Pour ce qui est de sa disparition dans le Laos, on ne peut l’espérer que lorsqu'on aura transformé les mœurs de la population et qu'on aura répandu dans tout le pays, avec les notions de l'hygiène, l'assistance médicale.

BÉRIBÉRI. — Le béribéri peut se manifester sur n'importe quel point de l’Indo-Chine; la zone méridionale est celle dont le climat convient le mieux à son développement.

On ne saurait lui assigner dans cette zone des foyers localisés, bien qu'en apparence il possède un foyer principal à l'ile de Poulo-Condore et des foyers moins importants à Saïgon et dans le Bas-Laos. C'est que le foyer est créé n'importe où par un ensemble de conditions artificielles, qui sont : l’agglomération d'un certain nombre d’individus dans un même local, où ils passent la nuit sans qu'il soit indispensable qu'il y ait emcombrement par rapport au cube d'air; l'alimentation insuffisante ou de mauvaise qualité de ces individus ; l'insuffisance du matériel de couchage, en tant que protection du corps contre le refroidissement nocturne et contre l'humidité. Quel que soit le point du territoire où ces conditions réunies s'exercent sur un groupe d'hommes de manière à les mettre en état de misère physiologique, on voit s'y développer un foyer de béribéri. Le foyer sera plus important si, comme à Poulo-Condore, le nombre des individus vivant en commun est plus considérable, l'alimentation moins variée et de moindre qualité, l'énergie morale plus affaiblie.

Nous avons eu à nous occuper d'une épidémie de béribéri qui a sévi au pénilencier de Poulo-Condore d'octobre 1897 à décembre 1898. Cette épidémie peut servir de type pour l'étude des conditions dans lesquelles nait et disparait le béribéri. Les détenus étaient nourris, d'une manière à peu près exclusive, de riz et de poisson salé de qualité médiocre ou tout à fait mauvaise; ils couchaient sur des nattes, sur le sol de casernements en pierre ; ne possédant pas de vêtements de rechange, ils gardaient, par les temps de pluie, leurs vêtements humides sur le corps.

La maladie, qui existait précédemment à l'état sporadique, occasionnant une faible moyenne de décès, revêtit en octobre 1897 un caractère épidémique. En treize mois, elle fit périr 405 détenus, soit 50 p. 190 de l'effectif du pénitencier. Les hommes employés à des travaux pénibles furent plus éprouvés. Les détenus qui, pour un motif quelconque, se trouvaient dispensés de coucher dans le casernement et de manger la ration commune furent épargnés.

L'épidémie fut enrayée par les mesures suivantes : amélioration du régime alimentaire; évacuation temporaire des casernements et logement des détenus par petits groupes sous des paillotes ; suspension des travaux pénibles; rétablissement du couchage sur des lits de camp.

En général, les conditions béribérigènes que nous avons énumé-

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rées se rencontrent dans les prisons ; mais nous avons vu des épidémies de béribéri se manifester dans des séminaires indigènes, dans des casernes et enfin parmi des groupes ouvriers occupant un logement commun, soit à Saïgon, soit à Cho-Lon. Nos efforts pour découvrir des cas développés sur des individus vivant isolément ou en famille sont demeurés sans résultat. Le couchage en salle commune parait une condition essentielle. Dans les foyers que nous avons observés, le régime alimentaire présentait cette constante particularité de comprendre une très faible proportion d'éléments frais, viande, poisson ou légumes. Il se composait presque exclusivement de riz et de conserves de poisson ou de viande. Le riz était en général de bonne qualité, les conserves médiocres ou tout à fait mauvaises.

Les races indigènes sont particulièrement sensibles au béribéri. On ne l’a pas observé jusqu'ici chez l'Européen en Indo-Chine. Cela Uent sans doute à ce que l'Européen n'est jamais exposé à subir à la fois les trois conditions dont la réunion semble conférer la prédisposition au béribéri. On ne saurait douter que la race européenne soit, quoique à un degré moindre que la race jaune, sensible à la maladie. Laurent a signalé le cas d’un Français au Siam ; nous-même avons observé des Portugais atteints de béribéri contracté au Para.

Il serait oiseux d'examiner ici toutes les théories en cours sur l'étiologie du béribéri. Brémaud et Laurent ont accusé le défaut de matières grasses dans la nourriture. D’autres incriminent l’alimentation par le riz. Disons, à propos de cette dernière théorie, que nous avons observé au Brésil des cas de béribéri classique, contracté dans l’état du Para, chez des individus nourris de haricots noirs (feijao), de viande fraiche ou de conserve et de poisson frais. Le riz ne pourrait être rendu responsable de ces cas.

Au milieu des hypothèses contradictoires, l'obscurité la plus complète persiste; on ne possède d’autres données que celles mentionnées plus haut, ayant trait aux conditions générales dans lesquelles on voit apparaitre la maladie. On sait qu'elle n’atteint pas les sujets vigoureux et bien nourris ; mais sa cause déterminante comme sa nalure nous échappent. |

Si peu précise que soit encore l’étiologie, il est facile, en se basant sur les faits connus, d'éviter les épidémies béribériques dans la population. La chose se complique quand il s’agit des prisons et des pénitenciers. La suppression de l'encombrement et des autres conditions prédisposantes, dépendant de l'alimentation et du couchage, offre de sérieuses difficultés budgétaires. Le mieux serait probablement de transporter les établissements où, comme à Poulo-Condore, la maladie sévit en permanence, dans une autre partie de l’Indo- Chine dont le climat soit moins favorable à l'éclosion du béribéri. Nous croyons que le littoral du Tonkin et du nord de l'Annam, ou les

iles voisines de cette côte, offriraient aux installations pénitentiaires des conditions de salubrité qu'elles ne peuvent trouver sous le climat cochinchinois.

Le seul traitement efficace du béribéri est du ressort de l'hygiène. Il consiste à éloigner le malade du foyer, à lui procurer le séjour à la campagne et à lui assurer une alimentation variée comprenant des éléments frais, avec ou sans le riz comme base.

Il est exceptionnel que ces simples moyens, quand on y a recours au début de la maladie, n'amènent pas la guérison. Très souvent même ils réussissent lorsque le malade est à un stade avancé, s'il ne présente pas déjà des troubles cardiaques importants.

LÈPRE. — La lèpre est, en Indo-Chine, l'apanage des deux races annamite et cambodgienne. Ce n’est pas à dire que les autres races y soient réfractaires; mais, soit en raison de leurs mœurs, soit que les territoires montagneux qu'elles occupent favorisent peu la propagation, les cas de lèpre s’observent rarement chez elles.

La Cochinchine et le Cambodge forment le foyer indo-chinois le plus important. On peut évaluer à 4000 le nombre des lépreux qui s'y trouvent. Ensuite vient le Tonkin et, au troisième rang, l'Annam. Toutes les formes de la lèpre sont représentées; la forme tuberculeuse est de beaucoup la plus fréquente; la lèpre anesthésique et surtout la lèpre mixte sont plus rares.

Jusqu'à présent la race européenne ne parait pas avoir été touchée par l'endémie. Cette constatation ne suffit pas pour inspirer la sécurité. Notre colonie est de conquête relativement récente, et les Européens s'y trouvent en proportion restreinte relativement à la population indigène; cantonnés dans les grands centres, ils ne vivent pas jusqu'ici avec les natifs en une promiscuité comparable à ce qui se passe dans nos vieilles colonies des Antilles, de la Guyane, de la Réunion. L'expérience de ces colonies est de nature à nous mettre en garde en ce qui concerne l’Indo-Chine.

La transmission par contagion de la lèpre n'est plus contestée. On doit reconnaître que l'hérédité crée une prédisposition marquée, mais cette cause prédisposante se rencontre à peine pour un dixième des cas dans le foyer indo-chinois.

L'observation de ce qui se passe chez les Laotiens d'une part, chez les Cambodgiens et les Annamites de l’autre, suffit à démontrer qu’en Indo-Chine la contagion est le facteur essentiel de l'endémie et que l'isolement des malades suffit pour supprimer ce fléau : tandis que les premiers manifestent pour le lépreux la répulsion la plus vive, évitent tout rapport avec lui et le condamnent à un isolement absolu soit dans un îlot du Mékong, soit en des points inhabités de la forêt, les Annamites et les Cambodgiens conservent ces malades dans leur maison, vivent et mangent en leur compagnie, les laissent libres de fréquenter les marchés, les pagodes et d'exercer, tant qu’ils en sont

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