‹ hygiene colonialeChapitre 192 sur 251 · TÉTANOS · texte numérisé non relu

TÉTANOS

capables, n'importe quel commerce ou quel métier. Le résultat de ces deux méthodes est la suppression à peu près complète de la lèpre au Laos, alors qu'elle fait parmi les deux autres races plus de victimes, proportionnellement, que dans aucun autre foyer connu.

Si la contagion de la lèpre est un fait établi, l'agent de sa propagation demeure encore indéterminé. L'étude que nous avons faite de la question nous a conduit à penser que cet agent est un être vivant et que, parmi ceux que l'on peut suspecter, les moustiques, l'Acarus de la gale, les puces et les punaises, méritent particulièrement d'attirer l'attention des chercheurs. Il nous a été impossible d'observer un développement du microbe de Hansen dansle corps de moustiques des espèces Culex fatigans, Culex læniorhynchus, Culex confirmatus et Slegomyia fasciata, que nous faisions piquer, sur des lépreux, au niveau de tubercules récents.

Mais ces résultats négatifs ne suffisent pas pour mettre les culicides hors de cause. Nous estimons qu'en pays lépreux on doit se tenir en défiance contre tous les parasites suceurs de sang.

Les contacts directs mais passagers avec les malades ne semblent pas présenter de danger. Au contraire, on doit éviter rigoureusement d'habiter dans leur voisinage et, encore plus, la communauté d’habitation.

Avant la conquête, les Annamites avaient établi en Annam, en Cochinchine et dans les diverses provinces du Tonkin, des léproseries ou plutôt des villages de lépreux où étaient internés, tout en conservant leur liberté, la plupart de ces malades. Cet isolement très relatif, qui supprimait en partie la promiscuité du lépreux avec sa famille, tend de plus en plus à être abandonné par les indigènes. La création de léproseries el la réglementation de l'isolement des lépreux s'imposent donc à notre administration.

Une tentative dans cette voie a été faite récemment en Cochinchine. Il est de toute nécessité que la colonie soit dotée de léproseries, en nombre suffisant pour isoler tous les lépreux, et qu'une législation humaine, autant que rigoureuse, intervienne pour arrêter les progrès de la maladie parmi la population.

TÉTANOS. — Le tétanos se manifeste quelquefois chez l'adulte, indigène ou européen, consécutivement à un traumatisme. Toutefois les cas en sont exceptionnels. Au contraire, il détermine chez les nouveau-nés indigènes en Cochinchine, au Cambodge et en d’autres régions, une mortalité notable. L'origine de ce tétanos des nouveaunés est toujours l'infection de la plaie ombilicale : il est la conséquence soit de la section du cordon avec des instruments souillés, souvent un tesson de bouteille, soit du pansement septique appliqué après la section.

Pour le supprimer, il est indispensable de vulgariser, parmi la population, les pratiques les plus élémentaires de propreté médico-

chirurgicale, C'est là une œuvre que les écoles de médecine indigène sont appelées à réaliser dans l'avenir.

RAGE. — La rage est relativement fréquente en Indo-Chine. Elle sévil à peu près exclusivement dans les régions basses en Cochinchine, au Cambodge, en Annam et au Tonkin. Elle y était connue, au dire des missionnaires, bien avant l’arrivée des Européens.

On peut évaluer à une centaine le nombre des personnes (indigènes ou Européens) mordues annuellement par des chiens enragés sur le lerritoire de notre colonie. Dès la création d'un institut antirabique en Cochinchine, en 1891, les personnes mordues y ont afflué, non seulement des divers États indo-chinois, mais aussi de tous les pays Voisins.

La mortalité globale parmi les personnes mordues en Cochinchine qui ont élé traitées à l'Institut Pasteur de Saïgon, depuis 1891, s'est montrée inférieure à 2 p. 100. Les personnes mordues sur des territoires éloignés de Saïgon, Tonkin, Hong-Kong, Singapour et qui, à cause de la durée du voyage ou de la rareté des moyens de communication, ne pouvaient commencer le traitement que plusieurs semaines après la morsure, ont présenté, de 1891 à 1898, une mortalité de 4 p. 100.

Depuis la création d'un nouveau service antirabique au Tonkin, en 1898, tout individu mordu par un chien enragé sur un point quelconque de l'Indo-Chine peut être mis en traitement dans les huit jours qui suivent la morsure. Il n’en est pas ainsi cependant pour le Laos ; mais la rage heureusement ne s’y est pas manifestée jusqu'ici.

ULCÈRE PHAGÉDÉNIQUE. — L'ulcère phagédénique des pays chauds, décrit primitivement sous le nom de plaie annamite, est très répandu parmi les indigènes et se rencontre assez rarement chez les Européens. Il est plus fréquent en Cochinchine que dans les autres pays indo-chinois. Cette affection, que les travaux de Le Dantec et de Vincent permettent d'identifier avec la pourriture d'hôpital, est due à un bacille immobile, long de 3 à 4 w, ou parfois filamenteux, qu'on n'a pas réussi encore à cultiver ni à inoculer. Son siège de prédilection est le pied. L'infection se fait par le contact de la peau excoriée avec le sol humide où existe le virus. Les organismes débilités, soit par le paludisme, soit par toute autre cause, y sont particulièrement sujets. Le port de chaussures bien faites et les soins de propreté suffisent pour l'éviter.

AFFECTIONS PULMONAIRES. — Tuberculose. — La tuberculose se rencontre parmi les indigènes des diverses races. La phtisie pulmonaire est fréquente parmi les Annamites de Cochinchine, plus rare chez les indigènes de l'Annam, du Cambodge, du Laos et surtout du Tonkin.

D'une manière générale, toute l'étendue de l'Indo-Chine est dangereuse pour l'Européen que des prédispositions héréditaires ou une

Page 1