H. — ARCHIPEL DES MARQUISES
. Les Marquises furent annexées en 1842 par Dupetit-Thouars. Lati-
tude sud : 7° 50! à 10°33'; longitude ouest : 140°45' et 143° 15’. Elles se composent de onze îles ou ilots, dont plusieurs inhabités. Les indigènes habitent dejolies vallées, aux pentes très rapides. On y rencontre des sources magnésiennes et gazeuses.
La température moyenne est de 28 à 29°; on observe 27 à 28° la nuit. La chaleur est souvent humide et énervante. Le baromètre varie entre 754 et 763 millimètres sous l'influence des rafales nocturnes.
Les Marquisiens sont de la même race que les Tahitiens. Le tatouage est chez eux en grand honneur etconstitue une de leurs occupations favorites. Généralement, tout le corps est tatoué, à l'exceplion des organes génitaux, dela paume des mains et de la plante des pieds. On le pratique à l’aide d'une pointe fine de lamelle osseuse et de noir de fumée délayé dans l'eau douce.
Aux Marquises, la famille n'existe pas : les enfants sont adoptés par des étrangers, et il n'existe presque que des familles d'adoption. Très dépravés, les indigènes s'adonnent à l'excès aux plaisirs sexuels,
Les filles se livrent au premier venu et se glorifient du nombre de leurs amants. Aussi la stérilité est-elle fréquente. Il est de règle que le mari se livre au coït avec l’accouchée dans les vingt-quatre heures qui suivent la parturition (1). ET
On pratique la circoncision vers l’âge de dix ans, par incision dorsale, L'allongement artificiel des nymphes est fréquent chez la femme, par perversion des hommes.
Les habitations sont des cases élevées sur des plates-formes de galels énormes, de fragments de roches entassés : ces plates-formes ont jusqu'à 2 mètres de haut sur 20 de long et 10 de large (Clavel). I] n'existe qu'une seule pièce pour la famille; les repas se prennent en plein air. Les ouvertures des portes sont taillées à angle droit, mais basses généralement. Chaque case possède un petit jardin avec un mur de galets tout autour. Tous les villages sont à l'ombre de bouquets de cocoliers.
Le vêtement se compose d'un pantalon ou d’une simple pièce d'étoffe (pareo) chez l'homme, d'une robe longue chez la femme.
L'alcoolisme fait aujourd'hui des progrès dans ces îles où déjà, autrefois, on s’enivrait soit avec le jus fermenté des fleurs du cocotier, soil avec le kawa-kawa, qui se mâche et se boit encore dans la vie domestique, sinon durant les grandes fêtes. On reconnaît les buveurs de kawa-kawa à leur attitude hébétée, au tremblement des membres, aux yeux injectés, à l'état de la peau sèche et écailleuse. Ils meurent généralement de néphrite, avec des douleurs rénales et vésicales, que produit à la longue l'extrait de Piper methysticum.
L'insouciance de toute hygiène et les conditions climatériques anémiantes ont favorisé la propagation de la tuberculose et de la lèpre. Les Marquisiens sont réfractaires à toute mesure d'isolement des lépreux, et les diverses léproseries installées ont été abandonnées par les malades, pour lesquels les indigènes n'éprouvent aucune répugnance.
L'épidémie de rougeole de 1903, propagée aux Marquises, y a causé une forte mortalité.
On compte dans cet archipel environ 4279 habitants (Lemoine). Les huit îles principales forment deux groupes : au nord-ouest, Nukahiva (672 habitants), Uapu (273 habitants), Uahuka (184) et Eïao; au sud-est, Hivaoa (1422 habitants) où résidait autrefois un médecin au chef-lieu, Atuona ; Tahuata (322 habitants), Fatuhiva et Motanu (2).
(1} Craver, Les Marquisiens. Arch. de méd. navale, t. XLI-XLII, 1884, p. 177. (2) Le dernier recensement (1903) accuse seulement 3317 habitants aux Marquises : on en complait 15 à 20 000 en 1860. Le taux moyen de la mortalité serait de 40 p. 1000 et celui de la natalité de 20 p. 1000. Les décès sont dus surtout à la tuberculose qui anéantit une famille en moins de deux ans. — Buisson, Les îles Marquises et les Marquisiens. Ann. d’hyg. et de méd. coloniales, 1903, t. VI, p. 535.