GÉOGRAPHIE ET HISTOIRE NATURELLE
Situées dans l'océan Atlantique, à 5 ou 6 lieues de la côte méridionale de Terre-Neuve, les îles Saint-Pierre et Miquelon constituent notre seule colonie froide, notre unique domaine dans l’'Amérique du Nord (fig. 69).
Des huit ou dix îles qui en forment le groupe stérile, trois seulement sont habitées et possèdent un service médical organisé; ce sont, en procédant par rang d'importance : l’île Saint-Pierre, capitale de la colonie; l’île aux Chiens, Miquelon.
Elles gisent par 47° environ de latitude nord et 58° de longitude ouest du méridien de Paris. Constituées presque exclusivement par des porphyres pétrosiliceux, leur origine suffirait à expliquer l'absence totale de culture sur leur étendue.
Saint-Pierre. — Ce n’est, à proprement parler, qu'un rocher à peine revêtu d'une mince couche de terre végétale. Sa superficie est de 2500 hectares.
L'île aux Chiens. — Séparée de Saint-Pierre par un bras de mer de 1 mille à peine, elle a une circonférence de 4000 mètres environ.
Miquelon. — C'est de beaucoup la plus grande des trois. La plus rapprochée de la côte de Terre-Neuve, elle présente sur certaines parties de son étendue des plaines assez vastes, que n'a point encore remuées le soc de la charrue, plaines sur lesquelles se développe un spongieux tapis de mousse et de lichens, tourbières véritables, semblant impropres à toute cullure sérieuse. Les essais agricoles n'y ont, du reste, été couronnés d'aucun succès.
Cette ile se divise en deux parties, la grande Miquelon et la pelile
Miquelon, plus communément appelée Langlade. Ces deux langues de terre sont réunies par un banc de sable de 9 à 10 kilomètres de longueur, très évasé à ses deux extrémités, mais ne présentant sur la plus grande partie de son étendue qu'une largeur de quelques centaines de mètres.
C'est sur toute la longueur de cette dune que venaient s'échouer autrefois, il y a soixante-dix ou quatre-vingts ans à peine, un grand nombre de navires à voiles, dont les épaves, alignées à peu d'intervalles l’une de l’autre, permettraient encore aujourd'hui d’en faire approximativement la sinistre récapitulation.
C'est Miquelon qui fut, au début, la capitale du groupe des iles. Les premiers habitants, qui foulaient son sol rocailleux, y vivaient bien plutôt du pillage des navires échoués sur la dune que du produit de leur pêche.
La légende dit qu'ils n'étaient pas étrangers à ces échouages et que les fanaux attachés à la corne d’un bœuf qu’on faisait marcher sur le rivage par les nuits de gros temps, pour simuler un navire au port, étaient la principale, sinon la seule cause de ces désastres.
Quoi qu'il en soit, ces mœurs des siècles passés ne se pratiquent plus sur le sol de notre petite colonie.
Saint-Pierre, l'île aux Chiens, Miquelon même sont impropres à la culture, sauf cependant à celle du foin, qui pousse facilement et fournit un rendement suffisant. Il existe sur Langlade et Miquelon plusieurs fermes donnant des revenus appréciables, grâce à l'élevage des bœufs et des moutons, dirigés sur Saint-Pierre pour y être vendus.
A l’île aux Chiens, aucune végétation.
À Saint-Pierre, quelques fouillis inextricables de spruces, petits sapins atteignant de 2 à 4 mètres et dont les feuilles infusées fournissent une mixture appelée bière, qui constitue la principale boisson du pays.
À Langlade et Miquelon, en plus de ces spruces, on trouve en grande quantité des bouleaux, d'une hauteur bien supérieure et d'un diamètre relativement important.
Les animaux domestiques, chevaux, bœufs, moutons, chèvres, poules, canards, dindons, etc., sont importés de Terre-Neuve, les bestiaux élevés à Saint-Pierre, à Langlade ou à Miquelon, étant loin de suffire aux besoins de la population.
Les animaux vivant à l'étal sauvage sont peu nombreux; on trouve cependant quelques perdrix sur les tourbières de Miquelon, quelques renards à Langlade et, dans les bois de Miquelon et de Langlade, une quantité considérable de lapins, d'importation assez récente. Ces lapins, de la grosseur d’un petit lièvre, et qu'on appelle plus communément lapins-lièvres, sont tout blancs en hiver.
1 y a quelques années, on avait lâché plusieurs couples de karibous