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Fig. 69. — Carte des îles S
aint-Pierre et Miquelon.
de faim ou de froid, et il serait impossible d'en retrouver un seul
aujourd'hui.
Il existe une variélé infinie d'oiseaux de mer ; 1l n’en est pas de même des oiseaux terrestres, réduits à un petit nombre d'espèces, parmi lesquelles on peut citer la perdrix, la bécassine, le merle, l'ortolan, l'alouette, le moineau. Les reptiles sont totalement inconnus dans les îles comme sur toute la côte de Terre- Neuve.
Comme insectes, quelques mouches, punaises, araignées, fourmis, moustiques, des papillons en petit nombre et de couleurs peu variées.
Si la faune de ces îles mérite à peine une mention, la flore y est encore beaucoup plus pauvre. À part les mousses et les lichens qui forment le revêtement du sol, c'est tout au plus si l'on voit dans la campagne quelques églantiers, quelques violettes sans parfum, quelques pensées décolorées.
Le climat des îles Saint-Pierre et Miquelon est froid, humide et malsain.
La température y est influencée par les vents, qui, dans les vingtquatre heures, font souvent le tour du compas.
Les plus grands froids, les plus basses températures, les tempêtes de neige, coïncident avec les vents du nord-ouest et de l’est; les brouillards, les brumes au contraire, se font sentir avec les vents du sud-ouest et du sud. L'hiver y est parfois tellement rigoureux (on peut observer jusqu'à — 26° dans la ville même) que la banquise relie l’un à l’autre les ilots avoisinant Saint-Pierre : et il n’est point rare de voir dans la rade, en janvier, février, mars, d'innombrables glaçons isolés, mesurant de 50 centimètres à plusieurs mètres de diamètre et 10 à 15 centimètres d'épaisseur, rapprochés l'un de l'autre par une neige crémeuse. Ces innombrables glaçons, bien qu'isolés et séparés l’un de l’autre, sont tellement rapprochés qu'ils rendent l'entrée inaccessible aux bateaux. C’est ce qu'on appelle le crémi.
On chercherail inutilement à élablir ici comme en Europe les quatre saisons de l’année limitées par des dates fixes sur le calendrier. Décembre, janvier, février sont les mois les plus froids et constituent l'hiver proprement dit, l'hiver vrai de ces parages. C'est le moment où la neige tombe en plus grande abondance, soulevée parfois, sous l'impulsion des vents, en tourbillons qui obscurcissent l'air, limitent la vue à quelques pas et rendent la respiration ès difficile. C'est ce phénomène que les habitants appellent le poudrin.
Durant ces longs mois, la neige tombe presque chaque jour,
revêlant le sol d’une couche qui peul alteindre des hauteurs de 3, 4 à 5 mètres et davantage.
En mars et avril, le froid est moins intense. La neige tombe moins fréquente, moins épaisse et moins compacte; il se produit alors des dégels partiels qui rendent la marche plus pénible et entretiennent une humidité constante. Mais le dégel définitif n'a pas lieu avant le 15 mai, époque à laquelle la neige accumulée, lassée depuis des mois, fond el laisse le sol dépouillé de son manteau blanc.
Les mois de mai, juin, juillet amènent des brumes qui durent parfois des semaines entières, entretenant une humidité intense. Les herbages croissent alors très rapidement, au point qu'en moins de trois mois le foin a le temps de pousser et d'être rentré.
Pendant cette période, le froid n'est pas trop vif, bien qu'il ne soil pas rare de voir tomber de la neige à la fin de juin et même dans la première quinzaine de juillet.
Août el septembre sont plus désagréables; pendant ces mois, le soleil est assez chaud et la température peut monter à 24 ou 25° et même au-dessus; les nuits restent toujours fraîches et nécessitent l'emploi de couvertures. Pendant ces mois, où l'air est saturé d'humidité, il est assez fréquent d'observer des orages, peu violents en général.
Ces deux mois constituent l'été. C'est le moment où s'épanouissent les fleurs, où le sexe féminin exhibe des toilettes à tons clairs et de mousselines légères, telles qu'on en pourrait porter dans les colonies les plus chaudes. C'est aussi le moment où le Saint-Pierrois aisé, terrassé par la chaleur, s'en va chaque soir passer la nuit à la campagne, dans une habitation généralement dépourvue de tout confort, située à quelques centaines de mètres de la ville. Cet été, très relatif, dure à peine deux mois, car avec octobre et novembre reviennent le froid et la neige.
Les hivers se succèdent sans que la période qui les sépare conslitue une transition suffisante pour l'organisme.