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III. — POPULATION INDIGÈNE. MŒURS. HYGIÈNE

POPULATION. — Le recensement fait en 1897 donnait :

5 230 habitants pour Saint-Pierre; 594 pour l'île aux Chiens; 519 pour Miquelon.

Le dernier recensement a eu lieu dans le courant de l’année 1902; il en résulte que, durant cette période de cinq années, Saint-Pierre a vu sa population s'accroitre de 155 habitants, alors que le chiffre est resté sensiblement le même pour les deux autres îles.

En 1902, il y avait à Saint-Pierre 5 385 habitants, dont la répartition peut se faire comme suil :

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Le groupe des trois îles comprend donc un total de 6500 habitants. Les deux sexes y sont en proportion à peu près égale, le sexe masculin étant cependant inférieur de 100 environ. Les naissances sont nombreuses, les mariages également; le nombre des veuves témoigne de la fréquence des décès parmi les hommes et fait pressentir la grande misère qui règne dans la population.

Sur ces 6500 habitants, on compte un millier d’Anglais ou plutôt d'Anglaises de la côte, dont les trois quarts sont employées comme servantes. Les 5 500 autres sont d'origine francaise. La Normandie, la Bretagne, et plus récemment le Pays basque sont les régions de la France qui ont fourni le plus d'émigrants vers Saint-Pierre et Miquelon.

INDUSTRIE. — La pêche à la morue est la seule industrie de ce pays, et il faut croire que c’est une industrie assez prospère, malgré tout ce que l’on peut en dire, puisqu'elle suffit à faire vivre les habitants. Le chiffre d’affaires, entre cette petite colonie et la métropole, affaires consistant presque exclusivement en achat et vente de la morue, s'élève annuellement à 39 ou 40 millions de francs.

A part quelques ouvriers travaillant à la construction ou à la réparation des bateaux, les hommes composant la classe laborieuse se livrent à la pêche, soit pour leur propre compte, soit pour le compte d'un armateur qui fournit goélette, cordages, lignes, provisions : le tout acheté la plupart du temps avec l'argent avancé par un autre armateur ou par une banque.

À Miquelon et à l'ile aux Chiens, on pratique presque exclusivement la pelile péche. Montés à trois ou quatre sur de frèles embarcations à fond plat appelées doris, les habitants partent de bon matin, vont lever les lignes tendues la veille, pêchent ensuite toute la journée, pour rentrer chaque soir au logis et recommencer de même tous les jours quand la mer leur permet de gagner le large. Les marins venus de France goûtent peu cette façon de pêcher, et le nombre de ceux qui l’adoptent est insignifiant.

À Saint-Pierre, au contraire, les habitants font de préférence la grande pêche. Chaque année, d'avril à octobre, ils se rendent sur le grand Banc de Terre-Neuve, montés sur des goélettes-et sous les

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ordres d’un patron. La goélette est un voilier jaugeant de 50 à 75 tonneaux el comprenant un équipage de quatorze à dix-huit hommes. Selon son importance, la goélette peut emmener quatre, cinq ou six doris. Une fois sur le Banc, les hommes sont répartis sur ces différentes petites embarcations par deux ou trois.

Le Saint-Pierrais qui fait le Banc est presque fatalement voué à une existence de misère pour lui et pour les siens. En effet, de novembre à avril, le chômage étant complet, l'armateur, toujours doublé d'un commerçant, lui avance tout ce dont il a besoin pour la vie matérielle, sans oublier l'alcool, qui est moins indispensable. De sorte que tous ou à peu près, au début de la campagne, doivent plus qu'il ne leur est possible de gagner durant la pêche, si fructueuse soit-elle.

Et il en est de même chaque année, jusqu’à ce que, usés par l'alcool autant que par les fatigues de cette existence, la maladie les achève sur un grabat de misère dans leur pauvre logis ou sur un lit d'hôpital. Quant à la famille, elle reste dans le plus entier dénûment.

L'instruction est assez rudimentaire chez l'homme.

Le petit garçon ira à l'école jusqu'à douze ans et se montrera un élève docile et assez intelligent. Mais, à partir de douze ans, treize ans au plus tard, commencera pour lui l'apprentissage de la pêche et de l’ivrognerie, sous le regard et avec l'exemple du père. La mère n'aura ni sur l'un ni sur l’autre l'autorité suffisante pour les empêcher de s’adonner à l'alcool.

A partir de quatorze ou quinze ans, l'intelligence semble s’obscurcir, et peu de jeunes gens sont aptes à profiter d'un enseignement secondaire. L'essai a du reste été tenté sans grand succès : la plupart des jeunes garçons qui avaient été envoyés avec une bourse dans des lycées de France sont revenus sans avoir pu achever leurs études, pris par la nostalgie de cet affreux rocher. Chez la femme, l'instruction est plus soignée et plus complète. La jeune fille va à l'école jusqu'à quinze, seize et même dix-sept ans. Intelligente, elle apprend avec beaucoup de facilité ; il est en France nombre de fillettes de la bourgeoisie qui pourraient envier l'instruction de ces enfants de pêcheurs. Aussi celte solide instruction primaire, cette négligence des travaux pénibles, cette vie au dedans feront-elles de la femme une compagne délicate et supérieure à ce marin ignorant, grossier, imprégné d'alcool. Cette supériorité et cette délicatesse chez la femme se manifestent dans tous les rapports sociaux.

ALIMENTATION. — De ce que nous avons dit des ressources du pêcheur de Saint-Pierre, il est facile de déduire que son alimentation ne saurait être bonne, ou même suffisante. Dans la plupart des ménages, elle consiste en soupe à la graisse, poisson, pommes de terre, tartines de beurre. Il est bien rare que le repas comprenne un morceau de bœuf, un pot-au-feu.

Les seules boissons sont le thé, la bière de spruce, l'eau. Encore

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celle eau est-elle de très mauvaise qualité, tout aussi bien à Saint- Pierre, où il existe une canalisation, qu'à Miquelon ou à l'ile aux Chiens, qui n’en possèdent pas. L'eau contient une forte proportion de malières organiques d’origine végétale. Elle a une saveur désagréable, Lerreuse, et présente une teinte rouillée très prononcée.

Analysée en 1891 à l'Institut Pasteur, on n'y a trouvé ni bacille typhique, ni Bacterium coli, mais une forte odeur de putréfaction el un nombre considérable de colonies de microbes (1455 par centimètre cube). Dans l'eau provenant des puits, on a au contraire remarqué la présence constante du Baclerium colr.

Pour Saint-Pierre, la canalisation commence à un grand réservoir situé au-dessus de la ville; elle coule à ciel ouvert depuis les étangs d'où elle provient jusqu'à ce réservoir. De là elle est distribuée dans presque toutes les habitations par des tuyaux de conduite en fonte. Dans certains quartiers, l'eau provenant des égouts el l'eau d’alimentation se mélangent Het

în mars 1904, deux cas de fièvre typhoïde se manifestèrent dans le voisinage immédiat de l'hôpital, à la suite d'un débordement du canal conduisant à la mer les eaux d’égout. La mise à découvert, sur tout le parcours, du canal en bois qui charriait les eaux d'égout et du conduit en fonte de l’eau d'alimentation permit de constater, d’une part, que ce dernier présentait des fissures importantes en certains endroits et que, d’autre part, dans tout son parcours, l'égout lui était superposé. L'eau d'alimentation était souillée sur ce parcours par l'eau d'égout.

VOIRIE. — À Miquelon, à l'ile aux Chiens, il n'existe ancun service de voirie. À Saint-Pierre, il en est autrement : chaque matin le tombereau municipal enlève les ordures ménagères déposées à la porte de chaque maison et les transporte un peu plus loin, à un dépotoir situé presque en pleine ville. En août et septembre, cet amas d'immondices dégage des odeurs pestilentielles.

HABITATION. — La ville de Saint-Pierre, bâtie en amphithéâtre sur le bord de la mer, n’est pas protégée contre les vents. Les rues, pour la plupart assez spacieuses et en pente rapide, permettent, sans inondation, l'écoulement facile des eaux provenant de la fonte des neiges.

À part quelques édifices publics, toutes les maisons sont construiles en bois, ce qui ne présente du reste aucun inconvénient lorsque les pièces sont assez nombreuses el spacieuses. Mais le pêcheur est aussi mal logé qu'il est mal nourri. La plupart des habitations de pêcheurs ou d'ouvriers sont composées de deux pièces dans lesquelles doivent vivre cinq ou six personnes en moyenne; la première piàce sert de cuisine et de salle à manger; dans la seconde couchent père, mère et enfants.

Dans ces demeures, où le nombre des pièces est trop lite. dont

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les plafonds ont une hauteur insuffisante, les gaz dégagés par le feu de charbon qui brûle presque constamment et les odeurs qui proviennent de la cuisine, l'odeur de poisson grillé en particulier, rendent l'atmosphère malsaine et prédisposent les habitants à toutes les maladies occasionnées par l'encombrement.

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