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IV. — PATHOLOGIE DES NATIFS DE SAINT-PIERRE ET MIQUELON

À part les quelques fonctionnaires de passage et les indigents, la masse de la clientèle de l'hôpital de Saint-Pierre se recrute parmi les dix ou onze mille métropolitains qui, chaque année, viennent pratiquer la pêche de la morue sur les Bancs de Terre-Neuve. Il y a lieu d'examiner à part la pathologie de ce groupe. Quant à l'habitant proprement dit, 1l se soigne à domicile et a une profonde terreur de l'hôpital ; 1l n'y a du reste qu'un seul hôpital pour les trois îles. La pathologie de ces îles est celle des pays froids. Les maladies observées dans la population sont celles qui se manifestent en France, dans les climats froids et brumeux, en Bretagne par exemple. C'est tout au plus si certaines d’entre elles subissent une évolution spéciale résultant des milieux dans lesquels elles évoluent et de l'isolement dans lequel se trouve ce groupe d'îles.

Celles que leur fréquence permet de considérer comme étant plus particulières à la colonie sont : la luberculose, le rhumalisme, l'alcoolisme, la chlorose.

TUBERCULOSE. — La maladie la plus commune dans la population de ces îles est la tuberculose. Les causes de sa fréquence sont multiples; il faut les chercher dans l'alimentation insuffisante, dans les logements trop exigus pour des famulles souvent nombreuses, dans l’absorption d'oxyde de carbone que les habitants respirent constamment dans leurs maisons, dans la rigueur et l'humidité du climat qui éprouve les plus robustes, enfin et surtout dans l’isolement de cette petite colonie, où les mariages consanguins sont presque la règle.

La tuberculose se manifeste principalement sous la forme pulmonaire et sous la forme intestinale. Les lésions osseuses, les tumeurs blanches du genou ne sont pas rares. Les entérites et les poussées de granulie pulmonaire sont nombreuses dans l'enfance ; les méningites sont plutôt rares.

Les ulcérations des gencives et les adénites s'observent chez la plupart des enfants.

Dans l'immense majorité des cas, on a affaire à de la tuberculose héréditaire ; l'enfant grandit, devient adolescent, atteint l'âge adulte, tout en ayant chaque année une poussée tuberculeuse au moment du froid humide.

On pourrait presque affirmer qu'il n'existe pas à Saint-Pierre une seule famille de souche ancienne qui soit indemne de toute tare tuberculeuse: et cependant, dans certaines familles, on vit assez souvent jusqu'à un âge avancé. Ce fait viendrait à l'appui de la théorie qui veut que la tuberculose aille s'atténuant de génération en généralion, et qu'une première atteinte confère une immunité relative pour l'individu et pour l'espèce. Pour ce qui est de la prophylaxie, elle est difficile à appliquer; il faudrait supprimer les calorifères, multiplier les mariages entre métropolitains et naturels du pays. Il faudrait aussi et surtout supprimer l'alcool; et cela serait possible, mais personne n'acceplerait cette solution, ni l’armateur qui en fait le trafic et auquel elle porterait préjudice, ni le marin qu'on ne saurait amener à renoncer à sa passion favorite.

RHUMATISME. — Après la tuberculose, vient le rhumatisme. Il se manifeste chez les uns par des douleurs musculaires vagues, du lombago : chez d'autres, par des migraines, de la gravelle; chez d’autres, par des douleurs articulaires, qui, survenant d'abord sous forme de crises aiguës, se transforment très vite en rhumatismes chroniques. Et c'est au bout de fort peu de temps qu'arrivent l’ankylose des articulations, l’atrophie musculaire et l'impotence fonctionnelle du membre, partielle ou totale. Quant aux déformations causées par le rhumatisme, elles sont telles qu'il est difficile d'en observer ailleurs d'aussi marquées. Les mains, les pieds arrivent à présenter une déviation totale de leur axe, avec une obliquilé considérable, tantôt du côté interne, tantôt du côté externe. Il ne s'agit naturellement pas là de la goutte, qui est à peu près inconnue dans les iles Saint-Pierre et Miquelon.

Ces manifestations arliculaires sont très rares dans la première et la deuxième enfance ; on les observe de préférence chez l'adulte.

Les endocardites sont très fréquentes et s'associent souvent à l'artériosclérose, de sorte qu'il est parfois assez difficile de savoir quelle part revient au rhumatisme et quelle part revient à l’alcoolisme.

Les crises aiguës cèdent très facilement, en quelques jours, à l'emploi du salicylate de soude. Mais elles se renouvellent à la première occasion, el vite la chronicité s'établit, ne laissant de place que pour le traitement des symptômes.

ALCOOLISME. — Après la tuberculose, ou concurremment avec elle, l'alcoolisme est le fléau qui fait le plus de ravages aux îles Saint-Pierre et Miquelon.

* Les habitudes d'alcoolisme sont moins générales à Miquelon et à l'île aux Chiens qu’à Saint-Pierre, où cette tare existe dans la plupart des familles, aisées ou pauvres. La quantité d'alcool consommé à Saint-Pierre par tête d'habitant atteint un chiffre invraisemblable. À part quelques exceptions, l’homme seul s'adonne à cette triste

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