MORTALITÉ
passion, la femme conservant dans tous les milieux sa même dignité de mère de famille, de femme instruite et délicate.
L'homme aisé s’alcoolise au café, avec des boissons de premier choix ; chaque jour augmente ainsi pour lui la dose d'alcool introduite dans l'organisme, sans que jamais l'ivresse soit manifeste.
L'ouvrier, le pêcheur, au contraire, fréquentent peu les bars, où les consommations sont trop chères. En revanche, ils prennent en gros, à crédit, chez l’armateur, des litres d'alcool inférieur et frelaté : eau-de-vie, amer Picon, absinthe : ils boivent cet alcool chez eux à pleins verres ou, à défaut de verre, à même la bouteille, Ceux-ci manifestent l'ivresse brutale, l'ivresse quotidiennement renouvelée à domicile.
Quoi qu'il en soit, l'un et l’autre, bourgeois el ouvrier, armateur et pêcheur, arrivent au même résultat: l'artérioselérose, avec tout le cortège de ses conséquences néfastes.
Pour le buveur, ce sont les cirrhoses, le delirium tremens, « Loto » des Saint-Pierrais, les troubles cérébraux, l’aliénation mentale, etc.
Pour les descendants, ce sont l’épilepsie, l'idiotie, le rachitisme, l'hystérie, la chorée, les dégénérescences de toute nature.
CHLOROSE. — La chlorose est également une maladie fréquente aux iles Saint-Pierre et Miquelon, et particulièrement à Saint-Pierre.
Une notable proportion des jeunes filles, et principalement des fillettes de quatorze à seize ans, présentent un teint verdâtre, terreux, avec décoloration des Lissus et des muqueuses.
Peu de filles sont réglées avant quatorze ans; il n’est pas rare même que la menstruation s'élablisse beaucoup plus tard, vers quinze, seize el même dix-sept ans. Très généralement, une fois élablies, les règles se manifestent avec irrégularité. Très souvent aussi elles ne sont constliluées à leur début que par un écoulement leucorrhéique plus ou moins abondant.
On observe alors chez ces sujets maladifs des troubles dyspeptiques, des palpitations, des souffles extra-cardiaques el tout le cortège habituel des symptômes de la chlorose.
Où chercher les causes premières de cette chlorose, sinon dans les antécédents héréditaires, alcoolisme à peu près constant chez le père, tuberculose chez la mère et bien souvent chez les deux ascen-
dants ?
Il est une cause qui augmente encore le nombre des cas et aggrave la marche de la chlorose, c'est l'anémie oxycarbonée.
Elle frappe de préférence les femmes, jeunes filles et fillettes, qui sortent peu et qui, de novembre à mai particulièrement, vivent renfermées dans l'habilalion, où elles sont constamment exposées aux émanations d'oxyde de carbone provenant des poêles.
MORTALITÉ.— Ce qui précède fait pressenlir combien grande doit être la morbidité. La mortalité marche de pair avec la morbidité,
comme on peut s'en rendre compte par le Lableau suivant, qui porte sur cinq années, 1899-1903.
Tableau de la mortalité générale de 1899 à 1903.
ANNÉE 1899.lANNÉE 1900.[ANNÉE 1901./ANNÉE 1902./ANNÉE 1903. s | 5 | ET ER EN LS FA EC ELEC PE EN A RO MS Sn A A ol re IMOr NON ESNRS | or RENReNESA ES NII SR PSNRIRE ou EU A OS 0 ON EN Sn OS ARS 2 | ROME PE ENENES LE ER TE = Leds] TSI ES Et Een ep) 2 un 2 y] 2 un 2 y} 2 Mort-nés 0e 81m21100 8 0 | 0 4l 0! 0 SIMON) 6| 0 PERS De Sn e 461 719515143171 30/0011M01N ot IS IS2H90 Dé 6 4 20 806 Oo) Oo FO TIR oO S) M ON T0 0) Dei. Aro 20 AN os No MON ON ESS SNS DenAIROE Fr CRUE DC) OS 7 PE NO GS EN CDN EN II Au-dessus de 70 ans.| 18] 0! 0 | 15| 0 23100103 9! 0! 0 IRON IS 11870 Décès inconnus.....| 8| 0!6 &| 0 1 AN ONAAIETE) ER ONE ON IETO RO 91 67 IRoOtauer ee 153115 | 9 [148] 9 | 41 1175] 16 | 20 |166| 10 | 22 166! 7 | 15 [972
Dans celle mortalité générale sont compris les pêcheurs métropolilains, qui, à eux seuls, fournissent chaque année une moyenne de 50 décès; de sorte que, pour avoir des données absolument exactes sur la seule mortalité de la population indigène, il faudrait retrancher ce chiffre du total.
Il n'en reste pas moins une mortalité de 24 p. 1000 pour la population native, chiffre très élevé que ne dépassent pas les colonies les plus malsaines.
Les maladies énumérées plus haut conslituent les causes les plus ordinaires des décès. Il est impossible d'établir un relevé exact des autres causes, les permis d’inhumation étant souvent délivrés sans certificat causal de décès, ce qui présente de graves inconvénients au point de vue de la prophylaxie des maladies contagieuses.
Loin de s'améliorer, l’état sanitaire de la colonie semble au contraire devenir plus mauvais d'année en année. Le nombre des décès a augmenté d'un tiers environ depuis l'année 1891. Cependant les épidémies ont épargné Saint-Pierre durant celte période : la diphtérie, qui, il y a quinze ans, causait annuellement 70 à 80 décès, ne se montre plus que rarement el par cas isolés. Cet accroissement du nombre des décès résulte de l'extension de plus eu plus considérable des maladies dont nous avons parlé. Il provient aussi de l’affaiblissement de plus en plus marqué des organismes sur lesquels elles évoluent. Et, si la natalité ne se trouvait pas être en rapport avec la mortalité, la population de cette colonie ne tarderait point à être anéantie.
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